L'épisiotomie, une incision chirurgicale du périnée pratiquée pendant l'accouchement, a longtemps été une pratique courante en France. Cependant, les recommandations et les pratiques ont évolué, conduisant à une diminution significative de son utilisation. Cet article explore l'évolution de l'épisiotomie en France, en s'appuyant sur les données de la Fédération Française des Réseaux de Santé en Périnatalité (FFRSP) et d'autres sources pertinentes.
Contexte et Évolution des Pratiques Obstétricales en France
Un constat global alarmant est la division par trois du nombre de maternités françaises en trente ans. Dans ce contexte de ressources limitées, avec en moyenne une sage-femme pour trois patientes, l'évolution des pratiques obstétricales, notamment en ce qui concerne l'épisiotomie, est un sujet de préoccupation.
Une bonne nouvelle est la diminution par deux, en vingt ans, du recours à l’épisiotomie, passant de 50,9% en 1998 à 20% en 2016. Si l’on a longtemps pensé que l’épisiotomie préservait les déchirures et permettait d’éviter les problèmes tels que les descentes d’organes ou l’incontinence anale, ce n’est plus le cas aujourd’hui. En 2005, une recommandation du Collège national des gynécologues et obstétriciens français visait le non-dépassement du seuil de 30%.
L'Épisiotomie : Une Pratique en Déclin
Historiquement, l'épisiotomie était perçue comme une mesure préventive pour éviter les déchirures périnéales graves et les complications à long terme telles que la descente d'organes et l'incontinence anale. Les gynécologues-obstétriciens, dont la plupart ont été formés dans les années 1980, ont appris à pratiquer systématiquement une épisiotomie pour le premier enfant. Cette incision du périnée au scalpel ou aux ciseaux chirurgicaux, destiné à faciliter le passage du bébé, était présenté comme la solution pour éviter des déchirures et prévenir des problèmes à long terme.
Cependant, les recherches ultérieures ont remis en question ces avantages supposés. Des études ont montré que l'épisiotomie de routine n'était pas associée à une réduction des déchirures graves et pouvait même augmenter le risque de complications telles que la douleur périnéale persistante, les infections et les problèmes sexuels.
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En conséquence, les recommandations professionnelles ont évolué vers une pratique plus restrictive de l'épisiotomie, en la réservant aux situations où elle est médicalement nécessaire, comme en cas de détresse fœtale ou de nécessité d'accélérer l'accouchement. En 2005, une recommandation du Collège national des gynécologues et obstétriciens français visait le non dépassement du seuil de 30%.
Disparités Régionales et Établissements
Malgré cette tendance à la baisse, des disparités importantes persistent entre les maternités en France. Une enquête du Monde, en collaboration avec la FFRSP, a révélé des variations considérables dans les taux d'épisiotomie entre les établissements. En 2016, un tiers des femmes qui ont accouché de leur premier enfant ont subi une incision du périnée. Un taux qui dépasse les 50 % dans une quarantaine d’établissements. De tels écarts sont loin d’être rares en France, selon l’enquête du Monde, qui s’est associé à la Fédération française des réseaux de santé en périnatalité (FFRSP) pour publier en exclusivité les taux d’épisiotomie dans 425 maternités françaises (soit 82 % des établissements) en 2016.
Par exemple, dans une maternité privée lyonnaise, l'épisiotomie était pratiquée de manière routinière sur 43 % des femmes ayant leur premier enfant en 2016, tandis que dans une autre clinique de Villeurbanne, le taux n'était que de 8 %. Ces différences peuvent être attribuées à des facteurs tels que les pratiques des équipes médicales, les protocoles de soins et les préférences des patientes.
L'étude révèle aussi une grande différence entre le nombre d'épisiotomie pratiquées dans les établissements publics et les cliniques privés où le taux de cet acte médical est plus important. A Poitiers la différence est flagrante entre la maternité du CHU où seulement 5,9% d'épisiotomie ont été réalisées sur 2 295 accouchements alors qu'au Fief de Grimoire, 33,3% des femmes qui ont accouché dans la clinique en 2016 ont subi une épisiotomie.
Facteurs Influençant les Pratiques
Plusieurs facteurs peuvent influencer les pratiques en matière d'épisiotomie.
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- Formation médicale : Les obstétriciens formés avant les années 2000 ont souvent été habitués à pratiquer l'épisiotomie de manière systématique.
- Pression du temps : Dans les situations d'accouchement rapide ou de détresse fœtale, l'épisiotomie peut être perçue comme un moyen rapide de faciliter l'extraction du bébé.
- Préférences des patientes : Certaines femmes peuvent exprimer leur préférence pour une épisiotomie afin d'éviter une déchirure périnéale spontanée.
- Culture de l'établissement : Les maternités ayant une culture plus interventionniste peuvent être plus enclines à pratiquer l'épisiotomie.
Impact sur le Vécu de l'Accouchement
L'épisiotomie peut avoir un impact significatif sur le vécu de l'accouchement pour les femmes. Certaines femmes peuvent se sentir soulagées de savoir qu'une épisiotomie a été pratiquée pour faciliter l'accouchement et prévenir des complications. Cependant, d'autres peuvent se sentir traumatisées par l'intervention, en particulier si elle a été pratiquée sans leur consentement ou sans explication adéquate.
Coralie, par exemple, témoigne : « L’épisiotomie était ma plus grande peur, se souvient Coralie. Mais arrivée à la clinique, on m’a fait comprendre que si le médecin décidait d’en faire une, c’était comme ça, il ne fallait pas en faire tout un plat. » Elle a finalement subi une incision du périnée, sans être consultée.
Le respect des souhaits des femmes est crucial pour le vécu de l'accouchement et du post-partum. « 90 % des femmes dont les souhaits ont été respectés ont très bien ou plutôt bien vécu leur accouchement, que ce soit sur le plan physique ou psychologique, souligne le Ciane. Alors que celles dont les souhaits n’ont pas été respectés ne sont que 43 % (plan physique) et 30 % (plan psychologique) à partager cette opinion. »
Recommandations Actuelles et Orientations Futures
Les recommandations actuelles mettent l'accent sur une pratique restrictive de l'épisiotomie, en la réservant aux situations médicalement justifiées. La Haute Autorité de Santé (HAS) préconise, depuis janvier 2018, pour les accouchements sans complications, de « limiter les interventions techniques et médicamenteuses au minimum nécessaire.
Il est également essentiel d'informer les femmes sur les avantages et les inconvénients de l'épisiotomie, de recueillir leur consentement éclairé et de respecter leurs préférences. Les maternités devraient mettre en place des protocoles de soins basés sur les preuves scientifiques et favoriser une approche personnalisée de l'accouchement.
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