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L'Avortement en Italie : Entre Loi et Obstacles, un Droit Fragilisé

Introduction

En Italie, l'accès à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet complexe et souvent controversé. Bien que l'avortement soit légal depuis 1978 grâce à la loi 194, son application effective est entravée par divers obstacles, notamment l'objection de conscience du personnel médical, les disparités régionales et les pressions politiques. Cet article explore les enjeux de l'avortement en Italie, en mettant en lumière les défis rencontrés par les femmes et les débats qui animent la société italienne.

La Loi 194 : Un Droit à l'Avortement Encadré

La loi 194, adoptée en 1978 sous la pression des féministes, a dépénalisé l'avortement en Italie. Selon ce texte, l'IVG est autorisée dans les 90 premiers jours de grossesse, ou plus tard si la santé de la femme est en danger ou si le fœtus présente des anomalies graves. Après les 90 premiers jours, l’avortement n’est autorisé que si la grossesse présente un risque significatif pour la santé physique ou mentale de la femme enceinte, ou en cas d’anomalies fœtales. Si tel est le cas, l’intervention doit être médicamenteuse, ce qui provoque une réaction semblable à une fausse couche.

Cette loi, bien qu'historique, est assortie de restrictions. Avant de recourir à l'IVG, les femmes doivent obtenir une certification délivrée par un médecin. De plus, l'article 9 de la loi garantit la clause de conscience, permettant aux professionnels de santé de refuser de pratiquer un avortement en raison de leurs convictions morales ou religieuses.

L'Objection de Conscience : Un Obstacle Majeur

L'objection de conscience est l'un des principaux obstacles à l'accès à l'IVG en Italie. Le personnel de santé (pas seulement le personnel médical, mais aussi le personnel infirmier et technique) peut refuser de pratiquer une IVG au nom de la clause d’objection de conscience. En 2022, 60,7 % des gynécologues étaient objecteurs de conscience en Italie. Ce taux élevé, qui ne cesse d'augmenter, rend l'accès à l'IVG difficile pour de nombreuses femmes. Certaines régions sont particulièrement touchées, comme les Abruzzes, où 80 % des médecins sont opposés à l'IVG, ou la Sicile, où le taux d'objecteurs de conscience parmi les gynécologues atteint 81,5 %.

Ce refus systématique des obstétriciens de pratiquer les IVG prolonge les délais pour les femmes, les obligeant souvent à parcourir plusieurs régions, voire à envisager de se rendre dans un autre pays. Dans certaines régions, il n'y a tout simplement pas de médecin disponible, rendant l'accès à l'IVG plus que difficile.

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Disparités Régionales et Accès aux Soins

Les soins de santé en Italie étant une compétence régionale, l'accès à l'avortement varie considérablement d'une région à l'autre. Les femmes qui n'ont pas accès aux services d'avortement dans leur région pourraient être effectivement privées de toute possibilité d'exercer leur droit d'accès à ces services car les contraintes de temps pourraient les empêcher de trouver d'autres dispositions. Le Sud de l’Italie est particulièrement touché par ce phénomène où l’avortement est peu pratiqué.

La question de l’avortement médicamenteux reste sensible en Italie, malgré les changements introduits en 2020 pour faciliter l’accès à la pilule abortive RU486. En outre, la grande majorité des régions n’ont pas respecté les lignes directrices du ministère de la Santé et n’ont pas veillé à la bonne disponibilité de la pilule RU486. Seules trois régions (Latium, Émilie-Romagne et Toscane) autorisent actuellement l’avortement médicamenteux dans les centres de consultation. Au Piémont, le gouvernement régional de centre droit a interdit l’utilisation de la pilule RU486 dans les centres publics de consultation (Consultori).

Influence de l'Église Catholique et Climat Politique

La forte influence de l'Église catholique au sein de la société italienne joue un rôle important dans le débat sur l'avortement. Le Pape François avait qualifié l’avortement d’ « intervention d’un tueur à gages ». De plus, dans les meilleures universités catholiques du pays, la contraception et l’IVG ne sont pas enseignées. Par ailleurs, les élèves doivent signer un document les réclamant être objecteurs de conscience.

L'accession du parti Fratelli d'Italia au gouvernement a considérablement inquiété les féministes et les militants pro-IVG. Giorgina Meloni a pourtant déclaré à maintes reprises ne pas vouloir toucher à la loi 194. Or, la Première ministre est réputée pour son slogan « Dieu, patrie et famille », reflétant le modèle familial traditionnel qu’elle défend avec ferveur. En supplément, celle-ci a sous-entendu s’opposer à l’IVG : « Oui à la culture de la vie. Non à l’abysse de la mort ». Plusieurs membres de son parti adoptent eux aussi un comportement antagoniste sur le sujet. L’arrivée au pouvoir de Meloni a notablement amoindri la pratique dans certaines régions, notamment depuis la coalition formée entre son parti, la Lega Nord (mouvement anti-migrants d’extrême-droite de Matteo Salvini) et la Forza Italia (mouvement de centre-droit d’Antonio Tajani).

Dans un climat où les droits des femmes en Italie sont déjà contestés, les députés italiens ont adopté ce mardi 16 avril un amendement s’apparentant à un véritable recul des droits des femmes. Sous couvert de promouvoir la natalité, la mesure autorise les associations anti-IVG à s’introduire dans les centres de conseils afin de dissuader ces dernières.

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Réactions et Mobilisations

Face à l'instauration de cette politique, les militants pro-avortement et les opposants dénoncent fermement la rétrogression des droits des femmes. Silvia Roggiani, députée démocrate, affirme que « la droite continue d’afficher sa nature nostalgique et sa vision obscurantiste et patriarcale en essayant, par tous les moyens, d’éroder les droits des femmes ». Au sein du Sénat italien, Gilda Sportiello, députée de Movimento 5 Stelle, a indigné sa colère : « Ce que vous voulez dans les centres médicaux, ce sont les anti-avortements. Votre amendement, c’est un homme qui l’a présenté, c’est un homme qui décide de ce que nous devons faire de nos corps. […] C’est nous qui choisissons d’être mère ou pas. Il y a quatorze ans, j’ai choisi d’avorter.

Statistiques et Tendances

En 2021, l’Italie a enregistré 63 653 avortements, soit une baisse de 4,2 % par rapport à l’année précédente et un net recul par rapport au pic de 234 801 IVG atteint en 1983. En 2022, Eurostat faisait état de 5 avortements pour 1 000 femmes en âge de procréer en Italie, ce qui place le pays parmi les plus faibles taux d’avortement au monde. Malgré l’augmentation du nombre d’avortements médicamenteux, de 12,9 % en 2014 à 45,3 % en 2021, la méthode chirurgicale reste la plus fréquente en Italie.

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tags: #italie #avortement #loi #medecin

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