L'anesthésie générale chez les nourrissons est un sujet qui suscite de nombreuses questions chez les parents et les professionnels de la santé. Bien que nécessaire dans de nombreux cas pour permettre des interventions chirurgicales ou des examens médicaux, elle soulève des préoccupations quant à son impact potentiel sur le développement cérébral de l'enfant. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble des connaissances actuelles sur l'anesthésie générale chez le nourrisson, en abordant les risques potentiels, les mesures de sécurité mises en place et les alternatives possibles.
L'Anesthésie Générale chez le Nourrisson : Un Enjeu de Santé Publique
L'incidence de l'anesthésie générale pour une chirurgie pédiatrique est en constante augmentation. Environ un enfant sur sept sera exposé à l'anesthésie générale avant l'âge de trois ans. Cet âge de trois ans correspond par ailleurs au seuil fixé en 2017 par la Food and Drug Administration (l'autorité américaine de régulation du médicament) en dessous duquel l'anesthésie générale pourrait avoir un impact sur le développement cérébral. Cette alerte faisait écho à plusieurs publications scientifiques de la fin des années 1990.
Risques Potentiels de l'Anesthésie Générale Précoce
L'étude des conséquences de l'anesthésie générale dans l'enfance sur le cerveau a suscité l'intérêt de la communauté scientifique, des familles de patients et du grand public depuis la parution ces dernières années de travaux chez l'animal. Ces travaux démontrent qu'une anesthésie générale précoce entraine des modifications cérébrales structurelles, fonctionnelles et comportementales à long terme.
Une étude publiée dans la revue internationale Anesthesia and Analgesia révèle les possibles conséquences cérébrales d’une exposition précoce à l’anesthésie générale en pré-clinique puis chez l'humain. Menée par des scientifiques de l’Inserm et de l’Université de Caen Normandie avec le CHU de Caen Normandie, ce travail met en évidence une possible diminution localisée de volume de la substance grise associée à des modifications émotionnelles liée à une exposition précoce à l’anesthésie générale.
Modifications Cérébrales et Comportementales
Chez l’animal, les chercheurs ont mis en évidence des modifications comportementales (régulation de la peur) associées à des modifications structurelles cérébrales en imagerie par résonance magnétique (diminution de 11 % du volume de matière grise périaqueductale) chez des souris exposées plusieurs fois à l’anesthésie générale en période post-natale.
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Chez l’humain, l’analyse rétrospective d’une cohorte de 102 enfants révèle des modifications au niveau cérébral (diminution de 6 % du volume du gyrus préfrontal droit) et au niveau comportemental (régulation de l’émotion) chez des enfants en bonne santé ayant bénéficié d’une seule anesthésie générale pour une chirurgie mineure dans l’enfance (âge moyen d’exposition : 4 ans). Les modifications cérébrales observées dans cette cohorte d’enfant étaient d’autant plus importantes que l’âge d’exposition à l’anesthésie pour chirurgie était précoce.
Interprétation des Résultats
Si ces résultats ne permettent pas d’établir un lien de cause à effet entre l’exposition à l’anesthésie générale et les modifications cérébrales et comportementales observées, ils soulignent l’importance de mener rapidement des recherches afin d’évaluer les effets de l’anesthésie générale lors de la petite enfance sur le développement cérébral, cognitif et socio-émotionnel ultérieur de l’enfant et de l’adolescent. Ils invitent également les praticiens à une réflexion sur la période la plus propice pour mener une chirurgie au regard des effets potentiellement délétères de l’anesthésie générale sur le cerveau en développement.
Dr Jean-Philippe Salaün, médecin généraliste ayant participé à la réalisation de cette étude, tient à souligner un point : les travaux réalisés n’invitent pas les familles à mettre de côté l’anesthésie générale. « Il est important de dire que l'anesthésie pédiatrique de nos jours est plus sûre que jamais. Et ce même lorsqu'il s'agit d'interventions complexes chez des très jeunes enfants. Et par ailleurs, lorsqu'une indication chirurgicale est portée, il faut réaliser l'anesthésie générale pour traiter la pathologie.
Sécurité de l'Anesthésie Pédiatrique : Mesures et Précautions
L’anesthésie de l’enfant est une pratique très sécuritaire à condition qu’elle soit réalisée par des équipes entrainées, ce qui est notre cas et que vous respectiez en tant que parents quelques consignes de sécurité importantes telles que le respect du jeûne.
Une équipe d'anesthésistes pédiatriques est spécialement formée pour prendre en charge les nourrissons et les enfants. Ces professionnels sont familiarisés avec les particularités physiologiques des jeunes patients et adaptent les techniques d'anesthésie en conséquence. Un peu plus de 1400 patients de moins de 16 ans sont pris en charge chaque année par notre équipe d’anesthésistes de la polyclinique de Reims-Bezannes. Par une pratique très régulière et une mise à jour des connaissances selon les dernières recommandations scientifiques, 10 médecins anesthésistes de notre équipes et 14 infirmiers anesthésistes sont dévolus préférentiellement à l’anesthésie pédiatrique. Certains membres de l’équipe ont une sur-spécialisation en anesthésie-réanimation pédiatrique par une formation diplômante au sein de grands CHU comme Necker - Enfants malades ou Lille. Notre équipe prend en charge les nourrissons à partir de l’âge de 1 an et avec un poids minimal de 10 kg.
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Consultation Pré-Anesthésique Obligatoire
La consultation d’anesthésie est obligatoire au moins 48 heures avant toute chirurgie programmée, non urgente, que ce soit chez l’enfant comme chez l’adulte. La consultation sert avant tout à faire le point sur l’état de santé de votre enfant mais également à rassurer enfant et parents. Quelques jours avant la date de l’opération a lieu la consultation pré anesthésique. La présence d’au moins un des parents ou du tuteur légal est OBLIGATOIRE. L’interrogatoire sur les antécédents personnels et familiaux est fondamental, avec en particulier la recherche de prématurité, de saignements faciles, d’asthme, d’allergies, de problèmes cardiaques.
Lors de ce rendez-vous obligatoire, l’anesthésiste s’assure que votre enfant peut bénéficier d’une anesthésie générale en toute sécurité et vous donne de nombreuses explications. N’hésitez pas à préparer et à poser toutes les questions qui vous paraissent importantes. Votre enfant aussi peut poser ses propres questions et votre soutien est important pour l’aider à les exprimer (en vous inspirant de la liste proposée ci-dessous par exemple). Ces consignes précises concernent la toilette, les horaires de jeûne, la prise de médicaments, l’organisation de la sortie…. Elles sont très importantes pour pouvoir opérer votre enfant sous anesthésie en toute sécurité.
Surveillance Continue
Pendant toute la durée de l'anesthésie, l'enfant est surveillé de près grâce à un monitoring continu des paramètres vitaux (fréquence cardiaque, pression artérielle, saturation en oxygène, etc.). A l’intérieur de la salle d’opération, du matériel dédié et adapté aux enfants est présent : matériel de surveillance cardio-respiratoire, matériel d’anesthésie (masques de toutes tailles, appareils de respiration, perfusions, réchauffement…). Tout le matériel d’anesthésie pédiatrique est vérifié quotidiennement chaque matin avant que le premier enfant ne pénètre à l’intérieur du bloc. Le cardioscope (ou scope) est un appareil, avec un écran, qui contrôle les battements du cœur. L’oxymètre (ou sat ou satu) est une sorte de bague ou une petite pince, placée au bout du doigt ou de l’orteil, qui fait une lumière rouge, reliée à un écran qui affiche des chiffres. Le tensiomètre (ou appareil à tension) est un brassard, relié à un écran, qui se gonfle et se dégonfle régulièrement autour du bras de l’enfant.
Respect du Jeûne Préopératoire
Avant toute anesthésie générale, il est obligatoire d'être à jeun. Si votre bébé doit être opéré le matin et/ou qu’il supporte mal d’être privé d’un repas, vous pouvez le réveiller (dans la nuit ou lors d’une sieste) pour lui donner un biberon ou une tétée en respectant le temps de jeûne obligatoire. Une consigne de sécurité doit scrupuleusement être respectée avant d’aller au bloc opératoire, il s’agit du jeûne. Avant d'aller au bloc, l'enfant doit respecter un jeûne : en général 6 heures pour les aliments et le lait et 2 heures pour l'eau (et autres boissons dites "claires"), comme le précise le site de le site du service anesthésique de la clinique Jules Verne.
Prémédication Anxiolytique
Une prémédication à visée anxiolytique est parfois prescrite selon le degré d’anxiété de votre enfant. Cette prémédication peut réduire son appréhension du monde inconnu du bloc opératoire, mais elle peut aussi faciliter la séparation parents-enfant au moment du départ pour le bloc opératoire. Nous nous efforçons à ce que l’attente entre l’arrivée à la clinique et le départ au bloc opératoire soit la plus courte possible. Dans certains cas, il peut également recevoir une préparation médicamenteuse afin de prévenir la douleur post opératoire, un patch anesthésiant cutané, ou, si nécessaire, un anxiolytique.
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Induction Anesthésique Adaptée
Il existe deux techniques pour débuter une anesthésie générale* : soit les produits anesthésiques sont injectés dans le sang par perfusion, soit ils sont mélangés à l’air que l’on respire dans un masque. Votre enfant pourra sans doute exprimer sa préférence pour l’une des techniques. Ce n’est pas obligatoirement l’anesthésiste que vous rencontrez qui endormira votre enfant le jour de l’opération. L’endormissement de l’enfant, appelé induction, se fait généralement par masque avec inhalation d’un gaz anesthésique et parfois en intra-veineux après la pose d’une perfusion comme chez l’adulte, surtout chez le grand enfant et l’adolescent. Quelle que soit la méthode employée pour l’induction anesthésique, une perfusion est posée. Elle permet d’administrer, pendant toute la durée de l’opération, les différents types de médicaments anesthésiques ainsi que de l’eau sucrée et salée pour hydrater et nourrir le corps.
Gestion de la Douleur Postopératoire
La prise en charge de la douleur est une de nos priorités dans le soin de l’enfant. La douleur est évaluée à de multiples reprises depuis son réveil jusqu’à la sortie de la clinique. Pour certaines opérations, l’anesthésiste fait, en plus, une anesthésie pour supprimer la douleur dans une partie du corps (le bassin et les jambes par exemple). Grâce à l’anesthésie loco-régionale, votre enfant sera soulagé efficacement pendant plusieurs heures après l’opération. Procurez-vous à l’avance les médicaments anti-douleur (antalgiques) prescrits lors de la consultation d’anesthésie pour pouvoir commencer le traitement dès le retour à la maison. Chez les petits enfants, l'évaluation de la douleur se fait par l'observation du comportement pour rechercher les signes qui peuvent signifier une douleur. l'échelle visuelle analogique, dès 5 - 6 ans : c’est une réglette qui permet à l'enfant d’indiquer lui-même l’intensité de sa douleur.
Présence Parentale et Réveil en Douceur
Votre enfant est réveillé en présence du médecin anesthésiste et est surveillé en salle de réveil le temps qu’il se réveille bien et que l’on s’assure qu’il n’ait pas de douleur. Après l’intervention, votre enfant reste entre 30 minutes et deux heures en salle de réveil. Ce séjour est obligatoire. De plus en plus de services permettent à un des parents d’être présent auprès de leur enfant en salle de réveil. Si c’est votre cas, vous aurez à porter une tenue spéciale et l’équipe vous donnera des conseils pour vous préparer. Par exemple, sachez que votre enfant sera peut-être être désorienté, voire très agité dans la première heure.
Préparation Psychologique de l'Enfant et de sa Famille
Une opération est un moment important dans la vie d'un enfant : il doit quitter le cadre sécurisant de la maison et des habitudes, découvrir des lieux étranges et côtoyer des inconnus. L’anesthésie générale est source de nombreuses questions pour vous et pour votre enfant. Votre enfant lui aussi a besoin de savoir pourquoi il doit aller à l’hôpital et ce qu’on va lui faire. Aujourd’hui, l’information de l’enfant et de sa famille avant une opération est une obligation légale. La quantité d’informations pourra vous sembler très importante. Dans les jours précédant l’opération, donnez-lui des informations sur l’intervention et sur l’anesthésie. Laissez votre enfant vous dire ce qu’il en pense et répondez à ses questions. Certains enfants en posent spontanément beaucoup, d’autres pas du tout. Si vous avez le sentiment que votre enfant ne souhaite pas avoir trop de détails, n’insistez pas.
Pour vous aider à expliquer l’anesthésie à votre enfant, le guide « Je vais me faire opérer. Pour préparer votre enfant, vous pouvez vous l’encourager à jouer au docteur ou au chirurgien, à se déguiser avec une tenue médicale. Certaines équipes utilisent un court questionnaire pour mieux connaître votre enfant et faciliter leur prise de contact avec lui au bloc opératoire, le jour de l’intervention. Le jour de la consultation d’anesthésie, vous pourrez peut-être visiter avec votre enfant le service dans lequel il sera accueilli.
Rôle du Doudou
N’oubliez pas le meilleur ami de votre enfant, le célèbre « doudou » qui est le bienvenu au bloc opératoire, après un minimum de toilette évidement… Doudou contribuera à rassurer votre enfant.
Alternatives à l'Anesthésie Générale
Bien que l'anesthésie générale soit souvent nécessaire, il existe des alternatives qui peuvent être envisagées dans certains cas.
Anesthésie Loco-Régionale
L’anesthésie n’est pas la solution universelle, elle n’est qu’une composante de l’anesthésie. Il y a donc d'autres solutions ! L'anesthésie loco-régionale consiste à bloquer la douleur dans une zone spécifique du corps, ce qui permet de réaliser l'intervention sans endormir complètement l'enfant.
Sédation Consciente
La sédation consciente permet de réduire l'anxiété et la douleur tout en maintenant l'enfant éveillé et capable de coopérer.
Techniques Non Médicamenteuses
Dans certains cas, des techniques non médicamenteuses telles que l'hypnose ou la distraction peuvent être utilisées pour réduire l'anxiété et la douleur.
Impact Psychologique de l'Hospitalisation
Dans toute hospitalisation, il peut y avoir des moments difficiles. S’il pleure ou se défend, acceptez-le : ce sont des réactions saines et normales. L’attente du retour de votre enfant pourra vous sembler longue. L’équipe d’hospitalisation en est consciente et vous informera régulièrement en prenant des nouvelles auprès de l’équipe de la salle de réveil. N’hésitez pas à vous renseigner sur la façon dont votre enfant s’est endormi et s’est réveillé. Était-il calme, anxieux, agité, ou en colère ? Malgré les efforts des soignants, cela peut arriver.
Comportements Postopératoires
Dans les semaines qui suivent l'opération, de nombreux enfants peuvent avoir des comportements inhabituels. Vous pourrez remarquer que votre enfant s'accroche à vous plus que de coutume, se réveille la nuit, fait des colères ou craint les personnes qu'il ne connaît pas… Votre enfant se débarrassera ainsi peu à peu des peurs accumulées pendant l'hospitalisation.
Covid-19 et Anesthésie
Aujourd’hui, à cause de l’épidémie de covid-19, l’organisation à l’hôpital a dû changer pour éviter que des personnes porteuses du coronavirus le transmettent à d’autres pendant leur hospitalisation. Toutes les personnes de l’hôpital respectent les gestes barrières. Avant l’opération, on cherche à savoir si l’enfant est porteur du coronavirus. Selon l’opération prévue et la situation, les médecins décident s’il faut ou non la reporter.
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