Le droit à l’avortement est un sujet de débat mondial, avec des perspectives diverses influencées par des facteurs culturels, religieux et sociopolitiques. Dans ce contexte, cet article examine les complexités entourant la grossesse non désirée et les opinions islamiques sur l’avortement, en tenant compte des diversités d’interprétations et des réalités vécues par les femmes dans les pays majoritairement musulmans.
Le droit à l'avortement : Un enjeu mondial
Le 28 septembre, Journée mondiale du droit à l'avortement, des femmes du monde entier se sont mobilisées pour revendiquer un accès sûr, légal et gratuit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Ce droit est menacé dans de nombreux pays, où des mouvements sociaux et politiques luttent pour sa reconnaissance et sa protection. La religion, en particulier le catholicisme, est souvent citée comme un obstacle majeur à la contraception et à l'avortement, et de nombreux pays à majorité catholique ont des lois strictes en la matière, allant jusqu'à l'interdiction totale.
L'avortement dans les pays musulmans : Restrictions et réalités
Dans les pays à majorité musulmane, la situation est complexe. Près de 80 % des femmes du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord vivent dans des pays où le droit à l'avortement est restreint. Dans 55 % de ces pays, l'IVG n'est autorisée que pour sauver la vie de la mère, et dans 24 % pour préserver sa santé physique ou mentale. Seules la Turquie et la Tunisie autorisent l'avortement sur demande de la mère. Même dans ces pays, des oppositions politiques et religieuses remettent constamment en question ce droit. En Tunisie, les femmes qui avortent peuvent être confrontées au jugement négatif du personnel médical et de la société.
Que dit l'Islam sur l'avortement ? Diversité des opinions
Les autorités religieuses musulmanes considèrent généralement que l'avortement interfère avec la volonté d'Allah, qui a seul droit de vie et de mort. Cependant, les différents courants de l'islam ont des points de vue divergents sur la question.
Le dogme hanafite : Une approche nuancée
Dans le dogme hanafite, majoritaire au Moyen-Orient, en Turquie et en Asie centrale, l'avortement est évoqué sous le terme "ıskât-ı cenîn", qui signifie "expulsion du fœtus". Cette terminologie ne distingue pas clairement les fausses couches des avortements. Le hanafisme considère l'ıskât-ı cenîn comme "mekrouh" (indésirable) plutôt que "haram" (interdit) avant 120 jours de grossesse, car le fœtus n'est pas considéré comme ayant une âme avant ce stade. Toutefois, même considérée comme "mekrouh", la décision d'avorter est laissée à la discrétion du mari et ne constitue pas un droit pour la femme.
Lire aussi: Précautions pour un bain chaud enceinte
Autres courants islamiques : Des opinions divergentes
D'autres courants islamiques ont des opinions différentes. Le chafiisme, dominant en Asie du Sud-Est et dans certaines régions d'Afrique, autorise l'IVG jusqu'à 40 jours de grossesse, avec des avis divergents quant au stade de développement du fœtus. Certains imams chafiistes tolèrent l'avortement jusqu'au 120e jour. Le courant hanbaliste, majoritaire en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, n'a pas d'opinion tranchée, mais certains chefs religieux autorisent l'avortement jusqu'au quatrième mois. Le malikisme, prédominant en Afrique du Nord, considère le fœtus comme un être vivant en devenir et interdit totalement l'avortement. Tous les dogmes islamiques s'accordent sur le fait qu'après 120 jours de conception, le fœtus a une âme, et aucun n'autorise l'avortement après cette date.
Évolution de la législation : Influences sociopolitiques
Dans de nombreux pays à majorité musulmane, la jurisprudence islamique a influencé la législation sur l'avortement. Cependant, de nouvelles préoccupations sociopolitiques ont conduit à des remaniements de cette législation.
L'Empire ottoman : Entre hanafisme et politique nataliste
Dans l'Empire ottoman, la relative "liberté de choix" offerte par le hanafisme a été contrecarrée par une politique nataliste et moderniste à la fin du XVIIIe siècle. Face au déclin de l'Empire, la modernisation et la croissance démographique étaient considérées comme des solutions pour assurer sa stabilité militaire, économique et politique. En 1858, le Code pénal de l'Empire ottoman, inspiré du Code pénal français de 1810, interdit et criminalise l'avortement, harmonisant ainsi la législation française et le dogme islamique. L'avortement est alors légalement déclaré "haram" dans tous les territoires ottomans. Cependant, la jurisprudence le considère comme un phénomène social, et les poursuites visent principalement les professionnels de santé plutôt que les femmes elles-mêmes.
Diversité des lois dans les pays musulmans contemporains
Après la chute de l'Empire ottoman, de nombreux pays ont mis en place des lois restrictives sur l'avortement. Aujourd'hui, les lois varient considérablement, autorisant ou interdisant l'avortement pour différentes raisons. Dans de nombreux pays, l'avortement n'est autorisé que lorsque la vie de la femme est en danger, en cas de malformation du fœtus ou lorsque la grossesse résulte d'un acte criminel comme un viol. Ces principes permettent à certaines femmes d'y avoir recours, mais renforcent la supervision médicale et les procédures légales, et ne laissent aucune place aux avortements volontaires.
Avortement clandestin : Un problème de santé publique
Restreindre l'accès à l'avortement ne fait pas disparaître cette pratique, mais la rend clandestine et dangereuse. Les femmes qui utilisent des méthodes peu sûres pour interrompre leur grossesse mettent leur santé, leur fertilité et leur vie en danger. Chaque année, 47 000 femmes meurent de complications liées à un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions. Le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord sont les régions du monde où le taux de mortalité maternelle est le plus élevé après l'Afrique subsaharienne et l'Asie du Sud.
Lire aussi: Causes et conseils : 1er mois de grossesse
Inégalités d'accès et recours au marché noir
Les restrictions du droit à l'avortement affectent davantage les femmes les plus pauvres. Celles qui en ont les moyens se rendent à l'étranger pour avorter en toute sécurité, tandis que d'autres négocient avec des professionnels de santé dans leur propre pays. Pour les femmes les plus vulnérables, le marché noir est la seule option, et elles sont souvent victimes de charlatans qui leur vendent de fausses pilules abortives à des prix exorbitants. Même lorsqu'elles ont accès à des structures médicales ou à des pilules fiables, elles restent mal informées et mal suivies, ce qui accentue leur sentiment d'isolement et leur souffrance.
Télémédecine et alternatives sûres
Malgré les restrictions légales, l'avortement médicamenteux et la télémédecine offrent des alternatives sûres. De nombreuses femmes vivant dans des pays à majorité musulmane ou dans d'autres pays où l'accès à l'avortement est limité consultent des services de médecine en ligne pour obtenir de l'aide et des informations sur l'auto-administration de pilules abortives. Des études ont prouvé que l'avortement télémédicalisé est sûr et efficace en début de grossesse. Women on Web (WoW), un service en ligne, aide environ 60 000 femmes chaque année et propose un contenu traduit en 16 langues, dont l'arabe, le farsi et le turc.
Contourner la censure : Applications et militantisme
Dans certains pays comme l'Arabie saoudite et la Turquie, l'accès à ces sites est bloqué. Pour contourner la censure, les femmes utilisent des applications sur leur smartphone. Malgré les obstacles, les femmes continuent de défier le statu quo et les lois archaïques par leurs pratiques quotidiennes et leur militantisme. En 2012, des centaines de femmes ont manifesté à Istanbul pour défendre la liberté de choix face à un projet de loi visant à restreindre l'accès à l'avortement. Elles ont revendiqué leur droit d'avorter en toute sécurité et de disposer librement de leur corps.
Grossesse non désirée : Aspects juridiques et responsabilités parentales
La question de la grossesse non désirée soulève des problématiques juridiques complexes concernant les droits et les responsabilités des parents.
Consentement à la parentalité et obligation de conduite responsable
L'expression "faire un enfant dans le dos" illustre la notion de tromperie entre les parents. Cela peut se produire lorsqu'une femme tombe enceinte en toute connaissance de cause et impose la paternité à son partenaire, ou lorsqu'un homme feint l'utilisation d'un préservatif (pratique appelée "stealthing"). Dans ces situations, la question du dol (tromperie intentionnelle) se pose, car une personne se retrouve dans une situation juridique non consentie. Le droit ne juge pas la morale, mais les juges peuvent être sensibles à la moralité des comportements pour apporter une réponse juridique.
Lire aussi: Taille du Fœtus à 18 Semaines
Conséquences juridiques de la tromperie et reconnaissance de paternité
La tromperie peut entraîner des conséquences juridiques, notamment l'indemnisation de la personne pour le préjudice subi. Cependant, il est difficile de prouver la tromperie et de caractériser le préjudice. En pratique, la justice tend à considérer que les deux adultes sont autant responsables dans la conception des enfants et que les circonstances entourant celle-ci ne nécessitent pas forcément une sanction juridique. La loi française n'impose pas l'exercice de droits de visite à un père qui n'a pas exprimé son consentement à la parentalité. En revanche, la reconnaissance de paternité entraîne des obligations financières, mais aussi des droits pour le père.
Caractère rétroactif de la dette alimentaire
Il est important de noter que la dette alimentaire peut avoir un caractère rétroactif, ce qui signifie qu'un père peut être condamné à payer une pension alimentaire pour l'éducation de l'enfant même des années après sa naissance. Le délai de prescription pour les actions relatives à la filiation est de dix ans à compter du jour où la personne a été privée de l'état qu'elle réclame, ou a commencé à jouir de l'état qui lui est contesté. À l'égard de l'enfant, ce délai est suspendu pendant sa minorité.
Contraception en Islam : Permissibilité et conditions
La contraception en Islam est un sujet controversé, avec des avis divergents en raison du rapport aux mœurs et à la liberté de la femme. Cependant, de nombreux érudits contemporains ont étudié la question et ont rendu un avis juste et concordant.
Procréation et accroissement de la communauté musulmane
L'Islam encourage le mariage et la procréation, car le mariage est une adoration et un moyen licite d'avoir une progéniture. La Sounnah du Messager d'Allah vante les mérites de la femme féconde, car l'accroissement de la communauté musulmane est un souhait formulé par le Messager d'Allah. Une communauté nombreuse est plus puissante et plus respectée par les autres nations.
Avis des jurisconsultes musulmans sur la contraception
Les jurisconsultes musulmans estiment qu'il est permis d'avoir recours aux méthodes de contraception pour espacer les naissances, mais cela reste détestable (pas souhaitable). Les savants comme Al Outheymine, Al Albani et d'autres expliquent qu'il est permis d'avoir recours aux moyens de contraception pour espacer les naissances et non pas pour limiter le nombre d'enfants à un chiffre précis. Pour les femmes ayant déjà eu des enfants et dont une grossesse supplémentaire serait source de difficultés et de risque pour leur santé, c'est autorisé, après consultation d'un spécialiste. En revanche, il est interdit d'avoir recours à la pilule contraceptive et autres dispositifs hormonaux pour les couples craignant la pauvreté, car l'enfant vient au monde avec sa subsistance.
Avortement en Islam : Un acte blâmable
L'avortement en Islam est considéré comme un acte blâmable, sauf en cas de causes médicales graves. Il n'est pas permis d'avoir recours à l'IVG sans raisons médicales graves, et il est demandé aux croyants et croyantes de délaisser cette pratique.
Planification familiale et choix de la contraception
La "planification familiale" ou "le planning des grossesses" est permis en Islam, par miséricorde pour la femme. Le mode de contraception devra être étudié et pris sans le moindre risque pour la santé. Cependant, une grossesse non désirée ne peut en aucun cas aboutir à un avortement, car cela s'est produit par la permission d'Allah.
Grossesse imprévue : Soutien et accompagnement
Face à une grossesse imprévue, il est important de prendre le temps de faire le point sur ses sentiments et ses peurs, et de ne pas agir dans la précipitation. Il est essentiel de ne pas rester seule et de pouvoir se confier et être écoutée. Des associations comme le CIDFF peuvent aider les femmes et les familles à mettre à plat les choses et à réfléchir aux solutions qui existent.
Réactions des hommes et rôle du couple
Il faut souvent du temps aux hommes pour s'habituer à la perspective d'une grossesse, d'un bébé, même quand il s'agit d'un bébé prévu et attendu. Un homme a souvent aussi besoin de signes tangibles pour accueillir cette nouvelle comme une réalité, pas seulement comme une idée. Si un homme dit qu'il ne se sent pas prêt à devenir père de ce bébé non désiré, cela ne veut absolument pas dire que c'est définitif et qu'il ne le sera jamais. Un bébé se fait à deux, et la femme ne doit pas porter toute la responsabilité et la culpabilité de cette grossesse imprévue.
tags: #grossesse #non #desiree #islam #avis