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Faire caca au travail : un tabou persistant ?

L'idée d'aller à la selle au travail suscite souvent un malaise. Est-il acceptable de faire caca au bureau ? À Konbini, les avis sont très tranchés, c’est peut-être le sujet qui fait le moins consensus de tous les sujets non consensuels. Un sondage révèle que « 44% des salariés se retiennent d’aller à la selle sur leur lieu de travail », et surtout que les hommes sont légèrement plus à l’aise avec la question… La preuve d’ailleurs avec ce drama à la rédac. Cet article vise à explorer ce tabou persistant en examinant les arguments pour et contre, les stratégies employées pour le contourner et les solutions possibles pour le surmonter.

Arguments pour : une question de confort et d'économie

Pour certains, faire caca au travail est une question de simple commodité. Pierre, pro (quasi intégriste) du caca au travail : Dans tous les jobs que j’ai eus, des stages aux CDD/CDI en passant par les boulots saisonniers de l’été, j’ai toujours fait caca le premier jour d’embauche. Plus qu’une tradition, c’est une manière de s’approprier son lieu de travail, de savoir qu’on est à l’aise pour assouvir nos besoins les plus essentiels. Il souligne les avantages économiques en termes de facture d'eau et de papier toilette. Il met en avant le confort de pouvoir satisfaire un besoin naturel sans avoir recours à des toilettes publiques souvent peu hygiéniques. À l’heure où les employés des entrepôts d’Amazon n’ont même pas le droit à une pause pipi, remettre en cause la liberté de chier au taf est une dérive ultralibérale et puritaine. Argument « popopuliste », vous direz ? J’assume et mets ce droit sur un pied d’égalité avec les congés payés, les Ticket-Restaurant et le droit de grève.

Si on met de côté le tabou des fonctions corporelles et la propreté discutable de certaines toilettes publiques, franchement, il y a presque uniquement des avantages à couler ses bronzes au travail. Pensez-y, si vous le faisiez tous les jours, vous économiseriez facilement au moins un rouleau de papier toilette par semaine, et presque une heure de temps de loisirs. En pleine crise de l’inflation ? Ce n’est pas négligeable. Encore mieux, passer dix minutes par jour de temps de travail aux toilettes, au bout d’un an, c’est l’équivalent d’une semaine de congés payés supplémentaire. Elon Musk, le temps de faire son numéro 2, aura gagné l’équivalent de 250 000 euros, rien qu’en restant assis sur le trône. Si j’étais lui, je ne m’en priverais pas.

Même au-delà des bienfaits monétaires, faire caca au travail est bien meilleur pour votre santé. Manger après la nuit, marcher pour se rendre à son lieu de travail, boire un (ou trois) cafés, sont autant d’activités qui stimulent le transit intestinal. Si vous gardez le cigare au bord des lèvres toute la journée par gêne d’utiliser les toilettes du bureau, vous vous exposez à des gaz, de la constipation, et même, à la longue, à des fissures anales. Hé oui, votre corps va réabsorber l’eau de tout ce que vous gardez coincé en bas du tuyau, rendant vos selles dures comme de la roche après les heures de bureau. Ça ne vaut pas la peine de se retenir. Si la nature vous appelle au travail, répondez.

Arguments contre : une question de gêne et de respect

Pour d'autres, faire caca au travail est une source de gêne et peut être perçu comme un manque de respect envers les collègues. Coumbis, une journaliste qui ne veut pas sentir votre caca : Je ne comprends même pas pourquoi ceci est un débat ou même une discussion. Il y a certaines choses dans la vie qu’on ne fait pas chez les autres, comme critiquer l’éducation des gosses et faire caca. Pourquoi vous auriez envie de le faire, sincèrement ? Faire caca dans une maison où personne n’a de lien de parenté est déjà très déplacé (sauf si on est en vacances et qu’on a tous mis de l’argent dans l’Airbnb). Alors imaginez faire la chose dont on ne doit pas prononcer le nom au bureau ? Dans un open space qui, comme son nom l’indique, est largement ouvert ? Je n’ai pas à connaître l’odeur du caca de mon collègue. Ni sa texture. Parce que c’est bien ça le problème, le bruit et l’odeur, comme dirait l’autre. Si tout le monde laissait les toilettes propres et fraîches, on n’aurait pas cette discussion. Mais ce n’est pas le cas. Tu vas filmer ta tenue du jour pour tes abonnés et tu tombes nez à nez avec l’odeur des restes de nourriture de Pierre ou un petit bout de l’abdomen d’Arthur. Au nom de quoi ? Quel manque de décence et de civisme. On regarde tous au fond de la cuvette avant de sortir des toilettes, mais celles-ci sont rarement propres. Pourquoi ? Parce que les gens s’en fichent et sont indisciplinés. C’est pour ça qu’il y a des lois et des couvre-feux pendant le Covid. Les gens n’ont aucune limite. Et surtout pas aux toilettes. Quand tous mes collègues sauront tirer la chasse et mettre du sent-bon, il n’y aura plus de débat. Mais d’ici là, faites caca chez vous. Les toilettes de Konbini, c’est comme la France de Sarkozy.

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La gêne peut être exacerbée par la proximité des collègues, le manque d'intimité des toilettes et les odeurs potentiellement désagréables. Certaines personnes souffrent même de parcoprésie, l'angoisse de faire caca dans les lieux publics.

Stratégies de dissimulation et "poop-shaming"

Cette gêne conduit de nombreux salariés à adopter des stratégies de dissimulation pour éviter d'être pris en flagrant délit. Selon une étude de l'Ifop, « 44% des salariés se retiennent d’aller à la selle sur leur lieu de travail ». D'autres vont jusqu'à changer d'étage ou utiliser les toilettes d'un café voisin.

L'étude de l'Ifop révèle également que 53% des salariés ont déjà ressenti de la gêne en déféquant sur leur lieu de travail. Ce phénomène, appelé "poop-shaming", touche particulièrement les femmes. L’étude montre en effet que 60% des femmes sont gênées d’aller à la selle au bureau contre 44% des hommes. C’est notamment chez les femmes de moins de 40 ans que cette incommodité est la plus partagée. De la même façon, “une salariée sur deux [est] incapable de déféquer au travail” quand c’est le cas pour seulement 30% des hommes interrogés.

Pour contrer cet embarras, les salariés mettent en place diverses techniques de dissimulation comme l’usage d’un spray désodorisant pour 16% d’entre eux ou le fait de craquer une allumette (9%) pour camoufler l’odeur. Un peu moins de 10% des collègues qui vous entourent transportent d’ailleurs actuellement un spray désodorisant avec eux. La plupart des techniques développées restent néanmoins genrées. En effet, lorsque 44% des femmes “font vite” leurs besoins pour que leur passage aux toilettes apparaisse comme une “pause pipi”, seuls 33% des hommes prennent cette précaution. Autre chiffre éloquent: 46% des femmes ont déjà renoncé à déféquer en voyant un collègue entrer aux toilettes au même moment, contre 35% des hommes. Enfin, 48% des femmes et 40% des hommes se sont retenus de faire leurs besoins car un collègue était présent au même moment aux toilettes.

En plus de ces techniques, les salariés utilisent des alternatives à l’usage des toilettes au bureau: 53% ont déjà été aux toilettes à domicile à la dernière minute, 36% ont utilisé d’autres toilettes de leur entreprise, à un autre étage par exemple, et 21% des toilettes en dehors de leur lieu de travail. Ici, ce sont les hommes qui ont majoritairement recours à ces alternatives. À noter que 21% des salariés interrogés sont déjà rentrés à la pause déjeuner ou ont terminé plus tôt leur journée afin d’éviter de faire leurs besoins au bureau.

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Impact sur la santé et la productivité

Se retenir d'aller aux toilettes peut avoir des conséquences néfastes sur la santé, comme la constipation, les hémorroïdes et les problèmes d'irritation du colon. De plus, la gêne et l'anxiété liées au "poop-shaming" peuvent affecter la concentration et la productivité au travail.

La rétention des selles va aussi de pair avec des processus de défécation douloureux et des problèmes parfois plus lourds comme les problèmes d'irritation du colon ou les maladies inflammatoires de l'intestin.

Améliorer les conditions et déconstruire les tabous

Pour lutter contre le "poop-shaming" et améliorer le bien-être des salariés, il est essentiel d'agir à plusieurs niveaux.

Améliorer les installations sanitaires

L'étude de l'Ifop souligne que les toilettes en entreprises apparaissent comme “largement rebutantes”. 55% des salariés interrogés trouvent en effet que les toilettes sur leur lieu de travail sont sales, 45% les jugent insuffisamment isolées du reste des locaux, 42% nauséabondes, 36% insuffisamment équipées en papier toilette et 17% pas assez sûres. Les plus nombreux à se plaindre étant les dirigeants d’entreprise: 85% d’entre eux estiment que les toilettes de leur entreprise sont “sales”.

Il est donc primordial d'investir dans des toilettes propres, bien équipées et offrant une intimité suffisante. Jean-Christophe Villette propose des pistes pour changer la donne : « Il est possible d’installer des toilettes où l’insonorisation est garantie. Je pense aussi à un bouton d’évaluation anonyme, tel qu’on voit dans les gares ou centre commerciaux. Ça garantit l’anonymat et décomplexe les salariés qui seraient gênés d’aborder le sujet avec leur employeur. »

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Déconstruire les tabous

Il est important de sensibiliser les salariés à la normalité des fonctions corporelles et de créer un environnement de travail où il est possible d'en parler ouvertement sans jugement. Pour Henry Cléty, responsable du D.U. Santé psychologique au travail à l'Université catholique de Lille, le sujet du « poop shaming » pourrait être appréhendé au-delà du périmètre professionnel. « Est-ce que l'environnement de travail est si différent de tous les lieux qui ne sont pas propices à un comportement privé ? Je m'interroge. En tout cas, si cela amène un individu à en souffrir, il faut traiter le problème. » Pour ce psychologue, si le problème est culturel, il faudrait par exemple envisager une campagne de communication nationale pour déconstruire les stéréotypes, au même titre que les affiches contre les discriminations LGBT actuellement placardées dans les rues du pays.

Adopter des stratégies personnelles

Si la gêne persiste, il est possible d'adopter des stratégies personnelles pour se sentir plus à l'aise, comme utiliser un spray désodorisant, choisir les toilettes les plus isolées ou pratiquer la relaxation. Trisha Pasricha recommande de faire de la relaxation, en pratiquant par exemple la "respiration en boîte". Elle conseille aussi de trouver les toilettes qui offrent le plus d’intimité. “Il peut s'agir des toilettes sombres et bizarres du sous-sol ou des toilettes à une seule cabine du hall d'entrée. Une fois que vous aurez trouvé celle qui offre le plus d'intimité, ne révélez votre secret à personne”, ajoute l’experte. Pour finir, la gastro-entérologue recommande de créer un bruit blanc en toussant, en sortant le papier WC de son support, ou encore en augmentant le son d’une vidéo sur son téléphone.

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