L'avortement est un sujet complexe et délicat, donnant lieu à des débats et des opinions diverses au sein de l'Islam. Bien que le Coran ne mentionne pas explicitement l'avortement, l'Islam accorde une grande importance à la préservation de la vie humaine, ce qui influence les interprétations et les avis sur la question. Cet article propose une exploration des perspectives islamiques sur l'avortement, en tenant compte des divers courants de pensée et des contextes socioculturels.
Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) et Islam : Un Aperçu Général
L'interruption volontaire de grossesse, ou avortement, se réfère à l'acte médical visant à mettre fin volontairement à une grossesse, soit par des moyens médicamenteux, soit par une intervention chirurgicale. En Islam, l'avortement est généralement considéré comme une atteinte à la vie, un don sacré d'Allah, et est donc découragé, voire interdit, sauf dans des circonstances exceptionnelles.
Les Bases Textuelles et l'Interprétation Islamique
Le Coran, livre sacré de l'Islam, ne contient pas de paragraphe explicite sur l'avortement. Cependant, certains versets sont souvent cités dans les discussions sur ce sujet. Par exemple, le verset qui dit : « Ne tuez pas vos enfants par peur de la pauvreté. C’est Nous qui pourvoyons à eux, et vous aussi. Les tuer est un grand péché » (17 :31). Ce verset est interprété par certains comme une interdiction d'avorter par crainte de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de l'enfant.
De plus, l'Islam place la vie humaine au-dessus de tout. Le Coran interdit de tuer une âme sauf pour une raison légitime (5 :32). Les sources islamiques considèrent ainsi l'avortement comme un « crime contre une créature d’Allah », particulièrement après 120 jours de grossesse, moment où l’âme est insufflée au fœtus, selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim. Certaines écoles affirment que l'âme est insufflée dès 40 jours de grossesse.
Les Différents Courants de l'Islam et leurs Positions sur l'Avortement
Les différents courants de l'Islam n'ont pas tous le même point de vue sur la question de l'avortement. Les principales écoles juridiques islamiques (Hanafite, Malikite, Chaféite et Hanbalite) ont des opinions nuancées sur la question.
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- Hanafite: Ce courant, majoritaire au Moyen-Orient, en Turquie et en Asie centrale, considère l’avortement comme mekrouh (indésirable) plutôt que haram (interdit) à moins de 120 jours de grossesse, étant donné que jusqu’alors le fœtus n’a pas d’âme. Toutefois, la décision de mettre un terme à la grossesse est laissée à la discrétion du mari et ne constitue pas un droit ni un choix pour la femme.
- Malikite: Ce courant, prédominant en Afrique du Nord, considère le fœtus comme un être vivant en devenir et interdit totalement l’avortement, sauf en cas de danger pour la vie de la mère. Certains juristes admettent une possibilité restreinte d’avortement avant 40 jours en cas de motif grave, mais pas pour confort ou convenance.
- Chaféite: Ce courant, qui domine en Asie du Sud-Est et dans certaines régions d’Afrique, autorise les IVG jusqu’à 40 jours de grossesse. Certains imams chaféistes tolèrent l’avortement jusqu’au 120e jour.
- Hanbalite: Ce courant, majoritaire en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, n’a pas d’opinion tranchée sur la question, mais certains chefs religieux autorisent également l’avortement jusqu’au quatrième mois.
Tous les dogmes islamiques estiment qu’à compter de 120 jours après sa conception, le fœtus a une âme, et aucun n’autorise l’avortement après cette date, sauf en cas de danger pour la vie de la mère.
Les Situations Exceptionnelles où l'Avortement Peut Être Envisagé
Bien que l'avortement soit généralement interdit, il existe des situations exceptionnelles où il peut être envisagé, notamment :
- Danger pour la vie de la mère: Toutes les facultés de droit musulmanes acceptent que l’avortement soit pratiqué si la poursuite de la grossesse met en danger la vie de la mère. Dans ce cas, la vie de la mère est considérée comme prioritaire par rapport à celle du fœtus.
- Grossesse résultant d'un viol ou d'un inceste : Bien que cela soit un sujet de débat, certains savants autorisent l'avortement dans les cas de grossesse résultant d'un viol ou d'un inceste, en particulier si la grossesse n'a pas dépassé 40 jours.
- Malformation grave du fœtus: Dans certains cas, si le fœtus présente une malformation grave incompatible avec la vie, certains savants peuvent autoriser l'avortement, en particulier avant 120 jours de grossesse.
Dans tous les cas, il est impératif de consulter des médecins et des savants religieux avant de prendre une décision concernant l'avortement. L'intention (niyya) joue un rôle central : un avortement motivé par des raisons futiles est considéré comme un péché grave.
L'Avortement dans les Pays à Majorité Musulmane : Législation et Pratique
Dans le monde musulman, l’avortement est souvent strictement réglementé. Environ 80 % des femmes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord vivent dans des pays où l’avortement est limité, principalement autorisé pour sauver la vie de la mère ou préserver sa santé physique ou mentale. Seules la Turquie et la Tunisie permettent l’avortement volontaire, mais même là, les femmes font face à des jugements sociaux et à des pressions religieuses.
La législation sur l'avortement varie considérablement d'un pays à l'autre. Dans certains pays, l'avortement est autorisé uniquement pour sauver la vie de la mère, tandis que dans d'autres, il est autorisé dans des cas plus larges, tels que le viol, l'inceste ou la malformation fœtale. Cependant, même dans les pays où l'avortement est légal, les femmes peuvent rencontrer des obstacles pratiques, tels que le manque d'accès aux services de santé ou les jugements sociaux et religieux.
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Les Défis et les Alternatives
Restreindre l’accès à l’avortement ne fait que le rendre clandestin et dangereux. Chaque année, des milliers de femmes meurent de complications liées à un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions. De plus, les restrictions du droit d’accès à l’avortement affectent davantage les femmes les plus pauvres.
Grâce à l’avortement médicamenteux et à la télémédecine, des alternatives sûres se multiplient hors du cadre légal. Un grand nombre de femmes vivant dans des pays à majorité musulmane, ou dans d’autres pays qui limitent l’accès à l’avortement, consultent des services de médecine en ligne pour demander de l’aide et recevoir des informations sur la façon de s’auto-administrer les pilules abortives obtenues par ce biais.
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