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Interdiction des écrans pour les enfants : Conséquences et recommandations

L'omniprésence des écrans dans notre société soulève des questions cruciales concernant leur impact sur le développement des enfants. Alors que les écrans sont partout, il est compliqué d’empêcher les enfants de regarder la télévision, le smartphone ou la tablette. Cet article explore les conséquences de l'exposition des enfants aux écrans, en particulier avant l'âge de six ans, et propose des recommandations pour protéger leur santé et leur développement.

L'appel à l'interdiction des écrans avant 6 ans

Certains professionnels de santé préconisent d’interdire les écrans aux enfants de moins de 6 ans. Face à la surconsommation d'écrans et à ses effets catastrophiques, un nouvel objectif a été proposé par des professionnels de la santé : « Pas d’écran avant 6 ans ». Cet appel à une prise de conscience collective s’adresse aux jeunes parents, aux enseignants, éducateurs et pédagogues, aux soignants, aux décideurs politiques et à toutes celles et ceux qui s’intéressent à la santé des enfants. Il est important de noter que cette recommandation s'applique aussi bien à la maison qu'à l'école, car les effets sur la vision et les rythmes circadiens sont indépendants du contenu.

Constat des dégâts : Retards et troubles

Chaque jour les pédiatres, médecins généralistes, pédopsychiatres, neuropédiatres, les orthophonistes, psychomotricien-ne-s, ergothérapeutes, et les enseignants de maternelle et de cours préparatoire constatent les dégâts produits par une exposition régulière aux écrans avant l’entrée à l’école primaire. Parmi les problèmes observés, on note :

  • Retard de langage
  • Troubles de l’attention
  • Troubles de la mémorisation
  • Agitation motrice

Ces constats alarmants sont corroborés par de nombreuses publications scientifiques internationales. Chaque jour de nouvelles publications scientifiques soulignent dans cette tranche d’âge les effets négatifs d’une exposition répétée, même brève, aux écrans en terme de développement socio-relationnel, affectif, intellectuel et neurologique, et de santé somatique.

Impact sur le développement cérébral

Les six premières années de vie sont fondamentales pour le neurodéveloppement de l'enfant. S’il repose en partie sur des facteurs génétiques, le neurodéveloppement résulte surtout d’un savant mélange d’observations et d’interactions riches et variées avec l’environnement. L’enfant explore son milieu en sollicitant tous ses sens, tout son corps, guidé par les figures parentales bienveillantes et attentives. Les apprentissages sont alors particulièrement nombreux sur le plan moteur, sensoriel et intellectuel. Or les écrans quelle qu’en soit la forme (télévision, tablette, téléphone) ne répondent pas aux besoins de l’enfant.

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Les écrans entravent et altèrent la construction du cerveau de plusieurs manières :

  • Contenus trop riches et rapides : La cadence infernale de défilement des images et la multitude de stimuli sensoriels captent l'attention de l'enfant de manière excessive, saturant ses capacités de traitement des informations et épuisant ses ressources attentionnelles le rendant alors inapte à comprendre et apprendre quoi que ce soit. Ce flux compromet les connexions neuronales non encore consolidées, pouvant altérer durablement le fonctionnement de son cerveau.
  • Activités trop pauvres : Les écrans réduisent le centre d’intérêt et le champ de vision de l’enfant à quelques centimètres carrés, ne lui mettant à disposition qu’une succession d’images en deux dimensions et de sons enregistrés, sans rationalité ou logique communicative et sensorielle, bien loin de la richesse des interactions naturelles qu’offre la « vraie vie ».

Conséquences sur la santé physique

Ces mêmes outils numériques risquent de nuire à la santé physique de l’enfant. Le développement visuel peut être modifié avec un risque accru de myopisation et des conséquences rétiniennes à long terme du fait d’une sensibilité plus importante de la rétine à la composition spectrale de la lumière, d’une transmittance majorée de l’œil de l’enfant à la lumière bleue et de l’accommodation souvent prolongée sur les écrans.

Facteurs de protection et alternatives

Outre qu’une telle interdiction risque de paraître irréaliste à beaucoup de parents et se heurte à des problèmes d’application, des études récentes montrent qu’il existe de nombreux facteurs de protection qui, s’ils étaient mis en place, permettraient de réduire à la fois le temps d’écran et ses conséquences les plus problématiques, autrement dit les facteurs de risque.

Il est essentiel de tenir compte de la distinction entre écrans accompagnés et écrans non accompagnés. Plusieurs études ont en effet montré que si la télé allumée en toile de fond et le temps total d’écran réduisent les compétences langagières des jeunes enfants, en revanche le covisionnage et les contenus éducatifs sont associés à des compétences langagières accrues. L’alphabétisation baisse quand les enfants sont laissés seuls devant les écrans, mais elle augmente quand les parents regardent les programmes avec eux. Autrement dit, il est possible d’avoir des activités non seulement de socialisation, mais aussi d’apprentissage avec les écrans.

L’étude Elfe, publiée en 2024, montre que le fait de prendre les repas sans télé est associé à de meilleurs scores de raisonnement verbal à 2 ans, et de développement cognitif à 3 ans et demi et 5 ans. Autrement dit, l’idée que le temps passé devant les écrans serait du temps perdu pour les apprentissages fondamentaux ne s’applique qu’aux enfants abandonnés devant un écran, et encore faut-il que ce temps soit important - plus de cinq heures par jour.

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Voici quelques alternatives et recommandations pour un usage plus sain des écrans :

  • Privilégier les interactions et le développement des 5 sens : Entre 0 et 3 ans, il est indispensable de privilégier les interactions et de développer ses 5 sens. Les chahuts dans le salon ou les jeux dans le jardin se sont changés en temps silencieux devant un écran, avec des conséquences sur la santé des plus jeunes.
  • Encadrement et dialogue : Plutôt que d’interdire, mieux vaut privilégier le dialogue et encadrer leur temps d’exposition. Il s’agit d’éviter un usage excessif des jeux en ligne et de les accompagner dans leur navigation sur Internet.
  • Activités créatives avec le numérique : Pour montrer que l’on peut être actif avec le numérique, pourquoi ne pas créer avec l’appareil photo du téléphone ? Monter des petits films, créer des visuels.
  • Podcasts pour enfants : Celui de France Inter « Une histoire et …Oli » propose des contes pour les 5-7 ans imaginés et racontés par des auteurs reconnus.
  • Règle simple : Ne pas laisser d’écran dans la chambre après le coucher.
  • Établir un tableau : Pourquoi ne pas établir un tableau pour déterminer les plages horaires pendant lesquelles l’utilisation des écrans est permise ?

Le rôle des institutions et des parents

Les institutions, l’Etat, ont un rôle majeur à jouer. Car la formation de tous les professionnels en lien avec la petite enfance, soignants comme pédagogues, est indispensable. Il ne s’agit cependant pas uniquement d’évincer les écrans, mais aussi de créer un environnement favorable à la santé et à l’épanouissement de l’enfant. Il faut des interventions de guidance des parents visant notamment à développer leurs compétences psychosociales, et le déploiement de projets éducatifs dédiés dans les structures d’accueil.

Les parents ont un rôle primordial à jouer dans la protection de leurs enfants. Or un enfant dans les premières années de sa vie subit l’environnement proposé par l’adulte, très souvent pour le meilleur mais parfois pour le pire. Alors qu’il n’est pas encore en capacité de comprendre par lui-même ce qui est bon ou néfaste pour lui, cet environnement familier devrait répondre à ses besoins d’exploration, de découverte et de sécurité pour lui permettre de s’épanouir harmonieusement. Protégeons-le. Posons nos smartphones et éteignons la télévision pendant les moments partagés, les jeux, les repas.

Cyberharcèlement et protection des adolescents

Pour mieux protéger les enfants sur les réseaux sociaux, le gouvernement a adopté une loi visant à instaurer une majorité numérique et à lutter contre la haine en ligne (loi n° 2023-566 du 7 juillet 2023). Elle fixe la majorité numérique à 15 ans pour s’inscrire sur ces plateformes.

Face aux dangers du cyberharcèlement, il est essentiel d’encourager les jeunes à parler ouvertement de leurs expériences en ligne et à reconnaître les signes d’abus. Enfin, si un jeune est victime de cyberharcèlement, il doit impérativement en parler à un adulte de confiance afin d’agir rapidement et mettre fin à cette violence.

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