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Énée : Entre Mythe et Histoire, le Fondateur Légendaire de Rome

Le récit des origines de Rome ne commence pas avec Romulus et Rémus, les jumeaux allaités par une louve, mais avec Énée, héros de la guerre de Troie. Ses exploits ont été immortalisés par Virgile dans L'Énéide.

Au XIIe siècle avant notre ère, la légende raconte qu'Énée, fuyant Troie en flammes, s'établit sur les rives du Tibre après un périple en Sicile et à Carthage. Il épouse Lavinia, fille du roi Latinus, et donne à son peuple le nom de Latins en l'honneur de son beau-père. Quatre siècles plus tard, une querelle de succession éclate entre Numitor et Amulius. Amulius détrône Numitor et contraint sa nièce, Rhéa Silvia, à devenir vestale. Le dieu Mars s'unit à Rhéa Silvia, et elle donne naissance à Romulus et Rémus. Amulius ordonne de jeter les enfants dans le Tibre, mais ils sont sauvés et élevés par une louve. Devenus adultes, ils vengent leur grand-père Numitor, puis fondent Rome en 753 avant J.-C. Romulus tue Rémus, et Rome est née.

Romulus a-t-il vraiment existé ?

La légende de Romulus, popularisée par Tite-Live, Ovide et Plutarque, reste à prouver. L'archéologie a mis en évidence un élément de cette légende. Dans les années 1980, une équipe de scientifiques travaillant sur le Forum a découvert une entaille jalonnée de pierres datant du VIIIe siècle avant notre ère. Pour Andrea Carandini, il s'agit du pomoerium, le sillon sacré tracé par Romulus. Selon les récits, Romulus a vu douze vautours au-dessus du Palatin, tandis que Rémus n'en a vu que six sur l'Aventin. Romulus a délimité les frontières de la ville en creusant une tranchée. Alexandre Grandazzi affirme que « Romulus n’a probablement jamais existé mais, avec la découverte du sillon, nous ne pouvons que conclure à l’historicité d’un moment “romuléen” ».

L'origine du nom de Rome

Selon Alexandre Grandazzi, le nom de Rome proviendrait d'un lieu consacré à la déesse Rumina, associée à un arbre sacré, le ruminal. Cet endroit était situé au pied d'une colline près du fleuve Rumon, ancien nom du Tibre. La racine du mot est ruma, qui désigne les mamelles d'un animal ou les mamelons d'un paysage. Les jumeaux, échoués au pied d'un figuier et nourris par une louve, devraient donc leur nom à ce lieu.

La grotte de Lupercal : mythe ou réalité ?

En 2007, des fouilles sur le mont Palatin ont révélé la grotte où une louve aurait allaité Romulus et Rémus. Le Lupercal se trouve à 15 mètres sous un monument décoré de coquillages et de fresques géométriques. Denys d'Halicarnasse situait la grotte au pied du Palatin, près du Tibre. Bien que l'ensemble polychrome date du règne d'Auguste, cette découverte a permis de comprendre un rite ancien : les Lupercales. Chaque année, le 15 février, les Romains célébraient les Lupercales en l'honneur du dieu Lupercus, protecteur des troupeaux. Des jeunes hommes nus couraient en frappant les passants avec des fouets en peau de chèvre. Ces « luperques », hommes loups, s'identifiaient aux jumeaux fondateurs et transformaient l'animal prédateur en bête protectrice.

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La date de la fondation de Rome

Les auteurs latins et grecs, se basant sur les écrits de Varron, ont fixé la date de la fondation de Rome au 21 avril 753 avant J.-C. Cette date correspond à la célébration de Palès, déesse des bergers. Cependant, aucune découverte archéologique ne permet de dater la naissance de la ville avec précision. Tite-Live remet en question certains aspects de la légende, notamment l'union de Mars et Rhéa Silvia, et l'interprétation de lupa comme prostituée.

Les remises en question de l'historiographie romaine

Au XVIIIe siècle, des historiens comme Louis de Beaufort ont remis en cause l'historiographie romaine. Au XIXe siècle, les spécialistes ont douté de l'importance du site de Rome entre le VIIIe et le VIIe siècle avant notre ère. Rome serait née au VIe siècle avant J.-C., pendant sa période royale. Cependant, des fouilles sur le Palatin ont mis au jour des fondations de huttes datant du VIIIe siècle avant J.-C. La découverte de fragments de céramiques mycéniennes en Italie centrale remet en question les origines grecques des fondateurs de la cité.

Rome existait-elle avant Romulus et Rémus ?

La zone de Rome était un lieu de trafic intense, où montagnards et habitants des plaines côtières échangeaient des marchandises. Le site s'est transformé en un passage à gué et un marché aux bestiaux : le forum Boarium. Des tessons de céramique datant du XIIe au IXe siècle avant notre ère ont été retrouvés. Le site de Rome était donc habité avant 753 avant J.-C. Les populations se sont fixées sur les collines, notamment sur le Capitole. Au IXe siècle, plusieurs milliers de personnes ont construit leurs cabanes près du fleuve. C'est le siècle du Septimontium, sept villages sur les sept collines. Le tracé de Romulus a marqué la suprématie du Palatin.

Le peuplement de la cité

Des fouilles ont révélé que la vallée entre les collines a été aménagée au VIIIe siècle avant J.-C., en même temps que l'enceinte du Palatin. Deux communautés principales se sont installées : les Latins sur le Palatin et les Sabins sur le Quirinal et le Capitole. Romulus et Titus Tatius, chef des Sabins, ont asséché le marécage entre les collines pour créer le Forum. Cet espace est devenu un lieu de négociations et de réunions. Le temple de Vesta, dont les vestiges datent du VIIIe siècle avant notre ère, témoigne de ce nouveau centre-ville. Certains historiens considèrent ce passage des collines au Forum comme la vraie fondation de Rome, une trentaine d'années après 753 avant J.-C. La ville est née de l'alliance des Latins, des Sabins et des Étrusques. Ces groupes se sont divisés en trente curies. La ville de Romulus s'est placée sous la protection de Jupiter, Mars et Quirinus. Un pont en bois sous l'autorité d'un pontife a permis aux navigateurs et marchands de remonter le Tibre jusqu'à Rome. Au VIIe siècle avant J.-C., Rome ne comptait qu'une dizaine de milliers d'habitants.

Énée : un héros aux multiples facettes

Les figures mythiques sont malléables et les écrivains peuvent les adapter à leurs propres interprétations. La capacité à réécrire l'ancien avec du neuf permet aux figures d'Énée et d'Anchise de subir des mutations. Les textes médiévaux privilégient trois moments de l'histoire de Troie : le départ de Troie, les amours de Didon et d'Énée à Carthage, et l'installation d'Énée en Italie.

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Dans le Roman de Troie de Benoît de Sainte-Maure, Anchise est pratiquement inexistant. Benoît concentre ses accusations de trahison sur Anténor et Énée. Anténor est présenté comme un personnage ambivalent, à la fois traître et sage. Énée est décrit comme sage, éloquent et plein de ressources. Il s'oppose à Amphimacus, un personnage violent et insensé. Anténor et Énée trahissent leur roi parce qu'ils sont conscients que le tort a basculé du côté troyen. Ils s'opposent sur la question de Polyxène, et Énée empêche Anténor de s'installer sur le site de Troie. Benoît supprime le motif de la fuite lors du sac de Troie.

Dans le Roman d'Éneas, Michèle Guéret-Laferté souligne les ambiguïtés du personnage d'Énée et son caractère mensonger. Énée joue une comédie pour séduire Didon. Dans les manuscrits A et B, Anchise est valorisé comme l'ancêtre indiscutable. Le récit du sac de Troie et de la fuite d'Énée apparaît cinq fois dans le roman, avec des différences importantes entre les manuscrits. Le manuscrit A innocente Énée de l'accusation de trahison en soulignant l'intervention divine et la légitimité généalogique. Le manuscrit D supprime ces arguments et amplifie les vers décrivant la fuite d'Énée. Le manuscrit B ajoute le récit des tables mangées, légitimant ainsi la présence des Troyens en Italie.

Dans Partonopeu de Blois, Anchise devient un Anténor sans honneur, un mauvais conseiller. Il est décrit comme un fils du diable, né de parents inconnus, cupide et ingrat. La paternité d'Anchise est niée, et Énée est justifié malgré un jugement critique.

Les mutations des personnages d'Énée et d'Anchise sont liées aux problèmes de la réception et aux rapports entre les Plantagenêts et les Capétiens. Les clercs médiévaux perçoivent ces personnages comme des païens, ce qui explique leur part d'ombre.

L'Énéide : un récit fondateur

L'Énéide de Virgile raconte les origines légendaires de Rome à travers le voyage d'Énée. Énée fuit Troie en portant son père Anchise et en tenant son fils Ascagne par la main. Il est malmené par les dieux, notamment Junon. Énée est destiné à fonder Rome, qui portera son Empire sur toute la terre.

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Énée s'inspire des épopées d'Homère, l'Iliade et l'Odyssée. Il fuit Troie en flammes sur l'ordre d'Hector. Les Romains se considéraient comme les descendants des Troyens. Jules César prétendait descendre d'Énée.

Énée est le fils d'Anchise et d'Aphrodite. Il participe à la guerre de Troie et est sauvé par sa mère. Il arrive à Carthage, où la reine Didon tombe amoureuse de lui. Il part sur l'ordre d'Hermès, ce qui entraîne le suicide de la reine. Latinus, le roi des Latins, accueille Énée et lui permet de s'installer dans le Latium. Énée tue Turnus et épouse Lavinia. Ils ont un fils, Silvius.

Le voyage d'Énée : un parcours initiatique

Après la chute de Troie, Énée fuit avec son père, son fils et les Pénates. Son périple est semé d'épreuves : il traverse la Thrace, Délos et la Crète. Il échoue à Carthage, où il est accueilli par Didon. Jupiter lui rappelle son devoir, et il abandonne Didon, qui se suicide. En Sicile, Énée perd Anchise. Guidé par la Sibylle de Cumes, il descend aux Enfers pour consulter son père. Il atteint enfin l'Italie, où le roi Latinus l'accueille. Junon attise la guerre avec Turnus, qu'Énée tue en duel.

Énée est l'archétype du héros romain, mettant le devoir avant ses désirs. Il est le fondateur mythique de Rome, bien que son fils Ascagne établisse Albe la Longue, d'où descendent Romulus et Rémus.

Vénus protège Énée, Didon est victime de son devoir, Anchise guide Énée, Ascagne représente l'avenir, Lavinia est le lien avec le Latium, et Turnus est l'antagoniste. Énée est moins rusé et plus soumis à la volonté divine qu'Ulysse.

L'Énéide est un pilier de la littérature latine, influençant de nombreux auteurs. Énée est représenté dans des sculptures, des peintures et d'autres formes d'art.

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