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Fertilité masculine, bien-être au travail et parcours de PMA: un équilibre délicat

L'infertilité touche aujourd'hui un couple sur quatre en France, soit plus de 3,3 millions de personnes. Parmi eux, plus de 150 000 femmes suivent chaque année un parcours de procréation médicalement assistée (PMA). Ces parcours, souvent longs et éprouvants, impliquent des traitements lourds, des rendez-vous médicaux fréquents et une charge mentale considérable, ce qui peut impacter la carrière et le bien-être au travail. S'intéresser aux liens entre le travail et la reproduction revient à étudier les effets du travail sur la capacité de reproduction de l’homme ou de la femme et ses impacts éventuels sur la santé des parents et de l’enfant.

Impact de l'infertilité et de la PMA sur la vie professionnelle

Difficultés rencontrées par les femmes en parcours de PMA

Les femmes engagées dans un parcours de PMA font face à de nombreux défis. Les absences à répétition et peu programmables, la fatigue physique et émotionnelle, le stress et la culpabilité sont autant de facteurs qui peuvent rendre difficile la conciliation entre vie professionnelle et parcours de PMA. Une enquête sur les usages et expériences vécues des patients en AMP en France en 2020 révèle que la vie professionnelle est fortement perturbée par les traitements avec une réduction des performances pour 79 % des personnes et une rupture dans les routines professionnelles pour 83 % des interrogés. Certaines femmes finissent par réduire leur temps de travail, changer de profession, voire cesser temporairement leur activité professionnelle pour suivre leur parcours de PMA.

Le Pr Nathalie Massin, endocrinologue de la reproduction, reconnait que « les traitements d’AMP nécessitent des absences très fréquentes, peu programmables, dont la durée dépend de l’accessibilité des centres, et ce pendant une longue période d’une durée imprévisible. » Claire ajoute qu’on « n’imagine pas la charge mentale que représentent tous ces rendez-vous » et la disponibilité intellectuelle qu’ils requièrent : prendre les rendez-vous, jongler avec l’agenda personnel et professionnel, préparer les documents, anticiper les absences, s’y déplacer, être disponible pour recevoir les résultats, gérer les traitements.

Le tabou de l'infertilité au travail

Un sondage réalisé en 2022 auprès de 2000 Britanniques révèle que plus de la moitié des femmes (58 %) qui suivent un traitement de FIV ne se sentent pas en mesure d’en parler à leur employeur, la peur de perdre leur emploi étant la principale raison de leur silence. Au-delà des difficultés pratiques, les femmes en parcours de PMA sont souvent confrontées à la nécessité d'exposer une réalité intime dans la sphère professionnelle. Elles doivent parler de leur projet de parentalité, qui est encore très stigmatisant dans le monde de l'entreprise aujourd'hui, et de leur infertilité ou raconter leurs échecs. Certaines femmes décident d’ailleurs de taire leur parcours d’AMP, dans la mesure du possible.

Kim, en parcours d’AMP solo, s’est heurtée, elle, au jugement de sa direction sur son choix d’avoir un enfant seule. Sabrina subissait les remarques désobligeantes de son manager qui ne comprenait pas sa souffrance.

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Conséquences sur la carrière et le bien-être

Les difficultés rencontrées dans le cadre d'un parcours de PMA peuvent avoir des conséquences importantes sur la carrière et le bien-être des femmes. Certaines se sentent coupables de ne plus réussir à être à 100 % au travail, tandis que d'autres perdent confiance en elles et se sentent inutiles socialement. Irène-Lucile Hertzog parle d’une réalisation de soi doublement fragilisée. Selon la sociologue, aujourd’hui, la norme pour les femmes, c’est la double activité. La plupart des femmes ont le désir, voire le devoir d’ être mère, qui fait qu’elles s’engagent sur l’AMP et en même temps, elles travaillent et cherchent l’accomplissement professionnel. Avec les échecs d’AMP, le désir de maternité n’est pas assouvi et de l’autre côté, l’AMP les fragilise professionnellement.

Plusieurs femmes ont témoigné avoir mis un frein à leur carrière à cause de leur parcours d'AMP. Certaines ont quitté leur emploi, tandis que d'autres ont négocié une rupture conventionnelle ou ont été arrêtées pendant plusieurs mois. Toutes parlent de ce besoin viscéral de mettre tout sur pause, de prendre soin d’elles et d’ôter un peu de stress au quotidien, même si le parcours d’AMP reste un moment stressant.

Facteurs affectant la fertilité masculine et féminine

Impact du tabac, de l'alcool et du cannabis

La diminution de la fertilité masculine et féminine est un phénomène de plus en plus préoccupant. Plusieurs facteurs peuvent être en cause, notamment le tabac, l'alcool et le cannabis. Chez la femme, la consommation de 4 cigarettes par jour pendant 2 ans diminue la capacité de spermatozoïdes de se fixer à l’ovule. L’effet serait réversible entre 2 à 3 mois après l’arrêt. Le tabac chez la femme entrainerait aussi une diminution de la réserve ovarienne. Chez l’homme, il existerait une augmentation de FSH, LH, E2 et diminution Testostérone avec une altération du spermogramme. Chez la femme, la consommation modérée de vin de plus de deux verres par jour diminue le délai de conception. La consommation de cannabis est en nette progression, ainsi une diminution du nombre de spermatozoïdes avec une augmentation des anomalies de la morphologie ont été décrites avec une augmentation de l’hyperactivité entraînant une diminution de la capacité de fécondance.

Perturbateurs endocriniens et agents chimiques

Les agents non biodégradables interfèrent sur le système endocrinien en raison de la tendance Estrogéno-mimetiques de nos hormones. Ils seraient impliqués dans les cancers, les affections dégénératives, les maladies cardio-vasculaires, maladie d’Alzheimer, vieillissement, et dans la reproduction ! Un certain nombre de produits chimiques sont susceptibles d’impacter la fertilité humaine. La plupart du temps c’est l’appareil reproducteur masculin qui est atteint avec une diminution du nombre des spermatozoïdes ou de leur qualité. Le plomb, certains éthers de glycols, certains phtalates provoquent de tels effets. Ils peuvent être engendrés soit par une exposition à l’âge adulte, soit par une exposition in utero. L’exposition à des polluants‚ notamment les perturbateurs endocriniens (PE) comme le Bisphénol A ou les phtalates présents partout (dans l’alimentation, l’eau, l’air, les plastiques, les cosmétiques, les pesticides, les métaux lourds comme le plomb, etc.), est probablement la grande responsable de la perturbation des systèmes de régulation hormonale. Cette pollution a des conséquences sur plusieurs générations. « Ces substances chimiques ont altéré des promoteurs de gènes impliqués dans la mise en place des organes reproducteurs », explique le Dr Hamamah.

Stress et fertilité

Le stress, souvent appelé le « mal du siècle », affecte également les mécanismes liés à la fertilité. Des niveaux élevés de stress libèrent du cortisol, une hormone qui perturbe le fonctionnement des systèmes reproductifs. Dans une société où la carrière occupe une place prépondérante, il devient crucial de maintenir un équilibre entre vie professionnelle et personnelle pour préserver votre santé reproductive.

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Facteurs physiques et expositions professionnelles

Des facteurs physiques peuvent également entraîner des impacts sur la fertilité. Par exemple, l’exposition à de fortes chaleurs impacte la reproduction masculine. En cas de grossesse, certaines expositions professionnelles peuvent engendrer des risques pour l’enfant à naître ou pour la femme. Les effets induits peuvent être divers : avortements, retards de croissance, hypotrophie, prématurité, malformations, perturbation de développement du système nerveux. L’exposition à des agents cancérogènes chimiques ou biologiques durant la grossesse peut créer des cancers dans la descendance.

Activité physique et fertilité masculine

On le sait : la concentration de spermatozoïdes n’a jamais été aussi basse, et l’infertilité masculine frappe de plus en plus d'hommes partout dans le monde. Pour mener à bien cette recherche, les chercheur.euse.s ont inclus 377 hommes d’environ 36 ans, "qui étaient des partenaires masculins dans des couples cherchant un traitement contre l'infertilité dans un centre de fertilité". Au total, 12 % d’entre eux ont déclaré soulever ou déplacer souvent des charges lourdes au travail, 6 % disaient faire de gros efforts physiques au travail et 9 % ont déclaré travailler de nuit ou en rotation. "Les hommes qui ont déclaré plus d'activité physique au travail avaient également des niveaux plus élevés de testostérone, une hormone sexuelle masculine, et, contre toute attente, d'œstrogène, une hormone féminine", ajoutent les scientifiques.

Améliorer le bien-être au travail et la fertilité

Prévention et sensibilisation

La prise en compte de tous ces facteurs devrait permettre de réaliser une prévention auprès des adolescents et avoir une action en préconception pas seulement chez la femme mais aussi chez l’homme, la prise de conscience de la société et du personnel soignant permettrait d’améliorer la fertilité. La réduction du nombre de stimulations ovariennes et des tentatives de PMA, permettant d’obtenir un résultat plus rapide constitue un objectif essentiel pour les couples désirant un enfant.

Aménagements du travail et dispositifs légaux

En 2016, le travail de lobbying de l’association de patients BAMP a abouti à l’adoption de dispositions légales relatives aux aménagements du travail dans le cadre d’un parcours d’AMP. Cependant, le recours à ces dispositifs, bien que connus par les patients en majorité, n’est pas appliqué dans un quart des cas, probablement pour tous les points soulevés plus haut. Il est donc important de sensibiliser les employeurs et les salariés à ces dispositifs et de favoriser leur application.

Accompagnement et bienveillance en entreprise

Boutayna Soubai Burkel accompagne les managers à mieux composer avec la vulnérabilité au travail. C’est un facteur essentiel d’attractivité pour l’entreprise et de bien-être au travail des salariés, donc de fidélisation du personnel. Boutayna Soubai Burkel explique qu’« en entreprise, on n’aime pas ce qui n’est pas prévisible et le parcours d’AMP a tous les ingrédients du process imprévisible ». Ceci dit, il est possible de baliser le parcours à plusieurs conditions : informer son manager, qui doit aussi être en capacité de repérer les signaux de souffrance des équipes et d’identifier les relais possibles, et s’assurer en tant que patient d’être bien informé sur son propre parcours. Pour la formatrice en management, de plus en plus d’entreprises ont compris les enjeux et mettent en place des cadres de bienveillance. C’est le cas de la société Safran, par exemple, qui a récemment mis en place un accord pour offrir aux parents, aux salariés exerçant l’autorité parentale et aux futurs parents un éventail de dispositions harmonisées leur permettant de vivre au mieux les différentes phases de leur parentalité au travail (congés, kit d’accompagnement, possibilité d’assouplir les horaires ou le rythme du travail).

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Gérer le stress et les émotions

Les traitements de PMA peuvent engendrer un grand stress physique et émotionnel. Il est donc important de mettre en place des stratégies pour gérer le stress et les émotions. En « alimentant » corps et esprit de relaxation et autres pratiques complémentaires, il est possible de penser plus positivement et de mieux accepter d’en être là où l’on en est. Se sentir mieux permet d’adopter un point de vue plus positif sur la situation. Les recherches d’Alice Domar suggèrent que le stress peut retarder les cycles menstruels et amener la prolactine, une hormone hypophysaire responsable de l’ovulation, à des niveaux anormaux. La connexion entre corps et esprit peut se définir comme le flux d’informations porté par les régulateurs biologiques, qui forment un réseau d’interconnexions par l’intermédiaire du système nerveux, qui lui-même régule les fonctions organiques et les hormones. De nombreux patients jugent le traitement de PMA comme l’une des expériences les plus stressantes de leur vie. Il a été reconnu que les thérapies complémentaires jouent un rôle important dans l’amélioration de la santé et du bien-être des patients.

L'importance de l'équilibre vie privée-vie professionnelle

Trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle n’est pas un luxe, mais une nécessité pour votre bien-être et vos projets de parentalité. S'intéresser aux liens entre le travail et la reproduction revient à étudier les effets du travail sur la capacité de reproduction de l’homme ou de la femme et ses impacts éventuels sur la santé des parents et de l’enfant. La démarche de prévention des risques pour la reproduction s’appuie sur les principes généraux de prévention. Elle présente cependant quelques spécificités.

tags: #homme #fécondité #au #travail #bien-être

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