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La célébration de la naissance du Prophète (Mawlid) : Un avis religieux nuancé

Les débats sur la pertinence et la légalité de célébrer l'anniversaire de la naissance du Prophète (al-Mawlid al-nabawî) ne sont pas nouveaux. Cette question a suscité des discussions et des opinions divergentes à travers l'histoire de l'Islam. Cet article vise à explorer les différentes perspectives religieuses sur cette célébration, en mettant en lumière les arguments pour et contre, ainsi que le contexte historique et les pratiques qui y sont associées.

Aperçu historique et opinions des savants

Dès la fin du IXe/XVe siècle, le grand savant Jalâl al-Dîn al-Suyûtî (m. 911/1505) a rédigé une fatwa sur le sujet, témoignant de l'ancienneté de ces discussions. Avant lui, d'autres érudits renommés avaient écrit des ouvrages intitulés Mawlid en l'honneur du Prophète (Ibn al-Jawzî, Ibn Kathîr…), ou s'étaient prononcés en faveur de cette célébration. Même Ibn Taymiyya (m. 1328) a déclaré dans son livre Iqtidâ' al-sirât al-mustaqîm : « Nous célébrons le Mawlid par amour et vénération pour le Prophète ».

La fatwa de Suyûtî est particulièrement intéressante car elle retrace l'historique de la célébration du Mawlid et apporte la caution d'un savant éminent de l'islam à la reconnaissance de cette célébration. Suyûtî était un 'âlim encyclopédiste, polyvalent, qui maîtrisait de nombreuses disciplines islamiques et a écrit sur des sujets variés. Il est considéré comme l'auteur le plus prolifique de la littérature islamique, avec environ un millier d'ouvrages à son actif.

Son œuvre témoigne de son attachement au modèle prophétique muhammadien, qu'il considérait comme la seule voie menant à Dieu. Suyûtî était également un soufi qui avait développé une relation personnelle et mystique avec la personne spirituelle du Prophète. Il affirmait l'avoir vu plus de soixante-dix fois à l'état de veille, une faveur rarement accordée dans le soufisme.

Origines et développement de la célébration du Mawlid

Selon Suyûtî, l'initiative de cette célébration revient à un prince sunnite de la dynastie ayyoubide, Muzaffar al-Dîn Kökbürî, qui régnait sur la ville kurde d'Irbil au début du VIIe/XIIIe siècle (à partir de 605/1208). Les chroniques de l'époque décrivent une sorte de festival qui attirait beaucoup de monde et qui était animé par les soufis de la région à travers le dhikr et le samâ‘.

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D'autres sources attribuent l'origine de la célébration du Mawlid aux Fatimides (Égypte et Syrie), une dynastie chiite ismaélienne rivale des Ayyoubides sunnites. Il est probable que cette divergence reflète des enjeux idéologiques et des rivalités politiques de l'époque.

L'apparition de la cérémonie du Mawlid correspond historiquement à un besoin de la communauté musulmane de se rassembler autour de la personne du Prophète en temps de crise, notamment face aux Croisades et à la menace mongole.

Contexte de la fatwa de Suyûtî

Le Mawlid a connu un véritable développement à l'époque de Suyûtî, à la fin de la période mamelouke. Au Caire, la cérémonie revêtait un caractère officiel, en présence du sultan mamelouk, des émirs, des 'ulamâ' et des soufis. Cependant, son aspect populaire et festif était également maintenu, avec des célébrations dans les zâwiya des cheikhs, entourés de leurs disciples et de nombreux invités.

À cette époque, la notion de « Voie muhammadienne » émergeait, visant à fédérer et rassembler toutes les voies initiatiques particulières. La fatwa de Suyûtî s'inscrit dans ce contexte, cherchant à apporter une réponse étayée et définitive à la question de la licéité de la célébration du Mawlid.

La renommée de Suyûtî lui conférait une autorité particulière, et ses avis juridiques étaient sollicités d'un large public, de l'Inde jusqu'à l'Afrique sahélienne. Sa méthode consistait à citer de nombreuses autorités antérieures qui allaient dans son sens, tout en donnant la parole à ses adversaires doctrinaux avant de les réfuter.

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Argumentation de Suyûtî en faveur du Mawlid

Dans sa fatwa intitulée Husn al-maqsid fî 'amal al-Mawlid (« La bonne intention concernant la célébration du Mawlid »), Suyûtî développe l'argument que cette célébration relève de l'innovation (bid'a), mais que toute innovation n'est pas blâmable. Il la considère comme une innovation « louable » (hasana), voire recommandée (mandûba), et précise même que, dans certains cas, une innovation peut s'avérer obligatoire (wâjiba).

Il souligne que Muhammad a célébré pour lui-même la 'aqîqa après être devenu prophète, alors que son grand-père 'Abd al-Muttalib l'avait déjà pratiquée pour lui lors de sa naissance, ce qui justifie la commémoration de sa naissance par la communauté musulmane.

Selon Suyûtî, le sens de la commémoration de la naissance du Prophète est de rendre grâce à Dieu (izhâr al-shukr) de l'avoir envoyé comme prophète et comme miséricorde pour tous les êtres. Cette gratitude s'accompagne de la joie que partagent les musulmans qui assistent à la célébration. Il mentionne même que l'oncle mécréant du Prophète, Abû Lahab, a son sort amélioré en enfer du simple fait qu'il s'est réjoui lors de la naissance de Muhammad.

Suyûtî compare également cette célébration à l'établissement par le calife 'Umar Ibn al-Khattâb de la prière des Tarâwîh lors du mois de Ramadan, soulignant qu'il n'y a aucune contradiction avec le Coran ou la Sunna, car cela relève du « bel agir » (al-ihsân). Il insiste sur la nécessité de distinguer la célébration telle que la recommandent les 'ulamâ' et les soufis des pratiques blâmables qui peuvent s'y introduire.

Recommandations de Suyûtî pour la célébration du Mawlid

Suyûtî donne des indications précises sur le contenu et le déroulement de la commémoration du Mawlid : durant tout le mois de Rabî' al-awwal, il est recommandé de pratiquer le bien, de multiplier les aumônes, etc. Lors de la cérémonie elle-même, il est conseillé de se réunir pour lire le Coran, nourrir les pauvres, lire des passages de la tradition concernant la naissance du Prophète et les signes miraculeux qui l'ont accompagnée, chanter des poèmes en son éloge, et éviter tout débordement relevant de la religiosité populaire.

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Critiques et oppositions à la célébration du Mawlid

Malgré les arguments en faveur du Mawlid, cette célébration a toujours suscité des critiques et des oppositions de la part de certains musulmans. Ces critiques se basent principalement sur l'argument que le Mawlid est une innovation (bid'a) qui n'a pas été pratiquée par le Prophète ni par ses Compagnons, et qu'elle peut conduire à des pratiques non islamiques.

Certains savants, comme l'imam Malik Ibn Anas, ont mis en garde contre les innovations en matière de religion, affirmant que si une innovation est considérée comme bonne, cela implique que le Prophète a trahi la révélation. D'autres, comme l'imam Al Maqrizi, ont souligné que les premiers à avoir établi cette innovation sont les Fatimides, une dynastie chiite.

Les opposants au Mawlid mettent en avant le fait que le Prophète a été très clair en précisant que les musulmans n'ont que deux fêtes : la fête de la rupture (Aïd al-Fitr) et la fête du sacrifice (Aïd al-Adha). Ils considèrent que fêter l'anniversaire de la naissance du Prophète ou toute autre fête en dehors de ces deux fêtes est une innovation blâmable.

Ils s'appuient également sur le hadith qui dit : « Quiconque accomplit un acte d'adoration non conforme à notre religion verra cet acte rejeté par Allah ». Selon eux, le Mawlid ne fait pas partie des choses qui rapprochent d'Allah et de son paradis, et il n'y a aucun hadith sur le sujet ni aucune pratique similaire rapportée des Compagnons du Prophète ou des imams des quatre écoles.

Arguments des défenseurs du Mawlid face aux critiques

Face aux critiques, les défenseurs du Mawlid mettent en avant plusieurs arguments pour justifier sa licéité et sa recommandation. Ils soulignent que le Mawlid n'est pas une simple fête d'anniversaire, mais plutôt un rassemblement durant lequel est mentionnée la Sirah du Messager d'Allah, incluant une mention de sa naissance bénie, ainsi que la récitation de Qour'an et des Qasaïds (chants).

Ils considèrent que le Mawlid est une question de Fiqh (jurisprudence) et non de 'Aqidah (croyance), et que la majorité des érudits musulmans du passé ont émis des fatwas stipulant qu'il est licite et recommandé. Ils citent notamment al-Hafiz Ibn Hajar, l'Imam as-Suyuti, Ibn 'Abidin et Shah 'Abd al-Aziz al-Dihlawi parmi les géants de l'érudition islamique qui ont soutenu cette position.

Ils affirment que même si les assemblées de Mawlid dans leur forme exacte n'existaient pas au temps des Salafs (les pieux prédécesseurs), leur base est présente dans la Shari'ah, ce qui leur permet d'exister et de ne pas être considérées comme une mauvaise innovation.

Ils soulignent également que les Mawlids se déroulent souvent en dehors du mois de Rabi al-Awwal, et que certains savants du passé célébraient chez eux, chaque soir, la naissance du Messager d'Allah.

Enfin, ils mettent en avant le hadith rapporté par Abou Sa'eed Al-Khudri, selon lequel le Messager d'Allah arriva vers un cercle formé par ses compagnons et leur demanda ce qu'ils faisaient. Ils répondirent qu'ils étaient réunis pour prier Allah et le louer pour les avoir guidés vers Sa religion et les avoir bénis par sa personne. Le Prophète leur demanda à plusieurs reprises s'ils ne s'étaient réunis que pour cela, et après avoir confirmé leur sincérité, il leur dit qu'il ne leur demandait pas de prêter serment par soupçon, mais plutôt parce que Jibril était venu à lui et lui avait dit qu'Allah, le Puissant et Sublime, les vantait auprès des anges. Les défenseurs du Mawlid considèrent ce hadith comme une preuve de la validité des rassemblements visant à remercier Allah et à Le louer pour les avoir bénis en leur envoyant le Prophète.

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