Elsa Cayat, psychanalyste et chroniqueuse à Charlie Hebdo, fut une figure marquante de la scène intellectuelle française. Son parcours, son engagement et sa personnalité hors du commun ont marqué ceux qui l'ont connue. Tragiquement assassinée lors de l'attentat contre Charlie Hebdo, elle laisse derrière elle un héritage intellectuel riche et une image de femme libre et passionnée.
Une Naissance en Tunisie et une Famille d'Intellectuels
Elsa Cayat est née le 9 mars 1960 à Sfax, en Tunisie. Elle a émigré en France dans son jeune âge. Issue d'une famille d'intellectuels, elle était la fille d'un médecin et avait une mère avocate, ainsi qu'un frère et une sœur. Bien que d'origine juive, cette appartenance n'était pas centrale dans sa vie. Elle découvre ses origines pendant son adolescence. Adulte, elle se disait athée, tout en ayant une grande curiosité pour les religions.
Psychanalyste Passionnée
Elsa Cayat était avant tout une psychanalyste passionnée, « mariée à Freud et Lacan », selon les mots de son compagnon, Paulus Bolten. Elle avait également une grande admiration pour Kant, Hegel et Schopenhauer. Elle aspirait très tôt à devenir psychanalyste et à être reconnue dans ce domaine. Son cabinet, situé avenue Mozart dans le 16e arrondissement de Paris, était un reflet de son esprit : rempli de livres, de papiers griffonnés, de cendriers et de tasses de café vides. Malgré ce chaos apparent, elle savait exactement où se trouvait chaque chose.
Elle était dévouée à ses patients, qu'ils soient intellectuels connus ou citoyens ordinaires, riches ou sans ressources. Pour ces derniers, elle offrait ses services gratuitement, revenant à l'essence même de la psychanalyse. Un ancien patient témoigne lors de ses funérailles : « Je suis là parce que Cayat m’a sauvé. J’avais prévu de mettre fin à mes jours et elle m’a appris à me faire confiance. »
"Charlie Divan": Une Chronique Libre et Engagée
Elsa Cayat avait rejoint la rédaction de Charlie Hebdo quelques années avant sa mort et publiait toutes les deux semaines son billet "Charlie Divan". Elle y explorait des thèmes variés avec une grande liberté de ton, allant de l'autorité parentale à la Shoah, en passant par les fêtes de fin d'année. Son dernier texte, intitulé « Noël, ça fait vraiment chier », illustre son style provocateur et sans concession.
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Elle aimait l'exubérance de Charlie Hebdo, sa « joyeuse bande », qu'elle considérait comme sa « deuxième famille ». Elle appréciait particulièrement les conférences de rédaction et leurs débats animés. Elle intervenait souvent lors des discussions sur les femmes, ne supportant pas qu'elles soient traitées comme des objets. Ses réactions étaient d'une véhémence déconcertante.
Une Femme Libre et Excentrique
Elsa Cayat était une femme totalement libre, capable de surprendre et de détonner dans n'importe quel contexte. Elle pouvait, lors d'un dîner huppé, donner des coups de coude à ses voisins parce qu'elle riait. Elle était du genre à porter un manteau de fourrure en plein été, simplement parce qu'elle avait souvent froid. Elle disait ses quatre vérités à quiconque lui semblait prêt à les entendre.
Elle dévorait la vie, chérissait la bonne chère et avait sa table d'habituée au Murat, une brasserie chic de la porte d'Auteuil à Paris. Elle aimait fumer ses deux à trois paquets de cigarettes quotidiens et boire ses deux litres de Coca-Cola.
L'Amour comme Capacité Essentielle
Son dernier ouvrage, paru après sa mort et intitulé La capacité d'aimer, témoigne de sa vision de la vie. Pour Elsa Cayat, derrière la question de la mort se cache la question de la vie, et derrière la question de la vie se cache la question de l'amour. Elle considérait que la pensée permet de dénouer les schémas qui produisent les ratages et de transformer le négatif en positif par la prise de conscience de schémas dont nous sommes prisonniers.
Dans un dialogue avec le journaliste Antonio Fischetti, elle explorait les enjeux inconscients de la sexualité et de l'amour, abordant des thèmes tels que la prostitution et la place de la mère.
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Un Héritage Intellectuel et Humain
Elsa Cayat laisse derrière elle un héritage intellectuel riche et une image de femme libre, passionnée et engagée. Son parcours, son travail de psychanalyste et ses écrits témoignent de sa soif de savoir, de son amour de la vie et de sa volonté de comprendre les complexités de l'âme humaine. Elle restera dans les mémoires comme une figure importante de la scène intellectuelle française et comme une voix libre et courageuse.
Elle aimait sa fille Hortense et ne manquait pas une occasion de le faire savoir. Elsa Cayat aimait son métier, on l'a dit. Elsa Cayat aimait la vie, tout simplement.
L'Attentat et l'Onde de Choc
Antonio Fischetti, journaliste scientifique à Charlie Hebdo, a échappé à l'attentat du 7 janvier 2015 grâce à un concours de circonstances. Il aurait dû être présent à la conférence de rédaction, mais les obsèques de sa tante avaient lieu ce jour-là. Il considère qu'il est né deux fois : une première fois le 2 décembre 1960, et une seconde fois le 7 janvier 2015.
Il se sent responsable de la mort d'Elsa Cayat, car c'est lui qui l'a fait entrer à Charlie Hebdo. Il travaillait avec elle sur un film ayant pour sujet la prostitution. C'est dorénavant le psychanalyste Yann Diener qui a en charge la chronique psy dans Charlie Hebdo et c'est avec ce psychanalyste que Antonio Fischetti a commencé une analyse.
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