Introduction
L'insémination extragénitale traumatique est un mode de reproduction particulier observé chez certains insectes. Cette méthode d'accouplement, bien que rare, a été retenue au cours de l'évolution, notamment chez les invertébrés tels que les Acanthocéphales ou certains Oxyures. Chez la punaise de lit, Cimex lectularius, ce processus implique une perforation de la cuticule abdominale de la femelle par le mâle pour l'injection du sperme. En relation avec cette insémination traumatique, des adaptations morphologiques et physiologiques se sont développées au cours de l’Évolution.
Le Mécanisme de l'Insémination Extragénitale Traumatique
L'insémination extragénitale traumatique se distingue par le fait que le mâle n’utilise pas les voies de reproduction naturelles de la femelle lors de l’accouplement, contrairement à la majorité des insectes. L’insémination ne s’effectue pas par introduction du sperme dans les voies génitales de la femelle, mais par injection de celui-ci en perçant la cuticule abdominale soit directement dans l’hémocœle, soit dans des organes secondairement développés à cet effet et sans liaison avec les voies génitales, qui ne sont atteintes qu’ultérieurement. On réserve à ces phénomènes le nom d’insémination extragénitale traumatique étudié par Carayon en 1966 chez les Cimicidés et certaines familles voisines des punaises. Le mâle, doté d’un appareil reproducteur en spicule, perfore l'abdomen de la femelle pour déposer le sperme. Les voies de reproduction naturelles de la femelle ne servent qu’à la ponte des œufs. Le mâle peut s’accoupler avec plusieurs femelles et ce, plusieurs fois par jour.
Adaptations Morphologiques et Physiologiques
En réponse à cette forme d'insémination, les femelles ont développé des adaptations pour atténuer les dommages et optimiser la reproduction. En particulier un système reproducteur paragénital (le spermalège), qui consiste en une modification de la paroi abdominale dans la région percée lors de l’accouplement (l’ectospermalège) et une poche interne reliée à la paroi de l’ectospermalège qui reçoit le sperme (le mésospermalège). Chez les Cimex, le mésospermalège est une sorte de sac très bien développé et la zone percée lors de l’accouplement l’est dans une zone très localisée. Dans la partie située sous l’ectospermalège se trouve un organe mésodermique sacciforme permettant de stocker le sperme. Dans la parois des oviductes latéraux, se sont différenciées du côté externe, deux poches ovoïdes : les conceptacles séminaux.
Comportement des Femelles et Dispersion
Les femelles à jeun montrent un comportement particulier qui peut être interprété comme une « posture de refus » envers de potentiels partenaires. Elles contractent leur abdomen de façon à empêcher tout accès au mâle. Cependant, les mâles semblent être attirés par les femelles ayant très récemment pris un repas sanguin et qui après ne sont pas capables d’accomplir cette posture (Siva-Jothy, 2006). Après la monte, le mâle se plie contre sa partenaire et sonde l’abdomen avec son paramère qui possède des chémorécepteurs. D’après Siva et Jothy (2002), c’est grâce au « goût » de sperme qu’ils décident alors d’arrêter l’accouplement et diminuent le volume de leur éjaculat déversé. Les femelles doivent absolument se nourrir, ce qui signifie qu’il y aura toujours des périodes où celles-ci ne pourront pas refuser l’accouplement. Cette dispersion des femelles se produit après au moins un accouplement et les femelles sont capables de déposer des œufs loin des centres de population où les juvéniles peuvent commencer à former de nouveaux groupes avec les femelles. En plus d’augmenter les chances de survie et de reproduction individuelles des femelles, cette capacité de dispersion des femelles hors des groupes en réponse à l’insémination traumatique est également bénéfique à la population dans son ensemble en tant que mécanisme permettant la découverte et l’exploitation de nouveaux milieux et ressources et évitant la surexploitation d’un hôte.
Conséquences de l'Insémination Traumatique
Impact sur la Santé des Femelles
L'insémination extragénitale traumatique peut entraîner des blessures et des infections chez les femelles. Les adaptations morphologiques, comme le spermalège, visent à minimiser ces dommages.
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Dispersion et Colonisation
La dispersion des femelles après l'accouplement traumatique favorise la colonisation de nouveaux environnements et réduit la compétition pour les ressources.
Implications Évolutives
Ce mode de reproduction a des implications importantes pour l'évolution des espèces concernées, influençant la morphologie, le comportement et la physiologie des mâles et des femelles.
La Punaise de Lit : Un Exemple Concret
Biologie et Comportement
La punaise de lit, Cimex lectularius, est un insecte hématophage qui se nourrit principalement de sang humain. Elle préfère l’obscurité et mesure entre 5 et 8 mm. Elle est surtout active la nuit car elle fuit la lumière. Elle vit en groupe au sein des habitations humaines et ce, dans des endroits très variés tels que les fentes, les fissures des murs, le plancher, les matelas des lits, les coutures des sommiers, les ourlets des articles de literie, les têtes de lit, les meubles, les plinthes, les rideaux, les placards, le bois des lits, le papier peint, les vêtements, les sacs à dos, les valises, les chaises, les sofas, les tapis, les affiches, les cadres, les tableaux, sous les moulures, dans les prises électriques, les papiers, les livres, les téléphones, les radios, les horloges etc. Cimex lectularius se nourrit essentiellement de sang humain grâce à son appareil buccal, contrairement aux autres espèces de sa famille qui peuvent aussi s’alimenter de celui des oiseaux ou de mammifères.
Reproduction et Cycle de Vie
Le mode de reproduction de la punaise de lit est appelé « insémination extragénitale traumatique ». Cela est dû au fait que le mâle n’utilise pas les voies de reproduction naturelles de la femelle lors de l’accouplement, contrairement à la majorité des insectes. Il peut s’accoupler avec plusieurs femelles et ce, plusieurs fois par jour. La femelle adulte pond 150 à 500 œufs au cours de sa vie en fonction de la température de la pièce et de la source de nourriture humaine qui est à sa disposition. La durée moyenne avant l’éclosion varie de 10 à 14 jours, bien que l’œuf puisse éclore plus rapidement. Un œuf est difficile à voir à l’œil nu car il est blanchâtre, en forme de poire et mesure un millimètre (grosseur d’une tête d’épingle). Les œufs sont déposés en grappes (de 10 à 30 œufs) par la femelle et vont être collés dans des espèces serrés au plus près de sa source alimentaire comme les coutures de matelas, les oreillers, les lattes de sommeil, etc. On distingue les œufs non éclos, opaques et blancs, des œufs éclos qui sont davantage translucides. Après l’éclosion, la punaise de lit va passer par 5 stades larvaires, où elle va avoir besoin d’une grande quantité de sang. Les larves et les imagos ont la capacité de pouvoir absorber le double de leur poids de sang. L’insecte a une métamorphose incomplète (hétérométabole). Au stade nymphal, il ressemble à l’adulte sauf que sa taille et sa couleur diffèrent. Deux principaux facteurs vont jouer dans la durée du cycle de vie de la punaise de lit : la fréquence des repas et la température du milieu (idéale entre 21 et 26°C). Si les conditions sont particulièrement favorables, la punaise de lit devient complètement mature en un mois ; sinon, cela peut prendre plus de temps (de deux à dix mois). L’adulte peut vivre de 6 à 24 mois. Les œufs éclosent trois à dix jours après la fécondation au plus tard, la température doit être est comprise entre 14 °C et 27 °C. Une femelle pond entre 200 à 500 œufs dans sa vie.
Infestation et Santé Publique
La punaise de lit existe depuis très longtemps et est présente sur l’ensemble du globe. Le Québec est une région particulièrement touchée par cette espèce. Elle a une préférence particulière pour les climats tempérés. On la retrouve le plus souvent dans les zones à forte densité de population telles que les hôtels, les chambres d’hôtes, les auberges de jeunesse, les colonies de vacances, les maisons de retraite, les crèches, les écoles, les dortoirs, les résidences étudiantes, les hôpitaux, etc.
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Les morsures sont indolores, mais peuvent être suivies de petites taches maculaires, qui peuvent évoluer en papules accompagnées d’intenses démangeaisons. Certains patients présentent un urticaire généralisé. Il peut exister un délai de 10 jours entre la piqûre et les premiers symptômes peut atteindre dix jours. Les punaises sont responsables outre les problèmes dermatologiques, Il existe toujours un risque de surinfection des lésions, avec formation, par exemple, d’un impétigo, voire les problèmes d’allergie et d’anémie quand les morsures sont abondantes, de détresse psychologique importante. une anémie ferriprive due à des pertes excessives en fer en cas d’infestation massive, plus important chez les enfants et chez les personnes âgées. des effets psychologiques : « les personnes qui résident dans un lieu infesté de punaises sont souvent irascibles, dans un état d’hyper-vigilance et de stress. La privation de sommeil entraîne une fatigue qui s’accumule, un état de nervosité et des symptômes dépressifs. Cela impacte également la vie sociale des personnes qui s’isolent parce qu’elles ont honte ou peur de propager le problème.
Détection et Lutte
Pour détecter leur présence, il faut observer les matelas, lattes ou fentes du sommier, bois du lit, plinthes, angles des murs et des déjections, liquides au moment de l’émission, formant ensuite des points noirs (amas de 1 à 3 mm) éventuellement noyés dans les fibres du tissu du drap ou de la taie d’oreiller.
Il existe des moyens de lutte comme la température (congélation ou vapeur très chaude). Une fois désinsectisés, les objets doivent être préservés d’une re-contamination. Pour cela, des sacs plastiques transparents à fermeture étanche doivent être utilisés (sacs de congélation pour petits objets ou similaires pour des objets plus grands). Pour protéger les objets de façon efficace, il est nécessaire de faire un test d’étanchéité à l’air au préalable, de fermer les trous éventuels avec du scotch, et évidemment de bien fermer les sacs. Il faut beaucoup de rigueur, il faut traiter la pièce infestée en aspirant minutieusement tous les recoins de la pièce, sans oublier les plinthes et les petits interstices puis jeter le sac, passer la vapeur à 110°C de toute la pièce laver le linge de lit, mais aussi vos vêtements à 60°C minimum. Le traitement chimique doit se faire par une société de désinfection qui procédera à des traitements à 15 jours utilisant de la perméthrine ou des pyréthrinoïdes de synthèse. Les personnes doivent quitter leur logement pendant la durée de ce traitement. « Pour un traitement mécanique (sans insecticide), le prix varie, lui, entre 400 et 1000 euros selon les surfaces à traiter et les méthodes utilisées. Si des dispositifs d’aides financières existent, notamment auprès de la mairie, il reste peu nombreux. De plus, le traitement revient en théorie à la charge du propriétaire, mais cela n’est pas su de tous les locataires. La Chambre syndicale des industries de désinfection, désinsectisation et dératisation (CS3D) répertorie sur son site les professionnels réputés sérieux, qui possèdent un certificat délivré pour cinq ans par le ministère de la Transition écologique (« Certibiocide »). Dans son plan de lutte annoncé jeudi, le gouvernement prévoit de demander aux professionnels de mieux se structurer, avec une formation et un label à la clé, afin de mieux orienter les particuliers. Le Dr. Arezki Izri (entomologiste médical), de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, de Université Paris XIII est coauteur d’un rapport sur les punaises de lit, 2015 « le recours aux insecticides demeure trop systématique et devance la lutte mécanique (aspiration, chaleur, froid, vapeur sèche) qui, à condition qu’elle soit bien menée, peut suffire ». Et certaines entreprises de désinsectisation (activité non encadrée), ont parfois des méthodes peu rigoureuses, proposent des services à des prix parfois élevés (souvent plusieurs centaines d’euros, y compris pour de petites surfaces). Elles disposent généralement d’équipements et de produits plus efficaces que les particuliers, tels que des nébulisateurs électriques permettant de créer des nuages d’insecticide dans des endroits clos.
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