L'école, en tant que pilier de la communauté, a un rôle crucial à jouer dans le développement des enfants et le soutien aux familles. L'idée d'ouvrir l'école, impliquant les parents dans des moments autres que les festivités, crée une culture commune, améliore la communication et la compréhension des attentes scolaires. Cette approche, combinée à l'intégration du jeu et à la collaboration avec les services de Protection Maternelle et Infantile (PMI), peut avoir un impact significatif sur le bien-être et la réussite des enfants.
L'Importance des Temps Partagés et des Jeux
L'un des objectifs sous-jacents est de limiter l'exposition aux écrans en promouvant de nouvelles habitudes. Les constats faits lors des entretiens avec les familles révèlent souvent un manque de jeux à la maison, avec une utilisation prédominante des écrans (téléphones). La pratique régulière de jeux et la création d'une ludothèque offrent aux élèves la possibilité d'emprunter des jeux et de les partager à la maison.
Dans un contexte où de nombreuses familles sont primo-arrivantes, non francophones, ou confrontées à des situations de vulnérabilité (mères isolées victimes de violences conjugales, mesures AEMO), l'école peut devenir un lieu de soutien et d'inclusion. Le manque d'activités proposées aux familles et aux enfants pendant les vacances, suite à la fermeture de structures de quartier, renforce la nécessité d'initiatives au sein de l'école.
Les élèves rencontrent des difficultés, notamment dans le domaine de la langue, avec un vocabulaire limité et une syntaxe mal construite. L'équipe enseignante constate un retard de langage dès l'entrée en maternelle, qui peut être attribué à un manque d'interactions et de communication entre parents et enfants. Tous les parents n'osent pas franchir les portes de l'école et ne comprennent pas toujours les enjeux de l'éducation.
Face à ces défis, l'équipe pédagogique met en place des actions axées sur le langage et le lexique en situation (semaine du goût, projets artistiques avec restitution aux familles), ainsi que sur la lutte contre les inégalités, en développant un lien de confiance avec les familles pour faciliter la compréhension des attentes institutionnelles.
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Exemples d'Actions et de Projets
- Tisser des liens : Ce projet départemental, mené sur deux ans, propose des ateliers de pratiques artistiques avec les conseillers pédagogiques et les parents, impliquant une quinzaine de parents sur toute la semaine, avec des restitutions en présence de l'artiste engagé dans le projet.
- La semaine du goût : Des ateliers de découverte de fruits et légumes, de saveurs, et de préparation de petits-déjeuners sont organisés, avec l'implication de deux ou trois parents par classe.
- Décloisonnement : Une fois par semaine, un décloisonnement est organisé pour toutes les classes de MS et de GS, d'une durée de 45 minutes. Cela permet de prévoir 3, voire 4 rotations sur différents jeux ciblés. Les parents sont invités à participer à ce moment d'apprentissage et peuvent ainsi se saisir des compétences travaillées pour chaque jeu. D'abord observateurs, ils peuvent ensuite, en co-construction avec les enseignantes, animer un atelier.
- Appui de l'association Martingale : Deux fois dans l'année, lors des ateliers de jeux de société, l'association Martingale est sollicitée pour proposer une plus grande variété de jeux : jeux de logiques, de rapidité, de langage, de réflexion ainsi que des jeux en bois grand format. Les animateurs de l'association, spécialisée dans les animations ludiques et éducatives, proposent une dizaine d'ateliers de jeux. Animateurs, enseignantes, ATSEM et parents animent conjointement les ateliers-jeux sur le temps d'une après-midi. L'association est également sollicitée pour monter une ludothèque interne à l'école et bénéficier de son expertise et de son accompagnement.
- Fête du jeu : Pour intégrer tous les parents et fratries au projet, une fête du jeu est organisée.
- Créneaux bibliothèque et sacs à histoires : Un créneau bibliothèque est dédié à toutes les classes de l'école une fois par quinzaine. Des sacs à histoires sont créés dans chaque classe, avec un contenu ludique et didactique (marionnettes, jeu simple, cartes personnages et lieux), à réinvestir sur le temps de BCD, avec la possibilité d'emprunter les sacs à histoires à la maison. Les sacs à histoires deviennent ainsi un objet de passage de la culture commune et de communication entre l'école et la famille.
Ces actions, accueillies avec enthousiasme par les élèves et leurs familles, ont été des réussites en termes de fréquentation de l'école.
La Ludothèque : Un Outil Pédagogique et Social
L'objectif est de familiariser les parents avec les règles des jeux et de leur donner envie de les emprunter pour y jouer chez eux. Chaque classe dispose de sa malle et gère sa ludothèque. Une charte est élaborée et une sensibilisation au soin à apporter aux boîtes est réalisée avant l'emprunt. Les jeux utilisés à l'école sont mis à disposition à la Médiathèque et à la maison des familles, qui deviennent des lieux ressources où les parents peuvent jouer avec leurs enfants en dehors de l'école.
Le Rôle de la PMI et des Programmes de Prévention
Plusieurs programmes de prévention en santé publique, actuellement en cours d'expérimentation en France, utilisent le jeu. Animés par un binôme orthophoniste et professionnel de santé de la PMI, ces ateliers permettent d'aborder les questions des écrans, du jeu, de la lecture et du plurilinguisme à travers quatre temps typiques du quotidien des familles : le repas, la sortie, le bain et le coucher. Le déroulement des ateliers est régulier : tour de table, scénette de mise en situation, quiz « vrai ou faux », jeu libre à partir d'accessoires du quotidien et fabrication d'un jeu à ramener chez soi à partir de matériaux recyclés. Selon les témoignages, les parents apprécient de recevoir des idées très concrètes de jeux à essayer avec leur enfant dans la routine du quotidien.
Le programme Good Behavior Game, initialement créé et évalué positivement aux États-Unis, est un programme probant de renforcement des compétences psychosociales destiné aux enfants de l'école primaire. Il a été adapté pour la France par le Groupe de Recherche sur la Vulnérabilité Sociale lors d'un essai-pilote conduit en partenariat avec plusieurs écoles situées dans le Var. Il est actuellement en développement sur d'autres territoires. Les séances GBG se répètent à un rythme pluri-hebdomadaire. Le jeu est mis en œuvre pendant que les enfants travaillent sur leurs leçons habituelles, individuellement ou en groupe, quelle que soit la matière. Il se joue en équipes non concurrentes et modifiées régulièrement pour amener les enfants à interagir avec des profils différents. Les règles sont rappelées et les comportements attendus mis en contexte au regard de l'activité qui va se dérouler, à l'aide d'exemples et de contre-exemples. Pendant la séance GBG, l'enseignant se consacre à l'observation des élèves et recueille des données sur le respect des règles et les interactions entre élèves afin d'ajuster sa pédagogie et de réorienter les comportements inadaptés si nécessaire. Lors de la séance, les élèves coopèrent en observant et régulant leur propre comportement et celui de leurs coéquipiers. D’après le témoignage des enseignants, la mise en œuvre du travail de groupe est facilitée et le niveau sonore maîtrisé.
Le Jeu et l'Assistant Maternel : Un Partenariat Essentiel
L'assistant maternel joue un rôle essentiel dans l'éveil et le développement de l'enfant. Une journée type chez un assistant maternel est rythmée par des temps calmes, des activités, des jeux libres et des moments d'éveil. L'accueil des enfants se fait progressivement, avec un temps d'échange avec les parents pour recueillir les informations importantes du jour. Le petit déjeuner est proposé si besoin. Ensuite, place aux comptines, jeux d’éveil et jeux libres. Vers 9h30-10h, les plus petits partent pour une sieste matinale. Les autres participent à des activités d’éveil : jeux sensoriels, ateliers, manipulation de matières (pâte à modeler, sable magique…). Autour de 11h30, c’est l’heure de préparer les repas. Que ce soit un repas fait maison ou fourni par les parents, l’assistant.e maternel.le veille à une alimentation équilibrée, en respectant les goûts de chacun. Après le repas, un temps de jeux libres est proposé. Les enfants peuvent ainsi digérer tout en douceur, en manipulant des jouets calmes, en s’installant dans le coin lecture ou en écoutant une histoire lue par l’assistant.e maternel.le. La sieste de l’après-midi est un moment crucial pour le développement de l’enfant. Elle permet de récupérer, de consolider les apprentissages du matin et de grandir en toute sérénité. Une journée type d’assistant.e maternel.le, c’est aussi profiter du temps calme pour mettre en place l’activité de l’après-midi: peinture, collage, activités manuelles et créatives, ou bien préparer une sortie au parc ou dans le quartier.
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Il est important de noter que l'assistant maternel doit respecter certaines règles, notamment ne pas laisser les enfants sans surveillance, ne pas fumer ou consommer de l'alcool en présence des enfants, ne pas utiliser de méthodes éducatives violentes et respecter les normes d'hygiène et de sécurité. De plus, l'assistant maternel ne doit pas accueillir plus d'enfants que le nombre autorisé par son agrément.
Au réveil des enfants, tout est prêt pour reprendre en douceur. Une petite chanson, un moment de lecture ou un jeu de manipulation permettent de revenir au jeu actif avant le goûter. S’il fait mauvais temps ou que les enfants préfèrent rester à l’intérieur, une activité créative est proposée. Les jeux libres ont aussi toute leur place pour laisser place à l’imagination et à la socialisation entre enfants. L’assistante maternelle propose également des comptines, des jeux de construction ou des histoires pour clôturer l’après-midi en douceur. Chaque départ est accompagné d’un petit bilan de la journée. L’assistante. maternel.le prend le temps de transmettre les éléments essentiels : heures de sieste, appétit, activités du jour, comportements particuliers, éventuels petits bobos. Ces échanges permettent aux parents de rester connectés à la journée de leur enfant, et de construire une relation de confiance durable avec leur assistante maternelle. C’est aussi l’occasion de partager les éventuelles informations administratives : planning, modifications d’horaires, documents à signer ou à remettre.
Les Postures de l'Adulte Face au Jeu
Les interventions de l'adulte dans le jeu sont variées, allant d'une présence constante et active pour orienter les manifestations des enfants jusqu'à la mise en retrait pour se limiter à leur surveillance du point de vue de la sécurité physique. Les comportements adoptés témoignent de la place accordée à trois postures : jouer avec, faire jouer, laisser jouer.
Jouer avec : L'Adulte Partenaire
Entrer en relation avec le jeune enfant par le jeu est une approche bénéfique. Il est essentiel de prendre conscience de son propre rapport au jeu, d'observer le joueur et de se demander si l'on permet à l'enfant de rester maître du jeu. L'ajustement au petit joueur en face, au niveau de la gestuelle, du rythme, des commentaires et des initiatives, est crucial. La disponibilité et la sincérité sont essentielles, car le jeu ne peut être utile au bébé que s'il est authentique dans le plaisir qu'il suscite en nous. Le jeu est un espace de récit mutuel, une narrativité préverbale source de plaisir partagé. Il est important de se rappeler que tous les enfants n'ont pas forcément des parents qui jouent avec eux. Chaque enfant devrait avoir droit à son petit temps d'interactions ludiques avec un adulte qui s'intéresse à lui. Jouer avec, ce n'est pas retomber en enfance sans garde-fou, c'est juste être en interaction verbale et non verbale avec les joueurs en herbe. Savoir jouer avec un ou quelques enfants, mais aussi savoir quand il faut se retenir de jouer, font partie des compétences professionnelles.
Faire jouer : L'Adulte Animateur
Avec les tout-petits, il s'agit d'éveiller l'intérêt et de susciter l'envie d'agir sans pour autant attendre des résultats. Faire jouer, c'est prendre les choses en mains parce qu'on connaît bien les enfants et qu'on sait identifier à quel moment ils sont en attente de propositions. L'animateur guide le jeu, affine les effets de surprises, d'amusement. Il joue avec le spontané, tout en maîtrisant parfaitement le déroulé de son animation. L'animation devient alors un espace-temps, où la complicité entre l'enfant et l'adulte s'installe sans précipitation. L'adulte propose, l'enfant dispose. Même s'il a prévu une courbe d'animation, à tout moment, il peut modifier le déroulement de la séance. Il peut aussi s'affranchir des règles de jeu prévus pour se mettre à l'écoute des idées des enfants. Faire jouer, ce n'est donc pas décider à la place de l'enfant, c'est sélectionner une série de jouets ou avoir une idée d'activité car il y a toujours un moment dans la journée ou les enfants, individuellement ou au niveau d'un groupe, sont en attente vis-à-vis de l'adulte.
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Laisser jouer : L'Adulte Garant de la Liberté
Il s'agit de donner aux enfants les moyens de jouer librement avec le minimum d'intervention de la part de l'adulte. Tout miser sur le cadre ludique, à la fois au plan matériel et humain, est une manière de compter sur les ressources intérieures de chaque enfant pour satisfaire son besoin d'être en activité à sa manière. En grandissant, l'enfant construit son sentiment de sécurité intérieure qui résulte de la balance attachement/exploration et qui se révèle dans son aisance à jouer en s'éloignant d'une figure d'attachement. Dans le laisser jouer, toutes les initiatives de l'adulte se font en amont : aménagement de la salle de jeu, séparation ou non de l'espace en zones dédiées à des catégories de jeu différentes, équipement en jouets et autre matériel ludique. Le positionnement et l'attitude des adultes rendent attractifs ou non certains espaces plus que d'autres. Laisser jouer n'est surtout pas ne rien faire, bien au contraire. Il faut anticiper et tout mettre en œuvre pour que les enfants accueillis aient la possibilité de jouer, seul et avec les autres, sans remettre leur destin de joueur entre les mains des adultes. Ensuite, il faut être attentif aux actions individuelles et aux interactions car elles nous fournissent des indices pour améliorer le dispositif.
Une Posture Sur Mesure
L'adulte gagne à changer de casquette après analyse rapide du contexte : tantôt partenaire, tantôt animateur, tantôt garant. Cette distinction, valable au niveau d'un groupe, s'applique aussi au niveau individuel. Devant un puzzle, dans le coin dînette ou avec un bac rempli de cubes, un enfant peut avoir plutôt besoin d'un adulte pour partager ses découvertes (jouer avec), plutôt besoin d'être accompagné et même guidé (faire jouer) ou au contraire besoin de se sentir exister sous un regard bienveillant (laisser jouer). Au cours de la journée, face à chaque nouvelle situation, selon son âge et sa personnalité, chaque enfant exprime une attente différente. Il appartient à l'adulte de bien décrypter les signes qui feront de lui, à ce moment précis, un partenaire de jeu, un animateur de jeu ou une personne garante du jeu.
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