Depuis 1978, la fécondation in vitro (FIV) a permis la naissance de plus de 6,5 millions d’enfants à travers le monde. Cette biotechnologie, en constante évolution, s'inscrit dans des contextes variés, définissant à chaque fois les termes de ses enjeux socioculturels. Au cœur de cette pratique se trouve la sélection embryonnaire, une étape cruciale qui suscite de nombreuses questions et fait l'objet de différents avis. Cet article se propose d'analyser en profondeur la sélection embryonnaire, en s'appuyant sur une étude comparative menée dans des laboratoires de FIV en France et en Inde, et en tenant compte des divers avis et perspectives sur cette pratique.
La Globalisation de la FIV et ses Enjeux Socioculturels
La globalisation de la fécondation in vitro (FIV) s’inscrit dans des contextes variés qui définissent à chaque fois les termes de ses enjeux socioculturels. Les conceptions et les usages multiples de la nature et de la biologie de la reproduction ont notamment fait l’objet d’une attention importante. Au Royaume-Uni, la FIV a été pensée comme ce qui permet de « donner un coup de main à la nature » (Strathern 1992a et b) et la biologie, comme un savoir-faire associé aux « faits de la vie » (Franklin 1997). Aux États-Unis, la référence à la « nature » peut être une stratégie pour normaliser des processus qui impliquent la participation de tiers dans la reproduction (gestation pour autrui ou don de gamètes) (Cussins 1998). En Europe, la référence à la biologie renvoie à des représentations du corps au cœur d’une histoire socioculturelle qui dépasse l’approche bioscientifique (Porqueres i Gené 2015). La biologie de la reproduction a aussi été abordée à partir de sa dimension visuelle lors des parcours de FIV (Gribaldo 2013).
La Sélection Embryonnaire : Une Chaîne Opératoire Complexe
Dans les deux laboratoires observés en Inde et en France, les embryons sont évalués à partir d’un ensemble de critères invariablement associés à leur « qualité » biologique et à leurs « potentiels de développement et d’implantation ». Ces critères rappellent une partie de la définition descolienne de la « similarité des physicalités » propre à l’ontologie naturaliste (Descola 2005 : 220 et 303), dans le sens où l’approche physique des embryons est constitutive du savoir-faire biologique où qu’il advienne, à la différence des approches « métaphysiques » (Eshre 2001). Or, afin de décrire la sélection comme une biotechnologie portée par une approche naturaliste globalisée, la notion de « chaîne opératoire » s’avère utile.
La chaîne opératoire d'un protocole de fécondation in vitro commence par une stimulation ovarienne par injection hormonale afin de favoriser la production simultanée de plusieurs ovocytes. En effet, plus les ovocytes mis en fécondation sont nombreux, plus on espère obtenir d’embryons pour multiplier les possibilités de transfert et, donc, augmenter les probabilités de grossesse. Lors de l’étape suivante, les ovocytes sont ponctionnés par une équipe clinique et donnés au laboratoire, en même temps que le sperme, recueilli parallèlement. Ces substances reproductives sont préparées, puis les techniques de fécondation in vitro réalisées : les spermatozoïdes sont propulsés à l’aide d’une pipette et mis en contact avec les ovocytes préalablement déposés dans une boîte de Petri contenant des gouttes de milieu de culture. Les boîtes de culture sont ensuite placées à l’abri de la lumière dans un incubateur respectant une température de 37°C et un mélange gazeux précis. Le lendemain matin, les boîtes sont sorties des incubateurs pour vérifier si les fécondations ont réussi. On regarde alors si des embryons commencent leur développement par fusion de l’Adn des gamètes, puis par division cellulaire (ou « clivage ») durant deux à cinq jours. Commence alors l’étape la plus importante de ce processus, à savoir la sélection embryonnaire.
Critères d'Évaluation et Communication aux Patients : Une Étude Comparative
Dans les deux laboratoires, les biologistes procèdent de la même façon : cette étape de sélection consiste à retirer des incubateurs les boîtes de culture contenant les embryons et à les placer sous un microscope doté d’une caméra qui retransmet l’image sur un écran. En zoomant et dézoomant, elles font apparaître l’embryon en deux dimensions, pour observer les différentes cellules qui le composent, en fonction de leur nombre, de leur « régularité », de leur « taux de fragmentation » et de l’épaisseur de la « zone pellucide » (l’enveloppe qui les contient). L'ensemble des informations rassemblées par les biologistes pour noter les embryons forme un portrait schématique de leur développement. Ces observations sont mises en corrélation avec des publications scientifiques qui, de leur côté, ont compilé des données liant caractéristiques physiques des embryons, potentiel de développement et d’implantation, et taux de grossesse. C’est donc la synthèse de toutes ces données scientifiques qui permet de « prédire » le potentiel développemental des embryons.
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Cependant, la manière dont la « qualité » biologique des embryons est communiquée aux patients varie dans les deux lieux de l’enquête. Le laboratoire indien valorise davantage la communication des informations scientifiques auprès des patients, par comparaison avec le laboratoire français qui s’efforce de les masquer. Cette différence renvoie à la relation entretenue entre les deux appréhensions du potentiel embryonnaire (développement et enfant). Or, la manière dont ces deux approches du vivant (présente dans les deux sites) sont mises en relation est dépendante du contexte de déploiement de la sélection. Et elle a un impact sur l’évaluation de la science biologique et de ses usages.
Embryons : Entre Ensembles Cellulaires et Enfants Potentiels
À l’occasion des sélections, une autre compréhension des embryons comme potentiels enfants est mobilisée dans les deux laboratoires, du fait que des patients cherchent ici à devenir parents à travers leur parcours de FIV. Dans le laboratoire français, deux définitions des embryons, comme ensembles cellulaires ou enfants potentiels, sont mises en tension dans un contexte où le vocabulaire scientifique est considéré comme limité ou négatif quand il s’agit de communiquer avec les patients. Dans le laboratoire indien, il n’y a pas de débat à propos du statut des embryons. C’est plutôt la communication des « faits » et de la « vérité » scientifiques aux patients qui est valorisée, dans un contexte d’échanges frauduleux de cellules.
Divers Avis sur la Sélection Embryonnaire
La sélection embryonnaire suscite de nombreux avis divergents, tant au sein de la communauté scientifique que dans la société. Certains considèrent qu'il s'agit d'une pratique essentielle pour optimiser les chances de succès de la FIV et réduire les risques de fausses couches ou de maladies génétiques. D'autres s'inquiètent des implications éthiques de cette pratique, notamment en ce qui concerne le statut de l'embryon et les risques de dérives eugéniques.
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