Pressées par une opinion publique favorable, de nombreuses personnalités politiques ont maintes fois exprimé leur soutien à cette mesure, de Roselyne Bachelot à Laurence Parisot, en passant par François Hollande ou Benoit Hamon. L'allongement du congé paternité est un sujet débattu et d'actualité, avec des arguments convaincants en faveur de cette mesure.
Le congé paternité actuel : un bref aperçu
Le congé de paternité et d’accueil de l’enfant est ouvert à tous les pères, s’ils sont salariés, sans condition d’ancienneté. Les employeurs doivent être avertis 1 mois avant la date du congé. Ils ne peuvent légalement s’y opposer. Les indemnités journalières (IJ) sont calculées sur la base d’un salaire journalier déterminé à partir du total des 3 derniers salaires bruts perçus avant la date d’interruption du travail, divisé par 91,25 (pour les salariés mensualisés). Actuellement pris par 7 pères sur 10 (seulement), le « congé paternité et d’accueil de l’enfant » - c’est son appellation complète - dure au maximum 11 jours ouvrables à prendre dans les quatre mois suivants la naissance de l’enfant. Selon l’enquête de la Drees relayée par Le Parisien, 68 % des papas ont demandé un congé paternité en 2012.
Pourquoi allonger le congé paternité ?
À bien y réfléchir, les bonnes raisons d’allonger le congé paternité ne manquent pas. Et elles concernent autant les hommes que les femmes.
L'apprentissage du rôle de père
Soyons clairs, on ne s’improvise pas papa. Ça s’apprend. Pendant 9 mois d’une grossesse vécue par procuration, les hommes ont tout le temps de se construire une représentation fantasmée de leur futur rôle de daron. Mais lorsque, le jour de la naissance, il la confronte à la réalité, le résultat peut faire l’effet d’une grosse claque. Bref, pour prendre la mesure de sa nouvelle condition et faire le deuil de son ancienne vie, il faut un peu de temps. C’est l’objectif ultime du congé de paternité et d’accueil de l’enfant. Problème : 11 jours sont-ils réellement suffisants pour accueillir un bébé convenablement et commencer à tisser cette relation qu’on espère tous la plus intime possible ? C’est le temps qui permettra à un père et à son enfant de faire connaissance, de se ressentir l’un l’autre, de se dompter et de se faire confiance. Parce qu’on en dira ce qu’on voudra, mais la paternité ne se décrète pas, elle se vit. Profondément. Un congé paternité, c’est l’occasion de découvrir des moments aussi importants que les changes, les repas, les toilettes, les promenades, les siestes, les petits bobos… autant d’expériences qu’il est indispensable de vivre pour se sentir devenir parents. Laissons-le temps aux pères de trouver leurs marques, de construire leurs routines, d’affronter les premières difficultés et de se nourrir de moments aussi précieux qu’intimes.
Soutien à la mère et équilibre du couple
Si les accouchements se passent globalement bien en France, les douleurs physiques et psychologiques vécues par certaines femmes sont souvent passées sous silence. Sans doute parce que, dans notre inconscient collectif, donner la vie est la chose la plus conne du monde et que les femmes sont faites pour ça. Et si ces stéréotypes sont insupportables à entendre pour les femmes, ils le sont aussi pour tous ces hommes qui les aiment profondément et ne supportent plus de les voir souffrir lorsqu’ils quittent la maison pour retourner travailler. Si la naissance d’un enfant est parfois vécue par certains parents comme un bouleversement individuel fort, l’arrivée de bébé peut aussi faire bouger les lignes des relations interpersonnelles. D’une vie à deux, il faut ainsi passer à une vie de famille. Le virage peut paraître simple à aborder d’un point de vue théorique, mais il n’en est rien. Ces changements sont souvent vécus violemment par les jeunes couples, parfois jusqu’à la séparation. Selon respectivement 44% des pères interrogés, le congé paternité prolongé facilite la compréhension mutuelle dans le couple, et l’adaptation sans (trop de) heurts à la nouvelle vie de parents. Pour 38% d’entre eux, cela passe par la mise en place plus naturelle d’un partage des tâches équilibré qui permet d’éviter que ce soit toujours à elle de se sacrifier (dans le foyer, et dans sa vie professionnelle).
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Lutter contre les inégalités professionnelles femmes-hommes
Si les femmes pâtissent d’inégalités professionnelles, c’est notamment parce que nombre d’employeurs considèrent qu’elles ne sont pas aussi fiables que leurs pendants masculins. Marlène Schiappa et les patrons sont au moins d’accord sur un point : « les hommes n’accouchent pas, eux », ils sont donc disponibles pour travailler. Un rapprochement de la durée du congé paternité sur celle du congé maternité contribuerait à atténuer les inégalités liées aux conséquences d’une interruption de carrière à la naissance d’un enfant. On ne va pas se voiler la face : les hommes se contenteraient de jouer les seconds dans la réalisation des tâches parentales. En 2010, 65 % d’entre elles seraient réalisées par des femmes. En même temps, les quelques jours offerts par le congé paternité ne laissent que peu d’occasions aux pères de participer à la réorganisation de la vie de famille, à l’accueil et aux soins de bébé. Dans notre imaginaire collectif, la femme est d’abord une mère. Et tout est fait pour la surresponsabiliser, comme si elle incarnait la référente - le parent par défaut - et le père le second. La différence de durée entre le congé paternité et le congé maternité en constitue la plus belle preuve. Pour impliquer les pères et permettre aux mères de s’extraire de cette condition qui les étouffe parfois, traitons-les avec équité face à leurs responsabilités parentales. C’est le genre de portes que l’on croit ouvertes, mais qui ne le sont pas tant que ça.
L’impact du congé paternité sur la société et les entreprises
Maman à la maison à s’occuper des enfants pendant que Papa part chasser le yak dans la forêt. Hérité du siècle dernier, ce modèle sociétal ne convient plus ni aux femmes ni aux hommes. C’est en rééquilibrant l’implication des uns et des autres au sein de la cellule familiale que nous contribuerons à rendre hommes et femmes plus égaux. C’est aussi de cette façon que nous leur permettrons de vivre leurs nouvelles aspirations, pour davantage d’épanouissement personnel. De plus en plus d'entreprises proposent à leurs salariés des congés allongés et protégés à l'instar de Kering, L'Oréal ou encore Ubisoft qui ont pris les devants , un dispositif allant dans le sens de l'égalité professionnelle des salariés. Novartis propose un congé coparent rémunéré de 16 semaines, de même pour LDLC qui accorde également 10 semaines supplémentaires au congé post-natal légal des femmes.
Les arguments contre le congé paternité obligatoire
Contre : Eric Chevee, dirigeant d'une TPE dans le commerce d'ameublement et membre de la CPME« Dans les TPE ou les PME, toute absence non organisée de personnel est toujours compliquée à gérer. Ce n'est pas comme dans une grande entreprise. On ne peut pas considérer qu'une TPE, c'est une grande entreprise en miniature. Selon moi, les hauts fonctionnaires ne fréquentent en stage que des entreprises comme Veolia, Renault ou EDF et donc ils ne se rendent pas compte que l'on ne peut pas dupliquer sans précaution un modèle qui rencontre un certain succès dans une grande entreprise. En France, on appréhende l'entreprise en pensant d'abord aux grands groupes, qui sont finalement minoritaires dans le paysage. Les TPE/PME représentent 98 % des entreprises françaises. J'ajoute que près de 50 % des salariés travaillent dans des entreprises de moins de 300 salariés. Le congé paternité obligatoire est un exemple parmi tant d'autres. J'ai une entreprise de six salariés et le départ d'une personne - même ponctuel - a des répercussions économiques et affecte l'organisation du travail. Pour le remplacer, j'aurais pu avoir recours à un intérimaire ou à un CDD mais j'ai finalement opté pour une solution de bricolage pour ne pas occasionner de dépenses supplémentaires. Nous ne sommes pas assez rentables pour nous permettre des frais non nécessaires. Dans une PME, tout départ, à l'exception des congés qui sont anticipés et planifiés dans l'année, entraîne des complications voire des coûts. »
Étendre le congé paternité : les modalités et les objectifs
Si la nécessité de revaloriser les congés parentaux fait relativement consensus, reste à savoir selon quelles modalités et avec quels objectifs. Il faut étendre le congé paternité au bénéfice de tous les seconds parents, instaurer un véritable service public de la petite enfance et revaloriser le congé parental, adossée à des objectifs d’émancipation plutôt que natalistes.
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