Chaque année, la Fête des Mères rassemble de nombreux parents et enfants. Pour certains, c'est l'occasion de trouver le cadeau parfait, de faire livrer un bouquet ou de fabriquer un collier de nouilles. Cependant, pour d'autres, cette célébration peut représenter un poids. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce désintérêt, allant de l'aspect commercial à des expériences personnelles douloureuses.
L'aspect commercial : une fête à visée uniquement commerciale ?
L'une des principales raisons invoquées par ceux qui ne veulent pas célébrer la Fête des Mères est son aspect commercial. Anne-Marie, 85 ans, se souvient d'un message diffusé dans un supermarché aux États-Unis en 1970 : "Pour la Fête des Mères, offrez un lave-vaisselle ou un frigidaire à votre maman !" Depuis, elle a toujours refusé qu'on lui souhaite cette fête, la considérant comme "une fête à visée uniquement commerciale".
Cette critique est toujours d'actualité, avec des enseignes qui mettent en avant des promotions "spéciales" sur les produits ménagers pour la Fête des Mères. Emilia, 45 ans, parle même de "violence faite aux femmes", dénonçant le fait que les cosmétiques, vêtements et bijoux soient présentés comme les seules préoccupations et sources de bonheur dignes des bonnes mères. Géraud, quant à lui, nous écrit, laconique : "Juste un mot: feue ma belle-mère l’appelait la ‘Saint-Moulinex’".
Une obligation plus qu'autre chose
Pour certains, la Fête des Mères est devenue une obligation. Rose, 34 ans, souligne qu'elle envoie un bouquet de fleurs à sa mère tous les ans depuis 15 ans, et que cela devient "plus une tannée qu’autre chose". Elle ajoute : "Avec les anniversaires, Noël, ça fait beaucoup. C’est super de célébrer les mères, mais pas comme ça, un jour dans l’année."
Louise, 33 ans, bien que "très proche" de sa mère, estime que la Fête des Mères n'est pas importante. "On adore faire des cadeaux, les réunions de familles, les traditions, mais on n’a pas besoin de la Fête des Mères pour ça", explique-t-elle. Elle ajoute que cette fête n'a pas de sens, car il n'y a pas d'explication historique ou de signification derrière. Claude, 47 ans, conclut : "J’en ai marre que l’on nous dicte comment et quand témoigner de l’amour à nos proches."
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Un héritage de Pétain ?
Pour d'autres, la Fête des Mères est perçue comme l'un des outils d'une politique nataliste qui appartient au siècle dernier. Si la Fête des Mères n'est pas une invention du maréchal Pétain, cette idée reste tenace. Claudine nous écrit : "Nous ne fêtons pas cet événement qui me laisse indifférente, instauré par Pétain depuis deux générations maintenant."
Il est vrai qu'en 1941, le régime collaborationniste du maréchal Pétain l'inscrit dans son idéologie "travail, famille, patrie". Mais cette tradition va survivre à la Libération, puisqu'elle sera même inscrite dans une loi, le 24 mai 1950. Berthe, née en 1963, n'a jamais célébré la Fête des Mères, car ses parents associaient cette fête à Pétain. Elle a grandi avec l'idée que c'était une fête pour maintenir la femme au foyer et que cela ne faisait pas plaisir à sa mère, féministe, qu'on lui dise bonne fête ce jour-là.
La souffrance de celles qui ne peuvent ou ne souhaitent pas être mères
La Fête des Mères peut aussi se révéler être un poids pour celles qui ne peuvent ou ne souhaitent pas être mère. Claire, devenue mère en juin 2021 après "beaucoup de difficultés", a fait part de sa "souffrance intérieure, qui s’aggravait à cette période". Elle ajoute : "Par ailleurs médecin, je peux aussi vous témoigner de la détresse des mères qui ont perdu un enfant ou des enfants ayant perdu leur maman quand ils sont jeunes."
C'est le cas de May, qui nous écrit de Bordeaux : le 29 mai sera la première Fête des Mères depuis le décès de la sienne, survenu il y a moins d'un mois. "On devrait célébrer ceux qu’on aime toute l’année, tant qu’ils sont là, non pas parce que ‘ça se fait’, mais tout simplement parce que l’on tient à eux", souligne cette femme de 50 ans. Dominique, père de deux petites filles qui ont perdu leur mère, craint que cette journée puisse s'avérer "discriminante et douloureuse" pour ses enfants.
Des expériences personnelles douloureuses
Pour certains, la Fête des Mères est associée à des expériences personnelles douloureuses. Manon, 20 ans, qui raconte que sa mère l'a battue ainsi que sa sœur "pendant 10 ans" avant de disparaître, "déteste la Fête des Mères". Elle témoigne : "Entendre des pubs pour fêter une fête à cette mère pire qu’affreuse, c’est douloureux. Imaginons le nombre d’enfants qui ont perdu leur mère? Ou dont la mère a une grave maladie? Ou qui les a abandonnés ou maltraités?"
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Michel, 70 ans, n'a réussi à couper les ponts avec sa mère "maltraitante" que lors de l'épidémie récente de Covid-19. Anne, 49 ans, partie de chez elle à 18 ans pour éviter une relation maternelle "stressante et douloureuse", considère la Fête des Mères comme "un devoir, une corvée, une contradiction, une grosse contrariété". Isabelle a subi toute son enfance "ce diktat du cadeau que l’on était obligé de créer pour sa ‘maman chérie’", alors que sa mère vivait à des milliers de kilomètres.
Vers des célébrations plus inclusives ?
Face à ces critiques, certains établissements scolaires ont choisi de remplacer la Fête des Mères ou des Pères par des formulations plus inclusives. Mathilde, institutrice, a décidé cette année de fêter avec ses élèves la "fête des gens qu’on aime". Elle explique : "Nous n’interdisons pas la Fête des Mères mais nous ne voulons pas que cela soit une épreuve pour certains". Claire, belle-mère d'un petit garçon, témoigne de la difficulté pour son beau-fils de donner un cadeau à sa mère, totalement absente de son éducation.
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