L'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) est un droit fondamental pour les femmes en France depuis 1975. L'IVG médicamenteuse, une des deux méthodes d'IVG disponibles, permet d'interrompre une grossesse jusqu'à la 7ème semaine (9 semaines d'aménorrhée). Bien que cette méthode soit généralement sûre et efficace, il est essentiel d'être bien informée sur les suites, les effets secondaires potentiels et les complications rares qui peuvent survenir.
Suites normales d'une IVG médicamenteuse
Après une IVG médicamenteuse, qu'elle soit réalisée en cabinet, en centre de santé, au planning familial ou à domicile, il est normal de ressentir certains désagréments pendant les premiers jours ou les premières semaines. Ces désagréments sont généralement temporaires et gérables.
Saignements, contractions et douleurs
Des saignements, des contractions et des douleurs abdominales ou lombaires sont fréquents. Les saignements peuvent être comparables à des menstruations normales, voire plus abondants, et peuvent durer plus longtemps. Souvent, les saignements les plus importants surviennent 4 à 7 jours après la prise des médicaments et peuvent se terminer par un écoulement brunâtre. Des caillots peuvent également être présents. L'intensité et la durée des saignements varient d'une femme à l'autre.
Pour soulager la douleur, il est possible de prendre de l'ibuprofène ou de l'Aleve, éventuellement en association avec du paracétamol. L'aspirine est à éviter. Il est crucial de lire attentivement les notices des antalgiques et de respecter les doses prescrites.
Désagréments hormonaux
Les symptômes de la grossesse, tels que la fatigue et les nausées, disparaissent généralement en quelques jours à deux semaines après l'IVG. Cependant, les hormones de la grossesse restent présentes dans l'organisme pendant un certain temps, ce qui peut entraîner des tests de grossesse positifs jusqu'à trois ou quatre semaines après l'intervention.
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Tension mammaire et engorgement
Si la grossesse était à un stade avancé, les seins peuvent rester tendus et douloureux pendant un certain temps après l'IVG. Un engorgement ou des écoulements de lait peuvent même survenir. Le port d'un soutien-gorge serré (sans armatures) peut aider à réduire ces symptômes. Il est déconseillé de masser les seins. L'application de poches de glace et la prise d'antalgiques peuvent également apporter un soulagement.
Reprise des menstruations
Les menstruations reviennent généralement 4 à 6 semaines après l'IVG. Au début, elles peuvent être irrégulières. Sous pilule contraceptive, les règles reviennent généralement à la fin de la première plaquette. Les premières règles après une IVG peuvent être différentes des menstruations habituelles, étant soit plus abondantes et longues, soit moins importantes et plus courtes.
Effets secondaires et complications nécessitant une consultation
Bien que l'IVG médicamenteuse soit une procédure sûre, il est important de connaître les effets secondaires et les complications qui nécessitent une consultation médicale.
Fièvre
Une fièvre supérieure à 38,5°C pendant plus d'une journée doit être signalée à un médecin.
Saignements abondants et douleurs intenses
Des saignements très abondants, nécessitant le changement d'une serviette hygiénique toutes les 30 minutes pendant plus de deux heures, ainsi que des douleurs intenses qui ne sont pas soulagées par les antalgiques, nécessitent une consultation médicale.
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Troubles gastro-intestinaux
Des nausées, des vomissements et des diarrhées peuvent survenir. Si des vomissements surviennent dans les 30 minutes suivant la prise du misoprostol, il est important de contacter le médecin ou la sage-femme, car un nouveau comprimé peut être nécessaire.
Complications rares
Bien que rares, certaines complications peuvent survenir après une IVG médicamenteuse, notamment :
- Hémorragie : Pertes de sang très abondantes.
- Infection : Dans le cas où la grossesse n'aurait pas été totalement expulsée.
- Douleurs persistantes : Malgré la prise d'antalgiques.
Dans ces cas, il est crucial de contacter rapidement le professionnel de santé qui a suivi l'IVG.
Quand consulter en urgence ?
Il est impératif de se rendre aux urgences de l'hôpital le plus proche en cas de :
- Saignements trop abondants.
- Crampes abdominales sévères.
- Malaise.
- Fièvre persistante après une IVG.
Suivi médical après une IVG médicamenteuse
Une consultation de contrôle est systématiquement programmée 14 à 21 jours après l'IVG pour s'assurer de son efficacité et de l'absence de complications. Cette consultation peut inclure un examen clinique, un test urinaire de grossesse, une prise de sang pour doser les β-hCG (hormones de grossesse) ou une échographie.
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Le contrôle de l’efficacité de l’IVG médicamenteuse est indispensable car il existe entre 1 à 5% d’échec et ou de complications. Ce contrôle peut se faire par une échographie de contrôle ou par une prise de sang de dosage d’hormones de grossesse (Bêta HCG). Le résultat de cette prise de sang sera encore positif même si l’IVG a fonctionné. La vérification du fonctionnement de l’IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG (dosage d’hormones de grossesse dans le sang), est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG cela veut dire que l’avortement à fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial : la grossesse est évolutive et l’ivg par médicament n’a pas fonctionné.
Différences entre IVG médicamenteuse et IVG instrumentale
| Caractéristique | IVG médicamenteuse | IVG instrumentale |
|---|---|---|
| Délai | Jusqu'à 7 semaines de grossesse (9 SA) | Jusqu'à 14 semaines de grossesse (16 SA) |
| Professionnel | Médecin ou sage-femme | Médecin ou sage-femme (sous certaines conditions) |
| Lieu | Cabinet, centre de santé sexuelle, centre de santé, établissement de santé | Établissement de santé, certains centres de santé |
| Méthode | Prise de deux médicaments à 24-48h d’intervalle en présence du professionnel de santé (au sein du cabinet ou de la structure où exerce le professionnel ou lors d’une téléconsultation) ou seule à votre domicile. | Au cours d’une courte hospitalisation : introduction d’une canule souple de calibre adapté par le col de l’utérus pour aspirer le contenu de l’utérus. |
| Douleur | Pas d'anesthésie mais prescription d'anti-douleurs systématique. | Anesthésie locale ou générale selon votre souhait et en accord avec le professionnel de santé qui réalise l’intervention. En cas d’anesthésie générale il sera nécessaire de réaliser préalablement une consultation avec un médecin anesthésiste. |
| Durée totale | Variable. A partir de la prise du second médicament la grossesse est évacuée dans les 4h dans environ 60% des cas. Dans 40% des cas l’évacuation de la grossesse aura lieu dans les 24 à 72h. | L’intervention est rapide et dure entre 15 et 20 minutes. Après l’intervention, il est nécessaire de rester sous surveillance quelques heures dans l’établissement ou le centre de santé. |
| Consultation de suivi | 14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications. | 14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications. |
| Taux de succès | 95% | 99,7% |
| Effets indésirables | Douleurs plus intenses que des douleurs de règles liées aux contractions utérines, généralement après la prise du second médicament. Possible troubles gastro-intestinaux. Saignements plus abondants que des règles habituelles pendant quelques jours. | Douleurs de règles liées aux contractions utérines après l’intervention. Saignements plus abondants que des règles habituelles à la suite de l’intervention pendant quelques jours. |
| Téléconsultation | Toutes les étapes sont réalisables en téléconsultation. | Les étapes préalables à l’IVG et la consultation de suivi sont réalisables en téléconsultation. |
Conséquences psychologiques et soutien
Le vécu d'une IVG est personnel et varie d'une femme à l'autre. Bien que l'IVG ne soit pas à l'origine de troubles psychologiques spécifiques, il est important de se sentir écoutée et soutenue. N'hésitez pas à vous confier à une personne de confiance, à un professionnel de santé ou à un psychologue. Des associations comme le Planning familial peuvent également vous apporter un soutien important.
En cas de coup de blues, il est essentiel de parler, de se sentir écoutée et soutenue. Vous pouvez contacter l’antenne du Planning familial la plus proche de chez vous ou le numéro vert national "IVG, contraception, sexualité" afin d’être orientée vers des associations légitimes et adéquates, et/ou vers un psychologue. Vous pouvez également vous rendre dans un centre de santé sexuelle ou un Espace vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS).
Fertilité après une IVG
L'IVG, réalisée dans de bonnes conditions, n'a pas d'impact sur la fertilité de la femme. Le risque d’infertilité n’est pas lié à la réalisation de l’IVG en tant que telle mais peut être une conséquence des éventuelles complications qui y sont associées (infection, lésions au niveau de l’utérus lors de l’aspiration, etc). D’ailleurs, vous pouvez très vite tomber enceinte de nouveau. C’est pourquoi le choix d’une méthode contraceptive est abordé au cours de la procédure d'IVG.
Contraception après une IVG
Il est possible d’avoir à nouveau des rapports sexuels après une IVG après une dizaine de jours. Il est nécessaire d’utiliser une contraception dès la reprise des rapports sexuels après une IVG (une grossesse est possible même avant la reprise de vos règles). Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l’IVG, vous recevez une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et pouvez échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui vous convient le mieux.
Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier. Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l’intervention, pendant le premier cycle suivant l’IVG. La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG.
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