Introduction
Le développement de l'embryon et du fœtus est un sujet qui suscite fascination et interrogation. L'Islam, à travers le Coran et la Sunna, offre des perspectives uniques sur ce processus vital, abordant à la fois les aspects biologiques et les implications juridiques et éthiques. Cet article explore les versets coraniques relatifs au développement embryonnaire, les interprétations juridiques musulmanes concernant le statut du fœtus, et les considérations éthiques liées à l'avortement.
Le développement embryonnaire dans le Coran
Le Coran contient plusieurs versets qui décrivent les étapes du développement embryonnaire, souvent en termes poétiques et imagés. Ces versets ont été interprétés à la lumière des connaissances scientifiques modernes, révélant une concordance remarquable entre les textes sacrés et les découvertes de l'embryologie.
Les étapes de la création humaine
Plusieurs versets coraniques décrivent les étapes successives de la création de l'être humain dans le ventre de sa mère.
La goutte (Noutfa) : "Nous avons certes créé l'homme d'un extrait d'argile, puis Nous en fîmes une goutte de sperme dans un reposoir solide." (Coran 23:12-13). La "goutte" est généralement interprétée comme le sperme ou le zygote, résultant de la fusion du sperme et de l'ovule. Une interprétation plus précise serait le zygote qui se divise pour former un blastocyste qui s'implante dans l'utérus. Le zygote se forme par l’union d’un mélange du sperme et de l’ovule.
L'adhérence ('Alaqa) : "Ensuite, Nous avons fait du sperme une adhérence." (Coran 23:14). Le terme 'alaqa' est traduit par "adhérence", "caillot de sang" ou "chose suspendue". Cette description correspond à l'embryon qui s'accroche à la paroi utérine, de la même manière qu'une sangsue s'accroche à la peau. L’apparence externe de l’embryon et de ses sacs au stade de la alaqah est très similaire à celle d’un caillot de sang. Cela est dû à la présence de quantités de sang relativement élevées dans l’embryon au cours de ce stade. Aussi, durant ce stade, le sang contenu dans l’embryon ne commence pas à circuler avant la fin de la troisième semaine. Il est remarquable de voir comment l’embryon de 23-24 jours ressemble à une sangsue. Au début de la 4ème semaine, l’embryon est tout juste visible à l’œil nu parce qu’il est plus petit qu’un grain de blé.
Lire aussi: Embryon et Ovulation Tardive: Explications
Le morceau de chair mâchée (Moudghah) : "et de l'adhérence Nous avons créé un embryon." (Coran 23:14). Le mot arabe 'moudghah' signifie "substance mâchée" ou "morceau de chair mâchée". Vers la fin de la 4ème semaine, l’embryon humain ressemble quelque peu à un morceau de chair mâchée. L’apparence mâchée est due aux somites qui ressemblent à des marques de dents. Les somites représentent les apparitions ou les régions organogénétiques des vertèbres.
La formation des os et de la chair : "puis, de cet embryon Nous avons créé des os et Nous avons revêtu les os de chair." (Coran 23:14). Cette étape décrit la formation du squelette et des muscles, un processus qui se déroule au cours du développement embryonnaire. D’abord, les os se forment comme des modèles de cartilage et ensuite les muscles (chair) se développent autour d’eux à partir du mésoderme somatique.
Une nouvelle création : "Ensuite, Nous l'avons transformé en une toute autre création." (Coran 23:14). Cette dernière étape peut faire référence à la formation du fœtus, qui acquiert des caractéristiques humaines distinctes et possède les organes et les systèmes nécessaires à la vie. Ceci peut faire référence à un embryon humain qui se forme vers la fin de la 8ème semaine. A ce stade, il a des caractéristiques humaines distinctes et possède les régions organogénétiques de tous les organes et parties internes et externes. Après la 8ème semaine, l’embryon humain est appelé fœtus. Ceci peut être la nouvelle créature à laquelle fait référence le verset.
La durée des étapes embryonnaires
Certains hadiths mentionnent la durée de chaque étape du développement embryonnaire, généralement en termes de quarante jours.
- « La création de l’être humain s’opère, dans le ventre de sa mère, sous la forme d’une goutte durant quarante jours. Il prend alors forme d’une adhérence pendant une période identique, et devient ensuite toujours pendant la même durée, un morceau de chair. »
- Ibn Mas’oud (rad) dit : « Le Messager Dieu (saws), lui qui est le véridique ,le digne d’être cru, nous a tenu propos en ces termes : « La conception de chacun d’entre vous, dans le ventre de sa mère, s’accomplit en quarante jours ; d’abord sous la forme d’une semence (notfa), puis sous celle de « ‘alaqa » (adhérence) pour une même période, puis sous celle de « modgha » (morceau de chair mâché) pour une même période. Enfin, un Ange lui est envoyé, il y insuffle l’âme et reçoit l’ordre d’inscrire quatre choses à savoir : ce qui lui est imparti comme biens, délai de sa vie, actes et condition heureuse ou malheureuse. Par Dieu, en dehors duquel il n’est pas de divinité, l’un de vous accomplit des actes comme en font les gens du Paradis au point qu’il ne reste plus entre lui et le Paradis qu’une coudée ; c’est alors qu’il est devancé par le destin, et amené à commettre des actes dignes des gens de l’Enfer pour y pénétrer.
Bien que ces durées ne soient pas scientifiquement exactes, elles soulignent l'importance de chaque étape dans le processus de développement. Les données scientifiques modernes nous démontrent que la formation se produit au-delà de quarante jours après la fécondation. - Les membres se modèlent au quarantième jour ou sensiblement après (42 ou 45 jours). - La glande sexuelle (gonade) se développe en ovaire ou en testicule après le quarante-deuxième jour. Ceci varie d’un fœtus à un autre en fonction de son développement. Ainsi, entre 40 et 45 jours, les membres de l’embryon sont totalement modelés, son cœur bat, il bouge. La vie commence donc avant les 120 jours.
Lire aussi: Causes du Retard Embryonnaire
L'insufflation de l'âme
Un point crucial dans la conception islamique du développement fœtal est l'insufflation de l'âme ( نفخ الروح , nafk al-ruh). Selon la tradition islamique, à un certain stade du développement, Dieu insuffle une âme au fœtus, lui conférant ainsi une existence humaine complète.
- Le Prophète (saws) dit : « Lorsque quarante-deux jours passent sur la semence, Dieu lui envoie un Ange. Il lui donne forme, lui modèle son ouïe, sa vue, sa peau, sa chaire et ses os. Puis, il dit : « Seigneur Dieu ! Mâle ou femelle ? » Dieu décrète alors ce qu’Il veut et à l’Ange d’inscrire. Puis, il dit : « Seigneur Dieu ! Son délai de vie ? » Dieu décrète ce qu’Il veut et l’Ange écrit. Puis, il dit : « Seigneur Dieu ! Sa subsistance ? » Dieu décrète alors ce qu’Il veut et l’Ange écrit.
L'instant précis de l'insufflation de l'âme fait l'objet de débats entre les savants musulmans. La majorité situe cet instant au 120ème jour de la grossesse (environ quatre mois), tandis que d'autres le situent plus tôt, au 40ème jour. A noter que les hadiths qui évoquent l’envoi de l’Ange au fœtus après les 42 jours ou entre le 40ème et le 45ème jour ne font pas mention de l’insufflation de l’âme. Ils n’évoquent que la formation de l’ouïe, de la vue, de la peau, de la chair et des os, sa différenciation masculine ou féminine, ainsi que tout qui concerne son avenir, à savoir, son délai de vie, sa subsistance, ses œuvres, sa condition heureuse ou malheureuse.
Le statut juridique du fœtus en Islam
Le statut juridique du fœtus en Islam est un sujet complexe, qui a été abordé par les juristes musulmans à travers les siècles. Les différentes écoles juridiques (Hanafi, Maliki, Shafi'i, Hanbali) ont développé des opinions nuancées sur la question, en s'appuyant sur les textes coraniques, les hadiths et les principes de la jurisprudence islamique.
La capacité juridique du fœtus
Les juristes musulmans reconnaissent au fœtus une certaine capacité juridique, bien qu'elle soit considérée comme incomplète tant qu'il est dans le ventre de sa mère. Cette capacité se manifeste notamment dans les domaines suivants :
- L'héritage : Le fœtus a le droit d'hériter, à condition qu'il naisse vivant après la mort de son testateur. Sa part d'héritage est conservée jusqu'à sa naissance. Les juristes confèrent un droit au foetus et considèrent que tant qu’il est en vie après la mort de son testateur il doit faire partie des héritiers et que sa part lui sera conservée. Il arrive même parfois que la quote- part de l’enfant à naître englobe tout l’héritage. C’est le cas où le testateur n’a que des parents éloignés( tante maternelle, oncle maternel). Dans cette situation peu importe que l’enfant à naître soit de sexe masculin ou féminin, ses demi-frères et soeurs de par sa mère n’hériteront pas. Il en va de même pour le testament qui donne un droit plus large au foetus que sa part d’héritage. Nous pouvons remarquer dans ce cas précis que le foetus n’aurait pu obtenir ses droits relatifs à l’héritage, au testament et aux biens de main-morte que parce qu’il a acquis ce que les jurisprudences appellent ‘‘ la capacité légale ’’. Cette aptitude est liée à l’existence du souffle vital dans le corps de l’enfant à naître sans prendre en considération ni son intelligence ni sa possibilité de distinction. D’ailleurs sans ce souffle vital, le foetus ne sera pas en mesure d’endosser ces responsabilités et ne pourra acquérir ses droits. Certains jurisconsultes considèrent que cette capacité légale demeure incomplète tant que le foetus est encore dans le ventre de sa mère. Elle ne sera prise en considération qu’après sa naissance pour se poursuivre jusqu’à sa mort. Mais on ne peut pas dire que le fait que cette aptitude soit incomplète, touche aux droits du foetus. Nous devons souligner que cette capacité vaut pour tous les foetus , la religion et l’âge n’interviennent aucunement.
- Le testament : De même, le fœtus peut être bénéficiaire d'un testament.
- La protection : Le fœtus est protégé contre toute agression. Si une agression contre la mère entraîne la mort du fœtus, l'agresseur doit payer une compensation financière (ghurra). Assurer la protection de l’enfant à naître doit devancer tout autre souci de punition car le foetus reste un être respectable qu’il soit le fruit d’un adultère ou d’un acte légal.
L'avortement en Islam
La question de l'avortement est l'une des plus controversées en Islam. Les opinions des savants musulmans varient en fonction du stade de développement du fœtus et des circonstances de l'avortement.
Lire aussi: FIV : Facteurs influençant le succès des embryons congelés
- Avant l'insufflation de l'âme : La plupart des savants estiment que l'avortement est permis avant l'insufflation de l'âme (généralement considérée comme ayant lieu après 120 jours), mais seulement en cas de nécessité, par exemple si la grossesse met en danger la vie de la mère. Il n'est pas permis d'avorter lorsque l'embryon atteint la phase d'adhérence ('Alaqa) ou d'embryon (Moudgha) tant qu'un comité de médecins digne de confiance ne déclare pas le fœtus comme étant un danger pour la mère pouvant entraîner son décès. Pour la majorité des savants, l’avortement est interdit avant l’insufflation de l’âme. Ceci est l’avis des hanbalites et l’avis prédominant au sein des malikites et shafi’ites. Ainsi l’avortement est interdit pendant les 40 premiers jours.
- Après l'insufflation de l'âme : L'avortement est généralement considéré comme strictement interdit après l'insufflation de l'âme, car il est assimilé à un meurtre. Après la troisième phase de développement et après les quatre mois de portée, il n'est plus permis d'avorter jusqu'à ce que tous les médecins spécialisés dignes de confiance affirment que garder le bébé entraînerait le décès de la mère. Et ce, bien sur après avoir tenté tout pour sauver la vie du bébé. Et cette assemblée lorsqu'elle prit ces décisions, recommanda de même la crainte d'Allah et le fait d'être prudent et pointilleux quant à cette question.
Cependant, certains savants autorisent l'avortement thérapeutique après l'insufflation de l'âme si la vie de la mère est en danger.
Fausse couche
En cas de fausse couche, l'Islam distingue le cas de l'embryon non formé de celui de l'embryon formé. Si la fausse couche survient avant la formation de l'embryon, les saignements sont considérés comme des métrorragies (istihada) et n'affectent pas la validité des prières de la femme. Si la fausse couche survient après la formation de l'embryon, les saignements sont considérés comme des lochies et la femme doit s'abstenir de prier et de jeûner pendant la durée des saignements.
Si la fausse couche survient durant les deux premières étapes de la grossesse. Ce qui correspond aux quatre-vingt premiers jours. Dans ce cas, si un écoulement sanguin est constaté, il ne s’agit pas de lochies. La femme est alors considérée atteinte de métrorragie (istihada). Si la fausse couche survient lors de la quatrième étape, c’est-à-dire après l’insufflation de l’âme.