L'inscription de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) dans la Constitution française a marqué un moment historique et symbolique, plaçant la France à l'avant-garde mondiale en matière de droits des femmes. Cette avancée, fruit d'un long processus politique et parlementaire, a été adoptée par une large majorité de parlementaires réunis en Congrès à Versailles. Cependant, ce consensus apparent a été émaillé de tensions et de dissensions, notamment lors de la prise de parole d'Hélène Laporte, vice-présidente du Rassemblement National (RN) à l'Assemblée nationale.
Un vote historique et un large consensus
Le lundi 4 mars, les députés et les sénateurs ont voté à une large majorité pour l'inscription de "la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse" dans la Constitution française. Le texte a été adopté par 780 voix "pour" et 72 voix "contre", dépassant largement les trois cinquièmes des suffrages exprimés nécessaires à la révision de la Loi fondamentale de la République. Cette révision constitutionnelle vise à protéger la liberté d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. La formulation qui sera désormais inscrite à l’article 34 de la Constitution est la suivante : « La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse [IVG] ».
Ce vote est l'aboutissement d'un long processus politique et parlementaire, débuté au lendemain de la décision de la Cour suprême américaine de revenir sur le fameux arrêt "Roe versus Wade". Le président de la République, Emmanuel Macron, avait annoncé, qu'il souhaitait "changer notre Constitution afin d'y graver la liberté des femmes à recourir à l'interruption volontaire de grossesse".
La présidente du Congrès, Yaël Braun-Pivet, a apposé sa signature sur le texte, qui a ensuite été frappé du Sceau du Congrès. Une cérémonie de Scellement sera présidée par Emmanuel Macron, à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes.
La réaction d'Hélène Laporte et les huées du Congrès
Au cours des explications de vote, la députée Rassemblement national Hélène Laporte a affirmé qu'"en réalité, au lendemain de ce Congrès, rien n'aura changé pour les femmes" puisque "personne ne menaçait" le droit à l'IVG en France. Cette intervention a suscité de vives réactions et des huées de la part de nombreux parlementaires.
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Hélène Laporte a été conspuée au Congrès à Versailles, après avoir cité l’ancienne ministre de la Santé, Simone Veil, porteuse de la loi dépénalisant l’avortement. "Je voudrais rappeler les mots de Simone Veil…", a lancé l’élue de la formation d’extrême droite, avant d’être interrompue par des huées émanant du Congrès, réuni à Versailles. "Personne n’est ici garant de sa mémoire", a-t-elle riposté, avant de reprendre son intervention. "Personne n’a jamais contesté que l’avortement soit un échec quand il n’est pas un drame", a cité la députée, qui a affiché ses réserves sur "l’opportunité de cette réforme".
La désapprobation du discours d’Hélène Laporte a aussi fait réagir plusieurs députés sur X. Marc Ferracci, élu Renaissance, a ainsi expliqué : « Stupéfiant… mais pas étonnant. Au Congrès à Versailles le RN vient de démontrer par le discours de son oratrice Hélène Delaporte qu’il avait très clairement en tête de réduire les délais de recours à l’IVG, aujourd’hui de 14 semaines… en excluant seulement de supprimer complètement ce droit ». « Pour le RN, Laporte nous explique qu’il y a plus urgent à faire… attendre que ses potes arrivent au pouvoir pour supprimer l’IVG ? » s’est aussi demandé le député (La France insoumise) Hadrien Clouet.
Les divisions au sein du Rassemblement National
Au Sénat, les parlementaires RN ont voté en faveur de l’inscription de l’IVG dans la Constitution. Mais ce soutien dissimule mal l’embarrassement de certains élus. "Le droit à l’IVG n’est pas menacé", avait affirmé la députée Edwige Diaz, sur BFMTV. Selon elle, le camp présidentiel "s’achète à peu de frais une image d’Épinal pour sa postérité" après avoir participé à l’élection de Roberta Metsola, la présidente du Parlement européen "au positionnement résolument anti-IVG".
Les députés du Rassemblement national ont également voté en ordre dispersé (46 pour, 11 contre, 20 abstentions). La présidente du groupe RN, Marine Le Pen, a voté pour le projet de loi.
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