Erick Fearson, un nom qui résonne dans le monde du paranormal et du mentalisme, est bien plus qu'un simple artiste. C'est un chasseur de fantômes, un expert en tarologie, et un passionné du mystère sous toutes ses formes. Son parcours atypique, jalonné d'expériences fascinantes et d'influences diverses, l'a conduit à devenir une figure reconnue dans le domaine du surnaturel.
L'Enfance Enchantée : Les Racines d'une Passion
Erick Fearson a été plongé dans un univers mystérieux dès sa plus tendre enfance. Né à Vimoutiers, dans l'Orne, il a passé son enfance et son adolescence à Lisieux, en Normandie. Son environnement familial était imprégné de surnaturel : un grand-père magnétiseur près de Trun, une tante cartomancienne, un oncle également magnétiseur, et un père magicien connu sous le nom de Jacky Jack, affilié au Cercle Français de l’Illusion Jules Dhotel (CFIJD).
C'est son père qui a allumé la première étincelle en l'emmenant voir ses spectacles. Erick, alors âgé de six ans, fut mystifié par la magie de son père. Il se souvient encore de cette émotion intense qui lui a donné l'intime conviction que sa vie serait consacrée au mystère. Son père lui a offert la boite Magie 2000 de Kassagi et a commencé à lui enseigner quelques tours, en insistant sur l'importance du secret, une notion qu'il regrette de voir se perdre aujourd'hui.
Malgré son jeune âge, Erick accompagnait parfois son père lors de ses spectacles, se faufilant dans les coulisses, et visitait les boutiques de magie comme Mayette Magie Moderne, tenue par Michel Hatte, et celle d'un ami de son père, Clifton, près de la place de l'Étoile.
Un Drame et la Redécouverte de la Magie
Ce bonheur enfantin fut brutalement interrompu par le décès accidentel de son père alors qu'Erick avait neuf ans. Le matériel de magie fut remisé au grenier, sa mère lui promettant qu'il pourrait y toucher s'il avait de bonnes notes à l'école. Se considérant comme un "cancre modèle", Erick entreprit néanmoins quelques expéditions dans le grenier "magique", dévorant avidement le matériel de scène et de close-up. Parmi les trésors cachés, il découvrit des livres, dont le Cours Magica de Robert Veno, avec lequel il acquit les bases techniques, et Magie et Mise en Scène de Henning Nelms, un ouvrage capital qui lui révéla les secrets de la mystification, de l'établissement de la preuve, et les rudiments du cold-reading.
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Ces lectures résonnaient particulièrement en lui, peut-être en raison de son "oncle sorcier", comme il le dit lui-même. Dès l'âge de douze ans, il s'intéressait déjà aux disciplines appartenant au champ du paranormal, les considérant comme complémentaires à la magie, les deux étant synonymes de mystère. Sa chambre d'adolescent était d'ailleurs décorée en conséquence.
Les Premiers Pas sur Scène et l'Épreuve du Cyclone
C'est à l'âge de seize ans qu'Erick Fearson fit ses premiers pas devant un vrai public. Il commença par des prestations dans sa région, puis s'envola pour les Antilles. En 1989, le cyclone Hugo mit un terme brutal à son activité, le forçant à revenir en France et à chercher un nouveau départ dans une grande ville proche de la capitale.
Sans argent, avec pour seuls bagages un jeu de cartes, un FP (faux pouce) et un sac à l'œuf, il décrocha un emploi temporaire de magicien dans un "bar de nuit" appelé le Père Boos, où il était rémunéré uniquement au pourboire. Il se lança ensuite dans le "close-up de table en table" dans les restaurants. Pour augmenter ses revenus, il développa diverses techniques et mit au point un numéro de salon hyper efficace, un véritable "commando-act" comme l'aurait dit Jeff McBride. Il découvrit également un petit livre du Dr Barouf sur le travail du close-up en restaurant, qu'il considère comme l'ancêtre du livre de David Stone sur le même sujet.
Selon les conditions de la soirée, il optait pour un format close-up ou salon, enchaînant jusqu'à une douzaine d'établissements dans la soirée, commençant vers 18h30/19h et terminant vers minuit, parfois jusqu'à 2h du matin dans les bars à hôtesses. Se produisant sous le pseudonyme de "Belphegor", il fit cela tous les soirs pendant près de trois ans. Cette expérience épuisante, mais très formatrice, lui apprit à travailler en toutes conditions et devant n'importe quel public. Il pouvait ainsi gagner jusqu'à 15 000 francs de pourboire par mois, soit l'équivalent de 3 600 euros actuels.
Les Rencontres Déterminantes et l'Émergence d'un Style Unique
Erick Fearson considère qu'aucun événement ne l'a freiné dans sa carrière, car il se décrit comme une personne désobéissante et persévérante, incapable de douter et de changer de direction lorsqu'il a un objectif en tête. Il estime que ne pas être "formaté" par la société l'a aidé à avancer.
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Cependant, il reconnaît avoir croisé des opportunités et des personnes qui l'ont aidé à avancer plus vite. En 1990, il découvrit le Festival International des Magiciens à Rouen (aujourd'hui à Forges-les-Eaux) et fit la connaissance des organisateurs et magiciens, Hugues Protat et François Normag, avec lesquels il noua une amitié durable. Malgré leurs styles et univers différents sur la forme, ils se rejoignaient sur le fond, partageant une réflexion et une ouverture d'esprit qui faisaient souvent défaut dans le milieu magique. Ils passèrent des jours et des nuits à théoriser sur l'art magique, et Erick participa à dix-sept éditions du festival, s'occupant des disciplines du mentalisme et de la Bizarre Magick, qu'il pratiquait déjà à cette époque.
Il se produisait alors dans des contextes variés, allant des festivals de magie aux concerts de heavy métal, devant un public éclectique, parfois branché ésotérisme et New-Age. Son objectif était de se faire connaître et de briser les conventions en imposant son propre style, mélangeant magie traditionnelle, mentalisme et Bizarre Magick. Il reconnaît que dans les années 80 et 90, le mentalisme n'était pas "vendeur", et la Bizarre Magick encore moins, car elle faisait peur. Malgré tout, c'était l'essentiel de ses prestations.
Les Influences Magiques et Artistiques : Un Éclectisme Assumé
Au-delà de son père, Erick Fearson cite Dominique Webb comme l'un des premiers magiciens qui l'ont marqué. Il était fasciné par sa capacité à cultiver le doute sur la nature de ses "pouvoirs" et par son incarnation du personnage à la "Svengali" qu'il affectionne particulièrement. Il appréciait également Jacques Delord pour ses émissions et sa vision des choses, qui témoignaient d'une compréhension et d'un amour de l'art. À l'inverse, il était déçu par Gérard Majax et son émission Y'a un truc, qu'il considérait comme une "anti magie" car elle désenchantait la discipline en la réduisant à la simple notion de "truc".
Durant son enfance, Fred Kaps, Slydini et Richiardi Jr faisaient également partie des magiciens qui l'ont influencé. À l'adolescence, ses influences évoluèrent vers les choses "spooky" dans l'esprit des "Midnight Ghost Show", ancêtres de la Bizarre Magick. Il commença à réfléchir à la manière de mélanger les genres, notamment la magie, les tarots et le paranormal.
La découverte du livre Psi, ou les principes brillants du mentalisme de Tony "Doc" Shiels fut une révélation. Au-delà des routines, c'est l'univers et les présentations de Shiels qui le séduisirent définitivement. Il dévora ensuite les ouvrages anthologiques cités dans la bibliographie, découvrant un univers sulfureux dans lequel il se reconnaissait.
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Ainsi, les artistes issus du mentalisme et de la Bizarre Magick qui l'ont grandement influencé sont nombreux : Al Mann, Theo Annemann, Dunninger, Robert Nelson, Ormond Mc Gill, Corinda, T.A. Waters, Bob Cassidy, John Riggs, Tony "Doc" Shiels, Tony Andruzzi, Anthony Raven, Bascom Jones, Charles Cameroun, Larry Baukin, Simon Drake, Eugene Burger, Christian Chelman, Borodin, Robert E. Neale, R. Shane, K. Knepper, Jim Magus, Jeff McBride, Eugene Poinc, Brother Shadow, et bien d'autres.
Au-delà de la magie, Erick Fearson est influencé par la musique (Stratovarius, Iron Maiden, R.J. Dio, Cool jazz, Hard-Bop, Bossa Nova), la littérature (Thomas Owen), le cinéma, les séries télévisées, et certains photographes. Il est également passionné par la culture japonaise, tant par sa philosophie que par ses traditions.
Le Mentalisme et la Bizarre Magick : Une Vision Personnelle
Erick Fearson a une affection particulière pour les personnages à la "Svengali", car ils lui donnent envie de communiquer. Il considère que le mentalisme et la Bizarre Magick sont deux disciplines complémentaires, même si leur essence peut varier selon l'artiste. Il souligne que le "K" de "Magick" est une partie importante de sa signification.
Il regrette que le mentalisme soit devenu à la mode ces dernières années, car cette démocratisation a entraîné une baisse de qualité. Il déplore l'apparition de "clones de mentalistes" qui présentent des numéros mal exécutés et qui n'ont pas compris les fondements de la discipline. Il critique l'utilisation du mentalisme comme un simple argument commercial, même lorsque les artistes n'ont que quelques effets basiques à leur répertoire.
Il reconnaît que le mentalisme est difficile à vendre et à présenter, car il est facile de tomber dans le ridicule, en particulier lorsque l'effet arrive après vingt minutes de discours. Il préfère créer son propre matériel plutôt que d'acheter des accessoires faussement vieillis en boutique. Pour lui, le mentalisme est la chose la plus facile à mal présenter.
Il aime autant la scène que le travail intimiste en salon ou en close-up. Il apprécie la proximité avec le public, mais il est frustré par les contraintes du close-up en restaurant, où il est impossible de passer plus de dix minutes par table. Il considère que c'est le "fast-food de la magie" et que rien n'est plus détestable à son goût.
Selon lui, les accessoires sont essentiels en Bizarre Magick, car ils permettent au magicien d'incarner ce qu'il prétend être. Le magicien doit convaincre avant même de présenter l'effet, il doit incarner la magie et ne pas se contenter d'être un simple démonstrateur.
La Magie et le Paranormal : Une Voie Spirituelle
Erick Fearson considère la magie comme une voie spirituelle, une discipline qui permet de se rencontrer et de rencontrer des gens issus de diverses cultures. Il estime qu'il est important de chercher à comprendre pourquoi les artistes expriment la magie de telle ou telle manière, et comment ils l'expriment.
Il regrette que la magie soit devenue trop conventionnelle et lisse à son goût. Il pense que depuis la diffusion de l'art magique et l'avènement d'Internet, la magie a perdu de son intérêt et de son essence, et que sa démocratisation l'a nivelée vers le bas. Il estime que l'accès aux secrets et à l'information devrait être difficile à obtenir, car plus le secret est difficile à obtenir, plus on y accorde de la valeur et plus on le respecte.
Il critique la présence excessive de la magie à la télévision, qu'il considère souvent comme commerciale et sans profondeur. Il préfère vivre la magie en "live" et pense que la télévision banalise la discipline en la cantonnant à une simple animation.
Pour lui, il ne suffit pas de connaître les dernières techniques à la mode pour prétendre dépoussiérer la magie. Il se demande pourquoi certains spectacles de magie sont considérés comme "ringards" alors que d'autres formes d'art, comme le jazz ou la littérature, ne le sont pas. Il préfère écouter un Miles Davis, un Stan Getz, un Tom Jobim ou un Barney Willem plutôt que d'imiter les tendances actuelles.
Il est convaincu que la magie est sur la bonne voie si elle reste essentielle et incontournable, et si elle n'oublie pas d'où elle vient.
Chasseur de Fantômes : Une Quête de Vérité et de Compréhension
Au-delà de la magie et du mentalisme, Erick Fearson est un chasseur de fantômes, un véritable passionné du paranormal. Il se décrit comme "plus tout à fait de notre monde, mais pas encore complètement dans l'autre". Il explore les lieux hantés, recueille des témoignages, et tente de comprendre les phénomènes inexpliqués.
Il intervient régulièrement dans les médias pour partager ses expériences et ses réflexions sur le paranormal. Il aborde ce sujet avec pragmatisme, cherchant à documenter les histoires de manière rigoureuse et à démêler le vrai du faux.
Il a enquêté sur de nombreuses maisons hantées en France, au Canada, en Écosse et aux États-Unis, recueillant des histoires fascinantes et parfois effrayantes. Parmi les exemples qu'il cite, on trouve une maison près de Beuzeville où des pommes volaient dans le grenier, un manoir près de Deauville réquisitionné par les Allemands pendant la guerre où il a ressenti une présence forte, une maison à Saint-Martin-de-la-Lieue où les pots de peinture volaient pendant la construction, une apparition féminine au pied du calvaire à Honfleur, des endroits "chargés" au Mont-Canisy, et une histoire à Vimoutiers où le bétail mourait et où une boule d'aiguilles enchevêtrées a été retrouvée dans une maison.
Il utilise également le mentalisme dans ses enquêtes sur les maisons hantées, interrogeant les témoins pour déterminer s'ils sont sincères ou non. Il applique également cette méthode dans la formation de chefs d'entreprises, de cadres supérieurs et de commerciaux.
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