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Grossesse et Violence Obstétricale : Une Analyse Profonde

L'expérience de la grossesse et de l'accouchement est un sujet complexe, chargé d'émotions, de traditions et d'interventions médicales. Cet article explore les aspects de la grossesse, en touchant à la violence obstétricale, à la médicalisation de la naissance et aux perspectives féministes sur le corps féminin.

La médicalisation de l'accouchement : un bref aperçu historique

Historiquement, l'accouchement était un événement social et familial, géré principalement par des sages-femmes. Cependant, à partir du XVIIIe siècle, la médecine a commencé à s'intéresser de plus en plus à la reproduction humaine, ce qui a conduit à une médicalisation croissante de l'accouchement. Selon Rezende, « c'est à partir du XVIIIᵉ siècle que l’intérêt croissant de la médecine pour la reproduction humaine a conduit le médecin à pénétrer dans la chambre d’accouchement, refuge jusqu’alors réservé aux sages-femmes. Ce changement a entraîné l’incorporation de la pratique chirurgicale obstétricale. L’accouchement est devenu un événement médical, non naturel ou physiologique, sa réalisation étant transférée du domicile à l’hôpital. » Cette transition a entraîné une augmentation des interventions chirurgicales, telles que l'épisiotomie, qui sont devenues des pratiques courantes dans de nombreux pays.

L'épisiotomie : une pratique controversée

L'épisiotomie, une incision chirurgicale pratiquée dans le périnée pour élargir l'ouverture vaginale pendant l'accouchement, est un exemple de pratique obstétricale qui a été remise en question. Bien qu'elle ait été initialement conçue pour faciliter les accouchements difficiles, elle est rapidement devenue une intervention de routine. Cependant, des études récentes ont mis en évidence les risques potentiels de l'épisiotomie, notamment les douleurs périnéales, les pertes sanguines, les lacérations du sphincter anal et l'incontinence anale. Malgré l'absence de preuves scientifiques solides confirmant son efficacité, l'épisiotomie reste une pratique courante dans de nombreux pays, soulevant des questions sur le contrôle médical du corps féminin.

La gynécologue, obstétricienne et chercheuse Dr. Melania Amorim nous explique qu’« avec l’avènement de la Médecine Fondée sur les Preuves, les obstétriciens doivent considérer que les risques de lésions maternelles dépassent les bénéfices potentiels. En plus de ne pas protéger le plancher pelvien, l’épisiotomie augmente la fréquence de douleurs périnéales, de pertes sanguines, de lacération du sphincter anal, de lésions rectales et d’incontinence anale, sans réduire les taux d’incontinence urinaire ni améliorer les résultats néonatals », et que « lorsqu’elle est pratiquée de manière routinière sans indication précise, l’épisiotomie a été décrite par Marsden Wagner comme une mutilation génitale féminine, et devrait donc être évitée ».

Violence obstétricale : une réalité méconnue

La violence obstétricale se réfère à un ensemble de pratiques irrespectueuses, abusives ou non consensuelles qui peuvent survenir pendant la grossesse, l'accouchement et le post-partum. Elle peut prendre de nombreuses formes, allant des remarques désobligeantes aux interventions médicales non consenties, en passant par le refus d'analgésiques ou de soutien émotionnel. L'épisiotomie de routine, lorsqu'elle est pratiquée sans indication médicale claire et sans le consentement éclairé de la patiente, peut être considérée comme une forme de violence obstétricale.

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Le taux de pratique de l’épisiotomie chez les femmes ayant un accouchement vaginal au Brésil est d’environ 53,5 %. Déchirer les organes génitaux d’une femme lors de l’accouchement sous prétexte de faciliter le passage de son enfant est une opération courante en obstétrique sur des corps qui, dans un moment de vulnérabilité extrême, ne peuvent même pas faire valoir leur droit à ne pas être mutilés. Cette pratique résulte de l’entrée de la médecine occidentale - lisons à nouveau : misogyne, raciste, blanche et cis-masculine - dans la pratique obstétricale qui, jusque-là, était exercée par des femmes.

Perspectives féministes sur la grossesse et l'accouchement

Les féministes ont longtemps critiqué la médicalisation excessive de l'accouchement et le manque de respect pour l'autonomie des femmes dans les décisions relatives à leur propre corps. Elles soutiennent que les femmes devraient avoir le droit de choisir comment elles souhaitent accoucher, qu'il s'agisse d'un accouchement à domicile, d'un accouchement naturel ou d'un accouchement médicalisé, et que leurs choix devraient être respectés par les professionnels de la santé. De plus, elles soulignent l'importance de lutter contre la violence obstétricale et de promouvoir des soins de maternité respectueux et centrés sur la patiente.

« L’entrée des médecins-accoucheurs dans cette pratique a inauguré non seulement la scrutation [ou examen minutieux] du corps féminin, mais aussi la production d’un savoir anatomique et physiologique sur la femme à partir du regard masculin », selon la sociologue et professeure à la Faculté de Médecine de l’UFMG, Anayansi Brenes.

L'importance de l'information et du consentement éclairé

L'un des moyens les plus importants de lutter contre la violence obstétricale et de promouvoir des soins de maternité respectueux est de s'assurer que les femmes sont pleinement informées de leurs options et qu'elles donnent leur consentement éclairé avant toute intervention médicale. Cela signifie que les professionnels de la santé doivent expliquer clairement les avantages et les risques de chaque intervention, ainsi que les alternatives possibles, et qu'ils doivent respecter les décisions des femmes, même si elles diffèrent de leurs propres recommandations.

Le rôle des sages-femmes

Les sages-femmes, qui ont historiquement joué un rôle central dans les soins de maternité, sont de plus en plus reconnues comme des partenaires essentiels dans la promotion d'un accouchement sûr et respectueux. Elles offrent des soins personnalisés et centrés sur la patiente, et elles sont formées pour soutenir les femmes pendant le travail et l'accouchement, tout en minimisant les interventions médicales inutiles. Dans de nombreux pays, les sages-femmes sont autorisées à pratiquer de manière autonome, offrant aux femmes un choix supplémentaire en matière de soins de maternité.

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Dans Le Caliban et la Sorcière, la sociologue, activiste et penseuse italienne Silvia Federici nous rappelle qu’en Europe le mouvement fut similaire : « Tant en France qu’en Angleterre, à partir de la fin du XVIᵉ siècle, peu de femmes furent autorisées à pratiquer l’obstétrique, activité qui jusqu’alors avait été leur mystère inviolable. Vers le début du XVIIᵉ siècle, les premiers hommes-accoucheurs apparurent et, en l’espace d’un siècle, l’obstétrique était presque entièrement passée sous contrôle étatique ».

Perspectives futures

L'avenir des soins de maternité dépendra de la capacité des professionnels de la santé, des décideurs politiques et des femmes elles-mêmes à travailler ensemble pour créer un système qui respecte l'autonomie des femmes, promeut des soins fondés sur des preuves et lutte contre la violence obstétricale. Cela nécessitera une remise en question des pratiques médicales traditionnelles, une plus grande valorisation du rôle des sages-femmes et un engagement envers l'information et le consentement éclairé.

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tags: #fernanda #souza #enceinte

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