François Truffaut, figure emblématique de la Nouvelle Vague, a marqué le cinéma français par son approche novatrice et personnelle. Son œuvre est profondément imprégnée de son enfance, une période à la fois source d'inspiration et de souffrance. Cet article explore l'importance de l'enfance dans la vie et l'œuvre de Truffaut, en mettant en lumière les films qui s'inspirent de son expérience personnelle et sa fascination pour le monde de l'enfance.
Une Enfance Difficile, Source d'Inspiration
Né le 6 février 1932 à Paris, François Truffaut a vécu une enfance difficile, marquée par l'absence d'un père connu et une relation complexe avec sa mère. L'école ne lui apporte pas non plus le réconfort espéré. C'est dans les salles de cinéma que le jeune François trouve refuge et passion. Avec son ami Robert Lachenay, il fréquente assidûment les salles parisiennes, analysant les films avec une rigueur surprenante pour son âge. Il n’a pas 18 ans lorsqu’il se constitue toute une collection de savoir divers sur cet art qu’il chérit tant : le cinéma.
Sa passion débordante va lui permettre de trouver quelques protecteurs en les personnes d’Henri Langlois et d’André Bazin, amitiés prestigieuses d’aînés dont le rôle est essentiel dans l’émergence d’une nouvelle génération de réalisateurs. De ciné-club en articles, d’articles en ciné-club, des liens se créent parmi une bande d’avertis au verbe haut, à l’esprit révolutionnaire et à la plume acérée : Godard, Straub, Rohmer, Klochendler, Rivette, Chabrol, autant de personnalités et d’histoires diverses sur le point de renverser la table sur laquelle s'accoude la vieille génération des cinéastes à papa. Tous ne feront pas partie de ce qu’on appellera la Nouvelle Vague, mais tous vont changer la manière de faire du cinéma.
En 1953, à l’âge de 21 ans, André Bazin ouvre les pages des Cahiers du cinéma à Truffaut. Son article « Une certaine tendance du cinéma français » fait mouche. Il y dézingue ce cinéma qu’il estime dépassé, égratignant au passage quelques figures dont celle de Claude Autan-Lara. Truffaut, à l’instar des camarades de sa génération, appelle à libérer le cinéma hexagonal de ses vieilles recettes comme de ses vieilles marmites. Sortir des studios, reconquérir la rue et les campagnes, et ne pas hésiter à prendre le cinéma étranger pour exemple. C’est vers Alfred Hitchcock que se porte avant tout l’admiration du jeune critique.
Tout comme le réalisateur britannique qu’il admire tant, François Truffaut choisit de consacrer sa vie entière au cinéma. Comme il le confie le 10 décembre 1975 à la chaîne suisse RTS, son rapport au cinéma est « quasi maladif ». Toute sa vie a été dirigée vers le cinéma. Il ne sait pas danser, pas nager, pas skier, il ne sait faire que des films. L’analyse de film, qu’il pratiquait par passion lorsqu’il était adolescent, les articles critiques et les interviews réalisées dans le cadre de son travail pour la presse ont constitué, pour François Truffaut, une école de cinéma hors les murs.
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Les 400 Coups : Un Film Autobiographique et Révolutionnaire
En 1959, Truffaut réalise son premier long-métrage, Les 400 Coups, un film qui marque le début de la Nouvelle Vague. Ce film est largement inspiré de sa propre enfance et met en scène Antoine Doinel, un jeune garçon rebelle et incompris, interprété par Jean-Pierre Léaud.
Les 400 Coups relate l'enfance rebelle de Truffaut. Antoine Doinel y incarne son double fictif. Il lui fallait, pour incarner son alter ego, trouver un enfant, une personnalité, un visage qui permette au réalisateur de se projeter dans ses souvenirs les plus personnels. En effet, lors des auditions, un petit bonhomme s’amène, volontiers gouailleur de son propre aveu, séchant les cours dans l’espoir de faire du cinéma. La personnalité du jeune Jean-Pierre Léaud, c’est son nom, marque les esprits à chaque phrase qu’il prononce alors. Comme une évidence, il va devenir, à partir de 1959, cette projection, à la fois tendre et impétueuse, d’un réalisateur en proie à ce besoin viscéral de vivre sa vie une deuxième fois, par le biais du cinéma.
Le film remporte le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes et connaît un succès international. Les 400 Coups est considéré comme un film fondateur de la Nouvelle Vague, notamment pour son style réaliste, son ton personnel et sa critique de l'institution scolaire.
François Truffaut est un acteur et réalisateur français né le 6 février 1932 à Paris. Né d’un père inconnu et d’une mère peu présente, il vit une enfance difficile et malheureuse. L’école l’ennuie profondément et il préfère aller au cinéma pour y admirer ses idoles. Alors qu’il sombre petit à petit dans la délinquance, il décide de partir à l’armée. C’est là qu’il croisera la route du critique de cinéma André Bazin. Celui-ci décidera d’aider le jeune homme en perdition en lui proposant de travailler avec lui aux Cahiers du cinéma. Très vite, il s’y fait une réputation de jeune rebelle aux idées novatrices. Sa vision du cinéma bouscule les esprits et marque un tournant dans le milieu. En 1959, il se lance enfin dans la réalisation de son premier long-métrage. Les quatre cents coups, qui met en scène le jeune Jean-Pierre Léaud, s’inspire de sa propre enfance et remporte le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes : c’est le début de la Nouvelle Vague.
Antoine Doinel : Un Alter Ego Cinématographique
Le personnage d'Antoine Doinel est devenu l'alter ego de Truffaut au cinéma. Il le retrouve dans plusieurs films : Antoine et Colette (1962), Baisers volés (1968), Domicile conjugal (1970) et L'Amour en fuite (1979). À travers ces films, Truffaut explore les différentes étapes de la vie d'Antoine, de l'adolescence à l'âge adulte, en abordant des thèmes tels que l'amour, le couple, le travail et la paternité.
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Ce grand récit autobiographique de Truffaut s’étale dans toute sa filmographie. Ce sont les cinq films du personnage Antoine Doinel - Les 400 Coups (1959), Antoine et Colette (1962), Baisers volés (1968), Domicile conjugal (1970), L’Amour en fuite (1979), mais aussi Jules et Jim (1962), film dans lequel il projette ses amours passés, et ses participations en tant que personnage principal de ses propres films, L’Enfant sauvage (1970) au titre évocateur, mais aussi La Nuit américaine (1973) et La Chambre verte (1978), des films dont Truffaut admet la grande proximité avec sa vie intime.
L'Enfant Sauvage : Une Exploration de l'Innocence et de l'Éducation
En 1970, Truffaut réalise L'Enfant sauvage, un film inspiré d'une histoire vraie, celle de Victor de l'Aveyron, un enfant élevé dans la forêt et recueilli par le docteur Itard. Truffaut y incarne lui-même le rôle du docteur Itard et explore les thèmes de l'innocence, de l'éducation et de la socialisation.
Truffaut explique qu'il y a certains rapports entre ses films traitant de la jeunesse et L'Enfant sauvage. Il manquait au héros des 400 coups d'être aimé par ses parents. Il manque à Victor de l'Aveyron la communication la plus élémentaire. Dans ces deux cas, il montre des enfants isolés et sans secours, comme le sont les enfants martyrs et les enfants handicapés dans la France d'aujourd'hui. Il est beaucoup plus sensible au malheur des enfants qu'à celui des adultes. Parce que les gosses ne peuvent pas se défendre.
Il ajoute que ses films qui traitent de l'enfance et de l'adolescence, Les Mistons, Les 400 coups ou Baisers volés, ont un aspect autobiographique dont il peut vérifier la vérité dans ses propres expériences d'enfant mal aimé. Devant le cas de Victor, il s'est trouvé devant une psychologie inconnue. Il ne s'en est pas rendu compte en le faisant, mais c'est un film qui répond dix ans après aux 400 coups. On a sur l'écran quelqu'un à qui il manque quelque chose d'essentiel mais, cette fois, qu'on va essayer d'aider. Au fond, il raconte toujours l'histoire d'un manque, d'une frustration. Les 400 coups, c'était le manque de tendresse. L'Enfant sauvage, la frustration de connaissance, avec cette tentative obstinée d'Itard pour annuler ce manque.
L'Argent de Poche : Un Regard Tendre sur l'Enfance
En 1976, Truffaut réalise L'Argent de poche, un film choral qui suit le quotidien d'un groupe d'enfants dans une petite ville de province. À travers une série de vignettes, Truffaut dépeint avec tendresse et réalisme les joies, les peines et les préoccupations des enfants.
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Truffaut explique que L'Argent de poche est la réalisation d'une vieille idée. À l'époque des 400 coups, alors qu'il tournait cinq jours dans une classe, il se disait qu'il aurait bien aimé y rester toute la durée d'un film, sans être prisonnier du scénario linéaire. Plus tard, il était à l'Institut des sourds-muets pour L'Enfant sauvage, et l'envie lui est revenue de faire un film sur une multitude d'enfants. Au début, il a été attiré par les enfants parce qu'il a souffert d'être enfant unique et il a beaucoup aimé les cinq petits mistons. À l'époque, il voulait faire, à la manière de Païsa, un film composé de cinq épisodes sur l'enfance. Il a par la suite repensé souvent à cette éventualité d'un film sur les différents aspects de l'enfance.
Une Influence Durable sur le Cinéma
L'œuvre de François Truffaut a eu une influence durable sur le cinéma. Ses films ont marqué une rupture avec le cinéma traditionnel et ont ouvert la voie à une nouvelle génération de cinéastes. Son regard tendre et réaliste sur l'enfance a touché un large public et continue d'inspirer les réalisateurs d'aujourd'hui.
Très vite, la réputation du réalisateur dépasse les frontières hexagonales. On rencontre d’ailleurs son visage chez Steven Spielberg, Truffaut incarnant le professeur Claude Lacombe dans Rencontres du troisième type (1977). Spielberg explique ce choix dans l’émission Ciné regards du 22 février 1978 : « J’ai pensé à lui en écrivant le rôle. Il était ma principale inspiration pour les dialogues et le personnage de Lacombe. Il y a quelque chose d’innocent et de pur chez Truffaut. Ses films démontrent une sensibilité d’homme-enfant et j’ai découvert que François ressemble aux films qu’il a faits. »
Plus récemment, lors de la Berlinale 2023, la question a de nouveau été posée au réalisateur de sa relation avec le cinéaste français : « Truffaut, comme le titre de son film, était un enfant sauvage. On a travaillé ensemble pendant quatre mois en Alabama pour Rencontres du troisième type. C’est en partie à Truffaut que je dois d’avoir travaillé sur E.T. Il venait de tourner L’Argent de poche. Il aimait travailler avec des enfants. Il m’a dit : “Tu as un cœur d’enfant, il faut que tu fasses des films avec des enfants !” Quand le projet E.T. s’est présenté, je me suis souvenu de ces paroles de Truffaut. » D’un grand conteur de l’enfance à l’autre, c’est une filiation de réalisateurs-enfants qui lient Les 400 Coups et E.T.
Mort de Truffaut et Héritage
Le décès de François Truffaut en 1984 marque la fin d'une époque. Avec lui disparaît l'un des principaux représentants de la Nouvelle Vague, un mouvement qui a profondément transformé le cinéma français. Son œuvre continue d'être célébrée et étudiée dans le monde entier.
Lorsque Truffaut meurt, la Nouvelle Vague s’abîme dans les années quatre-vingt. La nouvelle décennie achève l’illusion de légèreté et de changement portée par les idéaux de l'après-guerre. La réalité rattrape tout : les corps, les villes, les campagnes. Place à la France de l’après plein emploi, aux passions détruites par le SIDA et à un cinéma français qui ne peut éviter plus longtemps les contrecoups de la fin d’un rêve. Si les grands succès de l’année sont Marche à l’ombre (Michel Blanc, 1984) et Les Ripoux (Claude Zidi, 1984), 1984 est aussi et surtout l’apparition sur grand écran d’un autre duo réalisateur-acteur majeur du cinéma français, Leos Carax et Denis Lavant, avec Boy Meets Girl. À l’innocence et à la rébellion des adultes-enfants Truffaut-Léaud, succèdent les adultes déprimés et en mal de vie Carax-Lavant.
Les Enfants de Truffaut : Un Héritage Familial et Cinématographique
François Truffaut a eu trois filles : Laura, Éva et Joséphine. Ses filles ont hérité de sa passion pour le cinéma et contribuent à faire vivre son œuvre.
Madeleine Morgenstern, la mère de Laura et Éva, a épousé François Truffaut le 29 octobre 1957. Leur vie commune s'acheva après La Peau douce, ce récit d'adultère où Truffaut avait mis beaucoup de lui-même, mais Madeleine resta une amie et confidente jusqu'à la fin. C'est elle, en compagnie des deux filles qu'elle a eues avec François Truffaut, Laura et Eva, qui gère le catalogue des Films du Carrosse.
Fanny Ardant, le dernier amour de Truffaut, a mis au monde leur fille Joséphine en 1983. Dans une interview confessions, accordée au journal Le Monde, Fanny Ardant est revenue sur le décès de François Truffaut. La comédienne a alors confié que c'est grâce à ses enfants qu'elle a pu tenir le coup. En effet, sans eux, l'actrice ne se serait pas relevée de ce drame.
Laura Truffaut, la fille aînée de François Truffaut, est revenue en France pour la rétrospective que la Cinémathèque a consacrée à son père, trente ans après sa disparition. Elle a partagé ses souvenirs d'enfance et son regard sur l'œuvre de son père. Elle explique que dans les années 1970, son père n'était pas si célèbre. On parlait plus de Lelouch ou de Sautet. Ce n'est qu'à partir du Dernier Métro que sa renommée a été établie. Elle ne voyait pas ses films de manière séparée de leur vie. Il incorporait souvent des blagues qu'elles ramenaient, sa sœur et elle, de l'école. Il s'inspirait aussi de noms d'élèves. Le va-et-vient avec la vie était constant.
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