Introduction
Erri De Luca, né Enrico De Luca le 20 mai 1950 à Naples, est un écrivain, journaliste, homme de gauche, poète et traducteur italien contemporain. Son œuvre est marquée par un engagement social fort, une exploration des thèmes de l'enfance, de la filiation, et une profonde méditation sur les textes bibliques.
Une Enfance Napolitaine Marquée par la Guerre et l'Engagement Politique
Enrico « Henry » De Luca naît dans une famille bourgeoise napolitaine ruinée par la guerre qui a détruit tous ses biens. Ses parents trouvent un logement de fortune dans le quartier populaire et surpeuplé de Montedidio. La famille De Luca vit isolée et ne se mêle pas à la population de son quartier. Cette nouvelle position sociale ressentie comme une déchéance et l'éducation rigide des parents rendent l'atmosphère familiale oppressante.
« Dans la maison de la ruelle nous mangions sur le marbre de la table de cuisine, assis sur des chaises paillées comme des chaises d'église. Il fallait saisir les choses doucement, les accompagner pour éviter les chocs. L'espace était réduit, le moindre geste faisait du bruit. Dans la maison suivante, à table, il y avait des nappes, des chaises rembourrées et on parlait, on se taisait aussi, d'une autre façon : on racontait les choses de l'école et l'air s'assombrissait car, bien que travaillant, nous rapportions des notes insuffisantes. Les reproches s'étendaient à tout le reste, coupaient l'appétit.
La jeunesse de De Luca n'est pas une époque heureuse à l'exception des quelques jours de vacances passés sur l'île d'Ischia : « Je ne peux pas dire que j'ai été heureux, enfant. Sauf durant les étés sur l'île d'Ischia, en face de Naples. Nous y possédions un cabanon sans eau courante et ma mère nous laissait en totale liberté. Pieds nus, comme des sauvageons, en intimité avec la nature, qui elle-même n'était pas tendre : elle brûlait, piquait. Il fallait s'en défendre. J'ai donc su tout de suite que la beauté avait un prix. Elle n'était ni gratuite, ni donnée.
À à peine seize ans, il se déclare communiste. Il s'indigne de la mainmise de la marine américaine sur la ville et des injustices sociales à Naples et dans le monde, il s'indigne contre la politique du maire Achille Lauro. « Je vois notre ville tenue en main par des gens qui l'ont vendue à l'armée américaine… Je vois que personne ne s'en soucie, personne ne s'en indigne, n'en a honte. Je vois que la guerre nous a humiliés.
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En 1968, dès ses études secondaires terminées, le jeune De Luca quitte la maison familiale pour Rome et s'engage dans l'action politique révolutionnaire. Il devient anarchiste en lisant Hommage à la Catalogne de George Orwell. Il participe en 1969 au mouvement d'extrême gauche Lotta Continua et en devient l'un des dirigeants, responsable de son service d'ordre, jusqu'à sa dissolution à l'été 1977.
Du Militantisme Ouvrier à la Découverte de la Bible
N'imaginant pas d'entrer dans la clandestinité et dans la lutte armée comme certains de ses camarades, le jeune homme entre en 1978 chez Fiat où il participe à toutes les luttes ouvrières, même violentes. Il y reste deux ans jusqu'à l'échec des mouvements sociaux à l'automne 1980 au moment des licenciements massifs auxquels procède le siège de Turin. Il poursuit alors jusqu'en 1995 une vie d'ouvrier solitaire et itinérant.
Cette vie d'ouvrier sans qualification est rude : il passe un mois à Milan dans le bruit infernal d'un marteau piqueur à casser une dalle blindée dans un souterrain dont il ressort chaque soir entièrement sourd avec les paupières qui tremblent, rapporte Caterina Cotroneo dans sa thèse de doctorat consacrée à Erri De Luca et Naples. Il sera manœuvre dans sa ville natale après le tremblement de terre de novembre 1980, puis fuyant les lois spéciales de son pays, il trouvera refuge en France en 1982 où il travaillera sur des chantiers dans la banlieue parisienne.
En 1983, il se prépare à s'engager comme bénévole dans une action humanitaire en Tanzanie pour y installer des éoliennes et améliorer l'approvisionnement en eau des villages dans la brousse. C'est dans un centre de formation en Italie avant son départ pour l'Afrique orientale qu'il découvre une Bible par hasard et que naîtra sa passion pour l'Ancien Testament et l'hébreu. Souffrant de malaria et de dysenterie, il doit la vie sauve à une sœur du centre qui le réhydrate avec du bouillon de poule, cuillère après cuillère. Il ne pourra rester qu'un mois en Afrique d'où il est rapatrié sur un lit d'hôpital. Il se sent proche aujourd'hui du mouvement altermondialiste. Solidaire du mouvement NO TAV opposé à la construction de la ligne grande vitesse Lyon-Turin, il est accusé d'incitation au sabotage par la société Lyon Turin Ferroviaire L.T.F. S.A.S.. Le procès s'est ouvert à Turin le 28 janvier 2015 et reporté au 16 mars.
L'Écriture comme Récréation et Hommage au Père
Pendant toute sa vie d'ouvrier qui durera dix-huit ans, Erri De Luca se lève très tôt, à cinq heures chaque matin, et se plonge dans son dictionnaire et sa grammaire d'hébreu pour traduire un morceau des Écritures et se l'approprier. Cette lecture matinale lui donne l'énergie nécessaire pour affronter une journée de travail qui le vide de ses forces. Les heures libres du soir peuvent dès lors être consacrées à l'écriture personnelle qu'il considère comme une récréation.
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Il écrit ses premiers textes sans l'intention de les publier, mais la maladie de son père le décide à envoyer son manuscrit à un éditeur. Il souhaite que son père pour lequel il était, à près de quarante ans, un fils égaré soit fier de lui. À ce père mourant, à ce lecteur passionné qui ne peut plus lire, il a le temps de mettre entre les mains son premier livre comme une manifestation concrète de cette voie nouvelle d'écrivain qu'il a choisie. « Quand j'écris, je chuchote parce que je pense qu'il est resté aveugle même là où il est, et qu'il n'arrive pas à lire la page derrière mon épaule.
Non ora, non qui paraît en Italie en 1989 et, en France, sous le titre Une fois, un jour aux éditions Verdier en 1992, puis sous le titre inverse Pas ici, pas maintenant aux éditions Payot & Rivages en 1994 dans une traduction de Danièle Valin. Dans ce premier livre autobiographique, le narrateur se souvient de ses années d'enfance dans un petit appartement situé dans une ruelle obscure de Naples dans lequel il devait jouer sans faire de bruit et obéir à l'injonction maternelle : pas ici, pas maintenant.
« Nous avons vécu avec des personnes que nous aimions sans le savoir, que nous maltraitions sans nous en douter : un beau jour elles disparaissent et on n'en parle plus. Elles ont laissé une odeur d'eau de javel dans notre main qu'elles ont serrée, une caresse rêche et maladroite, elles ont lavé nos sols en chantant avec une gaieté que nous n'avons jamais ressentie. Telle fut leur vie irréductible que nous avons ignorée tant qu'elle fut parmi nous et dont aujourd'hui nous prenons conscience seulement parce que nous l'avons perdue.
Naples : Toile de Fond Incontournable de son Œuvre
Erri De Luca a fui Naples à dix-huit ans avec sa famille, mais sa ville natale est la toile de fond de chacun de ses romans et ceux-ci ont toujours un fondement vécu par l'auteur comme dans Tu, mio, dans Montedidio qui reçoit le prix Femina étranger en 2002 et, plus tard, dans Le Jour avant le bonheur, dont les jeunes héros pourraient être des frères.
Montedidio est l'histoire d'un gamin de Naples de treize ans à qui son père offre pour son anniversaire un « boumeran » qu'il garde toujours près de lui et qui est mis en apprentissage chez Mast'Errico, un menuisier de leur quartier, un brave homme qui héberge dans sa boutique un cordonnier roux et bossu, Rafaniello. Le jeune garçon esseulé par l'hospitalisation de sa mère trouvera un réconfort auprès de ce cordonnier qui répare les chaussures des pauvres de Montedidio sans se faire payer et qui lui raconte le temps où il s'appelait Rav Daniel et où il étudiait « les choses de la foi » ainsi que « le métier des souliers » dans le Talmud.
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« Rafaniello dit qu'à force d'insister, Dieu est contraint d'exister, à force de prières son oreille se forme, à force de larmes ses yeux voient, à force de gaieté son sourire point. Et je pense : comme le boumeran. À force d'exercices le lancer se prépare, mais la foi peut-elle venir d'un entraînement ?
Tout ce que lui dit Rafaniello, le jeune garçon le consigne par écrit avec soin sur un rouleau de papier que lui a donné l'imprimeur de son quartier. Il trouve également un réconfort dans l'amour de Maria qui a le même âge que lui, qui est aussi seule que lui et que le propriétaire de l'immeuble harcèle. Il la protègera et fera avec elle l'apprentissage de la sexualité. La magie de ce roman sensible tient à la noblesse des sentiments de ce jeune garçon respectueux et courageux, à la coloration biblique des récits de Rafaniello, au symbolisme de cette chronique du passage à l'âge des responsabilités, aux aphorismes du patron menuisier en napolitain, à la peinture savoureuse de toute cette communauté qui vit dans les ruelles étroites de ce quartier pauvre de Naples : « Gigino qui vend des pizzas et travaille la pâte à coups de claques et de pirouettes tout en pivotant distraitement vers le feu où, au vol, avec la pelle, il retourne dix pizzas en deux secondes », donna Assunta la blanchisseuse qui étend « sa lessive avec des pinces à linge sur toute une moitié de la ruelle », le curé don Petrella que les habitants ont surnommé don Frettella, don Pressé, parce qu'il expédie sa messe, une habitude contractée pendant la guerre au moment des bombardements. « En napolitain, Montedidio signifie “la montagne de Dieu”. Du haut de Montedidio, d'un saut vous êtes déjà au ciel.
Quelques années plus tard, après un recueil de nouvelles, Le Contraire de un (Gallimard, 2003), Le Jour avant le bonheur (Gallimard, 2010) réunit les grands thèmes des romans précédents d'Erri De Luca : l'enfance livrée à elle-même et le difficile apprentissage de la vie, les ruelles de Naples et l'âpre beauté de la nature qui l'entoure, l'amour sublimé et meurtri, l'exil enfin. Le narrateur, un jeune orphelin, vit seul dans un simple réduit. Sa solitude est adoucie par la présence protectrice de don Gaetano, le concierge de l'immeuble qui s'est pris d'affection pour l'enfant. « Ce soir-là dura plus longtemps que les autres. Don Gaetano me passait le relais d'une histoire. C'était un héritage. Ses récits devenaient mes souvenirs. Je reconnaissais d'où je venais, je n'étais pas le fils d'un immeuble, mais d'une ville. Leurs soirées se terminent par une partie de scopa avant l'école du lendemain : « À l'école, j'écoutai intensément les cours. Je me rendis compte à quel point les choses que j'apprenais étaient importantes. C'était merveilleux de voir un homme les mettre devant une assemblée de jeunes assis, pleins d'élan dans leur écoute… Merveilleux les noms des lunes qui entouraient Jupiter, le cri de Mer, mer des Grecs à la fin de leur retraite, le geste de Xénophon qui l'écrivait pour le perpétuer. Merveilleux aussi le récit de Pline sur le Vésuve explosé. » Don Gaetano l'initiera aussi aux travaux manuels, à l'électricité et à la plomberie et même à la sexualité en lui demandant de le remplacer auprès de la veuve du deuxième étage, « une belle femme brune comme les mûres de septembre. » Il le protégera de son mieux contre les dangers de cette ville violente, de cette « ville qui contient toutes les époques. « La vie est un long trait continu et mourir, c'est aller à la ligne sans le corps. Je vois les piqués des oiseaux dans le creux des vagues, et même le poisson qui a toute la mer pour se cacher ne peut se sauver. Et les oiseaux qui volent au-dessus : chacun est seul et sans alliance avec l'autre. L'air est leur famille, pas les ailes des autres. Chaque nouvel œuf déposé est une solitude. « Celui qui écrit a la possibilité de rassembler les gens autour de lui, de leur donner rendez-vous dans la page, dans l'écriture, dans sa tête. On devient un lieu, un lieu de rencontre pour les autres. Pour moi ce sont des personnes, pour le lecteur ce sont des personnages imaginaires qui appartiennent au roman. Mais moi, je suis le lieu où se retrouvent des êtres. Il faut certes des mots. Mais les mots dépendent moins de l'habileté de l'écrivain que de sa capacité d'écoute. J'écoute les mots des autres qui sont de retour. J'entends leur voix. Et ça m'est facile.
La Bible : Source d'Inspiration Quotidienne
Erri De Luca est un lecteur quotidien de la Bible et pour lui le bonheur parfait est d'« être face à un vers de la Bible et, tout à coup, le comprendre dans sa simplicité » (réponse au questionnaire de Proust). Dans l'émission littéraire Le Bateau livre de Frédéric Ferney, il explique que cette habitude commence à la fin de la période de son engagement politique, au moment où il entame seul une vie d'ouvrier.
Première Heure commence par ces mots : « Ces pages ne sont pas le fruit d'insomnies, mais de réveils. Tout au long de mes années de vie d'ouvrier, j'ai feuilleté les Saintes Écritures et leur hébreu ancien une heure avant de partir au travail. Il me semblait ainsi saisir un peu de chaque jour nouveau avant qu'il me soit dérobé par la fatigue. Je crois avoir été un des rares ouvriers heureux de sauter hors du lit tôt le matin, car cette heure-là était mon acompte. Encore maintenant, alors que je n'exerce plus ce métier, j'ai gardé cette habitude et cet horaire… Je suis devenu un maçon qui lit les Saintes Écritures.
Cependant, Erri De Luca se dit non-croyant mais ne se définit pas comme athée pour autant. Il écrit à ce sujet dès le début de Première Heure : « Je ne peux pas dire que je sois athée. Le mot d'origine grecque est formé du mot "theos", Dieu, et de la lettre "a", alpha, dite privative. L'athée se prive de Dieu, de l'énorme possibilité de l'admettre non pas tant pour soi que pour les autres. Il s'exclut de l'expérience de vie de bien des hommes. Dieu n'est pas une expérience, il n'est pas démontrable, mais la vie de ceux qui croient, la communauté des croyants, celle-là oui est une expérience. L'athée la croit affectée d'illusion et il se prive ainsi de la re…
"Grandeur Nature" : Exploration de la Filiation
Dans ce recueil, Erri De Luca décrit neuf modes de rapports entre parents et enfants. Dans Grandeur nature, le court texte qui a donné son titre au livre, il s’interroge sur la soumission sans faille d’Isaac à son père Abraham : c’est lui qui prépare gentiment le bois sur l’autel de son futur sacrifice… Tel père tel fils ? Dans Merci, une fille écrit à sa mère décédée depuis sa prison. Dans Une expression artistique, il décrit l’art du lancer de pavé, notamment en mai 1968… La Dernière histoire est un éloge de la bonté divine : pensez donc, « le père meurtri désespéré, laisse exécuter la condamnation à mort de son fils » Jésus.
Lorsqu'il vient à Paris, Erri De Luca fait tout à pied. Pas question pour l'écrivain italien d'emprunter les transports en commun alors qu'il peut marcher pendant des heures et réaliser ce « miracle » réservé aux promeneurs : s'imprégner des lieux tout en se coupant du reste du monde. Il se définit lui-même comme un écrivain « entre ciel et terre », un pied bien ancré dans les luttes, les engagements et les problèmes de son temps, l'autre irrémédiablement attiré par les cimes des montagnes, les instants suspendus et les liens sacrés. Et, précisément, c'est entre ciel et terre que nous entraîne le Quarto que lui consacre Gallimard, une quinzaine de ses romans, récits, poèmes et pièces de théâtre, réunis pour la première fois en un volume et accompagnés de textes inédits et d'une biographie illustrée.
Le rapport au père qui lui a transmis la maison dans laquelle il vit depuis plus de cinquante ans, en bordure du lac de Bracciano, à 30 kilomètres de Rome. Ce père dont les livres qui ont vu grandir l'écrivain ornent toujours les murs du salon et qui lui légua ce si précieux « regard vers les montagnes ». Erri De Luca se souvient encore avec émotion de la première fois qu'il s'est élevé au-dessus du niveau de la mer, sur le Vésuve, accompagné de son père. Soixante ans plus tard, le Napolitain gravit encore régulièrement les parois rocheuses des Dolomites et s'impose une préparation physique quotidienne. « Parfois deux fois par jour. Je me suis rendu compte pendant le confinement que le corps réagit favorablement à cette discipline. Et, si le corps avance, l'esprit suivra, c'est comme l'intendance de Napoléon. En fait, j'invente ma vieillesse. Je la vis un peu comme une expérience. »
Méthode d'Écriture et Rapport aux Archives
Dans un riche entretien accordé à Irène Fenoglio pour Genesis (n° 25, 2005), il avait décrit sa méthode de travail et son rapport à l’écriture. Depuis, de nombreux ouvrages ont vu le jour. Près de quinze ans après ce premier entretien, nous avons repris contact avec lui, et il a accepté de répondre par écrit à quelques questions sur sa conception de la notion d’auteur et sur son rapport à ses archives littéraires. Nous avons également sollicité Silvia Acocella, enseignante de littérature italienne à l’université de Naples « Federico II », qui s’occupe depuis 2011 des archives personnelles de De Luca, conservées à Rome avec l’Archivio Eduardo de Filippo et le fonds Lotta Continua, auprès de la fondation Erri De Luca.
Erri De Luca refuse le titre d’auteur et parfois même celui d’écrivain : il préfère se définir, selon les cas, comme un « rédacteur » ou un « exécutant ». Pour lui, un auteur littéraire, c’est quelqu’un qui vend un texte et perçoit un droit d’auteur. Il ne choisit pas les histoires à raconter, une histoire s’impose avec insistance dans son oreille avec une voix et il commence à la transcrire au stylo sur un cahier. Dans ses histoires une voix raconte de l’intérieur, ce n’est pas une narration à la troisième personne, mais à la première. Ce sont des récits oraux, il écoute et il transcrit. Les virgules, les points, les retours à la ligne sont des indications de pauses. Il sait depuis son enfance que la voix humaine est le plus puissant instrument de transmission des sentiments, les bons et les mauvais.
Il marmonne pendant qu’il écrit, mais ensuite il ne relit pas, il recopie pour comprendre si la page lui convient. Il corrige peu, il ne fait pas tourner en bourrique l’éditeur. Il tient à ce que la page soit graphiquement aérée et non compacte avec des lignes serrées comme les rangs d’un défilé militaire. Il doit y avoir de l’air, la page doit avoir des pauses, permettre à celui qui lit de s’interrompre. Il lui arrive d’ajouter quelque chose quand il reçoit les premières épreuves. Des mois se sont écoulés depuis la remise à l’éditeur et des idées que je n’avais pas eues pendant la rédaction me sont venues.
Il est plus lecteur qu’écrivain, il a lu plus de pages que il n’en a écrites. En outre, il peut lire dans plusieurs langues, mais il n’écrit qu’en italien. En lisant, il a eu des occasions de bonheur qu’il ne trouve pas en écrivant. Les livres de son père, ce qui reste des déménagements, sont maintenant réunis avec les autres. Mais il achetait les siens, alors que les autres lui arrivent gratuitement. Les livres sont des rencontres, alors ils s’arrêtent, sinon ils lui glissent des mains dès les premières pages.
Il ne souligne pas, il recopie sur un cahier la phrase qui lui ouvre une nouvelle pensée. Il prend soin de noter le nom et le titre pour les citer au cas où il les utiliserait.
Pour les traductions de l’hébreu ancien, il s’en tient au rythme d’un seul vers par jour, en allant rechercher chaque mot dans tous les passages des Écritures où il se manifeste. Il cherche la biographie de chaque mot.
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