Loading...

Dépression Post-Partum : Définition, Diagnostic et Prise en Charge

La dépression post-partum (DPP) est un trouble de l'humeur qui affecte certaines femmes après l'accouchement. Il est essentiel de distinguer la DPP du baby blues, un état transitoire et bénin qui touche une majorité de femmes après la naissance de leur enfant. La DPP est une condition plus sévère et durable qui nécessite une intervention précoce et appropriée.

Définition de la Dépression Post-Partum

La dépression du post-partum n’est pas reconnue comme un diagnostic à part entière dans le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders V (DSM V) mais comme un sous-type de dépression avec l’intitulé « Major Depressive Disorder, with peri-partum onset ». Cet intitulé permet de prendre en compte les femmes présentant une symptomatologie de dépression durant leur grossesse, le diagnostic ne se limitant pas uniquement aux symptômes apparaissant après l’accouchement. En effet, environ un tiers des patientes présentant une dépression périnatale ont vu les premiers symptômes apparaitre pendant la grossesse.

Selon les critères du DSM-5, la DPP se caractérise par la présence d’au moins cinq symptômes dépressifs pendant plus de deux semaines, parmi lesquels on retrouve obligatoirement une humeur dépressive et/ou une perte d’intérêt ou de plaisir pour les activités habituelles.

Critères Diagnostiques selon le DSM-V

Pour être diagnostiquée avec une DPP, une femme doit présenter au moins cinq des symptômes suivants pendant une période de deux semaines, représentant un changement par rapport à son état antérieur :

  1. Humeur dépressive présente pratiquement toute la journée, presque tous les jours (se sentir vide, triste ou désespérée).
  2. Diminution marquée de l'intérêt ou du plaisir pour toutes ou presque toutes les activités pratiquement toute la journée, presque tous les jours.
  3. Perte ou gain de poids significatif en absence de régime (modification du poids corporel en 1 mois excédant 5 %) ou diminution ou augmentation de l’appétit presque tous les jours.
  4. Insomnie ou hypersomnie presque tous les jours.
  5. Agitation ou ralentissement psychomoteur presque tous les jours.
  6. Fatigue ou perte d’énergie presque tous les jours.
  7. Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée presque tous les jours.
  8. Diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrer ou indécision presque tous les jours.
  9. Pensées de mort récurrentes (pas seulement une peur de mourir), idées suicidaires récurrentes sans plan précis ou tentative de suicide ou plan précis pour se suicider.

De plus, ces symptômes doivent induire une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants. Il est également crucial d'exclure que ces symptômes soient attribuables à une autre affection médicale ou à l'effet physiologique d'une substance.

Lire aussi: Quand reprendre le sport après bébé ?

DPP vs Baby Blues

La dépression du post-partum est à différencier du « baby blues » qui survient chez environ 70% des femmes en post-partum et est résolutif en moins de deux semaines. Le baby blues, ou « syndrome du 3e jour », touche 50 à 80 % des femmes et se manifeste par une labilité émotionnelle, de l’irritabilité, de l’anxiété et des pleurs dans les premiers jours suivant l’accouchement. Ces symptômes disparaissent spontanément en moins de deux semaines.

Facteurs de Risque et Causes

La DPP est multifactorielle : des causes biologiques, psychologiques et sociales interagissent pour favoriser son apparition.

Facteurs Biologiques

  • Troubles hormonaux : Les fluctuations hormonales importantes après l'accouchement peuvent influencer l'humeur.
  • Troubles thyroïdiens post-partum : Souvent sous-diagnostiqués, ils peuvent mimer les symptômes de la dépression.

Facteurs Psychologiques

  • Antécédents de dépression : Les femmes ayant déjà souffert de dépression sont plus susceptibles de développer une DPP.
  • Perfectionnisme ou attentes irréalistes envers soi-même : La pression de devoir être une mère parfaite peut être accablante.

Facteurs Sociaux

  • Isolement social : Le manque de soutien de la famille et des amis peut exacerber les sentiments de solitude et de désespoir.
  • Violences conjugales ou antécédents de traumatismes : Ces expériences peuvent augmenter la vulnérabilité à la DPP.
  • Difficultés financières : Le stress lié aux problèmes financiers peut contribuer à la dépression.
  • Événements de vie stressants : Des événements tels qu'un deuil ou un déménagement peuvent déclencher une DPP.

Signes d'Alerte

Certains symptômes doivent alerter sur le risque de survenue de dépression du post-partum.

Pendant la Grossesse

  • Troubles du sommeil
  • Tristesse, retrait, angoisse, logorrhée anxieuse
  • Troubles somatiques qui durent : nausées, vomissements, fatigue, céphalées, anorexie, lombalgies
  • Crise de larmes itératives, sentiment d’impuissance et d’incapacité, redoublé par la crainte que ce malaise nuise au fœtus ou aboutisse à un avortement
  • Crise de panique ou d’obsessions avec peur de tuer l’enfant qui n’est pas né
  • Expression symptomatique de l’angoisse : contractions utérines, menace d’accouchement prématuré
  • Intolérance au stress
  • Discours difficile, décousu
  • Absence d’anticipation de la part de la mère (« je n’ai pas envie d’y penser », « on verra bien quand il sera là »)
  • Angoisse du professionnel, sentiment d’étrangeté ressenti face à la patiente
  • Sentiment du professionnel d’être inutile, doute qui persiste tout au long des visites

En Post-Natal

  • Persistants au-delà d'une à deux semaines post-accouchement
  • Labilité émotionnelle, tristesse de l’humeur, anhédonie
  • Anxiété, surtout le soir
  • Sentiment de solitude, modification brutale du contact, repli
  • Plaintes somatiques
  • Troubles du sommeil, asthénie, hypervigilance constante (la maman a du mal à se reposer quand le bébé dort)
  • Dévalorisation, notamment centrée sur le rôle de mère, culpabilité de ne pas ressentir le bonheur attendu
  • Manque de plaisir avec l’enfant, irritabilité notamment envers le conjoint ou les autres enfants de la fratrie, tolérance faible aux cris, crises de larmes
  • Ralentissement psychomoteur, trouble de la concentration
  • Absence d’instinct maternel protecteur ou au contraire surprotection
  • Sentiment d’étrangeté par rapport à l’enfant, rejet progressif du contact physique avec l’enfant
  • Soins du bébé effectués de manière opératoire, pas d’échange de regard
  • Peur de faire mal au bébé en s’en occupant, phobies d'impulsion
  • Sentiment d’impuissance, d’inutilité, de désespoir
  • Pensées morbides et suicidaires

Impact sur le Bébé

La symptomatologie peut également être portée par le bébé du fait de l'impact des troubles des interactions mère-bébé. Il est important de rechercher une dépression du post-partum chez la maman devant certains symptômes chez le bébé :

  • Troubles fonctionnels de l'alimentation
  • Troubles du rythme veille-sommeil
  • Troubles du tonus
  • Retrait et repli de l'enfant sur lui-même
  • Hypervigilance de l'enfant

Il faut également y penser lorsque les consultations pour le nourrisson sont répétées alors que ce dernier est en bonne santé apparente. Il s'agit souvent d'une manifestation de l'angoisse de la mère.

Lire aussi: Causes des douleurs après la naissance

Diagnostic

Le diagnostic de DPP repose sur l’évaluation clinique par un professionnel de santé (médecin, sage-femme, psychiatre). Il existe très souvent une dénégation des symptômes ressentis par la maman.

Outils de Dépistage et d'Évaluation

  • Échelle d’Édimbourg (EPDS) : Questionnaire de 10 items permettant d’évaluer le risque de DPP.
  • Bilan biologique : Dosage de la TSH (thyroïde), ferritine, vitamine D, pour éliminer une cause organique.
  • Consultation médicale postnatale (6 à 8 semaines) : Bilan complet.

Prise en Charge

La prise en charge de la DPP doit être globale, personnalisée et précoce pour éviter les complications. Elle associe généralement psychothérapie, soutien social et, si nécessaire, médicaments.

Psychothérapie

  • Thérapie cognitivo-comportementale (TCC) : Permet de modifier les pensées négatives et les comportements inadaptés.
  • Thérapies de groupe : Partage d’expériences avec d’autres mères, réduction de l’isolement.
  • Psychothérapie interpersonnelle (TIP) : Se concentre sur l'amélioration des relations interpersonnelles et du soutien social.

Soutien Social

  • Soutien du conjoint et de l’entourage : Implication dans les soins au bébé, écoute active.
  • Groupes de soutien pour les parents : Offrent un espace pour partager des expériences et obtenir des conseils.
  • Aide à domicile : Fournit un soutien pratique pour les tâches ménagères et les soins au bébé.

Médicaments

  • Antidépresseurs (ISRS comme la sertraline ou la paroxétine) : Prescrits en cas de DPP modérée à sévère ou en échec de psychothérapie.
  • Anxiolytiques : À utiliser avec prudence et sur une courte durée.

Hospitalisation

  • Unités mère-enfant : Permettent de soigner la mère tout en préservant le lien avec son enfant.
  • Hospitalisation psychiatrique : Nécessaire en cas de risque suicidaire élevé ou de symptômes psychotiques.

Complications Possibles

  • Risque suicidaire élevé (le suicide est la 2e cause de mortalité du post-partum).
  • Troubles de l’attachement mère-enfant, avec risque de négligence ou de maltraitance.
  • Isolement familial, rupture des liens sociaux.
  • Dépression chronique : Si non traitée, la DPP peut évoluer vers une dépression chronique.
  • Impact sur le développement de l'enfant : Les enfants de mères souffrant de DPP peuvent présenter des troubles émotionnels, comportementaux et cognitifs.

Prévention

  • Dépistage des antécédents psychiatriques et mise en place d’un suivi adapté.
  • Soutien psychologique si nécessaire, via des dispositifs comme « Mon soutien psy » (séances remboursées avec un psychologue).
  • Éviter l’isolement : Maintenir des contacts sociaux, participer à des groupes de parents.
  • Préparation à la parentalité : Cours de préparation à la naissance, groupes de discussion pour les futurs parents.
  • Information et sensibilisation : Fournir aux femmes et à leurs partenaires des informations sur la DPP et ses symptômes.

Ressources Utiles

  • Associations (Maman Blues, Schizo? Oui!) : Écoute, groupes de parole, informations.
  • Numéro national de prévention du suicide : 3114.
  • Centres médico-psychologiques (CMP) : Offrent des consultations gratuites ou à faible coût.
  • Dépression Post Partum : Un site d'aide à la prise en charge de la dépression du post-partum pour les médecins généralistes de la région Rhône-Alpes.

Lire aussi: Tout savoir sur la ceinture post-accouchement

tags: #edc #du #post #partum #définition

Articles populaires:

Share: