La question de l'embryon vivant et de son développement est au cœur de nombreux débats éthiques, scientifiques et philosophiques. Cet article explore les différentes perspectives sur le statut de l'embryon, en s'appuyant sur des arguments scientifiques, philosophiques et religieux, afin de mieux comprendre les enjeux complexes liés à cette question.
Quand commence la vie ? Une approche ontologique de l'embryon
La question du moment où commence la vie humaine est un débat complexe qui oppose différentes visions philosophiques, religieuses et scientifiques. Francis Kaplan aborde cette question en se concentrant sur l'ontologie de l'embryon, c'est-à-dire sur la nature de son être.
Être vivant vs. Un être vivant
Kaplan établit une distinction fondamentale entre « être vivant » et « un être vivant ». Pour lui, être vivant se réfère à la simple présence de fonctions biologiques, tandis que « un être vivant » implique une autonomie et une indépendance fonctionnelle. Il s'appuie sur la définition médicale de l'être vivant, qui le caractérise par la possession de fonctions vitales interdépendantes.
L'embryon : une partie d'un tout
Selon Kaplan, l'embryon, dans ses premiers stades de développement, est absolument dépendant des fonctions de sa mère. Il fait système avec elle et ne peut survivre de manière autonome. Il en conclut que l'embryon n'est pas « un être vivant », mais plutôt « une partie d'un être vivant », à savoir la mère. Il le compare à un ovocyte dont la moitié des chromosomes a été modifiée, comme en thérapie génétique.
Kaplan réfute l'objection de la distinction des ADN en utilisant l'exemple des greffes. Il aborde ensuite la notion d'être humain potentiel, souvent évoquée dans le débat sur l'avortement. Il soutient que le concept de puissance ne s'applique pas à l'embryon, car celui-ci ne se développe pas de lui-même, mais dépend entièrement de sa mère.
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Avortement : abstention d'acte ou crime ?
Partant du principe qu'il faut à la fois un embryon et l'acceptation de sa mère de le développer, Kaplan conclut que l'avortement est une abstention d'acte - l'abstention de l'acte de créer un être humain - et le non-avortement un acte - la création d'un être humain. Il considère que l'avortement n'est pas un neutre, mais un refus d'amour « à l'avance », d'amour « prospectif », et qu'un tel refus n'est pas un crime.
Le malaise suscité par l'avortement
Kaplan explique le malaise suscité par l'avortement par la ressemblance du fœtus avec un être vivant et par une tendance maternelle naturelle. Il aborde également la question de la scission de l'embryon, soulignant la difficulté de concevoir que l'âme d'un embryon puisse se diviser en deux, trois, quatre, cinq ou six en cas de division embryonnaire.
La limite : quand l'embryon devient-il "suffisamment" un être vivant ?
Kaplan reconnaît la difficulté de fixer une limite précise au passage de l'état de vivant à celui d'être vivant. Il introduit la notion de continuité et de degré, reformulant la question comme suit : « Y a-t-il un stade où l'entité pré-embryon/embryon/fœtus peut être considérée comme suffisamment un être vivant ? » Il propose le critère de l'activité neuronale, comme indice de la conscience, situant ce stade à la fin du premier trimestre d'existence.
Les limites de la notion d'autonomie
La démonstration de Kaplan, bien que cohérente, repose sur un postulat libéral qui met l'accent sur l'indépendance et l'autonomie comme critères définissant les êtres vivants. Cette approche néglige l'interdépendance fondamentale de l'être humain avec son environnement. Le postulat de l'autonomie est cohérent avec un référentiel médical, mais ne permet pas de saisir le vivant dans sa totalité.
L'utilisation de concepts issus de la biologie, tels que la symbiose ou l'écosystème, aurait pu conduire Kaplan à des conclusions différentes. De même, l'absence d'une définition claire du concept d'âme et de références à la notion d'acte limite la portée de son analyse.
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L'éthique des biotechnologies : la maîtrise contre le don
Michael Sandel aborde les biotechnologies sous un angle purement éthique, en se concentrant sur le malaise moral que crée la prétention de l'ingénierie à remodeler la nature humaine.
Le malaise moral face à l'amélioration génétique
Sandel s'interroge sur les raisons de notre malaise face à l'amélioration génétique, qui utilise des moyens médicaux pour des buts non médicaux. Il explore la différence entre la maîtrise et le don, soulignant que la vie est reçue et que les techniques d'amélioration représentent une aspiration prométhéenne à refaire la nature.
Le sport, l'éducation et la parentalité à l'épreuve des biotechnologies
Sandel examine les implications des biotechnologies dans le sport, l'éducation et la parentalité. Il met en évidence la menace que représentent ces technologies pour la parentalité, en soulignant la prétention des parents à créer leurs enfants. Il insiste sur l'importance de l'ouverture à l'importun et de l'amour inconditionnel dans la relation parent-enfant.
L'eugénisme de marché
Sandel analyse le renouveau de l'eugénisme, qui se manifeste aujourd'hui sous la forme d'un « eugénisme de marché », où des entreprises offrent des services d'amélioration génétique et des clients les achètent. Il s'interroge sur les limites de la contestation de l'eugénisme, soulignant que même un eugénisme non coercitif peut être contestable s'il manifeste une posture de maîtrise et de domination qui néglige la dimension reçue de la vie.
Les fondements éthiques : la vie comme un don
Sandel justifie son point de départ, à savoir que la vie est un don. Il montre que les pratiques d'amélioration génétique portent atteinte à trois vertus essentielles : l'humilité, la responsabilité personnelle et la solidarité. Il souligne que les questions morales posées par l'amélioration ne peuvent être résolues en utilisant les catégories de l'autonomie et des droits, ni par des calculs de coût et de bénéfice.
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Les enjeux moraux fondamentaux
Sandel met en évidence les enjeux moraux fondamentaux soulevés par les biotechnologies, qui concernent le sort des biens humains inclus dans les pratiques sociales importantes et notre orientation par rapport au monde que nous habitons.
La recherche sur les cellules souches embryonnaires : un épilogue controversé
Sandel termine son livre par un épilogue où il justifie la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Cependant, il ne reprend aucun des concepts qu'il a développés auparavant, ce qui rend cette annexe confuse et en contradiction avec sa démonstration.
L'embryon : personne ou chose ?
Sandel s'attaque à l'argument central des défenseurs de la vie naissante, à savoir qu'il n'y a pas de limite non arbitraire entre la conception et l'âge adulte qui puisse nous dire quand la personne commence. Il distingue ce qui est de la « vie humaine » (comme des cellules) et l'être humain lui-même. Cependant, il parvient à la conclusion que les embryons sont des « êtres humains potentiels », argumentant que l'embryon n'a pas une physionomie ou une forme humaine reconnaissable.
Au-delà de la dichotomie personne/chose
Sandel conteste l'hypothèse kantienne selon laquelle l'univers moral est divisé en deux : un être est soit une personne, objet de respect, soit une chose, disponible pour être utilisée. Il affirme que tous les êtres ont une signification propre, une valeur intrinsèque. Cependant, il ne parvient pas à concilier cette affirmation avec sa conclusion sur le statut de l'embryon, affirmant que « les embryons ne sont pas intouchables, mais ils ne sont pas non plus des objets à notre disposition. »
L'avortement : un débat complexe
La question de l'avortement est au cœur de nombreux débats éthiques, religieux et politiques. L'Organisation mondiale de la santé et La Documentation française évaluent à environ cinquante millions le nombre d'avortements pratiqués chaque année dans le monde.
Les arguments des opposants à l'avortement
Les opposants à l'avortement, notamment les autorités religieuses de l'Église catholique, de l'Église orthodoxe, de certains mouvements protestants évangélistes, du bouddhisme et d'une certaine frange du judaïsme orthodoxe, considèrent que l'embryon humain est un être vivant humain dès le moment de la conception et que l'avortement est un assassinat.
Les conséquences de l'interdiction de l'avortement
L'interdiction de l'avortement n'empêche pas les avortements, mais les rend clandestins, avec des conséquences désastreuses pour la santé des femmes. Selon l'Organisation mondiale de la santé et Amnesty International, environ 70 000 décès par an sont dus à des avortements non médicalisés. De plus, l'interdiction de l'avortement entraîne celle de l'utilisation des cellules souches dans un but thérapeutique, empêchant ainsi la guérison de certaines maladies.
Les arguments en faveur de la légalisation de l'avortement
Les partisans de la légalisation de l'avortement mettent en avant le droit des femmes à disposer de leur corps et la nécessité de protéger leur santé. Ils soulignent que la légalisation de l'avortement permet de réduire le nombre d'avortements clandestins et de leurs conséquences néfastes.
Le statut de l'embryon : un débat scientifique et philosophique
Le débat sur l'avortement est étroitement lié à la question du statut de l'embryon. Les autorités religieuses qui s'opposent à l'avortement ne s'appuient pas uniquement sur la foi, mais invoquent également la philosophie et la science pour justifier leur position.
Les arguments scientifiques et philosophiques
Les arguments scientifiques et philosophiques avancés par les opposants à l'avortement reposent sur l'idée que l'embryon possède dès la conception les caractéristiques essentielles d'un être humain vivant. Ils mettent en avant le développement continu de l'embryon, son individualité génétique et sa capacité à devenir un être humain à part entière.
Les arguments contraires
Les arguments contraires soulignent la dépendance de l'embryon vis-à-vis de sa mère, l'absence de conscience et de sensibilité dans les premiers stades de développement, et la nécessité de prendre en compte les droits et la santé de la femme enceinte.
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