L'interruption volontaire de grossesse (IVG), ou avortement, est un droit fondamental pour les femmes en France. Cet article vise à fournir des informations complètes et actualisées sur l'IVG, les différentes méthodes disponibles, les conditions d'accès, et les aspects médicaux et psychologiques liés à cette procédure.
Évolution de l'Accès à l'IVG en France
L'accès à l'IVG en France a connu des avancées significatives au fil des années. En mars 2024, la France a inscrit dans la Constitution la liberté de recourir à l'avortement, une décision historique saluée internationalement. Cependant, cette avancée ne doit pas masquer les inégalités qui persistent en fonction du lieu de résidence.
Autrefois, les femmes enceintes qui souhaitaient avorter avaient peu de choix concernant la technique utilisée. Avant neuf semaines de grossesse, l'IVG médicamenteuse était la seule option. Récemment, des changements importants ont été mis en place pour améliorer l'accès et les options disponibles pour les femmes.
IVG instrumentale (chirurgicale)
La technique instrumentale (chirurgicale) consiste en une aspiration de l'œuf, précédée d'une dilatation du col de l'utérus. L'ouverture du col utérin peut être facilitée par l'administration d'un médicament.
L'intervention peut être réalisée sous anesthésie locale ou générale. Vous choisissez avec l'aide du professionnel de santé le mode d'anesthésie le mieux adapté à votre situation.
Lire aussi: Le cadre légal de l'accouchement à domicile
L'hospitalisation dure en général quelques heures, mais l'intervention en elle-même dure une dizaine de minutes.
Les sages-femmes effectuant une IVG instrumentale (chirurgicale) en établissement de santé doivent justifier de leur compétence.
Un Changement Majeur à Lannion
Depuis le début du mois de septembre, deux sages-femmes, Camille Piriou et Bibiane Mathieux, peuvent désormais pratiquer des interruptions volontaires de grossesse chirurgicales au sein du centre hospitalier de Lannion (Côtes-d’Armor). Cela représente un changement majeur pour les femmes de la région.
Auparavant, les femmes enceintes qui souhaitaient avorter avaient peu de choix concernant la technique utilisée. Si la grossesse était à un stade précoce (avant neuf semaines), l'IVG médicamenteuse était la seule option. Désormais, grâce à la compétence de ces sages-femmes, les femmes ont accès à l'IVG chirurgicale, élargissant ainsi leurs options.
IVG médicamenteuse
IVG médicamenteuse en établissement de santé
Le coût d'une IVG médicamenteuse, en établissement de santé (hôpital, clinique), est remboursé par l'Assurance maladie à 100 % sur la base d'un tarif forfaitaire fixé à 353,64 €.
Lire aussi: Tout savoir sur la préparation à la naissance avec une sage-femme
IVG médicamenteuse en médecine de ville
Le coût d'une IVG médicamenteuse de ville (cabinet médical, centre de santé, centre de santé sexuelle appelé avant centre de planification et d'éducation familiale) est remboursé par l'Assurance maladie à 100 %, avec des tarifs fixés par arrêté à chaque étape.
Accès Inégal à l'IVG : Une Réalité de Terrain
Malgré les avancées législatives, l'accès à l'IVG reste inégal en fonction du lieu de résidence. Certaines régions, comme les Hauts-de-France, ont une part d'IVG réalisées à l'hôpital plus élevée que la moyenne nationale. Cela peut s'expliquer par le manque de professionnels de santé pratiquant l'IVG en cabinet libéral dans certaines zones.
Le Rôle Essentiel des Sages-Femmes Libérales
Les sages-femmes libérales jouent un rôle crucial dans l'amélioration de l'accès à l'IVG. Elles sont autorisées à pratiquer les IVG médicamenteuses depuis près de dix ans, une décision qui a contribué à renforcer l'accès à l'avortement. En 2024, 40% des IVG réalisées en France l'ont été en cabinet libéral.
Pauline Dens-Arsène, sage-femme à Marly-Gomont, a effectué les démarches nécessaires pour obtenir l'autorisation de pratiquer les IVG dans son cabinet. Elle travaille en collaboration avec un hôpital pour assurer la prise en charge des patientes en cas de complications ou de dépassement du délai pour l'IVG médicamenteuse.
Les Défis Rencontrés par les Sages-Femmes Libérales
Pour pouvoir pratiquer les IVG, les sages-femmes libérales doivent surmonter plusieurs obstacles. Elles doivent trouver un hôpital qui les conventionne, ainsi qu'une pharmacie pour se procurer les médicaments nécessaires. De plus, elles doivent souvent passer un diplôme d'échographiste pour dater précisément les grossesses.
Lire aussi: Prise en charge des soins de sage-femme après accouchement
Malgré ces défis, les sages-femmes libérales sont motivées par la volonté d'offrir un accès plus facile et plus rapide à l'IVG. Elles proposent un environnement rassurant et bienveillant, où les patientes se sentent écoutées et respectées.
Témoignage
Marie* a eu recours à une IVG et a été soulagée par l'approche de la sage-femme : "J'avais peur d'être jugée, insultée… Dans le milieu médical, certains peuvent être vraiment très méchants, dans le jugement. Mais finalement pas du tout : j'ai beaucoup discuté avec la sage-femme, et je suis sortie d'ici soulagée, apaisée, convaincue que j'avais le droit de faire cette IVG."
Les Étapes d'une IVG
La pratique de l'avortement est réglementée et plusieurs étapes doivent être respectées, avant et après l'intervention.
Lors d’une consultation avec un médecin ou une sage-femme, la femme enceinte doit être informée sur les méthodes abortives et a le droit d'en choisir une librement en fonction du terme de la grossesse.
1er temps : la demande d'avortement
Vous faites votre demande d'avortement.
Vous recevez des informations orales et un guide sur l'IVG qui portent sur les différentes méthodes d’IVG, les lieux de réalisation et notamment le choix dont vous disposez mais aussi sur les effets indésirables possibles.
Le médecin ou la sage-femme vous propose un entretien psycho-social (celui-ci est obligatoire si vous êtes mineure et doit être réalisé avant le recueil de votre consentement). Cet entretien a lieu dans un EVARS (espace vie affective, relationnelle et sexuelle), dans un centre de santé sexuelle ou dans un organisme agrée.
2nd temps : le recueil du consentement
Au cours de ce 2nd temps, vous remettez votre consentement écrit de demande d'avortement au médecin ou à la sage-femme.
Il n'existe plus de délai de réflexion imposé en matière d'avortement.
Si vous êtes majeure et ne souhaitez pas réaliser d’entretien psycho-social, vous pouvez choisir de réaliser le temps d’information et le temps de recueil du consentement au cours d’une seule et même consultation.
Si vous choisissez de réaliser un entretien psycho-sociale (obligatoire pour les mineures) , il n’y a pas de délai minimal obligatoire entre celui-ci et la réalisation de l’IVG que vous soyez majeure ou mineure.
Qui Peut Demander une IVG ?
Une femme enceinte, y compris mineure, qui ne souhaite pas poursuivre une grossesse peut en demander l'interruption. Il n'y a pas de condition d'âge à respecter.
Si vous êtes mineure, vous pouvez choisir de demander le consentement de vos parents ou de votre représentant légal qui pourra vous accompagner dans votre démarche d'IVG. Cependant, si vous souhaitez garder le secret, l'IVG est pratiquée à votre seule demande.
Où Pratiquer une IVG ?
L'IVG instrumentale (chirurgicale) est pratiquée obligatoirement en établissement de santé (hôpital ou clinique autorisé en gynécologie obstétrique ou chirurgie). Sous certaines conditions, elle peut avoir lieu dans un centre de santé autorisé ayant établi une convention avec un établissement de santé autorisé en gynécologie obstétrique ou chirurgie.
L'IVG médicamenteuse est pratiquée en établissement de santé (hôpital ou clinique), en cabinet de ville, en centre de santé sexuelle ou en centre de santé.
Comment se déroule l'IVG ?
La technique d'avortement utilisée dépend de votre choix et du terme de votre grossesse. Ce choix peut être effectué avec l'aide du médecin ou de la sage-femme.
IVG médicamenteuse
En présence du médecin ou de la sage-femme au cours d'une consultation ou d'une téléconsultation à votre domicile
Seule à votre domicile.
La prise du 2nd médicament a lieu entre 24 et 48 heures après la prise du 1er en consultation ou à votre domicile.
Cette méthode ne nécessite donc ni anesthésie, ni intervention chirurgicale. Des médicaments antalgiques vous seront prescrits.
Dans le cadre de la téléconsultation (IVG à l'hôpital ou en ville), les médicaments sont prescrits par le médecin ou la sage-femme et délivrés par une pharmacie d'officine désignée par la femme.
Visite de Contrôle Après l'IVG
Une consultation psycho-sociale est systématiquement proposée après l’IVG.
Le Délit d'Entrave à l'IVG
Le délit d'entrave à l'IVG est puni de 2 ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende.
tags: #ivg #sage #femme #morlaix #informations