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Espagne : Manifestations et Enjeux Autour du Droit à l'Avortement

La question de l'avortement en Espagne est un sujet de société qui suscite de vives tensions et des mobilisations importantes. Des projets de loi restrictifs ont provoqué des manifestations massives, tant en Espagne qu'à l'étranger, et ont mis en lumière les enjeux complexes liés aux droits des femmes, à la politique et à l'influence de l'extrême droite. Cet article explore les manifestations contre les restrictions sur l'IVG (Interruption Volontaire de Grossesse) en Espagne, en analysant le contexte politique, les acteurs impliqués et les arguments des différents camps.

Un Contexte Politique Tendu

En Espagne, l'avortement a été dépénalisé en 1985 puis légalisé en 2010. La loi actuelle autorise l'avortement jusqu'à 14 semaines de grossesse pour toutes les femmes sans justification, et jusqu'à 22 semaines en cas de malformation du fœtus ou de grave danger physique ou psychique pour la mère. Cependant, ce droit reste fragile et sujet à des remises en question, notamment de la part des forces conservatrices et d'extrême droite.

L'offensive du parti d'extrême droite Vox sur l'avortement a mis la droite espagnole dans l'embarras et donne des arguments au gouvernement de gauche pour mobiliser en cette année électorale. Une mesure destinée à "favoriser la natalité et soutenir les familles", a affirmé ce membre de Vox, troisième force politique du pays ouvertement opposée à l'avortement. Cette proposition est calquée sur une pratique dans la Hongrie de Viktor Orban - grand allié du parti espagnol d'extrême droite - où depuis septembre les femmes enceintes souhaitant avorter doivent au préalable être confrontées aux "fonctions vitales" du foetus.

Dirigée par les conservateurs du Parti Populaire (PP), avec Vox comme allié minoritaire, la Castille-et-León est suivie de près par les observateurs alors que les sondages donnent en effet le PP vainqueur des élections nationales prévues fin 2023 mais dépendant du parti d'extrême droite pour obtenir une majorité et gouverner.

A gauche, le socialiste Pedro Sanchez s'est emparé du sujet pour tenter de mobiliser un électorat modéré potentiellement effrayé par l'offensive idéologique de Vox. Dans une allusion à peine voilée à la Castille-et-León, première région espagnole à compter l'extrême droite dans son exécutif depuis la fin de la dictature franquiste, il a mis en garde mardi à Davos sur le danger que l’extrême droite arrive au pouvoir en Europe dans le cadre d'alliances avec la droite conservatrice. "Nous devons éviter que ces forces politiques ne rentrent dans les institutions (…) car la menace est réelle, tout particulièrement dans les pays où les forces d'extrême droite ont le soutien de partis conservateurs traditionnels qui leur ouvrent les portes" du pouvoir, a-t-il affirmé.

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Dans l'embarras, le PP a tenté de se démarquer de Vox en assurant que la proposition de son allié ne s'appliquerait pas et qu'elle n'avait pas été transmise aux médecins de la région. Par la voix du porte-parole du gouvernement régional de Castille-et-León, Carlos Fernández Carriedo, il a accusé Pedro Sanchez de "surjouer et de faire de la propagande". "Aucune pression ne sera mise sur une femme souhaitant interrompre volontairement sa grossesse, comme le prévoit la loi. Que cela soit en Castille-et-León ou dans tout autre endroit où le PP gouverne", a assuré mardi le dirigeant du parti, Alberto Núñez Feijóo, sur la chaîne Telemadrid.

Mobilisations et Manifestations

Face à ces menaces, des mouvements de défense du droit à l'avortement se sont organisés et ont appelé à des manifestations massives. Le 1er février 2014, une Journée Européenne de mobilisation contre la loi espagnole sur l'IVG a été organisée, avec des rassemblements dans plusieurs villes, dont Madrid, Paris et Londres.

A Madrid, les défenseurs de l'avortement, rejoints par un groupe de femmes arrivées à bord d'un « train de la liberté », ont manifesté contre le projet de loi supprimant quasiment le droit à avorter. « Ce train de la liberté [qui a quitté vendredi Gijon, dans le nord du pays] va à Madrid en passant par Valladolid », où s'est ouverte vendredi la Convention du Parti populaire, « pour dire au ministre conservateur Alberto Ruiz Gallardon que nous ne voulons pas qu'il touche à la loi » de 2010, a expliqué Begoña Pinero, porte-parole de l'association féministe des Asturies Las Comadres, qui a lancé l'idée de ce voyage. Le groupe rejoindra des milliers d'autres personnes, venues d'Espagne et d'autres pays comme la France, qui ont prévu de manifester jusqu'aux abords du Parlement pour dénoncer le projet de loi du gouvernement conservateur. Une délégation ira jusqu'au Congrès des députés pour remettre un manifeste intitulé Droit à décider : je décide, a expliqué Puy Zaton, du collectif « Décider nous rend libres », qui regroupe plus de 300 associations.

Ailleurs en Europe, des manifestations sont également prévues, notamment à Paris et Londres. A Paris, les participants doivent se retrouver à partir de 14 heures, place Joffre dans le 7e arrondissement, pour se rendre jusqu'à l'ambassade d'Espagne. Des manifestations sont également organisées à Bordeaux, Marseille, Nantes, Strasbourg et Toulouse, ainsi que des rassemblements dans une trentaine de villes, selon l'association Osez le féminisme. Les manifestants se retrouveront à l'appel notamment du planning familial, de l'association nationale des centres d'interruption de grossesse et de contraception (ANCIC) et de la coordination des associations pour le droit à l'avortement et la contraception (Cadac), pour « soutenir le combat des femmes espagnoles ». De nombreuses associations, syndicats ou partis politiques soutiennent le mouvement : la Marche mondiale des femmes, Médecins du monde, la CGT, le syndicat Solidaires, EELV, Lutte Ouvrière, le NPA, le PCF, le Parti de Gauche, la Ligue des droits de l'Homme, etc.

Ces manifestations témoignent d'une forte mobilisation de la société civile en faveur du droit à l'avortement et d'une solidarité internationale avec les femmes espagnoles. Elles mettent en évidence l'importance de ce droit fondamental et la nécessité de le défendre face aux attaques des forces conservatrices.

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Arguments et Positions

Les débats autour de l'avortement en Espagne mettent en jeu des arguments et des positions très différents.

  • Les défenseurs du droit à l'avortement mettent en avant l'autonomie des femmes et leur droit de disposer de leur corps. Ils considèrent que l'avortement est un droit fondamental qui doit être garanti à toutes les femmes, sans restriction. Ils soulignent également les risques liés aux avortements clandestins et la nécessité d'un accès à des services de santé sûrs et légaux. « Nous, les femmes, sommes libres et nous sommes capables de décider quand nous voulons être mère », a estimé Begoña Pinero. « La maternité se protège par l'information, l'éducation, la santé pour tous, l'accès à des salaires justes et des emplois dignes et à des postes de responsabilité », écrit le collectif « Décider nous rend libres » dans son manifeste.

  • Les opposants à l'avortement, souvent liés à des organisations religieuses ou conservatrices, défendent le droit à la vie dès la conception. Ils considèrent que l'avortement est un acte immoral qui doit être interdit ou strictement encadré. Ils mettent en avant la protection du fœtus et le rôle de la famille dans la société. Un projet de loi salué jeudi comme une « avancée positive » par les évêques espagnols. « Les évêques saluent toujours les initiatives en faveur de la vie humaine, d'où qu'elles viennent », a affirmé la commission permanente de la Conférence épiscopale.

  • Les partis politiques sont également divisés sur la question de l'avortement. Le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) et les partis de gauche défendent le droit à l'avortement et ont pris des mesures pour le renforcer. Le Parti Populaire (PP) et les partis de droite ont une position plus ambivalente, oscillant entre un discours conservateur et une volonté de ne pas trop s'aliéner l'électorat progressiste. Le parti d'extrême droite Vox est le plus virulent dans son opposition à l'avortement et propose des mesures très restrictives.

L'Impact des Restrictions Budgétaires

Outre les menaces législatives, les restrictions budgétaires peuvent également avoir un impact négatif sur l'accès à l'avortement. En France, par exemple, la subvention globale de la Planification familiale en Isère a diminué dans le budget voté par le Conseil Général pour 2014. Ces baisses de subventions qui touchent un nombre important de centres de Planification familiale, dont 4 centres gérés par notre association, vont entraîner des restrictions pour l’accueil des jeunes, des femmes, des couples venus pour des informations, des entretiens sur les questions de vie affective et sexuelle, pour des demandes de contraception et d’IVG. Le nombre des animations scolaires où l’on aborde des questions fondamentales comme le respect entre filles et garçons risque de diminuer.

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Ces exemples montrent que l'accès à l'avortement est un droit fragile qui peut être remis en cause par des décisions politiques et économiques. Il est donc essentiel de rester vigilant et de se mobiliser pour défendre ce droit fondamental.

Le retrait du projet de loi de 2014 et les perspectives actuelles

Mardi 23 septembre, le gouvernement espagnol a annoncé le retrait de son projet très controversé de restreindre le droit à l’avortement en Espagne. Le projet de loi aurait permis de restreindre les possibilités d’avortement aux cas de viols ou de risques importants pour la santé de la mère. Le retrait du projet de loi est une victoire pour le droit des femmes de choisir. Il constitue un signal important pour les droits des femmes non seulement en Espagne, mais aussi dans toute l’Europe. AEDH défend la maternité libre, responsable et désirée. Pour cela, il est essentiel d’assurer les services et le soutien appropriés et de permettre l’accès à l’avortement sûr pour les femmes le souhaitant.

Le gouvernement de gauche espagnol planche sur une réforme de la Constitution pour y inscrire le droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), déjà protégé par une loi de 2010. La droite s’y oppose et le projet n’a que peu de chances d’aboutir, explique la presse.

D’après le journal de centre gauche, le gouvernement craint que le droit à l’IVG (interruption volontaire de grossesse) soit à terme “remis en cause” par l’union des droites espagnoles − le Parti populaire (PP, droite traditionnelle) et Vox (extrême droite). L’idée de figer le droit à l’IVG dans la Constitution avait été évoquée dès mars 2024, à l’initiative de la formation Sumar (gauche radicale), partenaire de gouvernement du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), se souvient El País. Le PSOE n’y avait pas donné suite, prétextant un manque de “consensus” sur la question. “Mais les socialistes ont changé d’avis”, note le quotidien. Car fin septembre, la municipalité de Madrid, aux mains du PP, a donné son feu vert à une initiative portée par Vox, qui impose aux femmes souhaitant avorter dans la ville d’être informées à propos d’un prétendu “syndrome postavortement”. Théorie fumeuse Ce “faux traumatisme” − dont l

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