Environ 15% des grossesses s’interrompent spontanément au cours du premier semestre. Chaque année, près de 200 000 Françaises y sont confrontées. Cet événement est toujours éprouvant pour les femmes qui le subissent. La parole se libère actuellement au sujet de la fausse couche et permet de souligner à quel point il est important pour les patientes concernées de communiquer sur cet événement subi. Cet article vise à fournir des informations claires et complètes sur la fausse couche, ses causes, ses symptômes et les options de prise en charge disponibles. Il aborde également l'importance du soutien psychologique après cette épreuve difficile.
Définition et Types de Fausse Couche
On appelle fausse couche une interruption spontanée de grossesse qui survient au cours des cinq premiers mois. Au-delà de cinq mois, on parle de mort fœtale in utero. Une fausse couche (ou avortement spontané) est l'interruption naturelle d’une grossesse avant 22 semaines d’aménorrhée (absence de règles), c’est-à-dire avant que le fœtus ne soit considéré comme viable en dehors de l’utérus. Les professionnels de santé datent généralement une grossesse en fonction des semaines dites d’aménorrhée (SA), méthode de calcul qui se base sur les semaines durant lesquelles les règles sont absentes. Le premier jour pris en compte correspond donc au dernier jour des règles. Cela permet un calcul plus précis, en particulier lorsque le cycle est irrégulier. Quant au calcul en semaines de grossesse, il commence au moment de l’ovulation.
Il est également important de différencier fausse couche spontanée précoce et la fausse couche tardive. En effet, la fausse couche précoce est lorsqu’un l’arrêt de grossesse a lieu au cours des 3 premiers mois. La fausse couche tardive (encore appelée avortement tardif) est une interruption non volontaire de la grossesse entre le troisième et le cinquième mois.
- Fausse couche isolée: Quand une femme fait une seule fausse couche. Les fausses couches isolées touchent environ 15 % des grossesses.
- Fausse couche à répétition: Dès lors qu’une femme enceinte d’un même partenaire présente au moins trois fausses couches spontanées consécutives avant 14 semaines d’aménorrhée. Elles concernent 1,5 % des femmes et nécessitent une prise en charge avec des examens plus poussés.
Les fausses couches précoces, surviennent avant la quatorzième semaine d’aménorrhée et sont les plus fréquentes. Les fausses couches tardives ont lieu entre la quatorzième et la vingt-deuxième semaine, elles peuvent être complètes ou incomplètes, selon que l’expulsion du contenu utérin est totale ou non.
Les Causes Potentielles de la Fausse Couche
Plusieurs facteurs peuvent intervenir et expliquer une fausse couche. Les fausses couches sont le plus souvent dues soit à des anomalies génétiques de l’embryon, soit à des problèmes de santé de la mère. Dans environ 60 % des cas, et en particulier pendant le premier trimestre de la grossesse, les fausses couches sont dues à des anomalies de l’embryon qui empêchent son développement normal. Il peut s’agir d’anomalies au niveau des chromosomes (qui se sont mal répartis avant ou après la fécondation) ou d’anomalies du développement embryonnaire (par exemple, au niveau du cœur ou du système nerveux). Parfois, les membranes embryonnaires et le placenta se développent en l'absence d'un embryon. C'est ce que l'on appelle un « œuf clair ». Il est diagnostiqué par échographie ou peut provoquer des symptômes de fausse couche. Dans certains cas, il se résorbe spontanément en entraînant quelques saignements vaginaux discrets.
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Dans le cas d’une fausse couche isolée, la cause n’est généralement pas recherchée. Les causes de la fausse couche sont multiples et souvent liées à une malformation du fœtus. Les causes internes et externes peuvent provoquer l’interruption d’une grossesse avant le 5e mois. On compte notamment :
- Causes internes:
- Anomalies génétiques détectées au niveau de l’embryon (chromosomes mal répartis à l’issue de la fécondation).
- Anomalies pouvant ralentir le développement embryonnaire (notamment anomalies au niveau du cœur ou du système nerveux).
- Anomalies pathologiques (diabète non contrôlé, glande thyroïde, problèmes d’hormone, maladies immunitaires, cœliaque, coagulation sanguine, anomalies du col de l’utérus : fibromes, polypes, poly kyste ovariennes…) détectées au niveau du corps fragile de la mère.
- Certaines maladies maternelles augmentent le risque de fausse couche. Une infection, par exemple la toxoplasmose, la rubéole, la listériose, l’infection par les salmonelles ou le cytomégalovirus, etc.
- Causes externes:
- La consommation de certaines substances nocives (tabac, boissons alcoolisées, cocaïne, héroïne, amphétamine, excès du café, certaines plantes médicinales comme l’absinthe, l’armoise, le génépi, l’aloès, la cascara, la menthe pouliot, la sauge officinale…)
- L’âge : à partir de 35 ans, la fertilité féminine diminue (à partir de 45 ans pour les hommes). Le risque d’avortement spontané augmente avec l’âge de la mère. On estime que ce risque est de 9 % à 20 ans, de 20 % à 35 ans, de 40 % à 40 ans et de 80 % au-delà de 45 ans. Chez les hommes dont l’âge est supérieur à 40 ans, il existe un risque de fausse couche car on constate une augmentation du nombre de spermatozoïde anormale.
- Une malformation ou une anomalie utérine : s’il s’agit du premier cas, cette malformation risque d’entraîner plusieurs fausses couches successives. L’endométriose est une maladie inflammatoire qui se définit par la présence de fragments d’endomètre en-dehors de la cavité utérine.
- Facteurs liés au mode de vie : Ne pas fumer, ne pas prendre de drogue, consommer de l’alcool avec modération : cela paraît évident, mais ces conseils sont essentiels pour réduire les risques. Ils sont à associer à une alimentation équilibrée qui permettra d’éviter les carences. S’il y en a malgré tout, par exemple vous suivez un régime comprenant des exclusions alimentaires, il se peut que vous ayez besoin d’être supplémentée en vitamines.
Pour les femmes subissant des fausses couches à répétition, un bilan médical est souvent réalisé afin d'identifier la ou les causes responsables de ces fausses couches. Le plus souvent il s'agit de troubles hormonaux (comme un déficit en progestérone ou un syndrome des ovaires polykystiques), de malformations utérines ou d'une anomalie de la cavité utérine.
Contrairement à ce que croient de nombreuses personnes, l'activité et les efforts physiques, le travail ou les relations sexuelles n'ont aucun effet sur le risque de fausse couche. Si une fausse couche unique n’a aucune influence sur le succès des grossesses futures, l’existence de deux fausses couches successives (avec le même père) semble augmenter le risque d’en développer une nouvelle.
Consultation Préconceptionnelle
Cette consultation médicale peut être programmée en couple dès lors que vous avez un projet de bébé. Elle permet de s’assurer que votre enfant peut être conçu et se développer dans les meilleures conditions sanitaires possibles. Lors de ce rendez-vous, le gynécologue pose un grand nombre de questions aux deux membres du couple : antécédents familiaux et médicaux, hygiène de vie, régularité du cycle menstruel, santé sexuelle… Rien n’est laissé au hasard par le professionnel de santé qui procède ensuite à un examen clinique classique, avant de prescrire un bilan sanguin complet.
Symptômes de la Fausse Couche
Les symptômes d’une fausse couche varient en fonction du stade de la grossesse et du type de fausse couche, mais certains signes sont fréquemment observés.
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Les deux les plus fréquents associés à une fausse couche sont :
- Des saignements vaginaux, légers ou abondants. Le sang est d’abord rouge clair puis devient rouge foncé. Caillots de sang ou de tissus brunâtres.
- Des douleurs abdominales ou pelviennes, des crampes. Fortes douleurs au niveau du dos ou au niveau du bas ventre.
Ils peuvent s’accompagner de :
- Contractions
- Douleurs lombaires
- Symptômes de choc (fièvre, faiblesse, vertiges, étourdissements, confusion, rythme cardiaque accéléré, nausées et/ou vomissements).
- La disparition soudaine des signes habituels de grossesse, tels que les nausées, la fatigue ou la tension des seins, peut aussi être un indicateur.
- Absence brusque des symptômes et signes de grossesses (nausées, vomissements, tensions, douleurs des seins…)
Dans certains cas, notamment lors d’une fausse couche silencieuse, aucun symptôme n’est perceptible : l’arrêt du développement embryonnaire est alors découvert de manière fortuite lors d’une échographie. Il est important de préciser qu'un saignement vaginal en début de grossesse n’est pas systématiquement le signe d’une fausse couche.
Quand Consulter un Médecin ?
Il est important de consulter votre médecin, sage-femme ou gynécologue référent dès l’apparition des symptômes. Si, en plus de saignements et douleurs, vous avez de la fièvre, des nausées, des vomissements, des malaises ou des étourdissements, consultez en urgence. Il pourrait s’agir d’une fausse couche hémorragique. Des saignements importants, même en l’absence d’autres symptômes, doivent également être pris en charge en urgence. Quand les saignements sont modérés, il est conseillé de consulter son médecin dans la journée. S’ils sont abondants, il faut se rendre rapidement aux urgences.
Il faut se rendre en consultation lorsque:
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- Vous constatez un saignement vaginal abondant (à titre d’exemple, si celui-ci vous contraint à utiliser au moins deux serviettes hygiéniques en 1 heure)
- Lorsque vous ressentez de fortes douleurs au niveau du bas ventre, du dos ou de l’abdomen.
- Lorsque vous avez été victime d’une perte de conscience.
La téléconsultation n’est pas possible pour diagnostiquer les cas de fausses couches.
Traitements et Prise en Charge
C’est après avoir réalisé une échographie de contrôle que le diagnostic de fausse couche pourra être établi. Face à des symptômes évoquant une fausse couche notamment des saignements vaginaux, des douleurs pelviennes ou des crampes abdominales, il est essentiel de consulter rapidement un professionnel de santé. Une échographie pourra être réalisée pour évaluer la situation, vérifier la présence et la vitalité de l’embryon et déterminer si une fausse couche est en cours ou non. En attendant la consultation, il est recommandé de se reposer, d’éviter les efforts physiques importants et de ne pas utiliser de tampons, ni avoir de rapports sexuels. Se rendre aux urgences est indispensable en cas de douleurs intenses, de saignements abondants ou de fièvre.
Selon les résultats, trois traitements thérapeutiques sont envisagés :
- L’expulsion naturelle et spontanée du sac embryonnaire: Lors d'une fausse couche précoce et non compliquée, l’attente surveillée est recommandée afin de laisser le temps au corps de gérer naturellement l’expulsion. Cette approche nécessite un suivi médical régulier pour s’assurer qu’aucune complication ne survient, comme une infection ou des saignements prolongés. Pour ce type de traitement, il peut être effectué une fausse couche naturelle sans médicament. Il s’agît d’une méthode très douloureuse et assez stressante. Le saignement dure longtemps. Vous devez prendre régulièrement votre température et faire objet de suivi par prises de sang. Le suivi peut être réalisé par échographie.
- Le traitement médicamenteux: qui permettra d’accélérer l’expulsion du sac embryonnaire. Une prise en charge médicamenteuse peut également être proposée, souvent avec du misoprostol, qui permet de provoquer les contractions utérines et ainsi favoriser l’évacuation du tissu gestationnel. Lorsqu’il s’agit d’une grossesse de moins de 10 semaines, l’interruption peut être traitée à l’aide du Misoprostol, accompagné d’antidouleurs et de médicaments contre la nausée. Certains médecins peuvent ajouter du fer pour compenser la perte de sang. Entre 12 heures et 24 heures après la prise de la dose recommandée par votre médecin, une menstruation abondante suivie de fortes douleurs est observée. Les jours suivants une menstruation normale sera également observée. Suivez les recommandations de votre médecin.
- Le traitement chirurgical par aspiration (curetage): Dans d’autres cas, notamment si la fausse couche est tardive ou si les saignements sont abondants, la patiente est anémiée ou si le traitement médicamenteux a échoué, une évacuation chirurgicale par aspiration (aussi appelée curetage) peut être nécessaire. C’est le traitement recommandé pour les grossesses entre 10 et 13 semaines. Il s’agit d’un traitement visant à expulser entièrement le fœtus et le placenta du ventre de la mère. Le curage permet d’éviter toute infection et hémorragie. Des médicaments de la catégorie des sédatifs et des antalgiques vous seront administrés pour vous permettre de supporter la douleur. Une observation de 24 heures à l’hôpital est exigée pour suivre l’évolution de l’état du patient.
Quelle que soit la méthode choisie, un suivi médical est indispensable pour vérifier que la fausse couche est bien terminée et écarter tout risque de complication. Au cours des deux semaines qui suivent une fausse couche, il est conseillé de ne pas avoir de rapports sexuels et de ne pas utiliser de tampons hygiéniques.
Soutien Psychologique et Deuil
La fausse couche peut être une expérience traumatisante, tant sur le plan physique que sur le plan émotionnel. Elle peut entraîner une dépression et un stress post-traumatique. La gestion des émotions après une fausse couche est une étape essentielle, bien que souvent négligée. Ce type de perte, même lorsqu’elle survient très tôt dans la grossesse, peut provoquer un véritable bouleversement psychologique pour la femme et son/sa partenaire. Tristesse, culpabilité, colère, frustration, ou sentiment d'injustice : les émotions sont multiples et varient d'une personne à l'autre. Il est important de comprendre que chaque personne réagit différemment, et qu’aucune émotion n’est illégitime.
Il est donc important de bénéficier d’une prise en charge adaptée pour surmonter cette épreuve difficile. Le soutien de l’entourage peut jouer un rôle clé mais il n’est pas toujours suffisant. Un accompagnement psychologique peut être nécessaire pour aider à mettre des mots sur la douleur, traverser le deuil et se reconstruire. Parler à un professionnel de santé, à un psychologue ou à un groupe de parole peut offrir un espace d’écoute bienveillant.
Le deuil à la suite d’une fausse couche doit se faire à deux. Le père et la mère doivent discuter, parler et se vider. Si l’émotion est trop forte et que le deuil tarde à partir, vous pouvez vous remettre à des professionnels ou des groupes de soutien qui vous aideront à surmonter cette situation.
Si c’est votre cas, rapprochez-vous de votre psychologue, médecin/ ou d’un autre professionnel de santé qui pourra vous aider. Et n’oubliez pas : ce n’est pas de votre faute : une fausse couche est un phénomène qui n’a rien d’exceptionnel et cela ne signifie pas que vous ne mènerez aucune grossesse à terme. Les professionnels de santé ainsi que vos proches sont là pour vous accompagner.
Prévention de la Fausse Couche
Bien qu'il ne soit pas toujours possible de prévenir une fausse couche, certaines mesures peuvent aider à réduire les risques, notamment en cas de fécondation in vitro (FIV):
- Maintenir un mode de vie sain: Ne pas fumer, éviter l'alcool et les drogues, adopter une alimentation équilibrée et gérer le stress.
- Suivi médical régulier: Consulter régulièrement un médecin pendant la grossesse et suivre ses recommandations.
- Vaccination: Faites-vous vacciner contre la rubéole et la grippe.
- Dépistage: Faites-vous dépister couramment de la toxoplasmose.
- Examens cliniques pour FIV:
- Réaliser l’hystérosalpingographie (HSG) pour connaître la forme et la situation de l’utérus.
- Réaliser la thrombophilie pour permettre d’anticiper la formation des caillots de sang dans l’utérus.
- Réaliser le test de réceptivité endométriale ER Map afin de confirmer la réceptivité de l’endomètre.
Si tous ces examens cliniques sont concluants, vous avez de grandes chances d’éviter une fausse couche après FIV.
Comment Différencier Saignements de Fausse Couche et Règles ?
Pendant les règles, l’écoulement est normal et nécessite en moyenne l’usage d’une serviette hygiénique par heure. Le saignement d’une fausse couche est abondant et exige plus de deux serviettes par heure. Néanmoins, une fausse couche précoce s’évacue normalement - tout comme des règles.
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