L'avortement, ou interruption volontaire de grossesse (IVG), est une question complexe, située au carrefour de l'individuel et du collectif. Elle interpelle les sciences sociales, la psychanalyse et la médecine, notamment en ce qui concerne le corps féminin, exposé aux influences sociales et culturelles. La libéralisation de la contraception et de l'avortement a marqué une conquête féministe, mais l'IVG demeure un sujet de débats et de controverses, oscillant entre un droit reconnu et une expérience subjective souvent conflictuelle.
Le Corps Féminin : Un Enjeu Psychique et Culturel
Le corps féminin, constamment soumis aux actions normatives (politiques, culturelles, religieuses ou médicales), est devenu un enjeu central de la subjectivité moderne. La revendication « Notre corps nous appartient ! », emblématique des mouvements d'émancipation féminine, souligne l'importance de la libre disposition du corps, notamment en matière de maîtrise de la fécondité et de libération sexuelle. En France, la loi Neuwirth (1967) sur la contraception et la loi Veil (1975) sur l'avortement témoignent de cette conquête féministe. L'IVG, autrefois acte criminel, est devenu un droit encadré, assurant le respect de la liberté de procréer des femmes et la protection de leur santé physique et psychique.
L'IVG : Un Droit Légalisé, un Vécu Complexe
Aujourd'hui, l'IVG est légale, mais elle reste un sujet de débats publics et de controverses, impliquant des facteurs religieux, culturels, médicaux, sociaux, économiques et politiques. Bien que l'avortement puisse être pensé, discuté et débattu publiquement, il reste difficile de l'appréhender en termes d'expériences subjectives. De nombreuses femmes évoquent leur décision comme une solution moralement problématique, voire critiquable, ou comme un mal nécessaire. Cette difficulté à assumer pleinement l'IVG peut être liée aux normes morales culpabilisantes, intériorisées par les femmes et parfois relayées par le corps médical et les dispositifs d'assistance sociale. Le texte de loi lui-même demeure ambigu, conférant toujours au droit d'accès à l'IVG un statut exceptionnel, celui d'une tolérance réglementée au regard du principe de « respect de tout être humain dès le commencement de la vie ».
La Conflictualité Inhérente à l'Expérience de l'Avortement
L'expérience de l'avortement est souvent conflictuelle, mobilisant l'ambivalence des désirs et des affects liés à la grossesse et à la maternité. La situation psychique de la femme qui vit un avortement peut être définie comme un paradoxe : l'interruption volontaire de grossesse suggère que quelque chose lui est arrivé puis s'est arrêté, ou que quelque chose était présent en elle avant d'être laissé-tomber, perdu. Or, avorter, c'est « non-naître », un « non-advenu » qui a eu lieu, ce qui peut représenter une impasse pour le travail de pensée du sujet.
Certaines femmes vivent l'avortement comme une sorte de maternité posthume. Elles mettent en exergue la douleur en la comparant à celle de l'accouchement, et les sentiments de culpabilité et de honte témoignent de la présence d'un lien au fœtus empreint d'une identification maternelle. La mise en représentation de l'expérience d'avortement confronte les femmes à la nécessité de poursuivre, par mots interposés, l'événement interrompu et le cortège d'enjeux psychiques qui en découle : expérience de la perte, lien mère-fille, figure maternelle archaïque, corps féminin dans la sexualité et la maternité, et enfin, opacité inquiétante de la jouissance féminine.
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Les Conséquences de l'IVG sur la Santé des Mères
Les conséquences de l'IVG pour la santé des mères peuvent être de trois ordres : physiques, psychosomatiques et psychiques ou psychiatriques.
Conséquences physiques : Le syndrome du cinquième jour (douleurs, fièvre, saignements, caillots), les risques infectieux (infections à chlamydiae, endométrites post-abortum). Des études montrent que c’est le risque le plus fréquent : 1 à 5 % des cas. Le site de la Fédération du Planning Familial américain, l’organisme le plus actif du monde pour promouvoir l’avortement, mentionne lui-même la possibilité de ces risques.
Conséquences psychosomatiques : Migraines, troubles fonctionnels abdominaux, douleurs abdominales, troubles du sommeil et troubles de la sexualité. Le Docteur Pascale Pissochet parle de « rupture du cheminement naturel maternel ».
Conséquences psychiques ou psychiatriques : Deuil rendu plus difficile, risque d’hospitalisation en psychiatrie plus élevé, risque de dépression plus élevé, risques d’auto-mutilation plus élevés, risque de suicide plus élevé, tristesse, pleurs, peurs irraisonnées, attaques de panique, changements brusques d’état émotionnel, difficultés à exprimer les émotions, état de stress post-traumatique, sentiments de vide et de solitude, d’exclusion, sentiments de honte, de remords, de culpabilité, voire des idées noires, addiction à des substances anxiolytiques, répétition compulsive de l’avortement.
L'Impact de l'IVG sur l'Entourage
L'IVG peut également avoir des répercussions sur l'entourage de la femme :
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Le père : Certains hommes sont indifférents à l’avortement de leur compagne, d’autres ont fait pression sur celle-ci pour qu’elle avorte. Mais l’avortement est souvent décidé d’un commun accord. Parfois aussi, la femme avorte à l’insu du père. Une étude montre que 40,7 % des hommes vivent une détresse psychologique après un avortement.
Les frères et sœurs : Ils sont confrontés à la souffrance portée par leur mère et peut-être par leur père. Ils peuvent être confrontés au choc du fait que l’un des membres de la fratrie a été éliminé par les parents. Le syndrome du survivant peut entraîner des troubles psychologiques profonds.
La Nécessité d'un Accompagnement Psychologique Adapté
L'analyse de Danielle Bastien met en évidence la nécessité de repenser l’accompagnement des femmes en demande d’IVG. Les manifestations dépressives et les troubles psychiques associés au syndrome post-IVG ne peuvent plus être ignorés. L’IVG est un acte complexe, loin d’être anodin sur le plan psychologique. Les travaux de Danielle Bastien et les témoignages des cliniciens montrent que le syndrome post-IVG touche de nombreuses femmes.
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