Tout le monde connaît le visage sympathique de Bourvil, mais connaissez-vous véritablement la vie d’André Raimbourg ? Sa disparition à 53 ans a choqué les Français, qui ont tant aimé le comédien et chanteur à la simplicité désarmante, non dénuée de poésie. De ses humbles débuts dans la campagne normande à son ascension fulgurante sur les scènes et les écrans de France, cet article explore la vie, la carrière et l'héritage durable de Bourvil.
Une Enfance Normande
« Je suis né dans une ferme, en face d’une meule de foin. Il m’en est resté quelque chose », racontait Bourvil. André Robert Raimbourg naît le 27 juillet 1917 à Prétot-Vicquemare, dans la Seine-Inférieure (aujourd’hui Seine-Maritime). Deuxième enfant d’un couple de cultivateurs, Albert Raimbourg (1889-1918) et Eugénie Pesquet (1891-1970), il grandit dans le village de Bourville, dont il tirera son nom de scène.
Son père meurt de la grippe espagnole quelques semaines après l’Armistice de 1918, alors qu’André n’a qu’un an. Sa mère Eugénie se remarie rapidement avec Joseph Ménard, un agriculteur, qui sera pour André et son frère René un véritable père. La famille recomposée compte cinq enfants : René Raimbourg, une sœur cadette Denise (1919-2006), une demi-sœur Thérèse et un demi-frère, Marcel Ménard, futur maire de la commune de Bourville.
Malgré la rudesse de la vie dans la campagne normande des années 1920, André connaît une enfance heureuse au sein d’une famille aimante. Bon élève, il obtient son certificat d’études avec mention « très bien ». On le destine à devenir agriculteur, mais il entame des études d'instituteur à l'école primaire supérieure pour garçons de Doudeville. Rebuté par les règles strictes du pensionnat, il retourne deux ans après à la ferme familiale.
Il est également un enfant de chœur espiègle et anime régulièrement des fêtes familiales, banquets et kermesses. Il y reprend les chansons de Fernandel en faisant le pitre, ce qui lui vaut rapidement le surnom de « Fernandel normand ». De temps en temps, la famille attelle le cheval de la ferme et se rend au marché de Fontaine-le-Dun, chef-lieu de canton.
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À 17 ans, il devient mitron dans la boulangerie de Monsieur Beaufils à Saint-Laurent-en-Caux. Puis, en 1936, il devient boulanger à Rouen.
Les Premiers Pas d'un Artiste
En 1937, André s’engage volontairement pour le service militaire et devient cornettiste dans la fanfare du 24e régiment d’infanterie à Paris. Afin de pouvoir choisir son arme, et ainsi rejoindre la musique militaire, il décide de devancer l'appel et s'engage dans l'armée pour deux ans de service militaire. Lors de son incorporation, il assiste à Rouen à un spectacle de celui qui est l’idole de sa vie, dont il chante toutes les chansons : Fernandel. Une expérience qu’il décrit comme « un souvenir inoubliable ».
Sous le pseudonyme d’Andrel, il interprète la chanson Ignace et remporte le prix de 300 francs, qu’il utilise immédiatement pour s’acheter un accordéon. Il intègre la fanfare de Fontaine-le-Dun, où il joue de l’harmonica, de l’accordéon et du cornet à piston.
Démobilisé après la bataille de France, il exerce de nombreux petits métiers (plombier, garçon de courses pour une entreprise fiduciaire) dans la capitale, mais poursuit sa carrière musicale : radio-crochets, cabarets, music-halls. Les imitations de Fernandel ne faisant plus recette, il se crée le personnage du « comique-paysan » naïf en rabattant sa frange sur le front et en s'affublant d'un pantalon noir et d'une veste étriquée : Andrel devient Bourvil en 1942. Son cousin germain, Lucien Raimbourg, étant déjà dans le métier, il choisit ce nom de scène, afin d'éviter toute confusion, en référence au village de son enfance. Il sera parfois nommé « André Bourvil » (il existe d'ailleurs un « Théâtre André Bourvil » à Paris, XIe arrondissement).
Jeune artiste en quête de succès, il s’installe avec son épouse à Vincennes, dans un minuscule appartement du 25 rue des Laitières, au septième étage sous les toits, où il restera jusqu’en 1947. Il enchaîne ses numéros de « comique-paysan » (dérivé du comique troupier) à l'accent traînant avec un nouveau répertoire musical, mettant la musique sur les textes de son ami accordéoniste Étienne Lorin rencontré en 1939.
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L'Ascension vers la Gloire
Au sortir de la guerre, André Raimbourg refuse de redevenir mitron. À Paris, il enchaîne les petits métiers tout en suivant des cours de trompette au Conservatoire et en courant les radio-crochets et cabarets. C'est avec la chanson Les Crayons que sa carrière débute vraiment en 1945. La même année, il apparaît dans La Ferme du pendu de Jean Dréville.
En 1945, la chanson Les Crayons, composée par Étienne Lorin, lance véritablement sa carrière. Les premiers films le cantonnent dans son personnage de benêt, mais il se rend progressivement compte qu'il doit le renouveler. Sa popularité commence en effet à baisser et il connaît son premier revers cuisant le 9 décembre 1951 : invité à se produire en vedette devant son public dans un gala au cirque de Rouen, il est sifflé par les Normands vexés de l'image de paysan nigaud qu'il donne d'eux.
Bourvil touche à tous les genres : opérettes, théâtre, chansons (À Bicyclette, Salade de fruits, Le petit bal perdu) et surtout cinéma. Un tournant s’opère en 1956 avec La Traversée de Paris, où il révèle une facette plus sombre et grinçante de son talent, lui valant la Coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise.
Ces films sont tous devenus de grands classiques : La Traversée de Paris (1956), Le Corniaud (1964) et La Grande Vadrouille (1966) de Gérard Oury. Il joue aussi aux côtés de Jean Marais dans deux films en costumes : Le Bossu (1959) et Le Capitan (1960). On le retrouve avec Fernandel dans l'excellente comédie La Cuisine au beurre (1963) où il campe un chef cuisinier parisien obligé de travailler avec un cuisinier méridional ayant des habitudes très différentes.
Au-Delà de la Comédie: Un Acteur Polyvalent
Bourvil a cependant tenu des rôles plus dramatiques, comme l’homme à tout faire dans L'Arbre de Noël, dans lequel il aide un petit garçon atteint d'une leucémie à assouvir sa passion pour les loups. Dans ce film, comme dans les films comiques, le spectateur peut facilement s’identifier au personnage joué par Bourvil, car c’est un homme simple.
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Dans Le Miroir à deux faces, son jeu est méconnaissable : face à Michèle Morgan, il incarne un homme qui manipule une femme laide pour pouvoir l'épouser, puis, lorsque celle-ci devient belle grâce à une opération, il devient ignoble avec elle, jusqu'à la harceler et lui retirer ses enfants. On peut enfin citer son rôle de l'odieux Thénardier dans l’adaptation cinématographique des Misérables, ou encore son avant-dernier rôle, celui d’un commissaire de police dans Le Cercle rouge.
Une Vie Personnelle Discrète
Bourvil rencontre Jeanne Lefrique en 1936 lors d'un bal organisé au village de Fontaine-le-Dun en Normandie. Le couple se marie le 23 janvier 1943. Née en 1918, Jeanne, l'épouse de Bourvil est décédée en 1985, quinze ans après le comédien dans un accident de voiture alors qu'elle partait se recueillir sur la tombe de son mari.
Malgré son immense célébrité, Bourvil reste d’une simplicité désarmante. Il mène une vie sobre avec sa femme Jeanne et leurs deux fils, Dominique et Philippe, veillant personnellement à leur éducation malgré un agenda chargé. « J’ai une bonne santé, je fais un métier qui me plaît, j’ai deux enfants formidables, une femme qui est une mère extraordinaire. Tous ses collègues témoignent de sa bonté et de sa générosité authentiques. Bourvil est également un époux et père de famille comblé, qui n'hésite pas à prendre au moins six semaines de congés par an pour profiter des siens.
De son union avec Jeanne Lefrique, Bourvil a eu deux enfants, deux fils nés dans les années 1950 et qui ont fait la fierté de leurs parents. Né en 1950, Dominique Raimbourg - du nom de son père - est devenu avocat mais aussi député. Son frère cadet, Philippe Raimbourg, est né en 1953 et a fait carrière en tant que professeur de finance. Contrairement à leur célèbre papa, les deux fils de Bourvil ne se sont pas orientés vers une carrière dans l'art.
Dans les années cinquante, aimant le calme de la campagne, il choisit le petit village de Montainville, car bien relié à Paris par l'autoroute de l'Ouest. Son ami Georges Brassens, qui habitait non loin de là, à Crespières (Yvelines) au Moulin de La Bonde, confiait qu’il était le parfait honnête homme, façon XVIIe siècle et qu'il lui suggérait des lectures.
La Maladie et la Disparition
En 1968, lors du tournage des Cracks, Bourvil chute lourdement à vélo. Hospitalisé, il en profite pour subir l'ablation à l'oreille d'un simple kyste qui le gêne depuis deux ans. Le chirurgien fait alors un prélèvement et diagnostique la maladie de Kahler (myélome multiple). Lorsque son médecin l'en informe, Bourvil décide de ne pas en parler aux gens de sa profession, mais les rumeurs de son cancer courent et les assureurs s'inquiètent.
Bourvil, pourtant immense star de la comédie française au cinéma, se refusait toujours à évoquer ses problèmes personnels. C'est ainsi que, pendant de longs mois, il a caché au public qu'il était malade. C'est en effet en 1969 qu'André Robert Raimbourg - plus connu sous son nom de scène Bourvil - reçoit un diagnostic médical terrifiant : il est atteint d'un cancer de la moelle osseuse. Déjà malade avant le diagnostic, Bourvil a souffert pendant trois ans sans jamais en parler publiquement. La douleur, intense, va jusqu'à lui paralyser la langue mais Bourvil ne souhaite pas se laisse abattre et, surtout, il ne veut pas arrêter de travailler. Il décide alors de s'entraîner sans relâche pour retrouver une élocution aussi parfaite que possible. Jamais pessimiste quant à sa situation médicale, Bourvil accepte de nombreux projets, dont La Folie des grandeurs de Gérard Oury avec Louis de Funès, qu'il ne pourra malheureusement jamais honoré.
Ses jours sont comptés, alors qu'il est au faîte de la gloire. Après une longue agonie, Bourvil s'éteint à l'âge de 53 ans le 23 septembre 1970, au milieu des siens, dans son appartement parisien du boulevard Suchet. Il venait de terminer le tournage du Cercle rouge avec Alain Delon et Yves Montand. Son dernier tournage Le Mur de l’Atlantique fut éprouvant, l'acteur souffrant énormément. Lors du tournage de celui-ci, qui fut son tout dernier long-métrage, son état de santé s'était considérablement dégradé. Sa voix fut tellement altérée par la chimiothérapie qu'il avait dû être doublé. Cela n'avait néanmoins pas empêché l'immense succès du film à sa sortie, quelques semaines après le décès de l'acteur.
Il est alors inhumé au cimetière de Montainville, où il possédait sa maison de campagne. Bourvil repose à Montainville (Yvelines), village où il avait sa maison de campagne. Le décès de Bourvil mit fin à plusieurs projets cinématographiques et théâtraux : L'Albatros de Jean-Pierre Mocky ; une Guerre des Gaules et les tribulations de deux frenchies aux États-Unis, avec Louis de Funès, et toujours par Gérard Oury ; les aventures d'un tonique curé de campagne du Pays de Caux imaginées par l'abbé Alexandre.
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