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Avortements clandestins en France dans les années 1970 : Un combat pour la liberté et la santé des femmes

Introduction

Dans les années 1970, avant la loi Veil de 1975, l'avortement en France était illégal et sévèrement réprimé. Cette interdiction a conduit à la pratique massive d'avortements clandestins, souvent dans des conditions dangereuses et insalubres, mettant en danger la vie et la santé de nombreuses femmes. Cet article explore le contexte de ces avortements clandestins, les risques encourus, les acteurs impliqués, et les luttes menées pour la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG).

Le contexte socio-politique des années 1970

Les années 1970 ont été une période de grands changements sociaux et culturels en France, marquée par les mouvements féministes et les revendications pour les droits des femmes. Le Mouvement de libération des femmes (MLF), très actif durant cette décennie, a joué un rôle crucial dans la lutte pour la légalisation de l'avortement. Le MLF revendiquait le droit des femmes à disposer librement de leur corps et demandait un avortement libre et gratuit pour toutes.

En avril 1971, le manifeste des 343, publié dans Le Nouvel Observateur, a eu un écho fulgurant. 343 femmes, dont des personnalités comme Catherine Deneuve, Simone de Beauvoir et Françoise Sagan, ont déclaré avoir avorté, s'exposant ainsi à des poursuites pénales. Ce manifeste a contribué à briser le silence autour de l'avortement et à sensibiliser l'opinion publique à la nécessité de légaliser l'IVG.

Les conditions des avortements clandestins

Avant la loi Veil, près de 800 000 femmes avaient recours chaque année à l'avortement clandestin en France. Ces avortements étaient pratiqués dans des conditions dangereuses, souvent par des "faiseuses d'anges" non qualifiées, avec des instruments rudimentaires tels que des aiguilles à tricoter, des baleines de parapluie ou des sondes. Les conséquences étaient souvent dramatiques : septicémies, hémorragies, infections, stérilité, voire la mort. Dans les années soixante-dix, une femme mourait chaque jour des suites d’un avortement clandestin. D’autres en réchappaient mutilées, stériles.

Certaines femmes, celles qui en avaient les moyens, partaient à l'étranger, en Angleterre, en Hollande ou en Suisse, où l'avortement était légal et sûr. Cependant, la plupart des femmes n'avaient pas cette possibilité et étaient contraintes de recourir à des avortements clandestins en France.

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Le Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC)

Face à cette situation, des militants et des médecins se sont organisés pour aider les femmes à avorter dans des conditions plus sûres. Le Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC) a été créé en 1973. Le MLAC organisait des voyages collectifs pour que les femmes aillent ensemble avorter à l'étranger. Des médecins se sont mis à pratiquer, clandestinement, des interruptions de grossesse.

Le MLAC a également développé la méthode Karman, une technique d'avortement par aspiration, plus sûre et moins douloureuse que les méthodes traditionnelles. Cette méthode était pratiquée par des médecins et des internes complices, souvent dans des appartements privés transformés en centres d'avortement clandestins.

Alberte et Dominique, militantes du MLAC dans les années 1970, témoignent de leur engagement : « On intervenait dans des conditions médicales. Un médecin nous procurait le matériel. On pratiquait ces avortements sur des tables de cuisine, mais dans le respect des règles d’hygiène. Si jamais il y avait un souci, des médecins pouvaient accueillir les femmes. » Elles accueillaient les femmes dans une ambiance de dédramatisation et avec une chaleur humaine extraordinaire.

Les risques encourus

Les personnes impliquées dans les avortements clandestins encouraient de lourdes sanctions pénales. Sous le régime de Vichy, l'avortement était considéré comme un crime contre la sûreté de l'État, passible de la peine de mort. Après la Libération, l'avortement restait un délit, passible d'emprisonnement pour la femme qui avortait et pour les personnes qui l'aidaient.

Malgré les risques, les militants du MLAC ont continué à pratiquer des avortements clandestins, considérant qu'il était de leur devoir d'aider les femmes à exercer leur droit de choisir.

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Le procès de Bobigny

Le procès de Bobigny, en 1972, a marqué un tournant dans la lutte pour la légalisation de l'avortement. Marie-Claire Chevalier, une jeune fille de 16 ans, était jugée pour avoir avorté après un viol. Sa mère et les collègues de celle-ci, qui l'avaient aidée, étaient également poursuivies.

L'avocate Gisèle Halimi a assuré la défense de Marie-Claire Chevalier et a transformé le procès en une tribune pour dénoncer l'injustice de la loi de 1920. Le procès de Bobigny a eu un fort écho médiatique et a contribué à sensibiliser l'opinion publique à la nécessité de légaliser l'avortement.

La loi Veil de 1975

Après des années de lutte, la loi Veil, dépénalisant l'avortement, a été promulguée le 17 janvier 1975. Cette loi autorisait l'IVG pour les femmes « en situation de détresse » et dans un délai de dix semaines de grossesse.

La loi Veil a été une victoire historique pour les droits des femmes, mais elle n'a pas mis fin à la lutte pour l'avortement libre et gratuit. La loi était provisoire, valable pour cinq ans, et de nombreux obstacles subsistaient dans l'accès à l'IVG.

Les luttes après la loi Veil

Après la légalisation de l'avortement, les luttes se sont poursuivies pour améliorer l'accès à l'IVG et pour défendre ce droit contre les attaques des mouvements anti-avortement. En 1982, l'IVG a été remboursée par la Sécurité sociale, ce qui a permis aux femmes les plus démunies d'y avoir accès.

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Au fil des années, la loi Veil a été modifiée et améliorée. En 2001, les délais ont été étendus jusqu'à douze semaines, et en 2014, la notion de « détresse » a été supprimée.

L'inscription de la liberté de recourir à l'IVG dans la Constitution

Le 4 mars 2024, la « liberté garantie » de recourir à l'IVG a été inscrite dans la Constitution française, une première à l'échelle mondiale. Cette inscription constitutionnelle est une victoire importante pour les droits des femmes et une garantie contre les remises en cause de ce droit fondamental.

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