La procréation médicalement assistée (PMA) est un sujet de société complexe qui suscite de vifs débats en France, notamment en ce qui concerne son ouverture aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Alors que le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) s'est prononcé en faveur de cette ouverture, des voix s'élèvent pour souligner les enjeux éthiques et les potentielles dérives liées à cette pratique. Cet article se propose d'explorer les différents arguments en présence, en mettant en lumière les positions des philosophes et des acteurs clés de ce débat.
La PMA : Définition et cadre légal actuel
La PMA, également appelée assistance médicale à la procréation (AMP), regroupe l'ensemble des techniques médicales visant à aider les couples infertiles à concevoir un enfant. Parmi ces techniques, on retrouve la fécondation in vitro (FIV) et le don de sperme. En France, la PMA est aujourd'hui réservée aux couples hétérosexuels en âge de procréer, souffrant d'infertilité ou risquant de transmettre une maladie grave à leur enfant.
Le gouvernement français a présenté un projet de loi bioéthique qui prévoit l'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. Si la légalisation de la gestation pour autrui (GPA) n'est pas à l'ordre du jour, certains craignent qu'elle ne soit en germe dans cette réforme.
Arguments pour et contre l'ouverture de la PMA
L'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules est un sujet qui divise la société française. Les partisans et les opposants à cette mesure avancent des arguments souvent divergents, mais qui méritent d'être pris en compte.
Les arguments des partisans
- Le réalisme : La révolution de la famille est en marche, et des enfants naissent déjà à l'étranger grâce à la PMA, voire à la GPA. Il est donc préférable de légiférer pour encadrer ces pratiques et reconnaître le statut juridique de ces enfants.
- L'universalisme : Le droit à la PMA pour toutes s'inscrit dans une longue histoire de la conquête de l'égalité procréative, donnant aux femmes la possibilité de maîtriser le moment de leur grossesse et de choisir leur parentalité.
- L'équité : La PMA et la GPA se pratiquent déjà à l'étranger pour les couples les plus fortunés, créant ainsi une inégalité qu'une législation pourrait atténuer.
- Le culturalisme : La filiation n'est pas "naturelle", mais construite socialement. Le parent légitime est celui qui a le projet d'enfant, qui l'accueille et qui l'éduque.
- L'altruisme : Il est possible d'imaginer des dons de gamètes et des mères porteuses bénévoles, fondés sur l'altruisme et la solidarité.
Les arguments des opposants
- La "pente glissante" : Autoriser la PMA pour toutes pourrait ouvrir la voie à d'autres revendications, comme la GPA pour les couples homosexuels, créant ainsi une dynamique sans fin de demandes de droits.
- Le différentialisme : Les études de "genre" pourraient gommer les limites du corps et effacer la différence biologique entre les sexes, alors que pour faire un enfant, il faudrait un homme et une femme.
- La généalogie : Les opposants à la PMA s'inquiètent de la disparition des origines et du droit de l'enfant à savoir d'où il vient.
- L'"antimarchandisation" : La défense de la PMA pour les femmes seules et les couples de femmes, et de la GPA ensuite, s'inscrirait dans une logique de marché, faisant du corps une marchandise.
- L'anti-individualisme : L'ouverture de la PMA répondrait à des demandes minoritaires et individualistes, au détriment de l'intérêt de l'enfant.
Sylviane Agacinski : Une philosophe engagée contre la PMA
La philosophe Sylviane Agacinski est l'une des figures de proue de l'opposition à l'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. Elle a développé une argumentation philosophique et politique qui mérite d'être examinée de près.
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Au nom du différentialisme
Sylviane Agacinski défend une forme de différentialisme, en s'appuyant sur la différence des sexes. Elle estime que la procréation, assistée ou non, est liée à l'asymétrie des deux sexes, qui ne sont ni équivalents ni égaux en la matière.
Contre la dérive "anthropotechnique"
La philosophe s'érige contre une dérive "anthropotechnique" de l'éthique, qui ferait du corps humain un bien dont nous pourrions disposer. Elle critique l'idée que la médecine devrait dépasser sa mission thérapeutique pour façonner et corriger le corps humain, voire le produire de toutes pièces.
Contre la marchandisation du corps
Sylviane Agacinski fustige l'extension de la logique du marché et la marchandisation du corps. Elle considère que la promotion d'une GPA "éthique" est une plaisanterie de mauvais goût, comparable à un "esclavage éthique".
Le "droit à l'enfant" et l'intérêt de l'enfant
Sylviane Agacinski souligne que l'ouverture de la PMA à toutes les femmes consacre un "droit à l'enfant" qui fait sortir la PMA de son rôle initial de procédure médicale. Elle estime qu'il est essentiel de prendre en compte l'intérêt de l'enfant et ses droits fondamentaux, notamment le droit de connaître ses parents et d'être élevé par eux.
La filiation et la différence sexuelle
La philosophe met en garde contre la neutralisation de la différence sexuelle dans la filiation, qui s'inspire de certaines "théories" visant à déconstruire la différence sexuelle et les catégories homme/femme. Elle souligne que l'asymétrie sexuelle repose sur l'épreuve de la procréation.
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La GPA : Une forme de servitude
Sylviane Agacinski établit un lien entre l'ouverture de la PMA à toutes les femmes et la légalisation de la GPA. Elle considère que la GPA s'apparente à une forme inédite de servitude et de réduction en esclavage, car elle implique l'achat de la vie d'une femme et le contrôle de son corps.
Autres acteurs du débat
Outre Sylviane Agacinski, d'autres personnalités se sont exprimées sur la question de la PMA et de la GPA.
Michel Onfray
Le philosophe Michel Onfray s'oppose à la PMA en arguant de la "pente glissante" et en redoutant que la GPA aboutisse à la "prolétarisation de l'utérus des femmes les plus pauvres".
Nathalie Heinich
La sociologue Nathalie Heinich s'érige contre les revendications d'égalité qui confinent à l'égoïsme, en occultant l'intérêt de l'enfant. Elle met en garde contre les dérives technicistes et le fantasme de toute-puissance.
Élisabeth Badinter
La philosophe Élisabeth Badinter défend l'ouverture du droit à la PMA et la possibilité d'une GPA éthique, fondée sur le bénévolat et l'absence de rémunération.
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Camille Froidevaux-Metterie
La politologue Camille Froidevaux-Metterie défend l'ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes selon un principe d'égalité procréative. Elle prend en compte l'évolution de la famille contemporaine et la possibilité d'un modèle éthique pour la GPA.
Irène Théry
La sociologue Irène Théry invite à distinguer le parent biologique et le parent social et milite pour la levée de l'anonymat dans le cas du don d'ovocytes. Elle affirme que l'ouverture de la PMA est un progrès moral et juridique pour tous.
L'annulation d'une conférence de Sylviane Agacinski
Une conférence-débat avec Sylviane Agacinski sur la "reproductibilité" de l'être humain a été annulée à l'université de Bordeaux en raison de menaces violentes de la part de collectifs qui dénoncent les positions de la philosophe comme "réactionnaires, transphobes et homophobes". Cet événement témoigne de la difficulté de débattre sereinement de ces questions sensibles et de la polarisation des opinions sur le sujet.
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