Geneviève Page, une actrice française élégante et racée, née Geneviève Bonjean le 13 décembre 1927 à Paris et décédée le 14 février 2025 dans la même ville, a marqué le cinéma et le théâtre par sa présence unique. Fille d'un collectionneur, Jacques-Paul Bonjean, et filleule de Christian Dior, elle a privilégié le théâtre au cinéma, sans pour autant négliger des rôles marquants qui ont mis en valeur son élégance et son talent.
Une formation théâtrale solide
Après avoir suivi les cours de Tania Balachova, puis du Conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris, Geneviève Page fait ses débuts au théâtre. Elle passe d’abord par la Comédie-Française, puis au TNP où elle joue notamment avec Gérard Philipe dans Lorenzaccio et Les Caprices de Marianne. Elle poursuit dans le répertoire classique au théâtre de l'Odéon dans des pièces comme Le Soulier de satin, Andromaque ou La Nuit des rois. Sa grâce lui permet de donner la réplique à Gérard Philipe dans la prestigieuse troupe du TNP dirigée par Jean Vilar notamment dans Lorenzaccio, Le Cid et Les Caprices de Marianne. Elle poursuit dans le répertoire classique à l’Odéon pour la compagnie Renault-Barrault dans Le Soulier de Satin de Claudel, Andromaque de Racine, La Nuit des Rois de Shakespeare, ce qui lui vaut une image de noblesse au théâtre et de femme mondaine dans la vie.
Le théâtre a toujours adoré Geneviève Page. Il lui a tout donné : Racine et Shakespeare, Andromaque et La Nuit des rois. Claudel, aussi, Claudel, surtout : bien avant Ludmila Mikaël, elle fut une Prouhèze racée, glorieuse, dans un Soulier de satin sagement mis en scène par Jean-Louis Barrault (1963). Tragédienne au début de sa carrière, elle sut en montrer les excès en incarnant, sur le tard, en 1996, dans Colombe, une monstresse des planches comme Jean Anouilh aimait en peindre : une vieille peau, bien résolue à sacrifier sa vie - et celle des autres - à sa seule et illusoire raison de vivre : son art. Seul regret de la comédienne au terme de sa superbe carrière théâtrale : « Ne pas avoir travaillé avec Antoine Vitez »…
Débuts au cinéma et reconnaissance internationale
Au cinéma, elle débute en 1950 dans Pas de pitié pour les femmes avec Michel Auclair et se fait remarquer en Marquise de Pompadour dans Fanfan la Tulipe de Christian-Jaque avec Gérard Philipe. Après un passage par le Conservatoire et la Comédie Française, Geneviève Page fait ses grands débuts sur grand écran en 1952 en incarnant la Marquise de Pompadour dans le célèbre Fanfan la Tulipe de Christian-Jaque. Repérée dans “Fanfan la Tulipe”, après-guerre, elle aura ensuite une grande carrière sur les planches.
Elle incarne quelques mondaines dans des petites productions comme Lettre ouverte ou L’étrange désir de monsieur Bard et se fait connaître sur le plan international avec le rôle de Nadia Fédor dans Michel Strogoff avec Curd Jürgens. C'est en 1956 que Geneviève Page rencontre son plus grand succès avec Michel Strogoff, de Carmine Gallone.
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Maîtrisant parfaitement l’anglais, elle se laisse accaparer par le cinéma américain où elle joue les européennes raffinées ou les princesses majestueuses. On la voit ainsi dans L’Énigmatique Monsieur D. Le cinéma américain fait appel à elle dès le milieu des années 1950, pour incarner les Européennes raffinées ou les princesses majestueuses comme dans L'Énigmatique Monsieur D de Sheldon Reynols (avec Robert Mitchum), Le Bal des adieux de Charles Vidor et George Cukor (avec Dirk Bogarde) ou Le Cid (El Cid) d’Anthony Mann (avec Charlton Heston). Delmer Daves lui offre le rôle principal de son mélodrame Youngblood Hawke en 1964, mais le film est un échec et n'est même pas distribué en France.
Une carrière riche et diversifiée
Fidèle à son image de comédienne atypique, toujours surprenante, il est alors difficile de dégager un thème d'une carrière riche de près de cinquante films. Soucieuse de casser son image dans ces personnages trop chics, elle s’ouvre à d’autres rôles que ceux qu’on lui attribue ordinairement. Sur la première partie de celle-ci, elle est à l'affiche du Bal des adieux, co-réalisé par George Cukor et Charles Vidor, du Cid d'Anthony Mann et du Jour et l'Heure de René Clément. Elle est ainsi la tenancière de maison de passes dans Belle de jour de Luis Buñuel, l’ambiguë Gabrielle Valladon dans La vie privée de Sherlock Holmes de Billy Wilder, la veuve nymphomane dans Buffet froid de Bertrand Blier et la sœur de l’avocat alcoolique Loursat, alias Jean-Paul Belmondo dans L’inconnu dans la maison. Elle joue également avec beaucoup de finesse Madame Anaïs dans Belle de jour (1967) de Luis Buñuel, l'ambiguë Gabrielle Valladon dans La Vie privée de Sherlock Holmes (1970) de Billy Wilder ou encore une veuve nymphomane dans Buffet froid (1979) de Bertrand Blier. On la trouve en flibustière dans la série Corsaires et flibustiers de Claude Barma avec Michel Le Royer.
Geneviève Page s'illustre régulièrement sous la direction et aux côtés de grandes pointures du septième art. Presque toujours confinée à des seconds rôles, elle apparaît chez Jean Becker (Tendre voyou, …). Le meilleur de tous sera cette veuve nympho trop vite assassinée dans Buffet froid, de Bertrand Blier (1979). Je lui ai dit que si elle me fichait une baffe, je la lui rendrais ! » (1) Et Robert Altman la métamorphose en fofolle extravagante, surnommée Zizi, dans une comédie frénétiquement psychanalytique : Beyond Therapy (1987). C’est Billy Wilder qui, dans La Vie privée de Sherlock Holmes (1970), lui offre le rôle de sa vie : une aventurière qui emprunte son nom à un auteur romanesque (Hugo von Hofmannsthal) et son pseudo à une artiste peintre (Suzanne Valadon).
Elle avait une voix grave, presque rauque, sensuelle, dont elle jouait à merveille. Et un port de tête royal que remarque Gérard Philipe, sur le tournage de Fanfan la Tulipe, de Christian-Jaque, où elle interprète le court rôle de la marquise de Pompadour.
Récompenses et distinctions
Au théâtre, elle reçoit le prix de la meilleure comédienne du Syndicat de la critique pour sa composition de Petra von Kant dans l’adaptation française des Larmes amères de Petra von Kant de Rainer Werner Fassbinder et obtient un Molière en 1996 pour son rôle dans Colombe de Jean Anouilh. Au théâtre, elle incarne Petra von Kant dans l’adaptation française de l’œuvre de Rainer Werner Fassbinder, Les Larmes amères de Petra von Kant montée au Théâtre national de Chaillot, en 1980, qui lui vaut le prix de la meilleure comédienne du Syndicat de la critique. Elle a également été nominée pour le Prix Molière en 1996 pour son rôle dans "Colombe".
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Elle reçoit, le 26 juillet 2013, à Puget-Théniers, le prix Reconnaissance des cinéphiles pour l'ensemble de sa carrière décerné par l'association « Souvenance de cinéphiles ».
Vie privée et engagement
Elle participe à quelques téléfilms comme La Chambre de Michel Mitrani ou Mémoires en fuite de François Marthouret et retrouve des personnages remplis de noblesse dans les séries La Chasse aux hommes ou Péchés originaux. Perfectionniste, elle continue tout au long de sa carrière à prendre des cours d'art dramatique et dispense des cours d’art dramatique tout en refusant d'être trop médiatisée. Elle a été mariée depuis 1959 au banquier Jean-Claude Bujard avec qui elle a eu deux enfants, Thomas et Adélaïde. Son mari est décédé le 29 août 2011. Elle est membre du comité d'honneur de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD).
Absente aux soirées mondaines, elle compte pourtant à sa carrière bien des partenaires qui auraient pu lui donner goût au luxe, aux facilités du métier. Et c'est toujours avec modestie qu'elle parle de sa carrière, de son honorable filmographie ce qui la distingue des autres acteurs et encore une fois, la rend classe.
Filmographie sélective
- Pas de pitié pour les femmes (1950)
- Fanfan la Tulipe (1952)
- Lettre ouverte
- L’étrange désir de monsieur Bard (1954)
- Michel Strogoff (1956)
- L’Énigmatique Monsieur D (1956)
- Le Bal des adieux
- Le Cid
- Le Jour et l'Heure
- Tendre Voyou
- Belle de jour (1967)
- La Vie privée de Sherlock Holmes (1970)
- Buffet froid (1979)
- L’inconnu dans la maison
- Corsaires et flibustiers (série télévisée)
- Beyond Therapy (1987)
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