L'interruption volontaire de grossesse (IVG), qu'elle soit médicamenteuse ou chirurgicale, est une procédure médicale encadrée et généralement sûre. En France, le droit à l’avortement existe depuis 1975, grâce à la loi Veil. Toutefois, comme toute intervention, elle peut entraîner des effets indésirables ou des complications, notamment des saignements. Cet article vise à informer sur les causes possibles d'hémorragies après un avortement, les risques associés et la conduite à tenir.
L'IVG médicamenteuse : une méthode courante
L’IVG médicamenteuse est une méthode d’avortement qui peut se pratiquer jusqu’à la fin de la 7ème semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles. Elle consiste à provoquer une fausse couche en prenant 2 médicaments différents. La méthode de l’IVG médicamenteuse réside dans la prise de deux médicaments :
- La mifépristone (MYFEGINE), plus communément appelé pilule abortive. Son action va bloquer l’activation d’une des hormones de grossesse : la progestérone et interrompt le développement de la grossesse.
- Le misoprostol (GYMISO) qui provoque l’expulsion de la grossesse. Il se prend 36h à 48h après le mifépristone. La prise de misoprostol est déconseillée par voie vaginale par les laboratoires (risque de douleurs abdomino pelviennes plus fréquentes).
L’IVG médicamenteuse est efficace dans 95% des cas. Si le traitement a été correctement effectué il y a donc peu de risque d’échec.
Déroulement et saignements attendus
Les saignements de la patiente lors d’une interruption de grossesse médicamenteuse peuvent survenir entre 30mn et 3 jours après la prise de médicament. Dans la grande majorité des cas, ils surviennent dans les 2 à 4 heures après la prise du 2ème médicament, le misoprostol. Dans 5% des cas, ces saignements surviennent dès la prise de la mifépristone (prévoir des protections menstruelles dès ce moment). La prise de misoprostol est toujours nécessaire car il peut rester des résidus de grossesse qu’il est important d’évacuer. Les saignements qui s’ensuivent, plus ou moins importants peuvent durer de 10 à 20 jours. Ils sont comparables ou plus abondants que les règles, plus épais avec des caillots (qui proviennent de la muqueuse utérine). Leur abondance dépend du stade de la grossesse et sont souvent plus abondants après 7 SA (semaines d’aménorrhées) c’est-à-dire 5 semaines de grossesse. On peut parfois voir une boule blanche gélatineuse qui correspond à l’œuf appelé aussi le sac ovulaire dans les saignements. S’il n’y a pas de saignement à 24h, il faut contacter le ou la médecin ou sage-femme pour avoir une appréciation de la situation. Si aucun saignement ne se déclenche après 24h, il faut reconsulter sans attendre.
Causes d'hémorragie après un avortement
Le risque principal d’une IVG médicamenteuse est le risque d’hémorragie. Plusieurs facteurs peuvent être à l'origine de saignements excessifs après un avortement, qu'il soit médicamenteux ou chirurgical :
Lire aussi: Couches lavables faites maison : le guide
- Rétention de tissus: La cause la plus fréquente est la présence de tissus résiduels de la grossesse dans l'utérus. Si l'expulsion n'est pas complète, l'utérus continue de se contracter pour tenter d'évacuer ces restes, ce qui peut provoquer des saignements prolongés et abondants.
- Infection: Une infection de l'utérus (endométrite) peut également provoquer des saignements anormaux. Les infections sont rares lorsque l’IVG est pratiquée dans des conditions sécurisées (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme c’est le cas en France.
- Lésions utérines: Dans le cas d'un avortement chirurgical, bien que rares, des lésions de la paroi utérine ou du col de l'utérus peuvent survenir et entraîner des saignements importants.
- Troubles de la coagulation: Certaines femmes peuvent avoir des troubles de la coagulation sanguine préexistants qui augmentent le risque de saignements après un avortement.
- Grossesse ectopique non diagnostiquée: Bien que cela soit une contre-indication à l'IVG médicamenteuse, il est possible qu'une grossesse extra-utérine (GEU) n'ait pas été détectée avant la procédure. Dans ce cas, les saignements peuvent être un signe de rupture de la GEU, une urgence médicale. La Grossesse Extra Utérine (GEU) est une contre-indication à l’IVG médicamenteuse. Elle peut être repérée aux signes cliniques ainsi qu’avec la surveillance du dosage des BHCG. Cependant, en l’absence de facteurs de risque et de symptômes, une grossesse de localisation indéterminée ne contre-indique pas la prise des médicaments pour l’IVG. A contrario, les symptômes possibles d’une grossesse intra utérine peuvent être des seins tendus, des douleurs qui ressemblent aux douleurs de règles ou aux syndromes pré-menstruels, des nausées.
- Autres contre-indications: Enfin, il existe d’autres contre-indications à pratiquer une IVG médicamenteuse comme les corticothérapies à long terme, porphyrie, troubles de la coagulation, insuffisance surrénale.
Reconnaître une hémorragie et les signes d'alerte
Il est important de distinguer les saignements normaux après un avortement des saignements excessifs qui nécessitent une attention médicale. Voici quelques signes d'alerte :
- Saignements très abondants : Nécessiter de changer de serviette hygiénique (taille maxi) toutes les 30 minutes pendant plus de deux heures de suite.
- Présence de gros caillots sanguins : Expulsion de caillots de la taille d'un citron ou plus.
- Douleurs abdominales intenses : Douleurs qui ne sont pas soulagées par les analgésiques prescrits.
- Fièvre : Température supérieure à 38°C pendant plus de 24 heures après la prise de misoprostol.
- Malaise, vertiges, faiblesse : Ces symptômes peuvent indiquer une perte de sang importante et une anémie.
- Pertes vaginales malodorantes : Peut être le signe d'une infection.
Que faire en cas d'hémorragie ?
Si vous présentez l'un de ces signes d'alerte après un avortement, il est impératif de consulter un médecin ou de vous rendre aux urgences de l'hôpital le plus proche sans tarder.
Examens et diagnostic
Le médecin procédera à un examen clinique et pourra demander les examens complémentaires suivants :
- Échographie pelvienne : Pour vérifier si des tissus sont restés dans l'utérus.
- Dosage des β-hCG (hormone chorionique gonadotrope) : Pour s'assurer que le taux diminue, ce qui confirme l'interruption de la grossesse. La vérification du fonctionnement de l’IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG (dosage d’hormones de grossesse dans le sang), est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG cela veut dire que l’avortement à fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial : la grossesse est évolutive et l’ivg par médicament n’a pas fonctionné.
- Bilan sanguin : Pour évaluer la perte de sang et rechercher une éventuelle infection.
Traitement
Le traitement dépendra de la cause de l'hémorragie :
- Rétention de tissus :
- Médicaments : Administration de médicaments pour provoquer des contractions utérines et expulser les tissus restants.
- Aspiration : Si les médicaments ne sont pas efficaces, une aspiration chirurgicale peut être nécessaire pour vider l'utérus. Si ces tissus résiduels ne sont pas expulsés spontanément, une nouvelle intervention devra être réalisée afin de les éliminer. Dans ce cas, le médecin peut décider de recourir à un traitement médicamenteux additionnel ou à une (nouvelle) IVG chirurgicale par aspiration.
- Infection : Administration d'antibiotiques.
- Lésions utérines : Intervention chirurgicale pour réparer les lésions.
- Troubles de la coagulation : Traitement spécifique pour corriger les troubles de la coagulation.
Suivi post-IVG : une étape essentielle
Le protocole médical concernant l’IVG médicamenteuse inclut une visite de contrôle à la suite du traitement. Cette consultation permet de s’assurer qu’il n’y a aucune complication et que l’avortement a été correctement réalisé. La visite de contrôle est à réaliser 14 à 21 jours après le traitement. La vérification du taux d’hormone béta HCG à travers un test urinaire ou une prise de sang. Durant cette échange, si vous en ressentez le besoin, vous pouvez confier vos ressentis à votre médecin ou sage-femme. Cette consultation est essentielle pour s'assurer de l'absence de complications et pour discuter de la contraception.
Lire aussi: Causes et symptômes de la fausse couche
Importance de la consultation de contrôle
Le contrôle de l’efficacité de l’IVG médicamenteuse est indispensable car il existe entre 1 à 5% d’échec et ou de complications. Ce contrôle peut se faire par une échographie de contrôle ou par une prise de sang de dosage d’hormones de grossesse (Bêta HCG). Le résultat de cette prise de sang sera encore positif même si l’IVG a fonctionné.
Impact psychologique et soutien
Chaque femme va vivre l’IVG de manière singulière et si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d’en parler, elle pourra demander à être reçue en entretien individuel. Après une IVG, parler, se sentir écoutée et soutenue peut s'avérer essentiel. N’hésitez pas à vous confier à une personne de confiance ou à en parler avec un professionnel de santé ou un psychologue. Vous pouvez aussi contacter l’antenne du la plus proche de chez vous ou le numéro vert national "IVG, , sexualité" (par téléphone ou via le tchat) afin d’être orientée vers des associations légitimes et adéquates, et/ou vers un psychologue. Vous pouvez également vous rendre dans un centre de santé sexuelle ou un Espace vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS).
Fertilité après une IVG
Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n’entraine pas de risque d’infertilité, n’a aucune conséquence sur la fertilité et ne diminue pas la fécondité, contrairement à certaines idées reçues. Le risque d’infertilité est souvent pointé comme une complication à long terme de l’interruption volontaire de grossesse. Ce risque n’est pas lié à la réalisation de l’IVG en tant que telle mais peut être une conséquence des éventuelles complications qui y sont associées (infection, lésions au niveau de l’utérus lors de l’aspiration, etc).
Retour des règles après une IVG
Après une interruption volontaire de grossesse (IVG), il est très fréquent que le cycle menstruel soit perturbé et notamment les règles. Suite à un avortement, on ne sait jamais vraiment quand les règles vont refaire leur apparition. Les règles reviennent généralement 4 à 6 semaines après l’IVG, selon la méthode contraceptive mise en place. Si vous n'avez toujours pas vos règles 5 semaines après l'IVG, il est important de réaliser cette prise de sang pour doser les hormones Bêta Hcg. Il est conseillé de faire cette prise de sang entre 4 semaines et 6 semaines après l'IVG surtout si vous n'avez toujours pas vos règles. L'autre option est que vous ayez commencé une contraception en continu immédiatement à la suite de votre IVG. A ce moment là, il peut être normal que vous n'ayez pas vos règles et ce pendant des mois après l'IVG.
Contraception après une IVG
Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l’IVG, vous recevez une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et pouvez échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui vous convient le mieux. Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier. Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l’intervention, pendant le premier cycle suivant l’IVG. La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG.
Lire aussi: Conseils pour le sport après l'accouchement
tags: #hémorragie #après #avortement #causes