L'extinction du dernier mâle rhinocéros blanc du Nord, Sudan, a marqué un tournant critique pour cette sous-espèce. Avec seulement deux femelles restantes, Najin et Fatu, toutes deux incapables de se reproduire naturellement, la fécondation in vitro (FIV) est apparue comme une ultime tentative pour sauver le rhinocéros blanc du Nord. Cette approche audacieuse, combinant des techniques scientifiques avancées et une coopération internationale, offre une lueur d'espoir pour perpétuer cette espèce au bord du gouffre.
Un Espoir Fondé sur la Science : La Fécondation In Vitro
La stratégie de conservation repose sur la fécondation in vitro (FIV), une technique de reproduction assistée qui a déjà fait ses preuves dans d'autres espèces, notamment chez les cervidés. Des scientifiques ont conservé des spermatozoïdes de plusieurs mâles blancs du Nord, stockés à Berlin, qui pourraient être utilisés pour féconder les ovules prélevés sur les deux dernières femelles, Najin et Fatu. Les embryons ainsi obtenus seraient ensuite implantés dans l'utérus de femelles rhinocéros blancs du Sud, une sous-espèce moins menacée, dont la population est estimée à environ 20 000 individus.
Yann Locatelli, biologiste à l'INRA et directeur adjoint de la réserve zoologique de la Haute Touche, souligne que les éléments techniques nécessaires à cette opération scientifique sont disponibles : constitution de banques de sperme, conservation du sperme, utilisation en FIV ou en injection intracytoplasmique.
Les Défis et les Obstacles de la FIV
Malgré son potentiel prometteur, la FIV présente de nombreux défis et le résultat reste aléatoire. La fécondation nécessite de grandes quantités de sperme de très bonne qualité, capable de résister à la congélation. De plus, il existe toujours un risque que la technique ne fonctionne pas sur certains individus.
Néanmoins, le scientifique estime que « c'est jouable pour le rhinocéros », d'autant plus que les protocoles utilisés sur les étalons et les juments peuvent être extrapolés au rhinocéros. Il existe des similitudes entre la jument et le rhinocéros femelle.
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Il est important de souligner que la fécondation in vitro est vraiment une dernière chance, quand plus rien d'autre ne peut être fait.
Un Projet International pour une Espèce Menacée
Le projet BioRescue, un consortium international de scientifiques, a franchi un cap important dans les efforts déployés depuis plusieurs années pour sauver le rhinocéros blanc du Nord de l’extinction, avec la toute première gestation par fécondation in vitro d’un rhinocéros. Cette gestation assistée en laboratoire a consisté à implanter un embryon de rhinocéros blanc du Sud dans une mère porteuse nommée Curra.
Selon Jan Stejskal, du projet BioRescue, cette avancée constitue une « preuve de concept » essentielle, et montre que cette stratégie pourrait aider d’autres rhinocéros. Même si Curra est décédée quelques mois après le début de sa gestation de seize mois des suites d’une infection bactérienne sans rapport avec l’intervention, comme le transfert d’embryon et les premiers stades de la gestation se sont bien déroulés, les scientifiques comptent prochainement appliquer cette technique sur le rhinocéros blanc du Nord, une espèce gravement menacée d’extinction.
Le processus a été documenté en exclusivité par National Geographic pour un épisode spécial d’EXPLORER qui devrait être diffusé en 2025 sur la chaîne National Geographic et Disney+.
Les Premiers Pas Prometteurs et les Dures Réalités
Pour cette tentative de FIV, du sperme a été collecté sur un rhinocéros blanc du Sud du zoo de Salzbourg en Autriche, nommé Athos. Les ovules, eux, proviennent d'Elenore, une rhinocéros blanc du Sud du zoo de Pairi Daiza, en Belgique. Les échantillons ont ensuite été envoyés en Italie, où ils ont été fécondés in vitro.
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Deux embryons ont ensuite été transférés au Kenya au Ol Pejeta Conservancy en septembre 2023. Là, ils ont été implantés chez une mère porteuse, Curra. En parallèle, dans le processus d'implantation des embryons, les experts ont utilisé un mâle, nommé Ouwan, afin de séduire la femelle, pour stimuler les comportements d'accouplement typiques.
Malheureusement, Curra et Ouwan ont tous les deux été retrouvés morts en novembre. Les scientifiques pensent que les deux animaux seraient tombés malades à cause d’une grave infection bactérienne, suite à des pluies extrêmement fortes liées au changement climatique, qui ont inondé l’enceinte où ils se trouvaient.
Mais d'autres analyses ont également permis de découvrir que Curra était enceinte d'un fœtus mâle de 70 jours. Les tissus prélévés sur le fœtus ont confirmé que la grossesse était le résultat du transfert d'embryon.
Perspectives d'Avenir et Défis Persistants
L'objectif des scientifiques est maintenant de sélectionner une nouvelle mère porteuse rhinocéros blanc du Sud et un mâle "séducteur", pour ensuite développer un embryon de rhinocéros blanc du Nord à implanter chez la mère porteuse.
BioRescue espère implanter prochainement un embryon de rhinocéros blanc du Nord dans une mère porteuse rhinocéros blanc du Sud. Les deux sous-espèces sont suffisamment proches, selon les chercheurs, pour que l’embryon puisse se développer.
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À terme, cette approche pourrait également aider d’autres rhinocéros gravement menacés, notamment le rhinocéros de Java et le rhinocéros de Sumatra, dont les populations comptent désormais moins de 100 individus chacune, explique Stejskal. Mais la situation actuelle du rhinocéros blanc du Nord est de loin la plus urgente. La sous-espèce ne compte en effet plus aucun mâle, et les deux seuls animaux restants sont des femelles âgées qui vivent sous surveillance armée au sein d'une réserve naturelle kényane appelée l’Ol Pejeta Conservancy, dans un enclos de 280 hectares.
Les Causes du Déclin : Braconnage et Pertes d'Habitat
Ces animaux à la mâchoire carrée vivaient autrefois en Afrique centrale, mais leur nombre a chuté au cours des dernières décennies en raison de l’importante demande internationale en cornes de rhinocéros, qui sont utilisées pour réaliser des concoctions médicinales à l’efficacité contestée et comme base de sculptures. Constituée de la même substance que les ongles, la corne de rhinocéros est fortement recherchée, mais celle du rhinocéros blanc du Nord est particulièrement prisée, ce pour quoi cette sous-espèce a été particulièrement touchée par le braconnage.
Les territoires traditionnels du rhinocéros blanc du Nord - Centrafrique, Tchad, République démocratique du Congo (RDC), actuel Soudan du Sud - ont longtemps été en proie aux conflits et donc propices aux activités criminelles, dont le braconnage. La dernière population sauvage de la sous-espèce comprenait entre 20 et 30 individus en RDC et elle a disparu dans les combats à la fin des années 90 et au début des années 2000. En 2008, le rhinocéros blanc du Nord était déjà considéré comme éteint à l'état sauvage.
L'Importance de la Diversité Génétique
Avec si peu de rhinocéros blancs du Nord, la viabilité génétique de l’espèce peut sembler incertaine. Mais l’équipe de BioRescue prend l’exemple des rhinocéros blancs du Sud, dont le nombre a probablement chuté à moins de 100, voire 20 individus, à la fin des années 1800 à cause de la chasse, mais qui augmenté jusqu'à presque 17 000 individus aujourd’hui grâce à des protections gouvernementales et à des stratégies de conservation intensives.
« Ils sont suffisamment diversifiés pour s’adapter à un large éventail de conditions », explique Balfour. Les chercheurs ne savent pas exactement combien il pouvait y avoir de rhinocéros blancs du Sud il y a un siècle, mais il est clair que ces populations d'animaux se sont reconstituées à partir d’un effectif extrêmement bas et qu’ils semblent aujourd’hui en bonne santé.
Au-delà de sa petite collection d’embryons, l’équipe de BioRescue espère élargir le patrimoine génétique du rhinocéros blanc du Nord en puisant dans une source peu conventionnelle : des cellules de peau extraites d’échantillons de tissus actuellement conservés dans des zoos. Elle entend remodeler des cellules souches et les transformer en cellules sexuelles, en s’appuyant sur des travaux similaires réalisés sur des souris de laboratoire. Selon le plan, ces cellules sexuelles créées en laboratoire seraient ensuite combinées à des spermatozoïdes et à des ovules naturels pour produire des embryons, qui seraient ensuite implantés dans des mères porteuses rhinocéros blancs du Sud.
Un Appel à l'Action
Si le rhinocéros blanc du Nord « est au bord de l’extinction, c’est uniquement à cause de l’avidité humaine », souligne Stejskal. « Les sauver est à notre portée, c’est pourquoi je pense qu'il nous incombe d’essayer. »
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