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Insémination Artificielle Bovine: Avantages et Inconvénients

L'insémination artificielle (IA) est une technique de reproduction largement utilisée dans l'élevage bovin, particulièrement dans les exploitations laitières. Bien que son adoption soit massive dans ce secteur, son utilisation reste plus limitée dans les élevages allaitants. Cet article examine en détail les avantages et les inconvénients de l'IA bovine, en tenant compte des aspects génétiques, sanitaires, économiques et pratiques.

Introduction

L'insémination artificielle, qui a pris son essor en France à partir de la fin des années 1940, consiste à collecter la semence d'un taureau, à la conditionner (souvent par congélation), puis à l'introduire dans les voies génitales de la vache. Cette technique permet de dissocier la production de sperme de l'insémination elle-même, évitant ainsi le transport des animaux, limitant les risques sanitaires et facilitant les échanges à longue distance.

Avantages de l'Insémination Artificielle

Amélioration Génétique du Troupeau

L'IA offre un avantage majeur en permettant d'accélérer le progrès génétique. Un éleveur laitier utilisant l'IA peut espérer un gain génétique de 0,2 à 0,4 écart-type par an, simplement en sélectionnant des taureaux d'IA de qualité. L'IA permet de raisonner au cas par cas pour améliorer la valeur génétique du troupeau. Une vache avec une faible production laitière peut être croisée avec un taureau dont les filles sont de bonnes productrices. La technique permet de disposer d'un large éventail de géniteurs de qualité et de mettre en place un plan d'accouplement personnalisé. Les gains génétiques sont multiples. En race Charolaise, les génisses issues d’IA pèsent en moyenne 13 kg de plus à 210 jours que les femelles nées d’un père de monte naturelle.

Prévention des Maladies

L'IA contribue significativement à la prévention de la diffusion des maladies vénériennes. Les taureaux utilisés pour la collecte de semence sont rigoureusement contrôlés et doivent être exempts de toute affection transmissible. Détenir un taureau, le partager ou le louer avec d’autres exploitations augmente le risque qu’il diffuse le pathogène au sein du troupeau. Les semences d’inséminations artificielles sont produites avec un protocole qui exclut les risques de transmissions entre individus.

Contrôle Précis des Saillies

L'IA permet de contrôler de manière plus précise les saillies et le pourcentage de réussite. L’IA permet de contrôler de manière plus précise les saillies et le pourcentage de réussite. La rigueur dans la détection des chaleurs est essentielle pour avoir de bons résultats à l'IA. Cet aspect peut intimider les éleveurs, mais des solutions existent. Des programmes de synchronisation des chaleurs reviennent en général à une vingtaine d'euros par vache.

Lire aussi: Protocoles d'insémination artificielle Teva expliqués

Rentabilité Économique

L'IA peut être plus rentable que la monte naturelle. En tenant compte du nombre de taureaux nécessaires pour saillir 100 vaches et 15 génisses, de leur coût d’achat, de l’entretien pendant cette période et en estimant leur utilisation sur une période de trois ans, l’utilisation de l’insémination artificielle était plus rentable. L’insémination artificielle était utilisée avec un protocole de synchronisation avec un taux de réussite de 90 % pour les vaches et 85 % pour les génisses.

Semence Sexée

L’utilisation de semence sexée est très développée chez les bovins. La méiose induisant une ségrégation aléatoire des chromosomes X et Y, on attend en espérance 50 % de spermatozoïdes porteurs du X et 50 % de porteurs du Y. En pratique, on observe à la naissance un peu plus de veaux mâles que de femelles (51 % vs 49 %). Ce léger déséquilibre peut être dû à une survie différentielle de l’embryon lors du développement, ou au poids légèrement plus faible des spermatozoïdes mâles, du fait d’un contenu en ADN légèrement plus faible, les favorisant dans la course pour la fertilisation. La production de semence et sa congélation puis l’insémination artificielle ne modifient pas ce sex-ratio des veaux, avec environ 51 % de mâles parmi les veaux nés de semence conventionnelle. En élevage laitier comme allaitant, où très majoritairement le cheptel femelle est en autorenouvellement, faire naître plus de femelles est pourtant d’intérêt majeur, afin d’accroître notamment les possibilités de sélection intratroupeau. Le conditionnement de la semence pour l’insémination implique différentes procédures de préparation et de contrôle et depuis longtemps, des recherches ont été entreprises pour dévier ce sex-ratio dans la direction désirée. Plusieurs procédés ont été proposés et étudiés (Druart & Ribeiro Bento Dos Santos, 2004), basés sur la différence de quantité d’ADN, de volume ou de masse entre spermatozoïdes X et Y, ou sur des différences d’antigènes de surface. Une équipe japonaise a récemment réussi une séparation des spermatozoïdes X et Y après activation des gènes TLR7/8 localisés sur le chromosome X (Umehara et al., 2020). Mais jusqu’à présent, un seul procédé, basé sur du tri cellulaire, est suffisamment abouti pour une application commerciale à grande échelle. Le principe est de séparer, par un traitement particulier, les spermatozoïdes portant un chromosome X et donnant une femelle, des spermatozoïdes portant un chromosome Y et donnant un mâle. Le procédé appliqué actuellement a été développé par des chercheurs de l’USDA dans les années 1990 (Johnson et al., 1987 ; Johnson & Seidel, 1999) sur différentes espèces de mammifères, puis breveté par la société XY Inc (Johnson, 1992). Le procédé repose sur le tri de spermatozoïdes après traitement de la semence avec une substance, le Hoechst 33342, qui se fixe sur l’ADN. Ce produit est fluorescent quand il est éclairé par les UV et les spermatozoïdes traités, éclairés par un laser UV, sont d’autant plus fluorescents qu’ils contiennent plus d’ADN. Le chromosome X étant plus grand que le chromosome Y, les spermatozoïdes femelles ont plus d’ADN (4 %) que les spermatozoïdes mâles et sont légèrement plus fluorescents, et cette différence est utilisée pour séparer les deux types de spermatozoïdes. De façon plus détaillée, la semence est diluée et sa concentration est standardisée, puis elle est traitée au Hoechst 33342 pendant une heure. À l’entrée du trieur de cellules, la solution est finement brumisée de sorte que chaque spermatozoïde est enfermé dans une gouttelette et orienté pour que le signal lumineux soit interprétable, ce qui constitue une des difficultés techniques importantes. En fonction du niveau de fluorescence détecté après éclairage par un laser, les spermatozoïdes sont chargés électriquement positivement ou négativement, et déviés dans l’une ou l’autre direction. Les spermatozoïdes morts, qui n’ont pas intégré de fluorophore Hoechst 33342, sont également éliminés. Les distributions de fluorescence mesurée lors du tri n’étant pas disjointes, on ne peut pas retenir les 50 % de spermatozoïdes du sexe choisi. Pour garantir un niveau de pureté suffisant, on ne retient donc que la partie de la distribution constituée en majorité de spermatozoïdes du sexe choisi. L’objectif fréquemment fixé est une précision de tri de 90 à 95 %. Ces valeurs résultent d’un compromis entre pureté souhaitée et quantités produites, car plus la pureté recherchée est élevée, plus importante est la perte de semence et plus long est le procédé, et donc plus la technique est coûteuse. Le rendement est d’autant meilleur que les deux distributions de fluorescence sont moins chevauchantes et il est important que le signal de fluorescence soit le moins bruité possible. En théorie, le procédé permet de produire des doses mâles ou des doses femelles. Mais compte tenu de la dissymétrie de la sélection pratiquée, la fraction non sélectionnée n’est pas utilisable, car elle ne présente pas un niveau de pureté acceptable pour l’autre sexe. Inventée dans les années 1990, cette technique a largement profité des avancées des technologies de tri cellulaire, avec une augmentation du débit et une diminution du coût, et elle a pu être commercialisée depuis 2004. Une tête de trieur actuel permet d’obtenir environ 6 000 spermatozoïdes triés par seconde, un débit qui permet la production de quelques centaines de doses par machine et par jour. Les doses produites avec le protocole usuel contiennent moins de spermatozoïdes que les doses conventionnelles (environ 2 millions vs 8 millions), ce qui résulte également d’un optimum économique du process. Selon Sexing Technologies, qui reste discret sur la nature des améliorations, le procédé le plus récent, appelé sexedULTRA®, préserve mieux l’intégrité des spermatozoïdes et doit réduire la perte de fertilité. Les semences sexées usuelles garantissent 90 à 92 % de descendants du sexe demandé. L’essentiel des besoins concerne la production de doses femelles pour insémination dans les élevages commerciaux. Aujourd’hui, trois ateliers de sexage de la semence bovine fonctionnent en France. Propriétés de l’entreprise Sexing Technologies, ils sont installés dans trois centres d’insémination dans l’est (Roulans, 25), l’ouest (St Aubin du Cormier, 35) et plus récemment le nord de la France (Douai, 59). Il arrive que la semence de certains taureaux ne puisse pas être sexée. Ce phénomène est généralement dû à la présence d’un réarrangement chromosomique dans le génome du taureau. La méiose conduit alors à une forte proportion de spermatozoïdes au génome déséquilibré, avec deux copies ou zéro copie du segment chromosomique concerné (Jourdain et al., 2023). Cette variation de quantité d’ADN perturbe la distribution de la fluorescence qui n’est plus représentative de la distribution des chromosomes X et Y. Une impossibilité de sexage est donc un signal d’appel d’un possible réarrangement chromosomique.

Insémination par l'éleveur (IPE)

Pratiquer soi-même les inséminations facilite l'organisation du travail et permet de s'impliquer davantage dans la maîtrise de la reproduction du troupeau. L'INSÉMINATION PAR L'ÉLEVEUR (IPE) EST EN PLEIN DÉVELOPPEMENT. En 2010, plus de 2 000 éleveurs avaient déclaré 200 273 inséminations artificielles auprès des EDE. Certes, cela ne représente que 3 % des IA totales mais, entre 2009 et 2010, la croissance annuelle représentait 34 %. Et à en croire les demandes de formation, elle n'a pas faibli l'an passé. Ce nouvel engouement s'est d'abord appuyé sur l'évolution récente de la réglementation. En effet, depuis 2006, l'éleveur qui souhaite inséminer chez lui n'a besoin que d'une chose : envoyer une simple déclaration à l'EDE. Il n'est plus nécessaire de posséder une licence ni même de suivre une formation obligatoire ni de convention avec un centre d'IA. « L'éleveur inséminateur n'est plus le militant de l'autonomie d'avant 2006, qui se voulait surtout indépendant des coopératives d'insémination (CIA) », explique Dominique Lebrun, de France Bovia(*) (organisme de formation à l'insémination). Les motivations premières des éleveurs sont aujourd'hui l'organisation du travail et une meilleure maîtrise de la reproduction. Ceux qui se forment à l'IA ont souvent le même discours : « Les services proposés par les CIA se sont dégradés ou ne correspondent plus à nos attentes et à nos emplois du temps de plus en plus chargés. » En cause, des heures de passage aléatoires ou un seul passage par jour de l'inséminateur. Difficile dans ces conditions d'assurer une contention non stressante pour la vache, mais aussi d'échanger avec le technicien. En cause aussi, certains CIA qui n'assurent pas de service le dimanche. Au-delà de ces considérations pratiques, beaucoup d'éleveurs inséminateurs sont très impliqués dans la génétique de leur troupeau et recherchent une plus grande autonomie dans le choix des taureaux. Enfin, l'économie sur la mise en place des paillettes n'est pas négligeable (voir tableau page suivante). « Le choix d'inséminer s'inscrit plus largement dans une professionnalisation des éleveurs, qui s'investissent davantage dans le suivi du troupeau, notamment la fertilité : surveillance des chaleurs, alimentation des taries, etc. Il n'y a pas aujourd'hui un profil particulier de l'éleveur inséminateur. Certes, les jeunes sont plus représentés que les cinquantenaires, mais ces derniers participent aussi aux formations. Toutes les tailles de troupeaux et toutes les grandes races sont concernées. Mais le geste est-il accessible à tout le monde ? Il y a là un mythe à briser car très entretenu par les inséminateurs depuis une cinquantaine d'années. L'acte de l'insémination artificielle a souvent été présenté comme inaccessible aux non-spécialistes : « Celui qui n'insémine pas 5 000 vaches par an ne peut pas maîtriser le geste. Dominique Lebrun qui a été lui-même inséminateur pendant dix ans, puis technicien en transplantation embryonnaire depuis vingt-deux ans, tient à désacraliser l'IA : « N'importe quel éleveur, homme ou femme, peut s'approprier ce geste technique. Cela ne demande aucune force physique mais un peu d'habileté. Elle s'acquiert plus ou moins vite par une formation et quelques semaines d'apprentissage. Mais c'est moins une question d'adresse que de motivation et chacun peut y aller à son rythme. Ils ne sont que quelques-uns en France à offrir des formations à l'IA. France Bovia, basée en Bretagne, à Châteaubourg, et en Normandie, à Surtauville, propose un cycle de trois jours, par petits groupes d'éleveurs et espacés dans le temps. Il s'effectue pour moitié en salle le matin pour la théorie, et l'après-midi sur des vaches de réforme. Aux éleveurs de s'entraîner ensuite chez eux entre les jours de formation. « Nous avons choisi cette formule, carl'apprentissage chez soi, sur ses propres vaches, est essentiel : un quart d'heure quotidiennement suffi t. Il faut apprendre de ses échecs, insister et persévérer tout en échangeant ses expériences avec les autres stagiaires. Et surtout ne pas se décourager. » Les freins à l'IPE et les causes d'échecs sont souvent plus psychologiques que techniques : « Et si je n'y arrivais pas ? Le geste de l'insémination, tout le monde l'a vu faire. Une main passe par le rectum pour localiser le col de l'utérus, pendant que l'autre manipule la sonde (voir pages suivantes). Toute la difficulté est de passer le col pour déposer la semence à l'entrée de l'utérus. Y a-t-il un risque pour l'animal ? « Il ne faut ni dramatiser ni banaliser cet acte. Le risque de perforation des tissus du vagin ou de l'utérus est quasi nul. Il faudrait vraiment agir avec une extrême brutalité alors que ce geste, pour être réussi, demande au contraire du doigté et de l'attention. J'ai vu passer plus de 2 000 stagiaires, tous débutants, et il n'y a jamais eu aucun accident, rassure Dominique Lebrun. Les vaches ont une capacité à sentir notre état d'esprit. Aborder une vache dans la précipitation et la nervosité est le meilleur moyen pour compliquer les choses. » Pratiquer l'insémination, c'est justement se donner les moyens d'intervenir au bon moment pour la vache mais aussi pour l'éleveur. Sachant qu'il est impossible de connaître avec précision l'instant de l'ovulation, le message est d'inséminer dans les 6 à 12 heures après avoir détecté les chaleurs. En pratique, une vache vue en chaleur le soir sera inséminée le lendemain matin, celle vue en chaleur le matin sera inséminée le soir. « Le moment le plus propice à l'IA est sans nul doute après la traite. Les vaches sont apaisées. » (la libération d'ocytocine a un effet relaxant, et la ration a souvent été distribuée, ce qui contribue à faciliter la contention sans stresser l'animal). « À ce moment de la journée, l'éleveur est en général plus disponible, donc moins stressé lui aussi. Les statistiques de l'Institut de l'élevage montrent que le taux de non-retours à 18-90 jours est supérieur de 4 % pour les IPE. La comparaison mérite toutefois un bémol du fait du faible nombre d'IPE et de leurs enregistrements qui n'arrivent pas toujours dans les délais. Une enquête sur un échantillon de 200 éleveurs formés par France Bovia pratiquant l'insémination montrait que deux tiers d'entre eux avaient plus de 50 % de réussites en IAP (la moyenne nationale est à peine supérieure à 40 %). Sur ce même échantillon, seulement 2,5 % jugeaient le geste difficile, 69,5 % le jugeaient plutôt facile avec des difficultés occasionnelles, et 14 % très faciles. De cette même enquête, il ressort que la réussite des éleveurs inséminateurs est au moins aussi bonne qu'avec un intervenant extérieur en première année de pratique, et meilleure par la suite. Non pas que les éleveurs maîtrisent mieux le passage du col de l'utérus qu'un technicien, mais ils interviennent souvent en conditions moins stressantes pour l'animal. La pratique de l'insémination ouvre aussi à d'autres gestes : mieux diagnostiquer les métrites, mettre en place un traitement intra-utérin, s'assurer de la bonne involution utérine après la mise bas, faire un diagnostic manuel de gestation dès trois mois après l'IA, etc. Certains éleveurs évoluent ensuite vers la pratique de l'échographie, ce qui apparaît comme une suite logique (voir L'Éleveur laitier d'avril 2011). Faut-il se lancer immédiatement après l'apprentissage ou commencer avec quelques vaches et les paillettes les moins chères ? Cette question en amène une autre : comment gérer la relation avec son centre d'insémination quand on décide d'inséminer soi-même ? « Il n'y a pas de réponse universelle. C'est au cas par cas. Quoi qu'il en soit, il est toujours souhaitable de conserver de bonnes relations avec son inséminateur. D'autres éleveurs nouent une relation plus proche avec leur vétérinaire, qui devient le partenaire de la reproduction du troupeau. » L'organisation du travail dans les sociétés est aussi à prendre en compte. Il n'est pas conseillé qu'un seul des associés se forme à l'IA. Dans ce cas, comment se libérer pendant les week-ends et les vacances?

Inconvénients de l'Insémination Artificielle

Charge de Travail Supplémentaire

La détection des chaleurs représente une contrainte importante pour les éleveurs. Elle nécessite une surveillance attentive du troupeau, souvent plusieurs fois par jour, à des moments où les animaux sont calmes et non perturbés par les activités agricoles. Hélène Boÿreau a cherché à mettre en évidence les principaux freins au développement de l'IA dans les systèmes allaitants. Sur 94 éleveurs interrogés, les principaux freins à la pratique de l'IA mis en évidence sont la charge de travail supplémentaire, le temps nécessaire à observer les vaches pour la détection des chaleurs, ainsi que la difficulté à détecter les chaleurs. En effet, la surveillance des chaleurs doit se faire lorsque le troupeau est calme, hors des horaires de paillage ou d'affouragement. C'est donc une astreinte en plus pour l'éleveur.

Coût

Le coût généré par l'IA intervient ensuite dans une moindre mesure « 61 % des éleveurs sont conscient que l'achat et l'entretien d'un taureau est susceptible d'avoir un coût plus élevé que la pratique de l'insémination artificielle avec de bons taux de gestation ». Il n'empêche que les objectifs élevés en termes de taux de réussite peuvent peser dans la balance. Le recours à l’insémination a un coût non négligeable. En plus du coût de la semence, il faut ajouter le coût de l’acte (insémination par tiers ou par l’éleveur). A contrario l’acte ne coûte « rien » avec un taureau. Dans ce cas de figure, il faut prendre en compte le coût d’achat de l’animal, ses frais réels d’élevage (charges courantes et fixes) et le temps passé au transfert des animaux (si saillie hors du troupeau). Il faut aussi prendre en compte les risques d’infertilité de l’animal et les risques de réformes anticipées (comportement, boiteries…). Avec les frais réels cumulés, l’insémination devient économiquement intéressante.

Lire aussi: Innovations en insémination bovine

Compatibilité avec les Systèmes d'Élevage

L'IA peut être moins pratique dans certains systèmes d'élevage, notamment les systèmes pâturants avec vêlages de printemps, où la détection des chaleurs doit se faire au pâturage. Dans un contexte d'augmentation des troupeaux et de stratégie de réduction des coûts, beaucoup d'éleveurs développent les systèmes pâturants. Avec des vêlages de printemps, la détection des chaleurs doit se faire au pâturage.

Impact sur la Fertilité de la Semence Sexée

Le procédé de sexage correspond à une manipulation lourde et assez longue qui a des conséquences sur la fertilité. Dans un premier temps, la semence est traitée au Hoechst 33342 qui a une certaine cytotoxicité. Même si seuls les spermatozoïdes vivants sont conservés après la phase de tri, il est probable que ce produit altère la survie ultérieure des spermatozoïdes triés. Par ailleurs, le traitement d’un éjaculat dure plusieurs heures, un délai que ne subit pas une semence conventionnelle. Le traitement implique des étapes de dilution, stress de température pendant le marquage, tri sous haute pression, exposition aux rayons laser UV, puis reconcentration. Enfin, pour des raisons économiques et pratiques, le nombre final de spermatozoïdes contenu dans une dose sexée est nettement inférieur à celui d’une dose conventionnelle, même en prenant en compte l’élimination des morts dans le processus de sexage. En 2009, Frijters et al. (2009) attribuaient près des deux tiers de la baisse de fertilité à la concentration plus faible et un tiers au procédé lui-même. L’analyse de la base nationale permet de mesurer l’impact du sexage sur la fertilité. Le taux de réussite moyen des inséminations artificielles conventionnelles varie d’environ 40 à 65 % selon la race et la parité. De nombreux facteurs affectent le taux de réussite et il convient de bien distinguer l’effet du sexage des autres effets. Le modèle utilisé en évaluation génétique intègre le statut de la semence (conventionnelle ou sexée) parmi de nombreux autres facteurs (troupeau, année, saison, parité, inséminateur, taureau, âge, intervalle mise bas insémination, valeur génétique de la femelle en fertilité…). La prise en compte de ces facteurs permet de limiter les biais liés à des confusions partielles entre effets et d’estimer l’effet propre du sexage de la semence. Dans les trois principales races laitières, la perte de fertilité est systématique et assez importante (-6 à -10 points de réussite à l’IA selon les races, les années, et la parité). Les résultats se sont un peu améliorés dans le temps, surtout chez les vaches holstein et normandes, et la perte n’était plus que de six à huit points ces dernières années. De même, la différence de perte entre génisses et vaches, initialement forte, a pratiquement disparu aujourd’hui. Cette moindre fertilité de la semence sexée est un effet bien connu, comme le montre la méta-analyse de Reese et al. (2021). En conséquence, compte tenu de son surcoût et d’un souhait de maintenir une bonne fertilité du troupeau, la semence sexée est utilisée préférentiellement dans les conditions de fertilité maximale. Elle est donc plutôt pratiquée à la première ou lors des deux premières inséminations, les IA ultérieures correspondant à des vaches nettement moins fertiles. En Holstein, elle est utilisée plutôt chez les génisses que chez les vaches en lactation, alors que cette stratégie est moins nette en Montbéliarde.

Impact sur les produits nés

L’impact sur les produits nés est moins connu et en général supposé nul ou négligeable. Il convient cependant de le vérifier, compte tenu de la large diffusion de la semence sexée. Des études ont été réalisées pour répondre à deux questions : i) le procédé de sexage respecte-t-il l’intégrité du génome du produit né ? En effet, le Hoechst 33342 se fixe sur l’ADN et pourrait donc induire des mutations de novo. Le pouvoir mutagène du Hoechst 33342 fait débat. Pour Johnson & Schulman (1994), ce produit n’est pas un intercalant de l’ADN (au sens qu’il ne se fixe pas à l’intérieur de la double hélice) et sa fixation est réversible. De ce fait, il ne serait pas dangereux. Gardiner-Garden (1999), lui, indique qu’il peut déstabiliser les histones de l’ADN et affecter sa compaction dans les spermatozoïdes. Selon Parrilla et al. (2004), il n’a pas d’effet génotoxique sur la semence de verrat. Tirant profit des avancées des technologies de séquençage, des travaux de séquençage du génome ont été conduits en France en 2013-2014 dans le cadre du projet SexSeq financé par APIS-GENE pour répondre à la première question et rechercher les mutations de novo. Une mutation de novo est un variant observé avec certitude chez le produit et absent du génome de ses deux parents. Il existe un taux de mutation naturelle, estimé à environ 10-8 mutation par base d’ADN et par méiose chez les mammifères, soit environ 60-80 néomuta…

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