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Les crimes d'Émile Louis : Un regard sur les victimes et les silences de l'Yonne

L'affaire Émile Louis, du nom de ce chauffeur de car condamné pour les meurtres de jeunes filles handicapées dans l'Yonne, est un dossier complexe qui met en lumière les failles d'un système et les silences coupables d'une époque. Cette affaire a marqué les esprits non seulement par la nature des crimes, mais aussi par les dysfonctionnements de la justice et des services sociaux qui ont permis à ces actes de rester impunis pendant des années.

Les aveux et le profil du tueur

Pensant ne plus rien craindre, le chauffeur de car Émile Louis avoue avoir tué sept jeunes filles handicapées dans la région d'Auxerre, puis violé sa dernière épouse, ainsi que la fille de cette dernière âgée de 15 ans. Émile Louis a l'impression assez nette de s'être fait avoir. Quand les gendarmes ont débarqué chez lui, à Draguignan, dans le Var, pour ces vieilles histoires de filles disparues vingt ans plus tôt dans l'Yonne, ils ont expliqué que de toute façon, les crimes étaient prescrits au bout de dix ans et qu'il ne risquait pas grand-chose. Alors le monsieur de soixante-six ans un peu rougeaud, le brave "pervers pépère" comme l'a défini Me Didier Seban, l'avocat des parties civiles, a avoué. Il a "tout balancé pour être tranquille". Et risque fort de finir sa vie en prison à remâcher son imprudence. Il a reconnu le 13 décembre 2000 avoir tué et enterré sept jeunes femmes, de 1977 à 1979 dans la région d'Auxerre, sans s'attarder sur les détails.

Émile Louis, né de parents inconnus en 1934, a passé sa jeunesse au sein de la DDASS (Direction départementale des affaires sanitaires et sociales). Son parcours est marqué par des placements en centres de redressement, où il affirme avoir été victime de violences sexuelles. Il s'engage ensuite dans la marine et participe au rapatriement des corps en Indochine, une expérience qui pourrait avoir eu un impact psychologique significatif. De retour dans l'Yonne, il devient chauffeur aux Rapides de Bourgogne, transportant notamment des jeunes handicapées, qu'il n'hésite pas à tripoter plus ou moins discrètement pendant le voyage.

Les victimes : les oubliées de l'Yonne

Entre 1977 et 1979, sept jeunes filles disparaissent dans l'Yonne. Elles ont toutes un point commun : elles sont issues de milieux modestes, légèrement handicapées mentales et placées sous la tutelle de la DDASS. Ces jeunes femmes, souvent isolées et vulnérables, sont les proies idéales pour un prédateur comme Émile Louis.

Parmi ces victimes, on retrouve :

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  • Disparue le 23 janvier 1977, à l'âge de 15 ans.
  • Disparue le 21 avril 1977, âgée de 18 ans.
  • Disparue en 1978, à l'âge de 19 ans. Ancienne de l'IME de Grattery, elle était mariée et mère d'un garçon.
  • Disparue au printemps 1977 à l'âge de 26 ans.
  • Disparue en septembre 1979, âgée de 16 ans.
  • Disparue en juillet 1977 à Auxerre, à l'âge de 21 ans. Son corps a été retrouvé en décembre 2000, sur les indications d’Émile Louis, lors des fouilles à Rouvray.
  • Disparue le 4 avril 1977, à 18 ans. Elle était placée dans la famille d'Émile Louis.

Seules deux de ses victimes ont été retrouvées et identifiées dans le bois de Rouvray : Jacqueline Weiss et Madeleine Dejust.

L'enquête et les obstacles

La première alerte survient en 1981 avec la découverte du corps de Sylviane Lesage, une jeune femme de la DDASS élevée par la compagne d'Émile Louis. Bien qu'il soit rapidement soupçonné, Émile Louis parvient à s'en sortir en avouant des viols sur mineurs, ce qui lui vaut une peine de prison, mais pas pour le meurtre de Sylviane.

L'adjudant Jambert, convaincu de la culpabilité d'Émile Louis dans les disparitions, mène une enquête acharnée, mais se heurte à l'inertie de sa hiérarchie et du parquet. Son rapport accablant est classé sans suite, et Jambert, rongé par le désespoir, finit par se suicider en 1997.

C'est grâce à la ténacité de Pierre Monnoir, président de l'Association de défense des handicapés de l'Yonne (ADHY), que l'affaire est relancée. Monnoir remue ciel et terre pour que l'on s'intéresse aux disparitions, et c'est grâce à lui que la Cour de cassation déclare le dossier "non prescrit" en 2002.

Le procès et la condamnation

En 2004, Émile Louis est finalement condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de dix-huit ans, pour les meurtres de sept jeunes filles. Sa peine est confirmée en appel en 2006.

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Avant cela, Emile Louis a été condamné à cinq ans de prison dont un avec sursis en 1989 à Draguignan pour des attouchements sur quatre fillettes de 9 à 11 ans. Libéré en 1992, il épouse Chantal Paradis, à qui il fait prendre un médicament avant de la violer sur la table de la cuisine, les poings liés, en l'écorchant au couteau sous le sein. Il violera dans la foulée la fille de son épouse, âgée de quinze ans, qui avait selon lui "le feu au derrière". Il sera condamné en avril 2004 à Draguignan à vingt ans de réclusion criminelle avec peine de sûreté des deux tiers pour "viols avec torture, actes de barbarie et agressions sexuelles aggravées". Il prendra trente ans en appel le 14 octobre 2005, dont vingt ans incompressibles.

Cette condamnation, bien que tardive, est une victoire pour les familles des victimes et pour tous ceux qui ont lutté pour que justice soit faite.

Les zones d'ombre et les questions persistantes

Malgré la condamnation d'Émile Louis, des zones d'ombre persistent dans cette affaire. Les corps de toutes les victimes n'ont pas été retrouvés, et l'on peut se demander si Émile Louis a agi seul ou s'il a bénéficié de complicités.

De nouvelles fouilles sont en cours à Rouvray (Yonne), dans le bois surnommé le "cimetière d'Emile Louis", pour retrouver le corps de Marie-Jeanne Coussin, disparue en 1975. Des nouvelles fouilles sont en cours, depuis ce mardi 24 septembre 2024, à Rouvray, dans l'Yonne. Plus précisément, dans le petit bois surnommé "le cimetière d'Emile Louis". Les nouvelles recherches pourraient permettre de retrouver une possible nouvelle victime : le crâne de Marie-Jeanne Coussin, disparue depuis 1975, a été découvert à cet endroit il y a six ans.

Par ailleurs, l'affaire Émile Louis a mis en lumière les dysfonctionnements des services sociaux et de la justice dans l'Yonne à cette époque. Comment a-t-il été possible qu'autant de jeunes filles disparaissent sans que cela n'émeuve personne ? Comment l'enquête a-t-elle pu être bloquée pendant si longtemps ?

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La conspiration du silence

La série documentaire "La Conspiration du silence" met en lumière les silences qui ont entouré l'affaire Émile Louis. Elle révèle l'autoritarisme et la liberté de mœurs des établissements médico-sociaux, la compromission de certains notables, l'incompétence, voire la corruption, judiciaire qui ont permis cette inertie scandaleuse.

Dans l'Yonne, près d’une vingtaine de jeunes femmes ont disparu « mystérieusement », sans laisser de trace et sans même, presque, que l’on s’en inquiète dans le département de l’Yonne. Comment ce territoire rural a priori sans histoire a-t-il pu devenir, si longtemps, le terrain de jeu de tueurs en série comme Émile Louis et Michel Fourniret, mais aussi du pédophile Michel Garnier ou des époux Dunand (qui enlevaient et séquestraient des jeunes femmes de la DDASS pour les offrir à la torture de clients restés pour la plupart non identifiés à ce jour) ? Il y a ceux qui font le mal et ceux qui laissent faire, sans bouger. Tout le mérite de cette série documentaire est de s’intéresser non pas tant à la figure du mal qu’au silence dont il se nourrit et qui, d’une certaine manière, l’autorise.

Le silence devient lâcheté lorsque l’occasion exige de dire toute la vérité et d’agir en conséquence.

L’arrestation en Belgique de Michel Fourniret, le 26 juin 2003 après la tentative d’enlèvement d’une adolescente, a des répercussions jusque dans l’Yonne. Le Français, né soixante et un ans plus tôt dans les Ardennes, plaide « l’accident », mais sa femme, Monique Olivier, finit par livrer des noms de victimes. Parmi elles, Isabelle Laville, la lycéenne disparue depuis décembre 1987 près d’Auxerre. À l’époque, l’affaire avait fait grand bruit, mais l’enquête s’était vite enlisée sur la mauvaise piste, celle d’Émile Louis. En mai 2008, Michel Fourniret et Monique Olivier sont condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité pour les assassinats de sept jeunes filles en Belgique et en France. Mais le couple diabolique traîne encore quelques fantômes derrière lui. La femme du tueur obsédé par les vierges distille les informations à son rythme. Elle donne deux autres noms de victimes figurant sur la liste des disparues de l’Yonne : Marie-Angèle Domèce, une fille fragile de la DDASS volatilisée depuis juillet 1988, et Joanna Parrish, une jeune Anglaise dont le corps supplicié avait été repêché dans la rivière au printemps 1990. Là encore, les dossiers s’étaient égarés dans les limbes de la justice auxerroise, toujours aussi prompte à classer les affaires.

En novembre 2002, en plein scandale des disparues de l’Yonne, une autre affaire sordide ébranle la banlieue d’Auxerre. Des tracts révèlent qu’à Venouse, petit village rural accolé à celui de Rouvray, où la première victime identifiée d’Émile Louis avait été retrouvée en 1981 dans un abri à bestiaux, sévit un pédophile depuis plus de vingt ans. Jérôme Nozet accuse Michel Garnier, éleveur de cochons respecté et figure locale unanimement appréciée, de l’avoir régulièrement violé de 9 à 15 ans dans les années 1980. Les faits sont prescrits, mais en menant sa propre enquête Jérôme Nozet découvre des dizaines d’autres victimes, certaines bien plus anciennes que lui, et surtout que la propre famille de son agresseur était au courant de ses agissements.

tags: #Emile #Louis #enfants #victimes

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