L’Afrique, confrontée à des défis majeurs en matière de sécurité alimentaire, doit impérativement améliorer la fertilité de ses sols. Cet article explore les enjeux liés à la fécondation des sols africains, en mettant en lumière les défis spécifiques et les solutions potentielles pour une agriculture durable et productive.
Contexte Global et Enjeux Agricoles
L’augmentation des conflits, les effets du changement climatique, les catastrophes naturelles et la pandémie de COVID-19 menacent la sécurité alimentaire de millions de personnes à travers le monde. Selon le Rapport 2021 sur la sécurité alimentaire et la nutrition dans le monde (SOFI), 811 millions de personnes ont souffert de la faim en 2020. L’agriculture, la pêche, l’élevage et les forêts sont essentiels pour préserver la biodiversité et assurer la durabilité des ressources naturelles. Les terres agricoles, représentant près de 35% de la surface terrestre non recouverte de glace, sont cruciales pour maintenir les équilibres environnementaux et garantir une production alimentaire adéquate.
Les exploitations familiales, qui représentent 90% des exploitations agricoles mondiales, produisent 80% de la nourriture mondiale en termes de valeur économique. Cependant, ces producteurs sont souvent les plus vulnérables à l’insécurité alimentaire. L’agriculture joue également un rôle clé dans la gestion durable des ressources en eau, consommant 70% de l’eau douce et produisant 40% des denrées alimentaires grâce à l’irrigation. L’accès aux ressources hydriques est inégal, touchant particulièrement les petits producteurs. De plus, près de la moitié des terres cultivées en culture pluviale sont soumises à de faibles niveaux de production et à une irrégularité croissante.
L’agriculture a un rôle clé à jouer dans la préservation des forêts, de la biodiversité et des sols. Selon un rapport de 2015 de la FAO, 33% des sols sont modérément ou fortement dégradés en raison de l’érosion, de la salinisation, du compactage et de la pollution. Les sols sont vitaux pour l’agriculture et la lutte contre le réchauffement climatique, facilitant l’infiltration et la filtration des eaux de surface et constituant un immense réservoir de carbone. Les pertes de production céréalière dues à l’érosion des sols sont estimées à 7,6 milliards de tonnes par an.
La FAO œuvre pour un développement agricole inclusif et durable, contribuant à améliorer la nutrition et les conditions de vie des populations. Elle promeut une production agricole respectueuse de la biodiversité, des sols et résiliente face aux changements climatiques. La FAO offre un accès à des données de qualité sur la production agricole mondiale, les échanges de denrées, les ressources naturelles et les écosystèmes, fournissant une assistance technique et des recommandations de bonnes pratiques agricoles. Le FIDA encourage également le développement de modèles agricoles durables.
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La consommation de poisson est en pleine expansion, ayant plus que doublé entre 1990 et 2018, grâce à l’aquaculture qui représentait 47% de la production totale en 2018. La pêche est menacée par les changements climatiques, tandis que 34% des espèces de poissons sont pêchées de manière non durable. La FAO travaille à une gestion plus durable des mers et des océans, et le FIDA investit dans le secteur de la pêche.
L’élevage est essentiel pour la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté, mais il est responsable de 14,5% des émissions de GES. La FAO soutient la recherche pour réduire les conséquences environnementales négatives de l’élevage et les maladies associées, tandis que le FIDA met en place des projets permettant aux ménages ruraux d’acquérir des bêtes tout en adoptant des pratiques respectueuses de l’environnement.
Les forêts jouent un rôle crucial, un tiers de l’humanité étant tributaire des forêts et des produits forestiers. Elles limitent la désertification, favorisent l’infiltration de l’eau et fournissent 75% des ressources mondiales en eau douce. Les forêts sont des alliées essentielles contre les changements climatiques, capturant le carbone. Cependant, chaque seconde, l’équivalent d’un terrain de football de forêt tropicale humide disparaît. Le FIDA et le PAM investissent dans la reforestation pour lutter contre la vulnérabilité aux changements climatiques et l’insécurité alimentaire.
La Politique agricole commune européenne (PAC) a été réformée pour mieux prendre en compte les défis environnementaux et climatiques. La France a adopté la Loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt, promouvant l’agroécologie. La coopération française promeut le développement durable, et la France met à disposition de la FAO des experts scientifiques. Le Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires encourage les États à transformer les modes de production et de consommation alimentaires à l’échelle mondiale.
Défis Spécifiques à l'Afrique de l'Ouest
La santé des sols et leur capacité à nourrir les plantes sont des enjeux clés en Afrique de l’Ouest. Plusieurs facteurs exercent de fortes pressions sur ces sols, limitant le renouvellement de la fertilité : le changement climatique, les crises économiques et politiques, et une forte croissance démographique.
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Caractéristiques des Sols Ouest-Africains
Les sols d’Afrique de l’Ouest sont majoritairement des sols anciens, dont les minéraux ont été fortement lessivés. En général, ces sols ont un pH acide à faiblement acide, compris entre 5 et 7, ce qui limite la disponibilité des macro-éléments nécessaires à la croissance des plantes. En dessous d’un pH de 6, la disponibilité de la plupart des macro-éléments est fortement réduite. Dans les sols dont le pH est inférieur à 5,5, l’aluminium se solubilise et devient toxique pour le développement des végétaux.
Ces sols présentent également de faibles teneurs en matière organique, un composant essentiel pour la fertilité. La matière organique, source de carbone, est indispensable au développement de la vie biologique du sol. Les organismes vivants participent à la minéralisation de la matière organique, rendant disponibles les éléments minéraux pour l’absorption par les végétaux.
Les propriétés naturelles des sols de la zone ouest-africaine expliquent en partie leur faible performance initiale en termes de fertilité.
Pratiques Agricoles Traditionnelles et Évolution
Les transferts de fertilité, c’est-à-dire le déplacement d’éléments fertilisants d’un endroit à un autre, sont au cœur des mécanismes de reproduction de la fertilité des systèmes agricoles ouest-africains. L’agriculture itinérante sur brûlis, alternant des périodes de culture avec de longues jachères, était une pratique agronomique ancestrale permettant de maintenir la fertilité. En Afrique de l’Ouest, la symbiose entre élevage et agriculture a longtemps contribué au maintien de la fertilité. Les jachères servaient de pâturages aux bovins, dont les déjections enrichissaient naturellement les sols.
Cette pratique s’accompagnait d’autres méthodes comme les rotations et associations de cultures, notamment avec des légumineuses qui fixent naturellement l’azote de l’air dans les sols, ainsi que l’agroforesterie, utilisant par exemple le Faidherbia albida. Cet arbre structure le sol par le déploiement de ses racines et, par capillarité, fait remonter les éléments minéraux des strates profondes, les rendant disponibles pour la plante. Ces techniques traditionnelles formaient un ensemble de solutions adaptées pour renouveler efficacement la fertilité des sols.
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Pressions Démographiques et Changements Climatiques
La croissance démographique rapide en Afrique de l’Ouest, avec une population multipliée par deux entre 1950 et 1980, a exercé une pression importante sur les ressources foncières. Ces changements ont rendu obsolète la pratique de l’abattis-brûlis, qui ne permettait plus un renouvellement naturel et efficace des éléments minéraux du sol. L’intensification agricole a engendré un prélèvement accru des nutriments du sol sans restitution suffisante, créant un déficit en éléments minéraux, menaçant la productivité agricole dans un contexte de croissance démographique.
Le changement climatique et les sécheresses récurrentes ont aggravé ces problèmes. Ces facteurs combinés, sur des sols déjà fragiles, ont conduit à une détérioration de la qualité des sols sur les plans chimique, physique et biologique. La baisse de fertilité qui en résulte a entraîné une diminution de la productivité agricole, mettant en péril la sécurité alimentaire de la région.
Solutions et Approches Durables
L’agriculture ouest-africaine est confrontée à des défis importants, nécessitant des solutions durables et adaptées aux nouvelles réalités climatiques, démographiques et socio-économiques.
Fertilisation Minérale et Organique
Face à la diminution progressive de la disponibilité en éléments minéraux essentiels, en particulier en potasse et en phosphate, un apport d’engrais minéraux adapté aux sols et aux plantes demeure nécessaire pour éviter l’épuisement des réserves du sol. Cet apport, encore trop faible (15 kg/ha en moyenne en Afrique de l’Ouest contre 120 kg/ha de moyenne dans le reste du monde), est cependant conditionné par la capacité des producteurs à accéder physiquement et économiquement à des engrais souvent importés et subventionnés.
Pour préserver la structure du sol et optimiser l’efficacité des apports minéraux, il est également nécessaire d’incorporer de la matière organique. L’apport de matière organique est rendu possible notamment par l’usage d’engrais organiques, fabriqués sur l’exploitation comme le compost ou le fumier, ou bien par des produits organiques issus du circuit industriel.
Pratiques Agroécologiques
Au-delà de la fertilisation, les pratiques agricoles jouent un rôle déterminant dans le renouvellement de la fertilité des sols. Parmi ces approches, on retrouve les associations et rotations de culture à base de légumineuses, l’agroforesterie, l’enfouissement des résidus de culture, etc.
L’association de la fertilisation organo-minérale avec des pratiques agroécologiques adaptées participe à la restauration et au maintien de la fertilité des sols ouest-africains.
Défis de Mise en Œuvre
L’enjeu principal ne réside pas dans l’identification de nouvelles pratiques, mais dans leur mise à l’échelle et leur viabilité économique au niveau des exploitations agricoles. Comment concilier l’enfouissement des résidus de culture avec une main d’œuvre peu disponible et sans aide mécanique ? Comment mettre en place un système agroforestier nécessitant des investissements à long terme lorsque la sécurité du foncier n’est pas assurée ?
Le défi réside également dans la disponibilité, tant géographique qu’économique, des engrais minéraux et de la matière organique de qualité. Les réseaux de distribution d’engrais minéraux sont encore en développement, limitant leur accès dans certaines régions. De plus, la rupture de l’association traditionnelle entre agriculture et élevage a réduit l’accès des agriculteurs au fumier, les contraignant à produire leur propre compost, souvent de qualité inférieure en raison de mauvaises conditions de stockage.
La filière de production d’engrais organiques locaux est encore émergente et nécessite des investissements pour se développer ainsi qu’un cadre règlementaire cohérent. Des initiatives sont en cours pour promouvoir la production locale et régionale d’engrais organiques et minéraux, ainsi que pour dynamiser le commerce intrarégional. Cependant, face aux besoins, les efforts à fournir sont encore immenses pour répondre aux besoins croissants en fertilisants et réduire la dépendance aux importations.
Expériences et Initiatives
Pourtant, la recherche et les structures de développement ont engagé des études et apporté des appuis aux agriculteurs depuis plus d’un demi-siècle, sans que des solutions concrètes et durables aient pu être mises en œuvre à grande échelle en Afrique subsaharienne. Malgré l’importance des savoirs et savoir-faire paysans, les agriculteurs d’aujourd’hui ont du mal à entretenir la fertilité de leurs terres.
La dégradation des sols est un phénomène ancien dans certaines régions subsahariennes en Afrique. Ainsi les géographes et les administrateurs coloniaux abordaient dans leurs écrits cette dégradation dès la fin du XIXe siècle au centre sud du Bénin, dans les années 1930 au centre du Sénégal et à partir des années 1950 sur le plateau central au Burkina Faso. Dans toutes ces situations, la baisse de fertilité des terres cultivées a pour origine l’accroissement de la population rurale.
Toutefois, durant la première moitié du XXe siècle, les paysans Serer au Sénégal, Tupuri des plaines au nord du Cameroun et ceux du Plateau Akposso du Togo ont pu, sans l’appui d’agronomes, de forestiers ou de projets de développement, mettre en place des techniques qui ont efficacement contribué à préserver la fertilité de leurs sols. Il s’agit, entre autres, de la construction de terrasses en pierres, de la jachère pâturée en rotation avec les céréales et l’arachide, des associations sorgho-niébé, des micro-jachères à base d’arbustes comme Piliostigma reticulata, des parcs arborés denses à base de Faidherbia albida, Vitellaria paradoxa (karité) ou Proposopis africana et de la pratique du zaï.
Comme en Europe au début du XXe siècle, la fertilisation minérale des cultures avec les engrais de synthèse est apparue en Afrique subsaharienne dès les années 1960 comme la technique universelle qui permettrait de maintenir la fertilité des sols tout en assurant de bons rendements. Durant cette période, la majorité des agronomes considéraient qu’il suffisait d’apporter aux sols chaque année la quantité de nutriments nécessaire aux cultures (sous la forme d’engrais NPK et d’urée principalement) et à peu près équivalente aux quantités exportées par les récoltes de grain et de paille, et la vaine pâture.
Pourtant, sur la base de résultats d’expérimentation de longue durée sur la fertilisation des cultures, la recherche a proposé, il y a plus 40 ans, de mettre l’accent sur la production et l’utilisation de la fumure organique (FO). Dans les années 1990, il était ainsi recommandé d’apporter une combinaison de fumure minérale (par exemple un mélange de 100 à 200 kg/ha de NPK et d’urée - N) et de fumure organique à raison de 2,5 t/ha/an de fumier ou de compost.
Durant les dernières décennies, les forestiers ont promu l’agroforesterie, l’association des arbres aux cultures, pour, entre autres, entretenir la fertilité des sols cultivés. La jachère améliorée de moyenne durée par plantation d’arbres fertilitaires constitue une autre option technique. En revanche, les parcs arborés, surtout ceux à base de Faidherbia albida, se sont étendus ces 15 dernières années sur de grandes surfaces dans les régions où ils étaient déjà présents sur sols sableux et profonds.
Focus sur l'Afrique du Sud
L'Afrique du Sud met en œuvre des réformes agricoles ambitieuses pour soutenir 300 000 foyers agricoles d’ici 2030. Le pays, fortement dépendant des importations d’équipements (90%), a d’importants besoins en technologies innovantes et en solutions performantes.
Secteur de l’Élevage
En Afrique du Sud, plus de 83% de la surface agricole est dédiée aux pâturages, faisant de l’élevage le secteur agricole principal. Les filières animales sont bien structurées et compétitives. D’ici 2028, la consommation devrait croître : +23% pour le bœuf, +20% pour la volaille et les œufs, et +22% pour le porc.
Opportunités pour l’offre française :
- Génétique et alimentation animale
- Équipements de haute technologie
- Valorisation des déchets (biogaz)
- Technologies de transformation du lait
Cultures Végétales
Les principales cultures incluent le maïs (2,9 M ha), le soja (1,1 M ha), le tournesol (586 000 ha) et le blé (567 000 ha). L’Afrique du Sud est pionnière dans l’adoption des plantes transgéniques. L’irrigation concerne 25 à 30% de la production agricole.
Opportunités pour l’offre française :
- Solutions d’irrigation performantes
- Équipements agricoles économes en énergie
- Énergies alternatives (solaire, méthanisation)
- Technologies de fertilisation et de protection des cultures
Vignoble Sud-Africain
Le vignoble sud-africain se trouve principalement dans la région du Cap, s'étendant sur 90 000 hectares. En 2023, le pays a produit 9,3 M d’hectolitres de vin, se classant au 7ᵉ rang mondial, avec 50% des volumes exportés. Les cépages incluent 55% de variétés blanches et 45% de rouges.
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