Chaque année, des millions de femmes et de jeunes filles à travers le monde sont victimes de mutilations sexuelles. Ces pratiques ancestrales, profondément ancrées dans certaines cultures, constituent une violation flagrante des droits fondamentaux et ont des répercussions désastreuses sur la santé physique et mentale des victimes. Cet article vise à explorer en profondeur les conséquences de ces mutilations sur la santé publique, en mettant en lumière les aspects médicaux, psychologiques, sociaux et juridiques.
Définition et Typologie des Mutilations Sexuelles Féminines
Les mutilations sexuelles féminines (MSF), également connues sous le nom d'excision, désignent toutes les interventions aboutissant à une ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre mutilation de ces organes pratiquée pour des raisons culturelles ou autres, et non à des fins thérapeutiques. Elles sont pratiquées par coutume ou pour des raisons religieuses.
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a établi une classification plus détaillée des différents types de mutilations :
- Type I : Ablation partielle ou totale du clitoris (clitoridectomie).
- Type II : Ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres (excision). En France, la majorité des femmes victimes de MSF (80 %) ont subi une excision de type II.
- Type III : Rétrécissement de l'orifice vaginal avec recouvrement par l'ablation et l'accolement des petites lèvres et/ou des grandes lèvres, avec ou sans excision du clitoris (infibulation). En France, environ 15 % des femmes victimes de MSF ont subi une infibulation.
- Type IV : Autres procédés de mutilation : scarification, étirement…
Prévalence et Répartition Géographique
Dans le monde, plus de 230 millions de femmes et de filles sont concernées par ces violences. Chaque année, trois millions de fillettes et de jeunes femmes subissent une mutilation sexuelle, soit une fillette ou une femme excisée dans le monde toutes les 15 secondes.
Les mutilations sexuelles féminines sont principalement pratiquées dans une trentaine de pays d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Asie. Cependant, avec les migrations, elles sont également présentes dans les pays européens d'immigration. En France, on estimait en 2007 que le nombre de femmes et de fillettes mutilées ou menacées de l'être était entre 42 000 et 61 000, soit une hypothèse moyenne de 53 000 femmes. Selon une estimation de 2010, 125 000 femmes adultes mutilées vivraient en France.
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Contexte des Pratiques et Justifications Culturelles
La pratique des mutilations sexuelles féminines est l'expression de stéréotypes liés au sexe profondément enracinés et inhérents aux communautés patriarcales. Cette pratique fait partie des moyens par lesquels le pouvoir patriarcal s'impose aux femmes. Dans la plupart des sociétés, les mutilations sexuelles féminines sont considérées comme une tradition culturelle, elles sont un marquage corporel de l'appartenance à la communauté :
- Elles sont souvent considérées comme faisant partie de la nécessaire éducation d'une jeune fille et de sa préparation à l'âge adulte et au mariage.
- Elles sont souvent motivées par des traditions relatives à ce qui est considéré comme un comportement sexuel approprié. Les mutilations sexuelles féminines réduiraient la libido féminine, préserveraient virginité prénuptiale et fidélité conjugale. Elles sont associées à des idéaux culturels de féminité et de modestie, selon lesquels les jeunes filles sont « propres » et « belles » après l'ablation de parties de leur anatomie considérées comme « masculines » ou « malpropres ».
- Bien qu'aucun texte religieux ne prescrive cette intervention, les populations pensent souvent qu'elle a un fondement religieux.
Dans la réalité, aucune tradition ni religion ne peut justifier de tels actes.
Conséquences sur la Santé
Les mutilations sexuelles féminines ont des conséquences désastreuses sur la santé des femmes et des filles, tant sur le court terme que sur le long terme.
Conséquences immédiates
Sur le court terme, ces mutilations peuvent :
- Créer des saignements hémorragiques et entraîner la mort.
- Générer des douleurs intenses, insupportables.
- Être à l’origine d’un psychotraumatisme (peur et angoisse profonde).
- Des brûlures au moment d’uriner.
- Risques de décès par hémorragie, d'infections locales, avec parfois un risque accru de contamination par des virus (notamment le VIH), de lésion traumatique des organes de voisinage (vessie, anus), le risque de rétention urinaire.
Dans la majeure partie des cas, l’acte est réalisé sans anesthésie avec des instruments non stérilisés. Les victimes subissent une douleur indescriptible et perdent beaucoup de sang.
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Conséquences à long terme
Sur le moyen et long terme, elles peuvent être à l’origine :
- D’infections vulvaires, urinaires, gynécologiques, pouvant engendrer une septicémie et provoquer la mort ou entraîner une stérilité.
- D’accouchements difficiles : le risque de déchirure du périnée étant très important après une mutilation sexuelle.
- De rapports sexuels très douloureux et/ou une absence de plaisir.
- De graves problèmes psychologiques : angoisse, anxiété, dépression pouvant conduire au suicide.
- Des complications sur la sexualité surviennent très fréquemment : angoisse au moment du démarrage de l'activité sexuelle, altération de la sensibilité sexuelle, syndrome douloureux, frigidité.
- Les infections pelviennes, la stérilité, les difficultés menstruelles et les problèmes pendant la grossesse et l'accouchement (déchirures périnéales plus fréquentes et souffrances fœtales), les fistules vésico-vaginales ou recto-vaginales entraînant des problèmes d'incontinence ou une gêne pour uriner (dans les cas d'infibulation).
Les mutilations sexuelles féminines constituent donc une atteinte grave aux droits sexuels et reproductifs des femmes, droits qui constituent un élément central de leurs libertés.
Conséquences Psychologiques et Sociales
La mutilation sexuelle est un traumatisme psychologique dont les victimes ne guérissent jamais totalement.
- Troubles du comportement, anxiété, dépression, irritabilité chronique.
- L'accouchement peut être un moment très douloureux, au cours duquel le traumatisme de la mutilation est revécu, conduisant parfois à un rejet du nouveau-né.
Les mutilations sexuelles féminines constituent une atteinte grave aux droits sexuels et reproductifs des femmes, droits qui constituent un élément central de leurs libertés.
Cadre Juridique et Législation
Extrêmement violentes, les mutilations sexuelles vont à l’encontre des droits fondamentaux des filles et des femmes. Elles sont donc strictement interdites par la loi et punies d’une peine de prison, qu’elles soient commises en France ou à l’étranger, même si la personne qui la pratique est un médecin ou un professionnel de santé. Ainsi, l’auteur d’une mutilation commise à l’étranger, qu’il soit français ou étranger, peut être poursuivi en France, si vous êtes de nationalité française ou bien si vous résidez habituellement en France.
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Les peines encourues peuvent aller de dix ans de prison et 150 000 euros d’amende à vingt ans de prison si vous aviez moins de 15 ans au moment des faits et que la mutilation a été réalisée par un ascendant légitime, naturel, adoptif ou par toute autre personne ayant de l’autorité sur vous. Il est également interdit d'inciter une personne mineure à subir une mutilation sexuelle ou d’inciter autrui à commettre une mutilation sur une personne mineure. Ces infractions sont passibles de cinq ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende.
Vous avez vingt ans après votre majorité pour engager une action en justice.
Prévention et Protection
Que faire en cas de menace de mutilation ?
Vous vous sentez menacée de mutilation ? Parlez-en à une personne de confiance, à votre médecin, au centre de Protection maternelle infantile (PMI), à un établissement scolaire, à un travailleur social ou encore au service départemental de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) si vous êtes mineure.
- Alertez les autorités : en vous rendant directement dans un commissariat ou en appelant le 17.
- Adressez-vous aux associations qui luttent activement contre ces pratiques, comme le Gams et la Cams.
- Signalez la situation sur le portail de signalement dédié aux victimes et témoins de violences sexuelles ou sexistes.
Vous avez des craintes pour un proche ?
Agissez en signalant le danger aux services sociaux et médicosociaux, en appelant le 3919 (appel anonyme et gratuit) ou en signalant la situation sur le portail de signalement dédié aux victimes et témoins de violences sexuelles ou sexistes. En cas d’urgence, n’hésitez pas à appeler le 17 ou 112.
Si vos craintes concernent une mineure, appelez le 119 Allô enfance en danger, numéro gratuit disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Que faire si vous avez été mutilée ?
Une prise en charge chirurgicale des mutilations sexuelles féminines est possible pour les personnes majeures. Ces interventions sont remboursées par la Sécurité sociale. Adressez-vous à une association spécialisée qui vous accompagnera dans vos démarches, vous soutiendra psychologiquement et pourra vous aider à engager une action en justice si vous le souhaitez.
Les interventions chirurgicales de restauration du clitoris sont désormais possibles en France pour les personnes majeures. Elles sont remboursées par la Sécurité sociale.
Actions et stratégies de prévention
Les actions menées pour promouvoir l’abandon des mutilations sexuelles féminines doivent être adaptées aux contextes locaux et aux sensibilités culturelles.
- Dirigés par la communauté : les communautés qui pratiquent l’excision doivent être actrices de son abandon. Les programmes doivent donc les aider à identifier, par elles-mêmes, les problèmes et les solutions. Puisque l’excision est une norme sociale, son abandon dépend aussi des attentes au sein d’une communauté donnée.
- Pour accompagner les communautés vers l’abandon de l’excision, les programmes qui incluent des activités d’éducation et favorisent l’autonomisation, en particulier des femmes, ont montré leur efficacité. C’est grâce à la discussion autour de la santé, des droits humains et de la religion que les communautés identifient, par elles-mêmes, les solutions pour mettre fin à l’excision. Il est important que la démarche soit inclusive et associe femmes et hommes, filles et garçons. Les jeunes peuvent, par exemple, être sensibilisé⋅e⋅s dans le cadre d’activités menées en partenariat avec les établissements scolaires.
- L’abandon des mutilations sexuelles féminines commence généralement par un premier groupe d’individus qui initie une dynamique de changement, produisant un effet multiplicateur. Les mariages ne sont plus alors plus conditionnés à l’excision des filles et femmes.
- La réprobation du gouvernement vis-à-vis des mutilations sexuelles féminines doit être explicite. Des mesures juridiques doivent être en vigueur, ou mises en place, pour soutenir celles et ceux qui ont abandonné la pratique (ou qui souhaitent le faire). Malheureusement, la seule application de sanctions fait courir le risque de voir l’excision devenir clandestine.
- Afin d’éviter la médicalisation de l’excision, les normes en matière d’éthique médicale doivent énoncer clairement que la pratique des MSF constitue une violation de l’éthique professionnelle et des droits humains.
- Les médias ont un rôle déterminant à jouer comme vecteurs d’informations concernant les mutilations sexuelles féminines et les évolutions sociales relatives à leur abandon au sein des communautés.
- La pratique de l’excision est susceptible de concerner l’ensemble des membres d’une communauté, y compris celles et ceux de la diaspora. La coordination entre les pays d’origine et les pays de migration doit pouvoir permettre de faire connaître aux communautés de diaspora les progrès réalisés dans l’abandon de l’excision au sein de leur communauté d’origine.
Défis et Perspectives d'Avenir
Malgré les efforts déployés, les mutilations sexuelles féminines restent une réalité préoccupante. Plusieurs défis persistent, notamment :
- La difficulté d'estimer précisément le nombre de femmes et de fillettes mutilées ou menacées de l'être.
- Les variations dans les flux migratoires, qui amènent de nouvelles populations sur le territoire français, dont certaines sont issues de pays ou de régions dans lesquelles les mutilations sexuelles sont pratiquées.
- L'évolution de la cible : les adolescentes deviennent une population à risque, avec des jeunes filles françaises, nées en France, qui sont déscolarisées au moment de l'entrée au collège et subissent un retour forcé dans le pays d'origine de leurs parents, où elles sont excisées, mariées de force, et après plusieurs années reviennent en France, souvent enceintes.
Pour relever ces défis, il est essentiel de :
- Améliorer la collecte de données primaires sur les mutilations sexuelles féminines, mais aussi de conduire des études quantitatives et qualitatives pour mieux estimer les risques de mutilations sexuelles féminines au sein des deuxième et troisième générations de femmes issues de l'immigration.
- Revenir sur les idées reçues en termes de géographie des mutilations sexuelles féminines : elles ne concernent pas uniquement les populations d'Afrique sub-saharienne, mais sont plus largement répandues et touchent des populations très variées.
- Mener un travail de sensibilisation et de formation sur la prévalence des mutilations sexuelles féminines dans le monde auprès des professionnels : médecins, sages-femmes, infirmiers, travailleurs sociaux, enseignants, magistrats…, afin que chacun puisse avoir une connaissance large du sujet et puisse mieux en prévenir les risques.
- Renforcer la vigilance à l'égard des adolescentes, en particulier celles qui sont déscolarisées ou qui effectuent des séjours prolongés dans leur pays d'origine.
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