L’endométriose, une maladie inflammatoire et chronique, peut continuer à affecter les femmes après la grossesse. Bien que certaines femmes constatent une amélioration de leurs symptômes après avoir donné naissance, ce n’est pas le cas pour toutes. Il est donc essentiel de comprendre cette condition et de connaître les options de prise en charge disponibles.
Qu'est-ce que l'endométriose ?
L'endométriose est une maladie chronique complexe qui affecte une grande partie des femmes dans le monde. Elle se caractérise par la présence de tissu semblable à l'endomètre (le revêtement de l'utérus) en dehors de l'utérus. Ces implants ectopiques peuvent se trouver sur les ovaires, les trompes de Fallope, le péritoine, la vessie, les intestins et d'autres organes.
Au cours du cycle menstruel, ces implants d'endomètre ectopiques réagissent aux hormones ovariennes, tout comme l'endomètre normal. Ils croissent, saignent et s'inflamment, ce qui peut provoquer des douleurs, des adhérences et d'autres complications.
On distingue trois types principaux d'endométriose :
- Endométriose superficielle (ou péritonéale) : Présence d'implants d'endomètre ectopiques localisés à la surface du péritoine.
- Endométriose ovarienne : Présence de kystes d'endométriose (endométriomes) sur les ovaires.
- Endométriose profonde : Infiltration des organes pelviens (vessie, intestins, ligaments utéro-sacrés) par des nodules d'endométriose.
Endométriose et Grossesse
Impact de la grossesse sur l'endométriose
Pendant la grossesse, l'absence de menstruations entraîne une rémission des symptômes de l'endométriose chez de nombreuses femmes. Cette période de "lune de miel" sans douleur est due à la suppression du cycle hormonal. Cependant, il est important de noter que la grossesse ne guérit pas l'endométriose.
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Environ 30 % à 40 % des femmes souffrant d'endométriose rencontrent des difficultés à concevoir, soulignant l'importance d'une prise en charge adéquate. Pourtant, la majorité des femmes atteintes d'endométriose réussissent à concevoir spontanément. En cas d'endométriose ovarienne et de réserve ovarienne altérée, une préservation de la fertilité peut être envisagée.
Suivi de grossesse chez les femmes atteintes d'endométriose
Le suivi de grossesse chez une femme atteinte d'endométriose n'est pas différent de celui d'une femme sans cette pathologie. Cependant, il est essentiel de surveiller attentivement les symptômes et de prendre en charge toute complication potentielle.
Endométriose Post-Partum : Une Réalité à Considérer
Il est surprenant de constater que l’endométriose, qui est souvent en rémission durant la grossesse, peut réapparaître après l’accouchement. Cette résurgence peut s’expliquer par le retour des cycles menstruels, qui réactive les symptômes. Pour certaines femmes, les symptômes de l’endométriose peuvent s’améliorer après avoir donné naissance, apportant un certain soulagement bien mérité. Cependant, cela n’est pas une garantie universelle, et certaines nouvelles mamans découvrent que cette condition s’installe ou persiste.
Symptômes de l'endométriose post-partum
Les symptômes de l'endométriose après l'accouchement peuvent varier d'une femme à l'autre, mais incluent souvent :
- Douleurs pelviennes sévères
- Douleurs pendant les relations sexuelles (dyspareunie)
- Saignements menstruels abondants (ménorragies)
- Douleurs menstruelles (dysménorrhée)
- Fatigue
- Troubles digestifs (diarrhée, constipation, ballonnements)
- Douleurs lors de la défécation (dyschésie)
- Douleurs lombaires
- Douleurs dans les jambes
- Nausées et vertiges
Il est essentiel de ne pas négliger ou normaliser la douleur sous prétexte qu’elle accompagne le retour à la vie normale après l’accouchement. Si vous ressentez des douleurs persistantes ou d’autres symptômes préoccupants, il est crucial de consulter un spécialiste rapidement.
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Diagnostic de l'endométriose post-partum
Le diagnostic de l'endométriose post-partum repose sur :
- Anamnèse : Recueil des antécédents médicaux et des symptômes de la patiente.
- Examen clinique : Palpation abdominale et examen pelvien pour rechercher des zones sensibles ou des nodules.
- Imagerie médicale :
- Échographie pelvienne : Peut aider à visualiser les kystes ovariens (endométriomes) et à exclure d'autres pathologies.
- IRM pelvienne : Est l'examen de référence pour le diagnostic de l'endométriose, en particulier l'endométriose profonde. Elle permet de visualiser les implants d'endomètre ectopiques et d'évaluer leur étendue. Une IRM qui retrouve un épaississement du torus et de l’utero sacré est en faveur d’une endométriose.
- Cœlioscopie : Dans certains cas, une cœlioscopie (chirurgie mini-invasive) peut être nécessaire pour confirmer le diagnostic et prélever des biopsies.
Il est important de noter que la normalité de l’échographie n’élimine pas le diagnostic d'endométriose. Une IRM pelvienne est souvent nécessaire pour visualiser les lésions.
Traitements de l'endométriose post-partum
Heureusement, il existe plusieurs solutions pour soulager les symptômes d'endométriose post-partum. La prise en charge doit toujours être personnalisée en fonction des besoins individuels et des circonstances de chaque femme.
Traitements médicaux
- Traitements non hormonaux :
- Antalgiques : Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) en vente libre peuvent apporter un soulagement temporaire des douleurs.
- Traitements hormonaux :
- Pilules contraceptives : Une pilule oestro-progestative ou progestative, prise en continu, peut être prescrite pour bloquer les règles et réduire les symptômes. Cependant, il est important de noter que certaines pilules oestro-progestatives peuvent favoriser la croissance d'adénomes sur le foie.
- Stérilet hormonal (Mirena) : Ce stérilet diffuse des progestatifs localement, ce qui peut réduire les saignements et les douleurs. Son action étant localisée, les effets secondaires sont moins importants. Les stérilets classiques (sans diffuseur de progestatifs / en cuivre) sont à prohiber en cas d’endométriose.
- Progestatifs : La progestérone peut être utilisée pour stopper les règles et réduire les douleurs.
- Analogues de la GnRH : Ces médicaments induisent une ménopause artificielle, ce qui stoppe la production d'œstrogènes et réduit les symptômes de l'endométriose. Cependant, ils peuvent entraîner des effets secondaires importants, tels que des bouffées de chaleur, une sécheresse vaginale et une perte osseuse.
Il existe un nombre considérable de molécules au sein d’une même famille de médicaments et une molécule peut fonctionner alors qu’une autre donnera un résultat mitigé. C’est pourquoi il est bien souvent utile d’essayer plusieurs traitements pour voir celui qui est le plus bénéfique pour l’endométriose avec le minimum d’effets secondaires pour la patiente.
Aujourd’hui, les spécialistes s’accordent pour dire que le traitement de base consiste à empêcher la survenue des règles : c’est la mise en aménorrhée (absence de règles qui n’a rien à voir avec la ménopause artificielle). Pourquoi supprimer les règles ? Car les lésions d’endométrioses disséminées sur les organes vont saigner en même temps que les règles et créer de micros hémorragies dans le ventre.
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Chirurgie
La chirurgie peut être envisagée dans les cas suivants :
- Échec des traitements médicaux
- Douleurs sévères et invalidantes
- Présence de nodules d'endométriose volumineux
- Infertilité
La chirurgie consiste à retirer les implants d'endomètre ectopiques et les adhérences. Elle peut être réalisée par cœlioscopie ou par laparotomie (chirurgie ouverte). Il est fortement recommandé que la chirurgie soit la plus large possible afin de retirer totalement la masse causée par l’endométriose de la paroi abdominale. Après une chirurgie d’endométriose, il peut y avoir des accolements cicatriciels dans le ventre et ceux-ci peuvent être responsables de quelques douleurs.
En cas d’échec du traitement médical par pilule, avec persistance des douleurs, il peut être proposé une intervention chirurgicale pour retirer le nodule d’endométriose sur les ligaments utéro sacrés.
Dans de rares cas, une hystérectomie (ablation de l'utérus) peut être envisagée, mais ce n'est pas la solution à l'endométriose. Ce sont les ovaires qui régissent les hormones, donc sans traitement, les lésions d’endométrioses disséminées sont susceptibles de réagir à nouveau et d’entrainer une récidive.
Approches complémentaires
- Alimentation : Une alimentation anti-inflammatoire riche en fruits, légumes, et acides gras oméga-3 peut contribuer à la réduction des symptômes.
- Ostéopathie : Peut aider à soulager les douleurs pelviennes et à améliorer la mobilité des organes.
- Médecines douces : De nombreuses médecines douces permettent de diminuer l’intensité des douleurs et de donner un petit coup de pouce à la fertilité. Elles peuvent également permettre de mieux supporter les effets des ménopauses chimiques ou chirurgicales. Les médecines douces, si elles aident à mieux vivre avec l’endométriose, ne la guérissent pas. Un suivi classique est toujours nécessaire et les traitements médicamenteux ou chirurgicaux sont les moyens les plus efficaces de remédier aux douleurs ou d’améliorer la fertilité.
Impact émotionnel et soutien psychologique
L’endométriose peut avoir un impact émotionnel important, avec des conséquences psychologiques telles que l’anxiété et la dépression. Il est donc essentiel de bénéficier d'un soutien psychologique adapté.
Endométriose Pariétale Après Césarienne
Après une césarienne, il est possible que les cellules de l'endomètre migrent vers la paroi intestinale et notamment au niveau de la cicatrice et entraînent des nodules. On parle alors d'endométriose de la paroi ou endométriose pariétale. C'est une atteinte rare, qui touche 0,03 à 0,4 % des patientes avec une cicatrice de césarienne ayant pour conséquences des douleurs au niveau de la cicatrice lors des règles et parfois même au niveau abdominal. À la palpation, il est possible de sentir une masse, qui peut être douloureuse et dont le volume peut augmenter en lien avec le cycle menstruel. Les premiers signes d'une endométriose pariétale peuvent apparaître plusieurs semaines voire plusieurs années après l'intervention (généralement dans les 2 ans qui suivent la césarienne).
Le traitement de référence de l'endométriose pariétale est actuellement la chirurgie. Elle a pour but l'exérèse des implants d'endométriose et notamment des nodules. Depuis quelques années, face à l'insuffisance des traitements hormonaux et aux risques de complication de la chirurgie, une nouvelle méthode dite "mini-invasive" a été proposée dans le traitement de l'endométriose pariétale. Il s'agit de la cryothérapie. Le but est d'éliminer, par le froid, les lésions liées à l'endométriose à l'aide d'une aiguille. Cette technique est réalisée, le plus souvent, sous anesthésie locale, avec des radiologues interventionnels ayants un suivi par échographie en direct. C'est donc une intervention moins lourde et moins invasive que la chirurgie, qui ne laisse aucune cicatrice et n'abime pas la paroi abdominale.
Endométrite Post-Partum : Une Infection à Différencier
Il est important de différencier l'endométriose de l'endométrite, une infection de la muqueuse utérine (endomètre) qui peut survenir après l'accouchement.
Causes de l'endométrite
L'endométrite est généralement causée par une infection bactérienne ascendante, lorsque des bactéries provenant du vagin ou du col de l'utérus remontent vers l'utérus. Les bactéries les plus couramment impliquées sont des bactéries intestinales normales telles que Escherichia coli (E. coli), Streptococcus, Staphylococcus, et d'autres germes anaérobies.
Les facteurs de risque d'endométrite comprennent :
- Accouchement par césarienne
- Rupture prématurée des membranes
- Travail prolongé
- Infections sexuellement transmissibles (IST)
- Procédures invasives (curetage, biopsie de l'endomètre, pose de stérilet)
Symptômes de l'endométrite
Les symptômes de l'endométrite sont les suivants :
- Fièvre (généralement supérieure à 38 °C)
- Douleurs abdominales basses ou pelviennes
- Sensibilité ou douleur à la palpation de l'utérus
- Écoulement vaginal anormal (épais, jaunâtre ou verdâtre, avec une odeur désagréable)
- Menstruations anormales (plus abondantes, plus douloureuses ou irrégulières)
- Sensation de malaise général, fatigue, perte d'appétit
Diagnostic de l'endométrite
Le diagnostic d'endométrite repose sur :
- Anamnèse et examen clinique
- Tests sanguins (NFS, VS, CRP) : Des niveaux élevés de ces marqueurs peuvent indiquer une infection ou une inflammation.
- Prélèvements vaginaux ou cervicaux : Pour identifier les organismes responsables de l'infection.
- Échographie pelvienne : Pour évaluer l'état de l'utérus et rechercher des signes d'inflammation.
Traitement de l'endométrite
Le traitement de l'endométrite implique généralement l'administration d'antibiotiques pour éliminer l'infection bactérienne. Les antibiotiques sont administrés par voie intraveineuse pendant une période de 24 à 48 heures dans un environnement hospitalier ou, dans certains cas, par voie orale si l'infection est légère et ne présente pas de signes de complication. La durée du traitement antibiotique varie généralement de 7 à 14 jours, selon la gravité de l'infection, les bactéries impliquées et la réponse du patient au traitement. En plus des antibiotiques, des médicaments pour soulager la douleur et la fièvre peuvent être prescrits.
Complications de l'endométrite
Si l'endométrite n'est pas traitée, elle peut entraîner des complications potentiellement graves, telles que :
- Abcès pelvien
- Péritonite
- Septicémie
- Infertilité
- Complications pendant la grossesse (rupture prématurée des membranes, travail prématuré, infection néonatale, fausses couches)
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