L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit en France depuis 1975, permettant à toute femme enceinte qui ne souhaite pas poursuivre sa grossesse d'y mettre fin. L'IVG médicamenteuse est l'une des deux méthodes disponibles pour avorter, et cet article vise à informer sur son déroulement, les étapes à respecter, les aspects médicaux, et les soutiens disponibles.
Qu'est-ce que l'IVG Médicamenteuse ?
L'IVG médicamenteuse est une méthode d'avortement qui consiste à prendre deux médicaments différents pour interrompre une grossesse. Elle est possible jusqu'à 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d'aménorrhée (SA). Cette méthode, représentant 76% des IVG réalisées, est une alternative à l'IVG instrumentale (chirurgicale).
Où et par Qui Peut-on Réaliser une IVG Médicamenteuse ?
L'IVG médicamenteuse peut être réalisée par un médecin généraliste, une sage-femme ou un gynécologue-obstétricien, exerçant en cabinet de ville, en centre de santé, en centre de santé sexuelle (anciennement centre de planification ou d’éducation familiale), ou en établissement de santé. Depuis une loi de 2022, elle peut aussi se faire en téléconsultation. Il est important de noter que si le professionnel de santé consulté ne pratique pas lui-même l’IVG, il doit vous en informer immédiatement et vous orienter vers un professionnel qui la pratique.
Les Étapes Préalables à l'IVG Médicamenteuse
La demande d’IVG se déroule en plusieurs étapes clés :
1. La Consultation d'Information
Lors de cette première consultation, qui peut se dérouler en présentiel ou en téléconsultation, vous exprimez votre demande d'avortement au professionnel de santé. Il vous fournira des informations complètes sur :
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- Les deux méthodes d'IVG : médicamenteuse et instrumentale.
- Les lieux de réalisation de l'IVG et le choix dont vous disposez.
- Les risques et effets secondaires possibles.
- Un dossier-guide reprenant ces informations vous sera remis.
C'est l'occasion de poser toutes vos questions et de dissiper vos inquiétudes. Un entretien psycho-social vous sera également proposé, obligatoire si vous êtes mineure. À la fin de ce rendez-vous, le professionnel de santé vous délivrera une attestation de consultation médicale.
2. Le Recueil du Consentement
Le deuxième temps consiste à remettre votre consentement écrit de demande d’avortement au professionnel de santé. Il n’y a plus de délai de réflexion minimal imposé entre le premier et le deuxième temps. Ils peuvent avoir lieu au cours d'une seule et même consultation. Vous prenez le temps de réflexion que vous jugez nécessaire pour votre décision, en tenant compte du délai légal pour la réalisation de l’IVG (14 semaines de grossesse).
Lors de ce deuxième temps, vous choisissez votre méthode d’IVG, ainsi que son lieu de réalisation. Il s'agit également d'un moment privilégié avec le médecin ou la sage-femme pour décider de la méthode contraceptive à mettre en place après l’IVG, si vous en avez besoin, et pour réaliser ou vous faire prescrire, si tel est votre choix, un dépistage des infections sexuellement transmissibles, dont l’infection par le VIH, ainsi qu’un dépistage du cancer du col de l’utérus.
3. Examens Médicaux Préalables
Avant de procéder à l'IVG médicamenteuse, certains examens médicaux sont nécessaires :
- Examen clinique : poids, tension artérielle, palpation du ventre.
- Prise de sang : bilan classique incluant l'hémoglobine, les plaquettes et les Béta HCG (hormone de la grossesse). Le dosage des Béta HCG est répété 48 heures après pour confirmer la grossesse évolutive.
- Échographie : pour dater précisément la grossesse.
- Détermination du groupe sanguin : pour déterminer si une injection d'immunoglobulines anti-D est nécessaire.
- Dépistage des IST et du cancer du col de l'utérus : si vous le souhaitez.
Le Déroulement de l'IVG Médicamenteuse
L'IVG médicamenteuse se déroule en deux étapes médicamenteuses distinctes :
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1. La Prise de Mifépristone (MYFEGINE)
Ce premier médicament, pris par voie orale en présence du professionnel de santé ou à domicile, interrompt la grossesse en bloquant l’action de la progestérone, une hormone essentielle au maintien de la grossesse. La mifépristone favorise également les contractions de l’utérus et l’ouverture du col de l’utérus. Des saignements plus ou moins importants peuvent survenir après cette prise, mais ils ne signifient pas que la grossesse est arrêtée. Il est donc impératif de poursuivre le processus. Dans certains cas exceptionnels, l’œuf est évacué à ce stade.
2. La Prise de Misoprostol (GYMISO)
Ce second médicament est pris 36 à 48 heures après la mifépristone, soit en consultation, soit à domicile. Le misoprostol augmente les contractions utérines et provoque l’interruption de grossesse. L’avortement se produit généralement dans les 4 heures suivant la prise du misoprostol dans 60 % des cas, et dans les 24 à 72 heures dans 40 % des cas. Cependant, un taux d'échec subsiste, nécessitant alors une IVG par aspiration. La prise de misoprostol est déconseillée par voie vaginale par les laboratoires (risque de douleurs abdomino pelviennes plus fréquentes).
Les contractions utérines induisent des douleurs semblables à celles des règles, parfois plus intenses. La prise d’antalgiques (anti-douleurs) est recommandée pour les soulager. Des nausées et des vomissements peuvent également survenir. Des saignements, d’intensité variable, se produisent généralement après la prise du misoprostol.
Motifs de Consultation Urgente
Lors d’une IVG médicamenteuse à domicile, certains symptômes nécessitent une consultation aux urgences :
- Saignements très abondants (saturation de protections "super plus de nuit" toutes les deux heures ou moins pendant 4 heures).
- Malaises avec pertes de connaissance.
Dans tous les cas, le professionnel de santé doit rester joignable.
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La Visite de Contrôle Post-IVG
Une visite de contrôle est absolument nécessaire 14 à 21 jours après la première prise de médicament. Elle permet de vérifier que la grossesse est interrompue et d’écarter toute complication. Le contrôle est effectué par un examen médical (palpation de l’utérus, poids, tension artérielle) complété par une prise de sang pour doser les Béta HCG et/ou une échographie pour vérifier la vacuité utérine. Si votre groupe sanguin est rhésus négatif, vous recevrez une injection de gammaglobulines anti-D.
Après l'IVG
Après une IVG, un entretien psycho-social est proposé, mais non obligatoire pour les majeures. Il permet d'aborder les émotions et les questions qui peuvent survenir après l'intervention. Il est également essentiel de discuter de la contraception avec votre médecin ou sage-femme. La fertilité revient très rapidement après une IVG, il est donc important d'envisager une méthode contraceptive adaptée si vous ne souhaitez pas de nouvelle grossesse.
Complications Possibles
Bien que l'IVG médicamenteuse soit une méthode sûre, des complications peuvent survenir, bien que rarement. Les complications immédiates les plus fréquentes incluent des douleurs pelviennes, des saignements importants, et des troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhée). Les complications plus rares sont les infections et les hémorragies, nécessitant une consultation médicale rapide.
Aspects Financiers
Pour toutes les femmes assurées sociales (majeures ou mineures), l'IVG et tous les actes associés (consultations, échographies, prises de sang…) sont pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie, sans avance de frais ni dépassement d’honoraires possible. Des dispositions spécifiques existent pour les femmes résidant en France en situation irrégulière.
Questions Fréquentes
- Y a-t-il un délai de réflexion ? Non, il n'y a plus de délai de réflexion obligatoire entre les étapes.
- L'IVG est-elle douloureuse ? Les contractions utérines peuvent être douloureuses, mais des anti-douleurs sont prescrits.
- Est-ce dangereux d'avorter ? Lorsqu'elle est pratiquée dans des conditions sécurisées, l'IVG est une intervention sans risque.
- L'IVG peut-elle rendre stérile ? Non, l'IVG n'entraîne pas de risque d'infertilité.
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