L'Espagne est devenue une destination de premier plan pour la procréation médicalement assistée (PMA) en Europe, attirant des milliers de personnes chaque année. Ce phénomène est alimenté par une législation libérale, des techniques médicales avancées et des délais d'attente réduits, en comparaison avec d'autres pays européens. Cet article explore l'histoire et l'évolution de la PMA en Espagne, en mettant en lumière les facteurs qui ont contribué à son essor et les enjeux éthiques et sociaux qui en découlent.
Un cadre légal favorable
La loi 14/2006 du 26 mai sur les techniques de reproduction assistée constitue le principal texte législatif régissant la PMA en Espagne. Cette loi est considérée comme l'une des plus libérales au monde, autorisant les traitements de FIV pour les femmes célibataires, les couples hétérosexuels mariés et les couples homosexuels féminins. De plus, la loi autorise le don d'ovocytes, de sperme et d'embryons, qui est anonyme. L'identité du donneur et du patient est strictement protégée par la clinique. La congélation "sociale" des ovocytes est également autorisée, ainsi que la congélation des embryons. Les procédures telles que l'ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïdes), le PGS (dépistage génétique préimplantatoire), le PGD (diagnostic génétique préimplantatoire) et l'éclosion assistée sont également pratiquées en Espagne. Le nombre maximum d'embryons à transférer est de trois, que ce soit en FIV avec ovocytes propres ou en FIV avec don d'ovocytes.
L'essor des cliniques de PMA et le "tourisme procréatif"
Depuis 2003, le nombre de centres de PMA en Espagne a augmenté de 61 %, passant de 190 à 307 en 2016, suite à l'adoption d'une loi plus "libérale". Cette croissance est due à plusieurs facteurs, notamment le recul de l'âge auquel les femmes cherchent à être mères et une législation moins restrictive que dans d'autres pays. Fort de leur succès, des groupes comme IVI essaiment à l'étranger. Plus de 5.000 personnes franchissent chaque année le seuil de la clinique du groupe IVI de Madrid. Dans ce bâtiment de verre ultramoderne, des couples attendent patiemment d'être pris en charge dans une atmosphère feutrée, où l'on entend parler anglais, espagnol, français.
Le chercheur français Jacques de Mouzon, spécialiste de la fertilité à l'Inserm, refuse cependant le terme de "tourisme procréatif". Néanmoins, il est indéniable que l'Espagne attire de nombreux patients étrangers en quête de traitements de fertilité. En 2011, près de 1.692 Françaises se seraient rendues en Catalogne, près de la frontière française, pour recevoir un don d'ovocytes. Ce choix massif est dû à une législation espagnole souple, un service médical d'excellence et des délais bien plus courts.
Les raisons du succès espagnol
Plusieurs facteurs expliquent l'attrait de l'Espagne pour les patients en PMA :
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- Une législation permissive: La loi espagnole autorise l'accès à la PMA à toutes les femmes majeures, indépendamment de leur état civil ou de leur orientation sexuelle. Cela inclut les femmes célibataires et les couples de femmes, qui peuvent ainsi réaliser leur désir de maternité.
- L'anonymat du don: En Espagne, le don de gamètes est anonyme, ce qui encourage les donneurs à se manifester et réduit considérablement les listes d'attente pour les receveurs. De plus, les donneuses reçoivent une compensation financière, ce qui constitue une incitation supplémentaire.
- La qualité des soins: Les cliniques espagnoles sont réputées pour leur expertise médicale et leurs équipements de pointe. Elles communiquent leurs résultats à la SEF (Société espagnole de fertilité), qui rapporte au Consortium européen de surveillance de la FIV (EIM) pour la Société européenne de reproduction humaine et d'embryologie (ESHRE).
- Des prix compétitifs: Bien que l'Espagne soit la destination européenne la plus chère pour la FIV, les prix restent compétitifs par rapport à d'autres pays comme le Royaume-Uni. De plus, certaines cliniques proposent des options de partage d'ovocytes pour réduire les coûts.
- Des délais d'attente réduits: Grâce à l'anonymat du don et au nombre important de donneurs, les délais d'attente pour les traitements de PMA sont généralement plus courts en Espagne qu'en France.
Les défis et les enjeux éthiques
Malgré ses avantages, la PMA en Espagne soulève également des défis et des enjeux éthiques :
- Le coût des traitements: Le coût d'un cycle de FIV varie de 4.100€ à 8.200€, tandis qu'un cycle de don d'ovocytes peut coûter de 5.900€ à 11.000€. Les patients doivent également prendre en charge les frais des consultations médicales (150€- 250€). Ces coûts peuvent être prohibitifs pour certains patients, malgré la possibilité de demander une prise en charge à la CPAM (Caisse Primaire d'Assurance Maladie).
- Les risques médicaux: Comme toute intervention médicale, la PMA comporte des risques, tels que l'hyperstimulation ovarienne, les grossesses multiples et les complications liées à la ponction d'ovocytes. Il est donc essentiel que les patients soient bien informés de ces risques et qu'ils bénéficient d'un suivi médical approprié.
- Les enjeux éthiques du don: L'anonymat du don soulève des questions éthiques, notamment en ce qui concerne le droit de l'enfant à connaître ses origines. Bien que la loi espagnole garantisse l'anonymat des donneurs, elle permet aux enfants conçus par PMA d'obtenir des informations d'ordre général sur leurs donneurs.
- La commercialisation de la fertilité: L'essor des cliniques de PMA et le "tourisme procréatif" soulèvent des questions sur la commercialisation de la fertilité et le risque de dérives. Il est important que les cliniques respectent les normes éthiques et qu'elles ne mettent pas la pression sur les patients pour qu'ils suivent des traitements inutiles ou risqués.
Parcours de patients : témoignages
De nombreux patients témoignent de leur expérience de la PMA en Espagne. Emmanuelle Lino, une Française, avait tenté la fécondation in vitro (FIV) en région parisienne, sans succès. Elle n'a pas pu refaire un essai car à 43 ans passés, elle avait dépassé l'âge limite fixé par la Sécurité sociale française pour la prise en charge de ces traitements. Elle a donc choisi l'Espagne pour poursuivre son projet parental.
Sabrina Ferrant, célibataire de 33 ans, a recouru au financement participatif (crowdfunding) pour réunir une partie des 5.500 euros nécessaires à sa FIV. Et, atteinte d'endométriose, une cause d'infertilité, elle a fait cette FIV en Espagne car en France les traitements sont réservés aux couples.
Ophélie et Marc, un couple français, ont également choisi une clinique espagnole après plusieurs tentatives infructueuses en France. « Notre choix s’oriente tout de suite vers la clinique espagnole. Nous avons eu un contact fluide, les échanges étaient bons et nous n’avons pas ressenti le besoin de se renseigner ailleurs. » Ils ont été séduits par la qualité de l'accueil et le suivi personnalisé de la clinique espagnole. « Nous ne sommes pas que des « patients » chez IVI, nous sommes Ophélie et Marc en route pour devenir parents ensemble ! »
Jenny et Laura, un couple de femmes, ont également opté pour une clinique espagnole après des échecs en France. Elles ont été impressionnées par le professionnalisme et l'expertise de l'équipe médicale espagnole. « Nous avons été vraiment rassurées une fois l’échographie du premier trimestre passée. Nous sommes devenues mamans d’une petite fille pour notre plus grand bonheur. »
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Ces témoignages illustrent les raisons pour lesquelles de nombreux patients choisissent l'Espagne pour réaliser leur projet parental. Ils mettent en lumière les avantages de la législation espagnole, la qualité des soins et l'accueil personnalisé des cliniques.
L'Espagne, un modèle pour l'avenir de la PMA en Europe ?
L'histoire de la PMA en Espagne est un exemple de la manière dont une législation libérale et une politique de santé volontariste peuvent favoriser l'accès aux traitements de fertilité et répondre aux besoins des patients. Cependant, il est important de prendre en compte les enjeux éthiques et sociaux liés à la PMA, et de veiller à ce que les droits des patients et des enfants conçus par PMA soient respectés.
Alors que de nombreux pays européens sont encore réticents à autoriser l'accès à la PMA à toutes les femmes, l'Espagne pourrait servir de modèle pour l'avenir de la PMA en Europe. En adoptant une approche pragmatique et en tenant compte des évolutions de la société, il est possible de concilier les progrès de la médecine et le respect des valeurs éthiques.
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