Les familles nombreuses fascinent et suscitent l'étonnement, particulièrement lorsqu'elles comptent douze enfants ou plus. Marielle Blanchier, une mère de 44 ans, incarne cette réalité avec une grâce et une organisation remarquables. Son histoire, loin des clichés, révèle un choix de vie assumé et une source d'inspiration pour beaucoup.
Une mère au foyer pas comme les autres
Marielle Blanchier est une maman comme les autres, soignée et élancée, une belle tresse délicatement posée sur l’épaule gauche, une élégante blouse blanche et rose, un bébé blond aux yeux bleus dans les bras. Comme près de 3 millions de Françaises (selon l’Insee), elle est mère au foyer et s’occupe à plein temps de ses enfants. De ses douze enfants, âgés de 9 mois à 20 ans. Charles, Espérance, Augustin, Pierre-Éloi, Félix, Théophane, Louis, Henri, Clémentine, Édouard, Victor et Paul.
Ce choix de vie intrigue aujourd’hui, dans une société où les femmes ont en moyenne deux enfants. La rentrée scolaire est une période intense pour les familles qui ont des enfants. Il faut reprendre le rythme scolaire, acheter les fournitures manquantes qui n'étaient pas sur la liste, couvrir les livres, faire les inscriptions aux activités extrascolaires, remplir de nombreux documents administratifs… Bref, c'est un moment où on ne chôme pas !
Pierre et Marielle Blanchier ont un parcours peu commun, car avoir 14 enfants (Victor et Paul, 32 ans, Edouard, 30 ans, Clémentine, 28 ans, Henri, 27 ans, Louis, 25 ans, Théophane, bientôt 22, Félix, 20 ans, Pierre-Eloi, 19 ans, Augustin, 17 ans, Espérance, 15 ans, Charles, 13, ans, Eugénie, 10 ans, et Domitille, 7 ans) est rare, en particulier en France de nos jours.
Rentrée scolaire : l'art de l'anticipation
La rentrée scolaire, souvent perçue comme un défi pour de nombreuses familles, est abordée avec sérénité par Marielle. Invitée sur RTL dans l'émission "Un jour, une vie" de Faustine Bollaert, elle a partagé ses astuces pour gérer cette période intense.
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"Aujourd'hui, ce n'est plus un moment redouté, parce qu'on connaît toutes les petites astuces et tout ce qui faut faire", indique Marielle Blanchier. Et le fait que certains de ses enfants soient désormais grands et qu'elle n'en ait plus "que" 8 à la maison aide aussi sûrement !
L'anticipation est le maître mot. "C'est anticiper au maximum. Savoir à l'avance ce qui va se passer", explique-t-elle. Un exemple concret : "On sait qu'il va y avoir les livres à couvrir. Dès qu'il y en a un qui rentre de l'école, on couvre sa pile de livres et on n'attend pas d'avoir l'ensemble, car 80 livres à couvrir d'un coup ça va être un peu long".
Un cheminement inattendu vers une famille nombreuse
Lorsque Marielle Blanchier et son mari décident de fonder leur famille, ils se rêvent avec 2 ou 3 enfants, "4 si les voyants étaient au vert". Après deux fausses couches, des jumeaux arrivent, puis un autre enfant, et encore un autre.
"Après les premiers enfants, nous sommes partis vivre à Budapest, on a rencontré des familles avec 5-6 enfants, c’était très chouette. On n’a jamais projeté de famille nombreuse, mais à chaque fois un enfant de plus venait compléter la famille, et c’était énormément de joie d’avoir ces enfants."
Un bébé après l’autre, ils sont rapidement 7 enfants, et Marielle sent sa famille au complet. "À ce moment-là, j’ai compris que l’enfant de plus serait comme un don, qu’il pourrait avoir sa place chez nous, qu’on l’aimerait, qu’on l’accueillerait pour ce qu’il est plutôt que pour satisfaire un projet de vie." Et quelques années plus tard, ils étaient 14 : 10 garçons et 4 filles.
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Le quotidien d'une famille hors du commun
Marielle et sa famille vivent dans une grande maison en banlieue parisienne. Elle a arrêté de travailler à l’arrivée de ses premiers enfants, et il lui a vite fallu trouver une organisation au cordeau pour faciliter le quotidien, sans relais et sans femme de ménage.
"À partir d’un certain nombre d’enfants, il faut être organisé, et faire des renoncements nécessaires en connaissance de cause. Par exemple, on ne peut pas faire de petits week-ends tous ensemble, si on part quelque part c’est une semaine minimum. Et on n’improvise jamais, la journée est rythmée, à 18h30 on mange, ceux qui ne sont pas là mangeront plus tard. Mais cela laisse de la place à la créativité."
Pour survivre aux nuits hachées de leurs bébés, Marielle et son mari ont également mis en place un planning. "Je suis une couche-tôt lève-tôt et lui un couche-tard lève-tard, je me couchais à 21 heures, il prenait le relais jusqu’à 23 heures, puis j’assurais la nuit jusqu’à 6 heures, pour faire téter le bébé. Je les ai tous allaités jusqu’à un an. Je m’obligeais ensuite à faire une sieste de deux heures chaque jour, week-end compris. Et en journée, pour consacrer du temps à chacun, chaque moment est mis à profit. "Je suis à la maison toute la journée, certains rentrent de la cantine le midi donc j’ai des moments privilégiés avec eux, je fais certains trajets avec d’autres enfants, j’optimise tous les moments."
La cuisine pour un si grand nombre de personnes se fait dans de très grands plats. "Tout le monde mange la même chose, mais certains mangent en décalé s’ils sont encore en cours par exemple." Pour les grands repas de famille, la table de jardin accolée à celle de salle à manger permettent d’accueillir jusqu’à 30-35 personnes. Et pour ce qui est des courses, Marielle les a longtemps réalisées en ligne, mais elle préfère désormais aller chez Lidl pour une question de prix.
Astuces budgétaires d'une mère avisée
Marielle ne travaille pas, son mari engrange un salaire d’ingénieur en milieu de carrière. Le couple touche 2 000 euros d’allocations familiales et de congé parental d’éducation, mais continue à rembourser sa maison, et tient à offrir à ses onze enfants une semaine de vacances au ski (4 000 euros) et un court voyage à l’étranger chaque année, avec départ en voiture. « Des moments chouettes plutôt que des pantalons chers. » Mathématiquement, le budget familial n’y devrait pas suffire. Il faut donc « faire des choix » et de « phénoménales économies d’échelle », comme résume doctement Marielle. Tout en apprenant aux enfants que « l’envie d’une chose chère, qui ne sera qu’un objet de plus, peut passer » ou que « désirer et épargner longtemps fait grandir ».
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- Les courses : Chez Auchan drive. Marielle dresse sa liste sur Internet puis son mari fait charger le grand coffre de la voiture familiale au centre commercial Vélizy 2.
« Beaucoup moins cher que la livraison à domicile, compte Marielle. Et surtout, on peut avoir tous les produits premiers prix qui ne sont pas sur le Net autrement. » De toute façon, via le Web, il est impossible de se faire livrer les 100 litres de lait mensuels nécessaires au foyer. Le pain vient aussi d’Auchan. 35 baguettes, congelées pour la semaine, à 36 centimes, « contre un euro au moins chez le boulanger ici, malheureusement ». Marielle n’achète que des fruits et légumes de saison (hormis quelques framboises surgelées) dont le prix ne doit pas dépasser 1,50 euro le kilo. Et que des yaourts de base, qu’elle agrémente de confitures ou compotes maison. Elle joue de son réseau. La viande provient directement de Rungis, où un ami entrepreneur lui fait le prix restauration. Les pommes de terre lui sont livrées (80 kg à chaque fois) par une amie d’amie productrice. A 60 centimes le kilo (« contre 2 euros chez Atac »).
- La cuisine : Les plats déjà élaborés sont bannis. « Dégoûtants quand on les prend à bas prix. » Marielle cuisine beaucoup, avec des produits de base premiers prix. Des plats familiaux, « réalisables en dix minutes ». Pas le temps d’éplucher des montagnes de légumes.
Quand elle cuit des pommes de terre, c’est pour plusieurs plats de suite. Les soirs de semaine, elle utilise peu de viandes. Privilégie les soupes de légumes congelés de marque distributeur (« moins chers que les légumes frais, et déjà épluchés »), complétées d’un gros coulommiers pour les protéines. Concocte de grands plats familiaux, qui ne doivent pas revenir à plus de 10 euros. Gratins de pâtes, de chou-fleur, d’épinards. « Le gratin d’épinards, par exemple, c’est 5 euros : deux sacs d’épinards surgelés, de la crème fraîche, de la farine, un gros paquet de fromage et un œuf par personne. » Elle trouve du reblochon à quatre euros pour sa « tartiflette express » (les pommes de terre sont cuites et cuisinées avec la peau). Pour son goulash, de la viande Attac à moitié prix (4 euros pour 1,2 kg) dont la date de péremption est très proche. « Pas un problème : je la cuisine tout de suite avec oignons et paprika, il n’y a plus qu’à rajouter crème fraîche et pommes de terre le lendemain. » Des grands sacs de viande hachée surgelée à 4 euros pour ses « lasagnes express ». Le mercredi et le week-end, en revanche, elle cuisine un gros repas avec de la viande. « Je sors les deux kilos de bavette, c’est la fête ! »
- Les vêtements et chaussures : Le réseau, une nouvelle fois. Marielle récupère beaucoup auprès de familles amies. Elle « donne autrement », récupérant les enfants à la sortie de l’école quand les mamans sont bloquées, offrant du miel de ses ruches… Sinon, elle achète en soldes et promotions chez Kiabi, la Halle aux chaussures, La redoute, Gap, Décathlon - « pour les chaussures bateau d’été ». Et fait des affaires sur le Net. Leboncoin, e-bay… « On trouve des chaussures pour enfants non portées à moitié prix. Il suffit de bien connaître la marque… Il y a un descriptif, mais je renvoie toujours une question sur la qualité réelle du produit. Les gens sont honnêtes ». Marielle coud, raccommode, colle surtout. « A la colle néoprène. Les chaussures, par exemple. Je les écrase ensuite sous un pied de la grande table, et c’est reparti pour un tour ! »
- Les sacs d’école: Les sacs à dos Eastpak sont garantis à vie. « Quand ils sont abîmés, je les renvoie pour réparation, par deux ou trois, au fabricant, avec des fils rouges pour montrer où se trouvent les problèmes, accompagnés d’un petit mot. Ça marche. »
- Les appareils électroniques: D’occasion sur le site Priceminister.
- Le chauffage: « Une catastrophe, le prix du fuel ! On achète chez Auchan, mais surtout, on porte des pulls à la maison. Dans les chambres, il ne fait pas 16 °C, mais les enfants ont l’habitude, et c’est bon pour la santé. Je ne comprends pas la mode qui veut qu’on nous vende des vêtements tout légers pour l’hiver. C’est normal de se couvrir. »
- Les brocantes, vide grenier, enchères: « Mon père nous achète de beaux meubles en bois à 60 ou 100 euros à la salle des ventes de Bordeaux. Un quart du prix antiquaire. Je viens de faire les cadeaux de Noël des petits au vide-grenier : un joli berceau de poupées en fer forgé, pour Espérance, un château fort et un bateau pirate en bois. Il suffit de refaire un petit rideau, de bricoler un pont-levis… »
- Le coiffeur: Jamais. Marielle coupe les garçons. Pierre, son mari, les filles. « J’ai appris sur le tas, dit-elle. Quand ils remuent beaucoup, ce n’est pas toujours réussi. Mais c’est aussi un moment passé avec eux. »
- Les loisirs: On proscrit le voyage de classe organisé par le collège. « 700 euros. Indécent ». Comme les abonnements télé. « Il n’y a pas de télé, les enfants regardent des émissions qu’ils ont vraiment envie de voir sur l’ordinateur. » Les musées, c’est le premier dimanche du mois, quand ils sont gratuits. Et le restaurant, deux fois par an. « Au chinois du coin. Il y a un menu à 7 euros, on sait exactement ce qu’on va dépenser. » Les collégiens font du sport via l’Association sportive de Lakanal, inscription payée (35 euros) grâce au Pass loisirs du Conseil général. Les plus grands font des baby-sittings (à partir de 13 ans pour les filles, de 14-15 pour les garçons) à 5 euros de l’heure pour s’offrir portables et abonnements. L’été, ils sont animateurs dans des camps de jeunes aux Etats-Unis. Leurs parents n’ont plus que le voyage à payer. « Ce qui reste une grosse somme, on budgète ça dès le printemps », explique Marielle.
Qui conclut, l’œil rieur : « La vraie richesse d’un couple, ce sont les enfants, non ? »
L'entraide, une valeur essentielle
Lorsque la petite dernière est née, les aînés ne vivaient plus dans la maison familiale. Ils n’ont donc jamais été 14 enfants à vivre en même temps sous le même toit, mais 12 au maximum. Aujourd’hui, 9 d’entre eux, âgés de 7 à 22 ans, vivent encore avec leurs parents. Ces écarts d’âge importants favorisent l’entraide dans la famille. "Pour les trajets à l’école, les plus grands accompagnent les plus petits, et à partir du collège ils peuvent y aller seuls." Pendant les repas, ce sont également les grands qui aident leurs petits frères et sœurs.
Mais que pensent les principaux intéressés d’avoir une si grande adelphie ? "Ils l’ont plutôt bien vécu" répond Marielle. "Ce midi par exemple on n’était que quatre, et un enfant a dit "C’est pas drôle d’être une famille normale !". Maintenant, quand on leur demande s’ils veulent beaucoup d’enfants, ils ne diront jamais 10. Ils feront comme ils voudront !"
Et cette nouvelle génération est déjà en marche, puisque Marielle est l’heureuse grand-mère de trois petits-enfants. Un nouveau rôle qui risque de la garder occupée longtemps. "Lorsque ma dernière sera majeure, mon mari prendra sa retraite. On en a encore pour un certain nombre d’années d’ici là, et les jeunes commencent à se marier, à s’installer, on a les petits-enfants à garder.
Préserver du temps pour soi
Au milieu de tant d’enfants, arrive-t-on encore à prendre du temps pour soi ? "Oui" répond Marielle sans détour. "Je n’ai plus de bébé, ça devient plus simple, je fais des activités à l’extérieur. Et même quand c’était plus serré niveau temps, j’avais l’impression que tout mon temps était pour moi, j’étais dans ce que je devais faire. Je n’ai jamais eu l’impression, avec un enfant dans les bras, qu’il était de trop ou que j’étouffais."
Lorsque ses enfants étaient petits, elle s’accordait 30 minutes de lecture après sa sieste, si le bébé ne se réveillait pas. "J’ai toujours continué à lire, et le jardinage et la cuisine sont aussi des temps pour moi, je ne les vois pas comme des corvées."
Désormais, ce sont les mariages de ses enfants qu’elle aide à préparer. "On en a déjà fait quatre, on a eu tous les cas de figure, 100 personnes à la maison, dans une salle, mais aussi deux fois en Vendée." Elle coud les vêtements du cortège d’enfants, mais elle écrit également des livres. Après avoir confié son histoire dans "Et ils eurent beaucoup d’enfants…", et son parcours de foi dans "Itinéraire spirituel d'une mère de famille (très) nombreuse", Marielle Blanchier écrit actuellement un livre sur l’éducation.
Et ce n’est pas son seul projet en vue. "D’ici l’entrée au collège de ma dernière fille, j’aimerais me remettre à travailler à l’extérieur, je ne sais pas encore quoi. Mais je resterai très disponible pour la maison.
Un itinéraire spirituel et une source d'inspiration
Marielle Blanchier dévoile dans ce récit l'itinéraire spirituel qui l'a conduite à devenir mère de 13 enfants. Diplômée de l'ESSEC, issue d'une famille peu pratiquante, elle a vécu à 30 ans une véritable remise en question, une conversion : elle vivra désormais sa foi en donnant la vie.
Catholique pratiquante, diplômée de l'ESSEC, salariée pendant deux ans d'une entreprise pharmaceutique allemande, Marielle vit et voyage à l'étranger, avant de s'installer à Sceaux, entourée d'un mari aimant et de 5 enfants débordant d'énergie. Elle a tout , tout ce que d'autres pourraient lui envier, mais curieusement il semble lui manquer quelque chose, un autre Tout . Commence alors une période de questionnement, de remise en question. Cette recherche spirituelle véritable, menée en donnant la vie, la conduira au don de sa propre vie, à son propre enfantement.
Deux, trois, quatre enfants jusqu'à quatorze, et quatre petits-enfants : pour Marielle et Pierre Blanchier, le compteur s'est déréglé au chiffre 1, à la naissance des jumeaux. Et pourtant, la vie quotidienne de cette famille très nombreuse fonctionne : chaque enfant est unique, chacun a sa place et s'épanouit au rythme de sa personnalité. Marielle et Pierre sont toujours là pour répondre aux besoins d'un enfant qui nécessite plus d'attention, sans pour autant délaisser le reste de la famille. Qu'on en ait un ou quatorze, au fond, tous les soucis grands et petits trouvent une solution dans l'amour qu'on porte à ses enfants et dans la volonté de les voir devenir libres. Marielle Blanchier partage les réflexions que se posent les parents pour éduquer leurs enfants le mieux possible.
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