L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit fondamental en France, et son accès est un enjeu majeur de santé publique. Cet article se penche sur les statistiques relatives à l'IVG dans la région des Pays de la Loire, en analysant les tendances récentes, les disparités territoriales et les évolutions des pratiques.
Stabilité relative du nombre d'IVG en Loire-Atlantique et Vendée
En Loire-Atlantique comme en Vendée, le nombre d'avortements pratiqués est relativement stable depuis plusieurs années, selon l'Agence Régionale de Santé (ARS) des Pays de la Loire. Une légère baisse a même été enregistrée dans les deux départements entre 2022 et 2023. On comptait 3 119 IVG en Loire-Atlantique en 2023 (contre 3 423 en 2022) et 943 en Vendée (contre 1 101 en 2022).
Au CHU de Nantes, la tendance se confirme : 1 598 IVG ont été enregistrées par le centre Simone Veil en 2023, dont 40 % d'IVG médicamenteuses.
Accélération du nombre de soignants conventionnés
Pour faciliter l'accès à l'avortement pour toutes les femmes, quel que soit leur lieu de résidence, une trentaine de soignants (gynécologues de ville, médecins généralistes et sages-femmes libérales) sont conventionnés avec le CHU pour pratiquer des IVG médicamenteuses. Leur nombre a presque doublé en un an, passant de 16 en 2022 à près de 30 en 2023, avec 12 professionnels supplémentaires.
Ouverture d'un nouveau centre IVG à Saint-Herblain
Depuis près de trois mois, un nouveau centre IVG a ouvert ses portes à la clinique Santé Atlantique de Saint-Herblain. Ce centre, ouvert à toutes une fois par semaine, les mardis, a déjà enregistré une cinquantaine de consultations, dont 75 % pour des IVG médicamenteuses.
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Selon le Dr Sandrine Guinebretière, à l'origine de la création de ce nouveau centre, il est important qu'il y ait une porte d'accès à l'IVG nord Loire. Des médecins traitants ont sollicité cette ouverture en raison du besoin. L'objectif est d'ouvrir prochainement une journée supplémentaire par semaine pour pouvoir accueillir plus de patientes.
En Loire-Atlantique, il existe six centres IVG : le CHU de Nantes, la clinique Jules Verne, la clinique Santé Atlantique de Saint-Herblain, l'hôpital de Saint-Nazaire, celui d'Ancenis et de Châteaubriant. La Vendée compte trois centres IVG : le CHD de Vendée, l'hôpital de Challans et d'Olonne-sur-Mer.
À La Roche-sur-Yon, le CHD de Vendée a enregistré un peu plus de 500 IVG en 2023, une tendance stable depuis plus de cinq ans. Deux tiers sont des IVG médicamenteuses et un tiers chirurgicales. Onze soignants sont conventionnés avec le CHD, et trois nouvelles conventions sont en cours.
Évolution nationale et disparités régionales
En 2024, 251 270 IVG ont été pratiquées en France, contre 244 221 en 2023. Le taux de recours à l'IVG s'élève à 17,3 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans. Les femmes de 25 à 29 ans présentent le taux le plus élevé (29,8 IVG pour 1 000), tandis que les moins de 20 ans enregistrent une baisse par rapport à 2014 (5,5 pour 1 000 en 2024 contre 8,7 en 2014).
Depuis 2005, il est possible de pratiquer une IVG en dehors d'un établissement hospitalier. Cette évolution s'explique par le recours massif à la méthode médicamenteuse, seule autorisée hors établissement (sauf exceptions). La pratique des sages-femmes s'impose progressivement.
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Le recours à l'IVG reste deux fois plus élevé en Outre-mer qu'en métropole. Le taux est de 46,5 IVG pour 1 000 femmes en Guyane, contre 12,4 en Pays de la Loire.
En France métropolitaine, c'est en Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) que le nombre d'IVG a été le plus important en 2024 avec un taux de recours de 23,1‰ contre 12,4‰ dans les Pays de la Loire.
Importance de l'information et de l'accompagnement
Le site officiel ivg.gouv.fr met à disposition du grand public une information fiable et complète sur l'IVG. Il propose une foire aux questions ainsi qu'un annuaire des centres de santé sexuelle (ex-centres de planification et d'éducation familiale - CPEF) et des EVARS (Espaces vie affective, relationnelle et sexuelle).
Les EVARS sont des lieux d'information, d'écoute et de prévention dédiés à la vie affective, relationnelle et sexuelle. Leur approche bienveillante garantit un service anonyme et gratuit, sans actes médicaux, accessible sur tout le territoire, y compris en outre-mer. Ils jouent également un rôle essentiel dans l'accompagnement des femmes (et de leur partenaire) envisageant une IVG ou y ayant recours. Ils assurent les entretiens psychosociaux pré-IVG (obligatoires pour les mineures) ou post-IVG permettant d'apporter un soutien individualisé dans un cadre respectueux et sans jugement.
Le Planning Familial a aussi mis en place des services d'écoute et d'accompagnement en santé sexuelle. Ses équipes, présentes sur l'ensemble du territoire, informent et conseillent les personnes sur des thématiques telles que l'éducation à la sexualité, la contraception, l'IVG, le droit des femmes, ainsi que la lutte contre toutes les formes de violences et de discriminations.
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Évolutions législatives et constitutionnalisation
La loi du 2 mars 2022 a allongé le délai légal pour recourir à l'IVG, le faisant passer de 12 à 14 semaines de grossesse. Cette loi a également instauré plusieurs mesures significatives pour renforcer l'accès à ce droit fondamental :
- Elle permet désormais aux sages-femmes de pratiquer des IVG chirurgicales dans les hôpitaux.
- Elle pérennise les mesures mises en place pendant la crise sanitaire, telles que l'allongement du délai pour l'IVG médicamenteuse en ville, qui passe de 5 à 7 semaines de grossesse.
- Elle consacre la possibilité pour les médecins et les sages-femmes de réaliser à distance les consultations liées à l'IVG.
- Elle supprime le délai de réflexion de deux jours imposés après l'entretien psychosocial pour confirmer une demande d'avortement.
- Elle précise dans le Code de la santé publique qu'un pharmacien refusant de délivrer une contraception d'urgence enfreint ses obligations professionnelles.
Le Congrès de Versailles s'est réuni pour inscrire "la liberté garantie à une femme d'avoir recours à une IVG" dans la Constitution.
Préoccupations mondiales et engagement de la France
En 2023, dans le monde, 753 millions de femmes, soit 40 % des femmes en âge de procréer, n'ont toujours pas accès à l'IVG ou ne peuvent y recourir que sous certaines conditions, notamment lorsque leur vie est en danger ou pour des raisons de santé. Face aux tentatives de recul dans certains pays, la France affirme son engagement à défendre ce droit et de le promouvoir à l'échelle internationale.
Méthodes d'IVG : médicamenteuse et chirurgicale
Il existe deux méthodes principales d'IVG :
- IVG médicamenteuse : Elle peut être réalisée jusqu'à 7 semaines de grossesse en ville (par un médecin ou une sage-femme) et jusqu'à 14 semaines de grossesse en établissement de santé. Elle consiste en la prise de deux médicaments à quelques jours d'intervalle.
- IVG chirurgicale (ou instrumentale) : Elle est réalisée en établissement de santé, sous anesthésie locale ou générale. Elle consiste en une aspiration de l'œuf. Depuis la loi du 2 mars 2022, les sages-femmes sont autorisées à pratiquer les IVG chirurgicales en établissement de santé.
En 2024, 80 % des IVG réalisées en France sont médicamenteuses.
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