L'intégration d'un enfant dans un environnement scolaire, en particulier à la maternelle, représente une étape cruciale de son développement. Cependant, certains enfants peuvent manifester des comportements perturbateurs qui posent des défis aux enseignants et aux autres élèves. Cet article explore des solutions et des stratégies pour gérer efficacement ces situations, en s'appuyant sur des recherches en psychologie et des expériences pratiques.
Comprendre les mécanismes du comportement
Pour réguler efficacement un comportement problématique, il est essentiel de comprendre les mécanismes qui sous-tendent le comportement humain. Franck Ramus, professeur au laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique à l’École normale supérieure, souligne que le comportement est complexe et que ses déterminants sont aujourd’hui bien connus de la recherche en psychologie.
Antécédents et conséquences
De façon schématique, on peut identifier les antécédents (ce qui précède immédiatement le comportement) et les conséquences (ce qui le suit). Certaines conséquences peuvent entraîner la répétition du comportement. Il existe plusieurs explications à la réaction précise d’un individu, notamment d’un élève.
Explications proximales et distales
On distingue les explications proximales, qui constituent une causalité directe, et les explications distales, qui renvoient à une causalité plus indirecte. Selon Franck Ramus, on peut chercher des explications dans l’environnement familial, dans les gènes, dans ce qui s’est passé dans la petite enfance. Cependant, il est difficile de vérifier ces hypothèses et d'agir directement sur les gènes ou l’environnement familial.
Le comportement appris et sa fonction
Le comportement est très largement appris par observation, par imitation et par renforcement. On acquiert un comportement parce que, dans le passé, ce comportement a été suivi de conséquences positives. Notre comportement a toujours une fonction : obtenir quelque chose, acquérir un bien matériel, un statut social, attirer l’attention, établir un rapport de forces en sa faveur, éviter un événement perçu comme désagréable (par exemple, des activités qui comportent un risque d’échec ou qui paraissent ennuyeuses).
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Leviers pour modifier le comportement
Pour obtenir un changement de comportement, il existe deux leviers majeurs : les antécédents et les conséquences.
Les conséquences : le retour d'information
Les conséquences englobent le retour d’information de l’enseignant sur ce que fait l’élève. Dans la recherche en psychologie, on entend par « récompense » toute conséquence qui augmente la probabilité du comportement. En général, les comportements perturbateurs existent car ils ont déjà été renforcés. Une crise peut ainsi survenir car elle permet à l’élève d’échapper à une tâche pénible (lorsqu’il est mis à la porte du cours, par exemple). Le fait de ne pas avoir à faire l’exercice renforce le comportement perturbateur. La conséquence positive peut venir du côté des camarades, lorsqu’ils rient par exemple. Attirer l’attention (de l’enseignant ou des autres élèves) est en soi un renforcement. L’être humain est social, nous avons tous besoin que les autres fassent attention à nous.
La règle des cinq pour un
Franck Ramus évoque « la règle des cinq pour un », formalisée par Gottman en 1993 dans une étude sur le mariage. Ce constat a été retrouvé dans l’étude de Hart et Risley de 1995 sur le développement langagier, dans laquelle la proportion de commentaires positifs et négatifs adressés à l’enfant varie beaucoup selon le milieu social. Il apparaît que dans les classes, les comportements perturbateurs et les périodes d’inattention dépendent aussi de ce rapport de 5 pour 1. Il ne s’agit pas d’être des bisounours, ni d’un nombre magique, mais d’une règle empirique qui permet de donner l’intuition de ce qu’on veut viser. On a tous besoin d’information sur notre performance, de positif et de négatif. L’effet du négatif peut être dévastateur et il faut du positif en face pour maintenir la motivation.
Les limites des punitions
Dans les classes, l’environnement est principalement répressif, ce qui engendre de la souffrance et des émotions négatives, mais aussi des comportements indésirables (la volonté d’y échapper, l’agression). Les punitions peuvent susciter une aversion acquise pour l’enseignant et pour l’école. Les punitions sont rarement efficaces pour une raison très simple : l’erreur d’attribution de la cause. Quand quelque chose de positif arrive, on s’en attribue le mérite ; quand quelque chose de négatif survient, c’est la faute des autres. L’élève pense que s’il est puni, c’est la faute de l’enseignant, pas la sienne. De plus, les adolescents apprennent autant que les adultes des récompenses, mais apprennent moins que les adultes des punitions.
Enseigner les comportements positifs
On n’enseigne pas assez les comportements positifs à mettre à la place du comportement négatif. La punition n’enseigne pas à agir autrement. L’enseignant doit pouvoir se rendre compte du moment où l’élève perturbateur est calme et prêter attention à ce que les élèves font de bien. L’adulte doit chercher à identifier le comportement positif opposé qu’on voudrait que l’élève adopte. La connaissance du bon comportement par l’élève ne suffit pas à le lui faire adopter. Il faut pratiquer le comportement positif opposé pour le renforcer. Si le comportement positif identifié ne fait pas partie du répertoire comportemental de l’enfant, il peut être enseigné. Il faut commencer par renforcer les comportements les moins indésirables, puis, de proche en proche, on ramène l’élève vers un comportement acceptable et on augmente progressivement les exigences. Il faut savoir se satisfaire de réalisations imparfaites, sans vouloir aller trop vite.
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Agir sur les antécédents
Une autre façon de modifier un comportement perturbateur est d’agir sur les antécédents, c’est-à-dire sur les mots, les gestes, les regards, les expressions faciales et les symboles. Ces effets sont souvent inconscients, donc négligés. Il est donc intéressant de détecter des contextes favorables.
Le pouvoir des récompenses
Le pouvoir des récompenses est indéniable. Tout ce qui augmente la probabilité d’un comportement peut servir de récompense. Pas seulement des biens matériels, et pas besoin de récompenses coûteuses (une récompense matérielle peu chère, un privilège, les activités, les jeux, la récréation, un système de points, des jetons). Il est préférable de donner de petites récompenses fréquentes et immédiates que de grandes récompenses rares et lointaines. L’attention positive fonctionne, mais l’attention négative renforce aussi le comportement perturbateur. Les compliments fonctionnent s’ils sont sincères et plausibles. La récompense n’est pas suffisamment immédiate, le comportement attendu n’a pas été suffisamment explicité, l’adulte est resté trop distant. Le renforcement doit aussi être systématique.
Ne pas renforcer les comportements perturbateurs
Il faut se demander comment ne pas renforcer des comportements perturbateurs. Souvent, ces comportements reçoivent un renforcement positif sans que l’adulte ne s’en rende compte. L’extinction est un art difficile car cela revient à s’abstenir de réagir, ce qui est très difficile. L’extinction seule peut être efficace, mais aussi absolument pas gérable. Au début de la mise en pratique de l’extinction, on voit généralement apparaître une recrudescence du comportement indésirable. Il faut le savoir et être prêt à résister. Même quand l’extinction marche, il y a toujours des moments où le comportement réapparaît, il faut y être préparé. Souvent, le comportement est renforcé par les camarades. L’attention des autres renforce le comportement.
Agir au niveau de la classe et de l'établissement
Au niveau de la classe, on peut travailler le climat de classe de façon préventive, développer la métacognition, l’autorégulation. Pour être efficaces, il est préférable que ces méthodes soient développées à l’échelle de l’établissement.
Techniques et activités spécifiques pour la maternelle
En maternelle, les difficultés de comportement sont souvent liées à l'apprentissage des règles de vie en collectivité et à la gestion des émotions. Voici quelques activités et techniques spécifiques pour accompagner les enfants :
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Activités pour l'accompagnement du comportement
- Donner des responsabilités : confier des tâches simples mais valorisantes (distribuer le matériel, arroser les plantes, etc.) permet à l'enfant de se sentir utile et intégré.
- Créer un espace de décharge émotionnelle : aménager un coin calme et confortable dans la classe, avec des coussins, des crayons, des feuilles, des livres sur les émotions, des fidgets, de la pâte à modeler, un casque réducteur de bruit, etc., où l'enfant peut se retirer pour exprimer et gérer ses émotions.
- Différencier les activités : adapter les activités aux besoins et aux capacités de chaque enfant permet de réduire la frustration et l'ennui, qui peuvent être à l'origine de comportements perturbateurs.
- Jeux de retour au calme : utiliser des petits jeux comme le roi du silence, des jeux de doigts ou l'écoute musicale pour aider les enfants à se recentrer et à retrouver leur calme.
- Jeux pour développer la concentration et l'attention : proposer des activités ludiques qui stimulent la concentration et l'attention, comme des puzzles, des jeux de mémoire ou des exercices de respiration.
L'importance de l'exemplarité
Plus vous garderez votre calme, plus l’enfant le sera à son tour. Les enfants apprennent par mimétisme, grâce à l’exemplarité.
Les règles de la classe
Il est essentiel de rappeler régulièrement les règles de la vie en classe et à l’école. Interrogez les élèves pour leur faire rappeler les règles eux-mêmes. Les enfants savent exactement ce qu’ils ont le droit de faire ou non en classe. Écrivez ensemble les règles fondamentales pour bien vivre ensemble en classe. Affichez ce règlement sur un mur de la classe afin de vous y référer dès que nécessaire. Les enfants peuvent signer symboliquement cette affiche. Ainsi, ils s’engagent à respecter ce qui est écrit dessus.
Tableau de responsabilité
Mettre en place un système de tableau de responsabilité peut aider certains élèves à s’autonomiser. Responsabiliser les élèves est très valorisant pour eux. C’est une façon de les impliquer concrètement dans la vie de la classe. Cela va de la distribution des fiches d’exercices, au nettoyage du tableau, en passant par le soin des plantes, le ramassage des cahiers, l’appel, etc. Un élève perturbateur a souvent besoin d’être regardé, écouté et valorisé.
Cartes d'encouragement
Pour aller dans le sens d’une pédagogie positive et bienveillante, nous vous proposons de distribuer des petites cartes d’encouragement dès que son comportement s’améliore.
Le contrat individuel avec l’élève
Le contrat avec l’élève doit être mis en place lorsque les techniques globales de gestion de classe ne correspondent plus avec le fonctionnement de l’enfant. C’est un contrat individuel que vous passez tous les deux. Il doit avoir un seul objectif, répondre à une problématique précise comme : lever le doigt pour parler, ne pas couper la parole, se mettre au travail dans les temps, ranger ses affaires, sortir son matériel quand il le faut, ne pas répondre, etc. Le contrat doit être rédigé avec l’élève et mettre en avant des termes positifs. Le contrat vise ainsi une amélioration du comportement de l’élève. Il doit s’engager dans ce processus pour atteindre un objectif réalisable. Ce contrat a une durée déterminée par exemple trois semaines ou un mois maximum. Vous ferez un point dès qu’il le faudra avec l’élève pour lui donner votre avis sur l’amélioration de son comportement. À la fin du contrat, aucune sanction ne pourra être donnée à l’enfant, si ce n’est de poursuivre ce contrat encore trois semaines.
Le rôle de l'équipe pédagogique
Lorsque tous les outils que vous mettez en place collectivement et individuellement dans votre classe ne fonctionnent pas, vous devez alors partager vos difficultés avec l’équipe pédagogique. Direction, collègues, Rased et bien sûr parents concernés.
Le rôle du directeur/rice
Un/e directeur/rice d’école est responsable de tous les élèves de son école. Il se doit de vous venir en aide lorsque vous ne trouvez plus de solution pour aider un élève perturbateur. Le responsable de l’école vient ainsi régulièrement rappeler les règles de l’école aux élèves de chaque classe pour rétablir les règles. Vous travaillez de concert et les élèves doivent le sentir. Son rôle est aussi de recevoir dans son bureau les élèves aux comportements très difficiles. Il ne s’agit pas d’y envoyer un élève dès qu’une règle a été outrepassée, mais de marquer le coup pour montrer à l’élève qu’il ne peut pas se comporter comme il veut tout le temps.
Le rôle des collègues
Travailler en équipe est une des clés de la réussite de votre enseignement. Certes, chaque enseignant est seul dans sa classe avec ses élèves, mais partager ses difficultés avec ses collègues est nécessaire. Cela est non seulement valable pour ne pas se sentir seul, mais surtout pour bénéficier des conseils des autres. Certains ont des méthodes bien spécifiques que vous ignorez peut-être et qui vous aideraient à mieux accompagner les élèves difficiles. Lorsque l’enfant connaît les autres enseignants de l’école, il est parfois intéressant de leur demander de parler à leur élève de l’an dernier si celui-ci a confiance en lui. Ponctuellement, l’élève pourra aussi aller finir la journée dans la classe d’un(e) collègue. Cette solution ne peut être qu’épisodique. Cela ne règlera pas le problème de fond.
Le rendez-vous avec les parents concernés
Évidemment, lorsque vous êtes face à un élève qui ne change pas de comportement, continue à perturber votre classe, empêche les autres élèves de travailler correctement, exprime intensément ses émotions et besoins, il est indispensable de prendre un rendez-vous avec au moins un des deux parents ou tuteurs dans le cas d’un enfant placé. Il est primordial de développer la co-éducation dans ce cas. L’enfant pourra être présent. Ainsi, il voit que ses parents et l’école vont dans le même sens pour qu’il retrouve un comportement adéquat. Si l’élève est en maternelle, le rendez-vous avec les parents est également fortement conseillé.
Quand faire appel au Rased ?
Si vous pensez que le comportement perturbateur est lié à des difficultés d’apprentissage scolaires importantes (troubles dys, troubles du langage, troubles psychomoteurs…), alors vous pouvez faire appel au Rased (Réseau d’aide spécialisé aux élèves en difficulté). Cette prise de contact se fait en concertation avec l’équipe pédagogique lors d’un conseil des maîtres. Les intervenants de Rased peuvent se spécialiser dans la dominante pédagogique, rééducative (le comportement vis-à-vis de l’école) et psychologique (à travers la ou le psychologue scolaire).
L'importance de la formation et du soutien
Ghislaine Jorquera souligne le manque de formation sur la gestion des élèves au comportement violent. Elle regrette qu’aucun contact avec des professionnels ne lui ait été proposé, ni à elle, ni à son équipe, pour savoir comment réagir concrètement en situation de crise, comment contenir ces enfants et comment gérer la violence, y compris psychologique de la situation. Elle ajoute que les conseillers pédagogiques peuvent aider sur les maths, le français, etc., mais que leur discours ne suffit absolument pas sur ces questions-là.
Le rôle de l'Autonome de Solidarité Laïque (ASL)
Irène Dejardin l’assure : le nombre de dossiers liés à ces élèves particulièrement difficiles à gérer et aux conflits avec les parents est en augmentation à L’ASL. La première chose que l’on fait, c’est écouter. Longuement, avec pour objectif de rassurer des personnels qui font déjà tout ce qu’ils peuvent. Souvent, ils veulent savoir si leur responsabilité peut être engagée, notamment s’ils sont contraints d’arrêter physiquement un enfant violent, qui mettrait les autres ou lui-même en danger.
Controverses et considérations éthiques
Les méthodes présentées suscitent des questionnements et des controverses. Est-il éthique de conditionner les élèves ? Est-ce de la manipulation ? Franck Ramus objecte que le conditionnement est un simple apprentissage d’associations entre des antécédents, des comportements et des conséquences. Les objectifs qu’on se fixe sont-ils légitimes ? De manière générale, pour les enseignants, oui, puisqu’il s’agit d’obtenir le calme pour faciliter les apprentissages.
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