La flore de Döderlein, un élément clé du microbiote vaginal, joue un rôle protecteur essentiel, particulièrement important pendant la grossesse. Constituée principalement de lactobacilles, elle a été découverte à la fin du XIXe siècle par le gynécologue Albert Döderlein et est reconnue comme un pilier de la santé vaginale.
Qu'est-ce que la flore de Döderlein ?
La flore de Döderlein est une partie de la flore vaginale composée principalement de lactobacilles protecteurs. La flore vaginale est un écosystème complexe, peuplé de milliards de micro-organismes. Son origine est directement liée à la muqueuse vaginale, qui produit du glycogène. Les lactobacilles transforment le glycogène en acide lactique, créant un milieu vaginal acide (pH autour de 3,5 à 4,5) qui limite le développement des bactéries pathogènes et des levures comme Candida albicans. Une flore de Döderlein abondante agit comme un véritable bouclier. Les lactobacilles vaginaux sont donc les protecteurs du confort intime. Il semble aujourd’hui indispensable de considérer que cet écosystème est vivant.
L'importance de la flore de Döderlein pendant la grossesse
Pendant la grossesse, la flore de Döderlein devient plus abondante pour protéger le vagin. Durant la grossesse, les œstrogènes augmentent la sécrétion de glycogène dans la muqueuse vaginale. Ce milieu vaginal acide (pH autour de 3,5 à 4,5) limite le développement des bactéries pathogènes et des levures comme Candida albicans.
Facteurs influençant la flore de Döderlein
Plusieurs facteurs influençant la flore peuvent modifier l’équilibre du vagin : hygiène excessive, stress, antibiotiques, variations hormonales comme la ménopause. La flore de Döderlein réagit à l’environnement intime. Certains comportements, traitements ou périodes de vie influencent directement son équilibre.
- Variations hormonales : Pendant le cycle menstruel, les variations d’œstrogènes influencent la sécrétion de glycogène dans le vagin. Cela modifie le microbiote et la quantité de lactobacilles. Après la ménopause, la baisse hormonale réduit la quantité de glycogène disponible dans le vagin. Les lactobacilles, moins nourris, se raréfient. Les bouleversements hormonaux (début de la puberté, grossesse, variations normales du cycle menstruel, ménopause, contraception hormonale…) influencent la sécrétion du mucus au sein de la flore vaginale. Ce dernier contient le glycogène qui permet la production de l’acide lactique (lors de sa rencontre avec les lactobacillus) offrant ainsi un environnement plus acide et donc protecteur contre les germes pathogènes.
- Antibiotiques : Un traitement antibiotique peut modifier profondément la flore vaginale. En éliminant certaines bactéries pathogènes, il touche aussi les lactobacilles protecteurs.
- Hygiène : Une hygiène excessive peut perturber l'équilibre de la flore.
- Tabagisme : Le tabac limite la prolifération des cellules vaginales qui contiennent le glycogène nécessaire à la production d’acide lactique.
La flore de Döderlein est donc sensible aux habitudes, aux traitements et aux grandes étapes de vie d’une femme.
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Conséquences d'un déséquilibre de la flore de Döderlein
Quand la flore de Döderlein est absente ou altérée, des signes comme la sécheresse vaginale, des pertes inhabituelles, ou des odeurs peuvent apparaître. Un déséquilibre du microbiote vaginal survient lorsque le rôle des lactobacilles n’est plus assuré correctement. Une flore de Döderlein absente ou réduite se manifeste souvent par des sensations gênantes. Une flore peut être considérée comme absente lorsqu’aucun bacille de Döderlein n’est détecté lors d’un prélèvement. Cela entraîne des symptômes de flore absente : sécheresse vaginale, inconfort et risque d’infections répétées.
Démangeaisons, irritations, sécheresse des muqueuses du vagin, inconforts, modification du pH vaginal, témoignent d’une modification des populations de microorganismes. Lorsque l'équilibre de la flore vaginale est perturbé, on parle de dysbiose. Le microenvironnement protecteur est alors perturbé, favorisant la multiplication des bactéries pathogènes qui jusqu'alors, en raison de leur rareté, étaient inoffensives.
Vaginose bactérienne
La vaginose bactérienne est un motif fréquent de consultation en gynécologie. C’est une pathologie bénigne sauf dans le cas de la grossesse ou elle peut être à risque obstétrical (prématurité, fausse couche, petit poids de naissance …)
Elle est liée le plus souvent à l’infection par un germe appelé Gardnerella Vaginalis. Le développement de ce germe provient initialement d’un déséquilibre du pH du milieu vaginal qui entraîne une disparition quasi complète des lactobacilles (bactéries de la flore physiologiquement présente dans le vagin : appelée flore de Döderlein) au profit de la flore anaérobie. Cette flore anaérobie anormale est variée mais Gardnerella Vaginalis reste souvent majoritaire (souvent associée au Mycoplasme hominis). Le pH devient basique, il dépasse souvent 5 et est à l’origine de pertes vaginales malodorantes (souvent une odeur de poisson) et colorées. Mais elle peut aussi être asymptomatique.
Facteurs de risque de la vaginose bactérienne
La flore de Doderlein est fragile et a besoin d’œstrogènes ! Les facteurs favorisant sont multiples : les douches vaginales, l’excès d’hygiène, les situations de carences œstrogéniques, la prise d’antibiotiques, la contraception progestative … Les rapports sexuels peuvent être en cause, non par transmission de germes (ce n’est pas une IST), mais par action mécanique ou chimique (frottements et contact avec le sperme alcalin)
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Diagnostic de la vaginose bactérienne
La plupart du temps le diagnostic est clinique ! En cas de doute ou de récidives un prélèvement vaginal (PV) peut être réalisé afin de confirmer le diagnostic et d’éliminer une co-infection. Il peut retrouver :
- Une élévation du pH vaginal (> 5)
- Un score de Nugent > 6 : Ce score de Nugent permet d'évaluer la qualité de l'écosystème bactérien vaginal par un simple examen au microscope. Ce score est noté de 0 à 10. Un score > 6 confirme la vaginose bactérienne.
Traitement de la vaginose bactérienne
Pour simplifier il existe deux types de traitement :
- Traitement antibiotiques remboursés : malheureusement le taux d’échecs est assez élevé
- Traitements locaux (ovules) plus récents : semblent être plus efficaces mais non remboursés
Prévention de la vaginose bactérienne
Le traitement des récurrences doit passer par la restauration de la flore vaginale et l’application de règles hygiéno diététiques. Les œstrogènes locaux sont bénéfiques sur la flore et peuvent être prescrits, essentiellement chez les femmes présentant un hypo-œstrogénisme clinique (ménopause mais pas seulement ). Leurs effets peuvent être longs à apparaitre… La bonne « hydratation » vaginale est importante également avec des gels lubrifiants contenant par exemple de l’acide hyaluronique. Les Prébiotiques sont des produits qui favorisent l’implantation des lactobacilles en créant un « climat » propice.
Comment maintenir une flore de Döderlein saine ?
Un protocole de la flore vaginale repose souvent sur des mesures qui aident à restaurer la flore et soutenir le rôle des lactobacilles.
- Probiotiques : Les bienfaits des probiotiques intime incluent la capacité à rééquilibrer la flore et renforcer la protection vaginale contre les bactéries pathogènes. Selon plusieurs publications (Frontiers - The role of probiotics in vaginal health), des souches comme Lactobacillus gasseri ou L. On retrouve ces souches dans différents formats : gélules orales, capsules vaginales ou compléments spécifiques. Pour celles qui cherchent un produit adapté, notre Probiotiques Flore Intime associe des souches sélectionnées de lactobacillus étudiées pour soutenir la flore protectrice. Les probiotiques utilisés en gynécologie sont composés de lactobacilles, les bactéries saines pour le vagin. Suivant les formes proposées, les probiotiques peuvent être pris par voie vaginale (sous forme d’ovules ou de capsules) mais aussi par voie orale (sous forme de gélules). Ils colonisent le tube digestif et le microbiote intestinal, puis migrent jusqu’au microbiote vaginal.
- Alimentation : Eviter les excès de sucre industriel et raffiné et l'alcool susceptibles de profiter aux bactéries pathogènes. Se tourner vers les aliments probiotiques : yaourt de brebis ou de chèvre, légumes lactofermentés, spiruline et algues, boissons fermentées (kombucha, kéfir..) ainsi que les aliments fermentés (pain au levain, etc.).
- Hygiène : Les infections vaginales peuvent survenir si on fait une toilette intime trop poussée, en utilisant un savon agressif, ou en faisant une douche vaginale. Dans ce cas, les bacilles de Döderlein sont éliminés et les bactéries pathogènes en profitent pour s’installer. Mieux vaut utiliser des produits d’hygiène intime, réputés plus doux pour la zone intime, ou même se cantonner à un lavage à l’eau claire.
- Autres conseils : Changer de protection hygiénique régulièrement.
En combinant un protocole de la flore vaginale adapté (comme les probiotiques) et des gestes simples du quotidien, vous soutenez une flore de Döderlein abondante.
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Flore de Döderlein et grossesse : les risques
Certaines bactéries de la flore vaginale commensale peuvent présenter un risque infectieux pour la femme enceinte et son fœtus. Présentes en petit nombre, au sein d’une flore vaginale dominée par la flore de Döderlein, elles ne sont pas visibles au Gram et seront repérées uniquement en culture. Les principales bactéries vaginales à haut risque infectieux (BVHRI) appartiennent aux groupes II et III de la flore commensale ; les portages les plus fréquents concernent Streptococcus agalactiae (Streptocoque du groupe B) et Escherichia coli. Moins fréquents mais entrainant plus souvent de graves complications : Haemophilus spp, Staphylococcus aureus, Streptococcus pneumoniae, Streptococcus pyogenes et N. meningitidis. Ces BVHRI peuvent, par voie ascendante, coloniser la cavité amniotique du nouveau-né suite à l’ouverture prématurée du col, à la rupture prématurée des membranes. Cette colonisation peut évoluer vers une chorioamniotite qui se manifeste par de la fièvre, des contractions utérines ; le fœtus est en souffrance.
10-20% des femmes enceintes sont porteuses de Streptococcus agalactiae avec le risque de le transmettre à leur fœtus 1 fois sur 2. Les conséquences de ce portage sont rares mais graves (1 à 2 % des nouveau-nés sont susceptibles de développer une infection néonatale : bactériémie, méningite). C’est de plus le seul germe capable d’infecter le nouveau-né indépendamment de la présence de facteurs de risque infectieux.
Les données actuelles ne permettent pas de justifier le dépistage systématique en fin de grossesse des BVHRI autres que Streptococcus agalactiae. Source ANAES 2001 : recommandations pour la prévention anténatale du risque infectieux bactérien néonatal précoce. Cette recherche s’effectue sur prescription explicite du clinicien : « recherche de S. Ensemencer par quadrant une GELOSE COLUMBIA AU SANG. S. L’observation microscopique des colonies après coloration de Gram montre des coques à Gram positif dont le mode de groupement n’est pas toujours caractéristique. S. Streptococcus agalactiae comme tous les Streptococcus est catalase négative. La réponse (présence ou absence de S. agalactiae) est donnée de façon semi-quantitative : négative, 1+, 2+, 3+, 4+ en fonction du nombre de quadrants sur lesquels une croissance de S. agalactiae est observée. Cela permet de quantifier le risque de faible (1+) à majeur (4+). Certains de ces milieux sont chromogènes : ils permettent la détection d’activités enzymatiques conférant une coloration caractéristique. Les enzymes recherchées sont l’alpha-glucosidase et l’estérase.
Que faire en cas d'infection vaginale pendant la grossesse ?
Si vous êtes enceinte et que vous ressentez des symptômes d’infection, prévenez votre sage-femme ou votre médecin gynécologue. L’infection vaginale n’est dangereuse pour le fœtus que si la poche des eaux est fissurée ou rompue, ce qui peut entraîner une infection du placenta ou du liquide amniotique (chorioamniotite). Consultation remboursable sous certaines conditions.
Si vous avez déjà eu un accouchement prématuré auparavant, ou des menaces d’accouchement prématuré, le gynécologue vous prescrira une analyse de la flore vaginale dès le début de votre grossesse. Si elle révèle une vaginose, il vous prescrira un traitement antibiotique compatible avec votre état de femme enceinte. Si vous n’avez pas de risque d’accouchement prématuré, aucun prélèvement vaginal n’est nécessaire en début de grossesse.
Ne perdez pas votre temps à consulter des forums internet sur la grossesse et les infections à gardnerella. Téléconsultez sans attendre pour recevoir une ordonnance pour un traitement adapté, si nécessaire. Démarrer la consultation. Le médecin prescrit un traitement antibiotique pour guérir la vaginose de la femme enceinte. Il s’agit souvent de métronidazole (Flagyl), ou bien de clindamycine. Ces antibiotiques peuvent être pris par voie orale, mais pendant la grossesse ils sont également utilisés sous forme de crème ou de gel. Le médecin peut aussi vous conseiller de prendre des cures de prébiotiques ou des probiotiques, pour reconstituer une flore vaginale normale.
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