Les freinectomies, des interventions chirurgicales visant à sectionner les freins de langue trop courts chez les nourrissons, connaissent une augmentation significative en France. Cette fine membrane située sous la langue, mesurant à peine quelques centimètres, suscite un vif débat au sein de la communauté médicale et sur la toile. Bien que le sujet des freins de langue ne soit pas nouveau, il n'a jamais autant fait parler de lui.
Historique et Évolution de la Prise en Charge
Selon Cécile Boscher, pédiatre à la maternité du CHU de Nantes et responsable médicale du lactarium, le frein de langue restrictif, défini comme celui qui limite la mobilité de la langue et peut entraîner des difficultés d'allaitement, est une préoccupation de longue date. Historiquement, les sages-femmes en maternité géraient ce problème en effectuant une simple incision du frein avec leur ongle lorsque cela gênait l'allaitement du nouveau-né. Ce geste discret était ensuite relayé par les pédiatres, tout aussi discrètement.
La Brèche et l'Implication de Nouvelles Professions
La situation s'est complexifiée lorsque les pédiatres ont progressivement délaissé ce domaine, laissant ainsi une brèche dans laquelle d'autres professions se sont engouffrées. Parallèlement, un mouvement venu des États-Unis, axé sur une approche très "business", a traversé l'Atlantique. Le Dr. Boscher déplore que ce créneau soit devenu "très rentable pour les libéraux", avec l'émergence de "cliniques pluridisciplinaires dédiées au frein de langue".
Dénonciation des Pratiques Abusives
La pédiatre nantaise dénonce un "excès de prise en charge", des "soins inadaptés et coûteux", ainsi que des cas de nourrissons hospitalisés en raison de l'arrêt de l'alimentation suite à des interventions douloureuses. Gisèle Gremo-Féger, pédiatre, a même qualifié cette situation d'"épidémie de freins buccaux restrictifs" touchant de plus en plus de bébés allaités et leurs parents. Le magazine « Médecine et Enfance » va jusqu'à qualifier le phénomène de « circoncision linguale ».
L'Alerte du CHU de Nantes
Face à cette situation préoccupante, le CHU de Nantes a tiré la sonnette d'alarme auprès des autorités de santé. L'établissement s'insurge notamment contre les "pratiques invasives de rééducation postopératoires", telles que l'obligation pour les mères de tirer la langue de leur bébé jusqu'à huit fois par jour, une pratique que Cécile Boscher considère comme de la "maltraitance" qui devrait être interdite.
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Désamorcer les Croyances et Revenir à une Approche Raisonnée
Le Dr. Boscher souligne que "tous les maux de la Terre sont désormais mis sur le dos du frein de langue", incluant régurgitations, coliques, troubles du langage, torticolis, zozotement et reflux gastrique, et ce, "contre toute preuve scientifique". Elle insiste sur l'urgence de "désamorcer les croyances" entourant le frein de langue restrictif.
En attendant l'éventuelle inclusion d'une mention dans le carnet de santé, la Société française de pédiatrie prévoit de lancer un groupe de travail sur le sujet des freins restrictifs, avec pour objectif de mener des études scientifiques rigoureuses et d'émettre des recommandations officielles, afin de revenir à une approche plus raisonnée.
La Position du Dr. Brintet et la Nécessité d'une Prise en Charge Légitime
Le Dr. Brintet à Lormont partage cette position. Après s'être intéressée de près aux freins, elle a constaté que le sujet prenait une ampleur excessive au sein de sa patientèle, engendrant plus de stress que de sérénité. Elle souligne qu'il s'agit d'un problème potentiel, mais en aucun cas d'un diagnostic d'urgence. Elle se félicite également du mouvement national visant à évaluer la légitimité, la légalité et le caractère potentiellement abusif de la prise en charge actuelle, afin de permettre aux médecins de se positionner de manière éclairée et d'éviter de laisser les patients perdus entre le manque de soins et une prise en charge excessive sur les plans physique, financier et moral.
Facteurs Épigénétiques et Troubles Oro-Myo-Faciaux
Le Dr. Brintet évoque également un "possible facteur épigénétique lié à l'environnement" qui pourrait expliquer cette "épidémie de freins courts". Elle appelle à une approche globale des troubles oro-myo-faciaux, tels que les problèmes d'apnée du sommeil chez l'enfant, soulignant que le frein n'est pas le seul paramètre à prendre en compte.
Noëlla Rajonson, chirurgienne-dentiste à Villandraut, abonde dans ce sens, soulignant que "ces histoires de frein ont mis en lumière la problématique plus générale du trouble orofacial myofonctionnel". Elle explique qu'en fonction de l'utilisation des muscles de la bouche et du pharynx, des problèmes de malocclusion, ronflement, bruxisme, mastication bruyante, bouche ouverte au repos, déglutition atypique, zozotement, etc., peuvent survenir à tous les âges, y compris chez les adultes.
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