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Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) Médicamenteuse : Déroulement, Aspects Légaux et Prise en Charge

En France, l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) est un droit fondamental acquis depuis 1975, permettant à chaque femme enceinte de choisir d'interrompre sa grossesse si elle le souhaite. Bien que ce droit soit établi, comprendre concrètement le déroulement de l'IVG, en particulier l'IVG médicamenteuse, est essentiel pour celles qui envisagent cette option.

Cadre Légal et Droit des Femmes

L’IVG est un acte médical encadré par la loi, représentant une avancée majeure dans le droit des femmes à disposer de leur corps. La législation française garantit l'accès à l'IVG, mais il est crucial de connaître les différentes méthodes, les délais légaux et les étapes à respecter.

Les Deux Méthodes d'IVG

Il existe deux principales méthodes d'IVG :

  • IVG Instrumentale (Chirurgicale): Elle est pratiquée obligatoirement en établissement de santé (hôpital ou clinique autorisé en gynécologie obstétrique ou chirurgie). Dans certains cas, elle peut avoir lieu dans un centre de santé autorisé ayant établi une convention avec un établissement de santé. La technique consiste en une aspiration de l'œuf, précédée d'une dilatation du col de l'utérus. L'intervention peut être réalisée sous anesthésie locale ou générale, selon le choix de la patiente et l'avis du professionnel de santé. L'hospitalisation dure généralement quelques heures et l'intervention elle-même dure une dizaine de minutes.

  • IVG Médicamenteuse: Elle peut être pratiquée en établissement de santé (hôpital ou clinique), en cabinet de ville, en centre de santé sexuelle ou en centre de santé. Elle consiste en la prise de deux médicaments : le premier servant à interrompre la grossesse et le second à provoquer l'expulsion de l'œuf. Cette méthode ne nécessite ni anesthésie, ni intervention chirurgicale.

    Lire aussi: Enjeux des Intoxications Médicamenteuses

Le choix de la technique d'avortement dépend du choix de la patiente et du terme de sa grossesse, après discussion avec le médecin ou la sage-femme.

Focus sur l'IVG Médicamenteuse

L'IVG médicamenteuse consiste en la prise de deux types de médicaments à différents intervalles, ayant pour effet d'interrompre la grossesse et d'expulser l'œuf. Elle est autorisée jusqu'à 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d'aménorrhée (9 SA). Si le délai légal est dépassé, l'IVG chirurgicale reste une option.

Déroulement de l'IVG Médicamenteuse

  1. Première Consultation (Consultation d'Information):

    • Elle se fait chez la sage-femme, le médecin généraliste ou le gynécologue-obstétricien de votre choix. Elle peut se dérouler en présentiel, ou en téléconsultation (si celle-ci vous est proposée).
    • Le professionnel de santé vous informe sur les différentes méthodes d'interruption de grossesse, les lieux de réalisation et notamment le choix dont vous disposez mais aussi sur les effets indésirables possibles. Il répond à toutes vos questions, sans vous juger.
    • Il doit vous fournir un certificat de première demande d’IVG qu’il peut rédiger sur papier libre.
    • Le soignant procède à un examen clinique : poids, tension artérielle, palpation du ventre.
    • On vous fait une prise de sang avec un bilan classique : l’hémoglobine, les plaquettes et les Béta HCG (hormone de la grossesse). On vous dosera à nouveau les Béta HCG 48 heures après pour vérifier qu’il y a bien une grossesse évolutive en cours. Ces Béta HCG seront de nouveau dosés après l’IVG pour être certain de l’efficacité de cette méthode. De même, après l’IVG, on dosera l’hémoglobine et les plaquettes pour voir si vous n’êtes pas anémiée ce qui peut arriver si vous avez trop saigné pendant l’IVG.
    • Vous devez faire une échographie pour que l’on puisse dater la grossesse.
    • Le médecin ou la sage-femme vous propose un entretien psycho-social (celui-ci est obligatoire si vous êtes mineure et doit être réalisé avant le recueil de votre consentement). Cet entretien a lieu dans un EVARS (espace vie affective, relationnelle et sexuelle), dans un centre de santé sexuelle ou dans un organisme agrée.
  2. Deuxième Consultation (Recueil du Consentement):

    • Elle s’effectue avec le médecin ou la sage-femme en charge de votre IVG.
    • Il doit vous décrire en détails le déroulement de l’IVG médicamenteuse, les motifs de consultation en urgence et ce qu’il va se passer à la suite de l’IVG, les différents rendez-vous que vous devez prendre.
    • Encore une fois, le professionnel de santé est là pour répondre à vos questions, sans vous juger.
    • Il y aura de nouveau un examen médical : poids, tension artérielle, palpation du ventre.
    • Vous devez amener vos deux bilans sanguins ainsi que votre échographie si tout a déjà été fait.
    • Vous remettez votre consentement écrit de demande d'avortement au médecin ou à la sage-femme.
    • Si vous êtes mineure ou avez effectué un entretien psychosocial, c’est à ce moment que vous confirmez votre choix d’IVG.
  3. Prise de la Mifépristone (Premier Médicament):

    Lire aussi: Exemples d'approches non médicamenteuses en pédiatrie

    • C’est la première prise de médicament, la Mifépristone.
    • Il est pris par voie orale en présence du professionnel de santé qui pratique l’IVG médicamenteuse.
    • Ce premier médicament interrompt la grossesse en bloquant l’action de la progestérone (hormone nécessaire au maintien de la grossesse).
    • Ce médicament favorise aussi les contractions de l’utérus et l’ouverture du col de l’utérus.
    • Après cette première étape, des saignements plus ou moins importants peuvent survenir. Ces derniers ne signifient pas que la grossesse est arrêtée. Il est donc indispensable de se rendre à la consultation suivante. Dans certains cas exceptionnels, l’œuf est évacué à ce stade. Quand l’œuf est expulsé, il est possible que vous le voyez.
  4. Prise du Misoprostol (Deuxième Médicament):

    • C’est la seconde prise de médicament, le Misoprostol.
    • On le prend 36 à 48 heures après la Mifépristone.
    • La prise du Misoprostol, par voie orale, peut s’effectuer en consultation ou à votre domicile.
    • Ce second médicament augmente les contractions et provoque l’interruption de grossesse.
    • Dans 60 % des cas, l’avortement se produit dans les 4 heures suivant la prise du Misoprostol et dans 40 % des cas, cela survient dans les 24 à 72 heures après la prise. Néanmoins, il reste toujours un taux d’échec. Dans ces cas là, il faut passer sur une interruption volontaire de grossesse par aspiration.
    • Les contractions de l’utérus induisent des douleurs qui ressemblent à celles des règles, parfois plus fortes, et qui peuvent être réduites grâce à la prise d’antalgiques. Parfois, les douleurs peuvent causer des nausées voire des vomissements.
    • Des saignements peuvent parfois se produire très vite après la prise du Misoprostol, parfois plus tardivement.
    • Quand vous effectuez une interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse à la maison, il y a des motifs de consultation aux urgences : des saignements vraiment trop importants (vous changez votre protection « super plus de nuit » toutes les deux heures voire moins pendant une durée de 4 heures) et/ou des malaises avec des pertes de connaissance. Dans tous les cas, le professionnel de santé qui pratique l’IVG médicamenteuse doit rester joignable.
  5. Visite de Contrôle:

    • La visite de contrôle s’effectue 14 à 21 jours après la première prise de médicament.
    • Cette visite est absolument nécessaire pour vérifier que la grossesse est interrompue et s’assurer de l’absence de complication.
    • L’interruption de la grossesse est généralement contrôlée par un examen médical (palpation de l’utérus) qui comprend aussi le poids et la tension artérielle. On complète cet examen médical avec une prise de sang qui permet le dosage des Béta HCG (hormone de la grossesse) et/ou une échographie pour vérifier la vacuité utérine et donc l’expulsion de l’œuf.
    • Si votre groupe sanguin est rhésus négatif, vous recevez une injection de gammaglobulines anti-D pour éviter des complications lors d’une prochaine grossesse.
    • Après une interruption de grossesse, que vous soyez majeure ou mineure, le professionnel de santé qui a pratiqué l’IVG vous propose d’avoir recours à un entretien psycho-social. Cet entretien n’est pas obligatoire.

Lieu de Réalisation

L'IVG médicamenteuse peut être effectuée dans un cabinet, un centre de santé, au planning familial ou à domicile.

Efficacité et Suivi

L’IVG médicamenteuse à un taux de réussite de 95%. Pour s’assurer de l’arrêt définitif de votre grossesse, vous devez réaliser une visite de contrôle avec votre médecin ou votre sage-femme. Il ou elle pourra s’assurer de l’absence de signes d’échec de d’IVG médicamenteuse.

Effets Secondaires et Complications

L’un des effets secondaires principaux lors d’un IVG médicamenteux est la douleur ressentie. Une enquête réalisée en 2016 par l’Inserm et le centre IVG Clotilde Vautier a permis de mesurer les symptômes ressentis durant un IVG médicamenteux. Dès la prise du 1er comprimé et particulièrement après le 2ème comprimé, des saignements surviennent. Dans 60% des cas, ce dernier est expulsé 4h après la prise du 2ème comprimé. Dans 40% des cas, entre 24h et 72h après. D’autres effets secondaires peuvent survenir en fonction des femmes. Certains témoignages de femmes indiquent ressentir une certaine culpabilité, de la tristesse ou de la colère à la suite de leur avortement. Vivre un avortement peut être éprouvant, sans compter les effets secondaire liés à la prise des médicaments. Les complications suite à une IVG médicamenteuse sont rares.

Lire aussi: Tout savoir sur l'IVG Médicamenteuse

Les événements indésirables immédiats les plus fréquents et non inquiétants sont des douleurs pelviennes, des saignements et parfois des troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhée).

Motifs de Consultation aux Urgences

Quand vous effectuez une interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse à la maison, il y a des motifs de consultation aux urgences : des saignements vraiment trop importants (vous changez votre protection « super plus de nuit » toutes les deux heures voire moins pendant une durée de 4 heures) et/ou des malaises avec des pertes de connaissance. Dans tous les cas, le professionnel de santé qui pratique l’IVG médicamenteuse doit rester joignable.

Aspects Financiers

Pour toutes les femmes assurées sociales (majeures ou mineures), l'avortement et tous les actes associés (consultations, échographies, prises de sang…) sont pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie. Il n'y a aucune avance de frais et aucun dépassement d’honoraire possible.

Pour les femmes résidant en France en situation irrégulière et non admises à l'aide médicale de l'État (AME), il existe une prise en charge des soins urgents (dont fait partie l’IVG) à l'hôpital (hospitalisation ou consultation en établissement de santé).

L'importance de l'Accompagnement Psycho-Social

Une consultation psycho-sociale est systématiquement proposée après l’IVG. Elle vous permet de parler de votre situation si vous en ressentez le besoin.

IVG et Minorité

Il n'y a pas de condition d'âge à respecter. Si vous êtes mineure, vous pouvez choisir de demander le consentement de vos parents ou de votre représentant légal qui pourra vous accompagner dans votre démarche d'IVG. Cependant, si vous souhaitez garder le secret, l'IVG est pratiquée à votre seule demande. Vous devez être accompagnée par un adulte de votre choix. Vous devez assister à une consultation psychosociale pour procéder à l’IVG. Une autorisation parentale n’est pas obligatoire pour une IVG.

Délai de Réflexion

Il n'existe plus de délai de réflexion imposé en matière d'avortement. Toute femme est libre de choisir le délai qu’elle souhaite se laisser entre les différentes étapes préalables à l’IVG. Autrement dit, si elle le souhaite, elle peut choisir de réaliser le temps d’information et le temps de recueil du consentement au cours d’une seule et même consultation. Par ailleurs, si elle choisit de réaliser une consultation psycho-sociale, il n’y a pas de délai minimal obligatoire entre celui-ci et la réalisation de l’IVG qu’elle soit majeure ou mineure.

Contre-Indications

La Grossesse Extra Utérine (GEU) est une contre-indication à l’IVG médicamenteuse. Elle peut être repérée aux signes cliniques ainsi qu’avec la surveillance du dosage des BHCG. Cependant, en l’absence de facteurs de risque et de symptômes, une grossesse de localisation indéterminée ne contre-indique pas la prise des médicaments pour l’IVG. A contrario, les symptômes possibles d’une grossesse intra utérine peuvent être des seins tendus, des douleurs qui ressemblent aux douleurs de règles ou aux syndromes pré-menstruels, des nausées. Enfin, il existe d’autres contre-indications à pratiquer une IVG médicamenteuse comme les corticothérapies à long terme, porphyrie, troubles de la coagulation, insuffisance surrénale.

Que Faire si l'on Souhaite Interrompre sa Grossesse ?

Lorsque votre décision d’avorter est prise, vous devez prendre rendez-vous avec un professionnel de santé (médecin ou sage-femme). Il peut s’agir d’un professionnel exerçant en cabinet de ville, en centre de santé, en centre de santé sexuelle (ex-centre de planification ou d’éducation familiale) ou en établissement de santé.

Le rendez-vous peut se dérouler en présentiel, ou en téléconsultation (si celle-ci vous est proposée).

Lors de ce premier rendez-vous avec le médecin ou la sage-femme, vous recevrez toutes les informations nécessaires sur l’IVG (méthodes, lieux et délais de réalisation, présentation des différents temps, des risques et effets secondaires possibles) et un dossier-guide reprenant ces différentes informations vous sera remis. Si le professionnel de santé consulté ne pratique pas lui-même l’IVG, il doit vous en informer immédiatement et vous orienter vers un professionnel qui pratique l’IVG.

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