Introduction
La question de la fécondité est au cœur des préoccupations démographiques en Europe. Le nombre moyen d'enfants par femme est un indicateur clé pour évaluer le renouvellement des générations et anticiper les défis socio-économiques futurs. Avec un taux de fécondité en deçà du seuil de remplacement de la population, l'Europe est-elle confrontée à une véritable crise ? Cet article se propose d'analyser les tendances récentes, les disparités régionales, les facteurs influençant la fécondité et les enjeux qui en découlent.
Tendances Récentes de la Fécondité en Europe
En 2023, le nombre moyen d'enfants par femme dans l'Union européenne s'élevait à 1,38. En 10 ans, le nombre d'enfants par femme a nettement diminué, passant de 1,51 en 2013 à 1,38 en 2023, un chiffre insuffisant pour assurer le renouvellement de la population européenne. On estime qu'un taux de 2,1 enfants par femme est un minimum pour qu'une population se renouvelle et maintienne son effectif. Le nombre d'enfants par femme a diminué en moyenne de 8,6 % entre 2013 et 2023 dans l'Union européenne.
Disparités Régionales au Sein de l'UE
Les taux de fécondité varient considérablement d'un pays à l'autre au sein de l'Union européenne. En 2023, les Bulgares ont, pour la première fois, affiché le taux de fécondité le plus élevé de l'UE, avec 1,81 enfant par femme. Elles devancent les Françaises qui enregistrent 1,66 enfants par femme (l'Insee établit ce taux à 1,62 en 2024). On retrouve ensuite les Hongroises (1,55), les Roumaines (1,54) et les Slovènes (1,51). À l'inverse, les pays du sud de l'UE enregistrent les taux les plus faibles. Les femmes maltaises ne comptent que 1,06 enfant par femme.
Si une majorité de pays connaissent la même trajectoire, sept sont tout de même parvenus à augmenter cet indicateur de fécondité sur la même période. À l'exception du Portugal, qui affiche la hausse la plus importante (+19,8 % entre 2013 et 2023), et de Chypre (7,7 %), tous sont situés en Europe centrale et orientale.
Facteurs Influençant la Fécondité
Plusieurs facteurs peuvent expliquer les variations de la fécondité en Europe.
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Place des Femmes dans la Société
La fécondité est pour beaucoup liée à la place des femmes dans la société. Les pays où la fécondité est la plus faible sont ceux où la venue d’un enfant impose le plus souvent aux femmes d’arrêter de travailler (comme l’Espagne et l’Italie). La France est l’un des pays occidentaux où conjuguer maternité et vie professionnelle est à la fois moins difficile en pratique et le plus valorisé. Les pays où la fécondité est la plus élevée (la France, mais aussi la Suède ou le Royaume-Uni par exemple) sont ceux où les rôles entre les femmes et les hommes se sont équilibrés et où les normes traditionnelles de la famille (les femmes doivent s’arrêter de travailler pour élever leurs enfants) sont les moins prégnantes.
Facteurs Économiques et Sociaux
En se maintenant à un niveau élevé, le chômage et la précarité ont probablement affecté le calendrier des naissances : une partie des couples ont remis leur projet à plus tard, faute de ressources. La crise sanitaire a eu le même impact : les naissances ont chuté.
Impact de l'Immigration
Les projets migratoires et ses motifs pèsent sur la fécondité des femmes migrantes. La moitié des femmes primo-arrivantes admises au séjour en 2018 sont déjà mères à leur arrivée en France. Puis, de cette installation jusqu’en 2022, une primo-arrivante sur quatre devient mère pour la première fois. Un tiers de ces naissances se concentrent d’ailleurs les 4 années suivant la migration. En 2021, en France, l’indicateur conjoncturel de fécondité (définition) des femmes nées à l’étranger s’établit à 2,3 enfants par femme en moyenne, contre 1,7 pour celles nées en France [1]. Il est le plus élevé pour les femmes nées au Maghreb (2,5) et dans les autres pays d’Afrique (3,3). À l’inverse, l’indicateur conjoncturel de fécondité des femmes nées en Europe du Sud est le plus faible, à 1,6. Néanmoins la fécondité des femmes immigrées varie tout au long de leur trajectoire, en particulier les années précédant et suivant la migration.
Âge à la Maternité
L’une des questions est de savoir jusqu’où peut s’élever l’âge de la maternité et notamment comment évolueront les normes sociales. Même si le phénomène reste marginal, la question de la fertilité - qui décroît rapidement avec l’âge - peut aussi se poser : faire des enfants passé 35 ans est plus difficile qu’à 25 ans.
Indicateurs de Fécondité : Comprendre les Outils de Mesure
Pour interpréter l’évolution de la fécondité, il faut comprendre l’outil qu’on utilise ce qui est rarement le cas. L’indicateur conjoncturel mesure la fécondité une année donnée, toutes générations confondues. Chaque année, l’Insee calcule les taux de fécondité par âge 1 et estime à partir de ces taux un nombre purement théorique d’enfants par femme. On fait comme si une femme avait au cours d’une vie les comportements de fécondité des femmes de l’année en question ce qui en pratique n’est jamais le cas. Cette photographie mélange des mères de générations âgées de 18 à 45 ans, nées à des époques très différentes. Elle ne permet pas de savoir combien les femmes auront réellement d’enfants à la fin de leur vie féconde (l’équivalent d’un film et non plus d’une photographie).
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Pour juger de l’évolution sur longue période, l’indicateur de « descendance finale », beaucoup moins médiatisé, est plus pertinent. Il s’agit du nombre d’enfants mis au monde au cours de leur vie féconde par une génération de femmes nées une année donnée. On ne connaît sa valeur à peu près définitive que quand les femmes n’ont plus qu’une faible probabilité d’avoir des enfants, autour de 45 ans.
Enjeux et Conséquences d'une Faible Fécondité
Une faible fécondité peut entraîner plusieurs conséquences :
- Vieillissement de la population : Avec moins de naissances, la proportion de personnes âgées augmente, ce qui peut exercer une pression sur les systèmes de retraite et de santé.
- Diminution de la population active : Une population active plus réduite peut freiner la croissance économique et rendre plus difficile le financement des services publics.
- Défis pour les systèmes de protection sociale : Les systèmes de protection sociale basés sur la solidarité entre les générations peuvent être mis à rude épreuve si le nombre de cotisants diminue par rapport au nombre de bénéficiaires.
- Impact sur l'immigration : Certains pays peuvent être tentés d'augmenter l'immigration pour compenser la baisse de la population active, ce qui peut poser des défis d'intégration.
Politiques Familiales et Mesures de Soutien à la Natalité
Face à ces enjeux, plusieurs pays européens ont mis en place des politiques familiales visant à soutenir la natalité. Ces mesures peuvent inclure :
- Congés parentaux : Des congés parentaux plus longs et mieux rémunérés peuvent encourager les couples à avoir des enfants.
- Services de garde d'enfants : Un accès abordable à des services de garde d'enfants de qualité peut faciliter la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale.
- Aides financières : Des allocations familiales et des aides financières pour les familles peuvent réduire le coût d'avoir des enfants.
- Mesures de lutte contre l'infertilité : Un meilleur accès aux traitements de l'infertilité peut aider les couples qui ont des difficultés à concevoir.
Le Cas de la France
Depuis le XIXe siècle, la France est inquiète de sa fécondité, alors qu’elle figure parmi les pays où elle est la plus élevée en Europe. En 2023, le nombre de naissances en France a atteint son niveau historique le plus bas depuis 1945 avec 678 000 bébés nés en France. Selon le dernier bilan démographique de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) publié le 16 janvier 2024, 678 000 bébés sont nés en France en 2023, soit 48 000 de moins qu'en 2022. Le nombre de naissances atteint un nouveau point bas historique après une augmentation en 2021 liée aux conséquences de la crise sanitaire.
En France, le 16 janvier 2024, le président de la République a annoncé deux mesures phares pour relancer la natalité en France :
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- un "congé de naissance", pour les deux parents, plus court (six mois) que le congé parental actuel et mieux rémunéré ;
- un plan national de lutte contre l'infertilité.
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