L'œuvre d'Arman Méliès, en particulier son album centré sur Laurel Canyon, offre une riche matière à réflexion sur l'héritage musical, la création artistique, et la condition d'artiste. Cet article explore l'hommage rendu par Méliès aux figures légendaires de Laurel Canyon, tout en tissant des liens avec des réflexions plus larges sur l'art, l'ornementation, et la quête de sens dans la création.
Laurel Canyon: Berceau d'une Utopie Musicale
Laurel Canyon, quartier de Los Angeles, est souvent perçu comme le point de départ d'une utopie héritée des hippies. Au cours des années 60 et 70, ce lieu a vu émerger une scène musicale foisonnante, où des artistes comme Joni Mitchell, David Crosby, Neil Young, Jim Morrison et Jimi Hendrix ont inventé un art de vivre et créé des sons qui marqueraient à jamais l'histoire de la musique. Laurel Canyon était un lieu où l'on pouvait rêver d'une vie meilleure grâce à la musique, vivre une vie de bohème entre pairs et se laisser bercer par les sons des guitares acoustiques. C'était un lieu d'expérimentation, où les éruptions volcaniques des guitares sous le feu de la création enchantée de cette génération de folkeux et de rockers ont marqué les esprits.
Arman Méliès, bien que né après cette époque, reconnaît les désirs musicaux et les héritages de ses aînés. Loin de vouloir recréer des chansons de cette époque, il prend le contre-pied en étant résolument moderne, tant dans la composition que dans son interprétation habitée. Son album, tel un hommage, ne se contente pas de revisiter le passé, mais le réinterprète avec une sensibilité contemporaine.
Une Exploration Musicale et Poétique
L'album d'Arman Méliès se distingue par sa modernité et son interprétation habitée. La voix de Méliès est très incarnée, mais prend aussi de la hauteur d'ensemble, portée par les ébullitions encore frémissantes des deux disques frères qui ont été les prémices de cet album. La présence de cordes mélancoliques, magnifiquement jouées par Pauline Denize, apporte une dimension et un frisson supplémentaires aux textes emprunts d'une poésie que seul Méliès maîtrise.
Dans le morceau "Avalon", Méliès évoque le berceau de la magie née de Laurel Canyon, un lieu où le paradis se mêle aux loups et aux fous. Créer, c'est s'aventurer dans une meute où, au moindre faux pas, l'on pourrait sombrer. Le Graal, c'est ce lieu mythique où le fantôme de Morrison danse encore, où les destins se sont noués en tragédie ou en triomphe, parfois même les deux. Méliès suggère que les hommes et les femmes qui ont habité ce canyon ont fait naître un volcan de par leur art et leur volonté de vivre "la vie en mieux".
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L'hommage rendu aux figures de légende, certaines à la destinée aussi fulgurante que des "Météores", est une reconnaissance de l'héritage de ces artistes et un clin d'œil aux initiés, ceux qui ne laissent pas tarir la source de cet or, sublime montagne aux ressources vertigineuses. Hubert-Félix Thiéfaine apporte au titre un souffle encore plus épique dans les mots de Méliès, une description saisissante, soutenue par des cordes mélancoliques. Le saxophone d'Adrien Soleiman ajoute une note supplémentaire d'âme échappée de ces météores dont la trajectoire est toujours dans nos cœurs.
La Soif de Création et la Quête de Gloire
Le banjo de "La Soif" rappelle que nous sommes en Amérique et qu'il n'y a pas qu'à Laurel Canyon que les affres de la création ont touché les artistes. La muse peut être là ou absente, mais la soif de reconnaissance, elle, peut toucher à la folie. Arman Méliès, avec un chant habité, étonne dans ce titre cruel de réalisme. Un autre personnage essaye de toucher la gloire à la force de ses mains et de vivre à hauteur de ses rêves. "Modesta" raconte cette quête inlassable, tel un Sisyphe essayant encore et encore d'arriver au sommet de la colline. La construction de ce titre est d'une beauté stupéfiante et s'offre même un moment de contemplation comme il y en avait dans Roden Crater.
"Amor Drive", route voisine de Laurel Canyon Boulevard, offre une virée où l'on retrouve les observations électroniques planantes du premier opus de cette trilogie et où l'on sent un bouillonnement sous-jacent, source de l'éclatement sur le second disque. Les claviers offrent une descente dans ce magma intense qui n'attend que de surgir au grand jour. Il est d'ailleurs au centre d'"Une Promesse", titre qui nous emporte dans le processus pur de création. Nul doute qu'Arman parle de sa propre perception de celui-ci et qui touchera chaque artiste, quel qu'il soit. Un titre intime donc, mais à la portée universelle.
"La Mêlée" et son chant doublé mettent en lumière la solennité du moment attendu, celle de la découverte d'un artiste qui sort de la mêlée. Un pas de côté qui pourrait changer la vie. Mais qui écrit les légendes ? L'artiste ou le public ? Dans Laurel Canyon, Arman Méliès évoque une époque bénie des dieux pour les artistes qui vivaient là-bas mais aussi la nôtre, autant impitoyable.
L'Artiste Face à l'Abîme: Folie et Humanité
L'album explore le rêve d'abord, puis l'acte de création pour oublier l'ennui, l'imprévisibilité de devenir un artiste en lumière, mais avec quand même la force, la volonté d'aller au bout, quitte à frôler la folie. Et advienne que pourra. Un artiste est un artiste, il ne peut combattre ce bouillonnement au fond de lui. Roden Crater évoquait un artiste qui fusionnait son rêve avec la nature avec en ultime chef-d'œuvre une installation au cœur de ce volcan éteint et faire jaillir la lumière. Basquiat's Black Kingdom donnait à voir les éclairs foudroyants de folie créatrice que produisait Basquiat. Le titre "Laurel Canyon" résume tout cela en prenant pour prisme l'époque glorieuse de cet endroit. Arman Méliès leur donne une devise à ces artistes : "la vie est trop courte pour être petite". Un morceau qui fonctionne également comme une vignette cinématographique qui narre un pan d'histoire de la musique.
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Sa dernière partie qui laisse exploser la tension évoque aussi la fin de la mythologie. Comme pour "Olympe (A La Mort)" sur Vertigone, "et le temps s'arrête" et les dernières notes évoquent la frénésie cristallisée de Basquiat's Black Kingdom. L'album ne pouvait s'arrêter de cette manière, fiévreux et crépusculaire. Un morceau plus apaisé et plus lumineux prend donc le relais avec "Vise Le Cœur" en mettant en lumière Emily Dickinson, poétesse américaine à la vie austère mais dont la beauté des écrits a traversé les âges, intacte et précieuse.
Une Trilogie Américaine: Art et Humanité
Arman Méliès clôture sa trilogie avec un album qui pourrait en fait servir de lien entre les deux précédents opus. Il illustre les processus créatifs et réfléchit également à la condition d'artiste. Laurel Canyon a une certaine portée philosophique qui met en perspective non pas l'art et le beau mais l'art et l'homme. Pris individuellement, chaque opus visite un genre : l'électro aventureuse, la fougue du post rock et le folk électrique et peut fonctionner indépendamment. Prise comme un tout, la trilogie américaine forme une unité cohérente de bout en bout, nous emmène dans un voyage au cœur de ce qui fait un artiste et nous montre pourquoi on les aime : ils réinventent constamment l'instant en criant leur humanité au travers de leurs œuvres. Peu importe finalement si on les entend clairement ou au loin, l'important c'est que les œuvres existent et restent. Certains artistes sont des étoiles filantes qui inscrivent leur légende tout là-haut dans le ciel. Mais tous sont partis du même abîme volcanique logé au creux de leur humanité. Arman Méliès nous dit que finalement il faut viser le cœur.
L'Inactualité de l'Ornement: Un Parallèle Philosophique
L'introduction à Inactualité de l'ornement forme une tentative de comprendre, dans une large plage temporelle et dans un contexte européen, comment l'ornement a été compris selon une échelle morale et comment, depuis environ la seconde moitié du XIXe siècle, il a fait l'objet de critiques sans précédent. En premier lieu, cet article enracine une formation éthique du décor à l'intérieur de la théorie philosophique et chrétienne de l'ornement. Ensuite, il se concentre sur le passage des XIXe et XXe siècles à une tendance moralisatrice qui retire l'ornement du champ de l'art.
Cette réflexion sur l'ornement peut être mise en parallèle avec l'œuvre d'Arman Méliès. Tout comme l'ornement a été sujet à des critiques et à des réévaluations au cours de l'histoire, la musique et l'art en général sont constamment redéfinis et réinterprétés. L'hommage rendu par Méliès aux artistes de Laurel Canyon peut être vu comme une forme d'ornementation, une manière d'embellir et de donner du sens à un héritage culturel.
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